LES JÉSUITES ET LES INDIENS
temps de paix, rien ne fut épargné, ni ruse, ni violence, pour en grossir le nombre. Des groupes de hardis partisans organisèrent la chasse à 1 homme; les Paulistes se firent une renommée en ce genre de sport. Ils poussèrent leurs incursions jusque dans les profondeurs du SeriaOy on leur dut même les premières reconnaissances du territoire brésilien à longue distance des côtes. Des bandes d'Indiens de tout âge et de tout sexe, capturés au cours de ces expéditions, étaient vendus à Saint-Paul et à Rio de Janeiro.
C'est contre un désordre aussi criant et aussi funeste que les Jésuites entreprirent dès leur arrivée au Brésil une lutte qui malheureusement se prolongea aussi longtemps qu'ils y demeurèrent eux-mêmes. La défense de la liberté des Indiens contre la cupidité et la tyrannie des colons portugais, tel est le rôle du Jésuite missionnaire pendant presque toute la durée de l'époque coloniale. Sur ce point de fait tous les historiens sont d'accord. C'en serait assez pour attirer sur leur œuvre, et quelque peu sur leurs personnes, la sympathie et l'admiration universelles; s'il s'agissait d'une secte de philosophes ou même de protestants, on ne la leur marchanderait pas. Mais il faut compter avec le préjugé. Les intérêts contrariés amoncelèrent contre les Jésuites un trésor de rancunes, de colères et de haines ; ces mauvais sentiments avaient besoin d'une justification et alors on eut recours aux inventions les plus extravagantes : Les Jésuites se taillaient un royaume indien aux dépens de la couronne de Portugal ! La sottise et la crédulité humaines stimulées par la malveillance, ne connaissent pas de bornes. Il paraît maintenant hors de doute que les Jésuites expièrent par la destruction de leur Ordre en Portugal, bientôt suivie de sa suppression dans le monde
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entier, leur dévouement à la cause de la liberté des Indiens au Brésil, C'est l'opinion formellement exprimée, et en termes à peu près identiques, dans un ouvrage récent, par M. Lucio d'Azevedo, historien portugais, nettement hostile aux Jésuites, mais pourtant soucieux de modération et d'impartialité^. « Au reste, dit-il, ce point de vue n'est pas nouveau; il a déjà été proposé par un homme très versé dans l'histoire du Brésil, 0. Martius. »
Ce qui donna occasion d'accuser les Jésuites de préparer une sorte de République indépendante, ce fut le système des Réductions appliqué dès l'origine des missions parmi les Indiens. Les Réductions du Paraguay sont connues du grand public par les tableaux qu'en ont tracés les philosophes et les sociologues aussi bien que les historiens et les littérateurs. Mais c'est au Brésil que l'institution prit naissance et fleurit tout d'abord. Le Père de Nobrega en fut le fondateur, et « il n'est personne, dit à ce propos Southey, qui ait rendu au Brésil, par ses talents, de plus grands et plus durables services. » Quand il mourut, en 1570, après 21 ans d'apostolat dans le Nouveau- Monde, il avait pu voir plus de 100.000 Indiens amenés à la civilisation chrétienne et rassemblés dans des villages qui s'échelonnaient depuis les rives du Sao- Francisco jusqu'à celles du Parana.
Les Jésuites en effet n'avaient pas tardé à gagner la confiance des sauvages ; ils pénétraient dans les campements des tribus, sans autres armes que la croix et le rosaire; ils prêchaient l'Evangile, et à force de charité, de persévérance et de pieuses industries
1. Os Jesuitas no Grao-Para. Suas missoes e colonizaçao, p. 14, Lisboa, 1901.