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LES JÉSUITES ET LES >"ÈGRES

Sans doute, la pente est glissante, on peut se laisser entrainer. M. Luciano dAzevedo a publié en appendice dans le li^Te mentionné plus haut, des lettres du P. Tamburini. général des Jésuites, aux supérieurs des missions du Brésil, où se rencontrent des avertissements assez sévères sur ce point. Mais tout ce que l'on en peut déduire, c'est que le général prêtait loreille aux rumeurs qui circulaient, sans signaler d'ailleurs aucun fait précis; et c'est aussi que. bien loin dêtre complice des fautes individuelles toujoiirs possibles, l'Ordre veillait avec un soin jaloux pour les blâmer et les réprimer.

En réalité, si l'on examine dans ses grandes lignes le rôle des Jésuites au Brésil pendant plus de deux cents ans, on voit que, parallèlement à des sers'ices universellement appréciés, ils en rendaient d'autres dont on se fût bien passé. Les missionnaires, appuyés sur le pouvoir royal, furent pour les colons des gêneurs; le mot est peu académique, mais il est juste. Les Jésuites eurent le tort d'être en avance de deux siècles par rapport à leurs compatriotes sur la question de la liberté hmnaine. ou si l'on veut^ des Droits de 1 homme. Contre les civilisés qui, étant les plus forts, prétendaient asserw les sauvages, ils prirent parti pour les sauvages. Inde irse. Mais personne aujourd'hui n'oserait soutenir qu'ils avaient tort.

On s étonnera peut-être que les Jésuites, si zélés pour la liberté des Indiens, n'aient jamais protesté contre 1 esclavage des nègres importés d'Afrique dans les colonies américaines. C'est que la situation juridique des Tins et des autres était toute différente. Le droit public au XVI® siècle, et même aux deux siècles suivants, admettait la légitimité de l'esclavage des noirs. On l'appuyait sur des raisons plus ou moins valables,

mais universellement acceptées. La traite était autorisée et réglementée par les lois et ordonnances royales. Nous avons changé cela, Dieu merci ; mais pourtant il ne faut pas juger d'après nos idées actuelles les hommes et les choses d'un autre âge. Quoi qu'il en soit, les Jésuites au Brésil et ailleurs furent, à cet égard, de leur temps. Il ne leur appartenait pas de condamner ce que tout le monde tenait pour légitime. On sait d'ailleurs avec quel dévouement ils s'emploj'èrent à adoucir le sort de ces malheureuses créatures. C'est l'un d'eux, saint Pierre Glaver, qui signait : Esclave des nègres pour toujours. Quant aux Indiens, hormis certains cas prévus, aucune loi civile ne permettait de les réduire en esclavage ; les Jésuites, chargés par le pouvoir royal de veiller à leurs intérêts spirituels et temporels, ne faisaient que s'acquitter d'un devoir quand ils défendaient leur liberté contre l'astuce ou la violence des colons.

Que les Jésuites éducateurs et missionnaires aient eu une part considérable dans la formation de la nationalité brésilienne, il n'est pas un Brésilien, je crois, qui le conteste. Je n'irai pas jusqu'à prendre à mon compte le propos que j'ai recueilli de la bouche d'un prêtre brésilien : les Jésuites ont fait le Brésil, comme les évêques ont fait la France. Mais plus d'une fois j'ai constaté dans les habitudes des catholiques de ce pays l'empreinte laissée par les iils de saint Ignace, tel par exemple ce souhait par lequel débutent des lettres de pères de famille à leurs enfants : La paix de Nôtre-Seigneur !

Rappelée à la vie en 1814 par la Bulle de Pie VII, la Compagnie de Jésus ne put tout d'abord reprendre son apostolat dans la grande colonie portugaise qui n'allait pas tarder à conquérir son indépendance. Mais elle y

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