AUTREFOIS ET AUJOURD HUI
avait écrit pendant la période coloniale un trop beau chapitre de son histoire, elle avait arrosé cette terre de trop de larmes et de sang pour n'y pas revenir à la première heure favorable. Un siècle après la tempête qui avait tout ravagé, il lui fut donné de reprendre, bien modestement, son œuvre parmi des souvenirs et des ruines. Elle aussi est une obstinée recommenceuse.
C'était vers 1860; la défaveur que le régime impérial déjà à son déclin faisait peser sur les Ordres religieux ne pouvait épargner les Jésuites. Un instant la Constitution républicaine parut sur le point de confirmer larrêt de suppression porté contre eux au dixhuitième siècle et qui n'avait jamais été abrogé. Les constituants furent assez sages pour déférer aux représentations de l'épiscopat; les Jésuites ne furent pas exclus des libertés communes. Deux provinces de l'Ordre ont fondé des établissements au Brésil, la province romaine dans les Etats du Centre, la province allemande dans ceux du Sud. Elles ont ensemble sept collèges, qui comptent tous parmi les maisons d'éducation les plus prospères du Brésil. Il y a en outre un nombre assez considérable de résidences plus ou moins importantes, principalement dans le Sud où les colonies allemandes, très populeuses, sont pour la plupart desservies par des Jésuites de la même nationalité. Le chiffre total des membres de la Société au Brésil dépasse trois cents. Tous sont Brésiliens de cœur, profondément dévoués à leur patrie d'adoption, et s'ils ont un regret, c'est que les Brésiliens d'origine ne forment encore parmi eux cpi'une assez faible minorité.