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DESTRUCTION DES JÉSUITES

Société dans la grande colonie portugaise an moment où elle y fut supprimée : La province du Brésil comptait 445 religieux, dont 228 prêtres ; la vice-province du Para-Maragnon, 145 membres, dont 88 prêtres. Au total §90 Jésuites, dont 316 prêtres.

Ils étaient répartis en 113 postes, sur lesquels on comptait 1) collèges auxquels il faut ajouter un séminaire à Bélem et un noviciat à Bahia. Il y avait au moins 35 de ces postes dans les Réductions, c'est-àdire exclusivement afîectés au service des missions indiennes.

C'était là assurément un capital d'activité intelligente d'une valeur inappréciable pour le développement et le progrès d'une nationalité en formation. Tout fut anéanti par un caprice d'autocratie brutale et aveugle. Les Jésuites ne furent remplacés ni dans les collèges, ni dans les missions. La culture intellectuelle et morale du jeune peuple brésilien subit après leur départ un incontestable et fâcheux recul. Les Réductions furent abandonnées ; l'édit d'émancipation proclamé par Pombal fut impuissant à arrêter la chasse à lesclave aussi bien qu'à retenir les Indiens dans le voisinage des côtes ; ils retournèrent en foule au Sertao et du même coup à la vie sauvage, et aujourd'hui en pénétrant dans l'intérieur du pays, on retrouve les malheureux restes des tribus dans le même état de barbarie que lors de la découverte de l'iVmérique.

Pour justifier ces incroyables violences, on a invoqué la raison d'Etat.

Les Jésuites, a-t-on dit, travaillaient à constituer im empire indien dont ils seraient les seuls maîtres. Déjà ils s'étaient rendus indépendants des autorités coloniales et tenaient en éçheç le pouvoir royal lui-

même. Au moment où se préparait Forage qui devait emporter l'Institut, un événement se produisit qui fournit prétexte à appuyer cette accusation. En 1730, par le traité de Madrid, les cours d'Espagne et de Portugal étaient convenues de faire des échanges de territoires dans leurs possessions d'Amérique. Le Brésil acquérait ainsi les rives de l'Uruguay, où se trouvaient sept Réductions florissantes avec une population de 3Û.0ÛÛ Indiens. 11 plut à Pombal de les obliger à quitter le pays, et les Jésuites reçurent ordre de les emmener ailleurs. Les Indiens ne se laissèrent pas persuader si aisément. Les missionnaires allèrent jusqu'à se mettre à genoux, la croix à la main, devant leurs ouaiUes, les adjurant d'obéir. Les Indiens résistaient, accusant les Pères de les trahir et de les vendre ; ils finirent par demander un répit, qu on leiir refusa. Là-dessus les récriminations contre les Jésuites allaient leur train; c'étaient eux qui dirigeaient l'insurrection ; cette fois on avait la preuve de leur révolte contre l'autorité du roi. En même temps se propageait la fable ridicule du Jésuite Nicolas, empereur du Paraguay. On alla jusqu'à frapper en Portugal des monnaies à l'effigie de ce monarque imaginaire, et on les fit circxiler à travers l'Europe.

A côté de ces inepties on dressa contre les Jésuites du Brésil un grief plus sérieux, sinon mieux fondé, je veux dire les richesses énormes qu ils avaient accumulées par le travail des Indiens et le commerce. 11 est certain que, administrateurs temporels des Piéductions, les missionnaires se chargeaient de vendre les produits et d'acheter d'autre part quantité de choses nécessaires à la culture des terres, comme à l'entretien des églises, des maisons, des personnes ellesmônkes. Cela ne s'appelle pas faire du commerce.

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