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CHAPITRE XVI

Buenos-Aires et Rio de Janeiro. — Une revue de la marine brésilienne. — L'Exposition nationale de Rio. — A bord du Maranhao. — Silhouettes brésiliennes. — Victoria. — Procession du Corj)us Christi à Bahia. — La nuit de la Saint-Jean.

iO juin 1908. De retour à Rio de Janeiro après un séjour de deux mois en Argentine. Le paquebot' des Messageries Maritimes met un peu moins de cinq; jours pour venir de Buenos-Aires, avec d'assez longues escales à Montevideo et à Santos. La distance entre les deux grandes capitales est de 1872 milles, soit à peu près 3500 kilomètres, beaucoup plus que de Paris à Constantinople ; ce qui ne les empêche pas de se regarder un peu de travers, avec des yeux de rivales jalouses. Je n'aurai garde de discuter leurs titres à la primauté dans le continent sud-américain.

Non nostrum inter vos tantas coniponere lites.

Je me contenterai de noter une impression que j'ai éprouvée très vivement en arrivant en face du Pao de Assucar et du Corcovado.

La capitale argentine est assurément une bien plus grosse ville que Rio ; elle aura tout à l'heure ses 1.200.000 habitants; elle est bien autrement affairée et opulente ; elle a sans doute dix fois plus de banques

L'ANNIVERSAIRE DU « RIACHUELO » 317

et d'usines ; elle est tout ensemble la New-York et la Chicago du sud. Mais, au point de \ue du site et du pittoresque, il faut avouer qu'elle est déplorablement nulle. Ce système de rues droites, coupées à intervalles égaux de rues non moins droites, vous cause une sensation de monotonie, qui ne tarde pas à devenir exaspérante. Le charme de Rio semble plus prenant encore par comparaison avec sa rivale. Ici, quelle variété d'aspects, quelles gracieuses courbes le long du rivage, quelles perspectives sur les morros^ les pics de la Serra, les îles et les rochers de la baie! Puis, Buenos-Aires a fait trop rapidement fortune; il lui en reste je ne sais quel air de parvenue qui étale son luxe mais ignore l'élégance. La vieille Rio coloniale s'est rajeunie et a voulu, elle aussi, avoir une toilette très moderne; mais on peut dire que, comme une personne de goût, elle s'est parée de manière à faire ressortir ses dons naturels.

Autre circonstance qui ajoute présentement au charme de Rio ; nous sommes au cœur de l'hiver, dans l'hémisphère austral. A Buenos-Aires on sentait par m.oments la morsure du froid; ici la température est d'une douceur exquise. C'est la saison de Rio, l'époque de l'année qu'il faut choisir, quand on est libre de le faire, pour y séjourner.

Le 11 juin on fêtait un anniversaire glorieux pour la marine brésilienne. Pendant la guerre avec le Paraguay, en 1865, à pareille date, elle s'était rencontrée avec celle de l'ennemi et lui avait infligé une défaite, au confluent du Riachuelo (Petite Rivière) et du Parana; d'où le nom de bataille du Riachuelo.

Une revue et un défilé des troupes de la marine létaient annoncés pour midi; d'après les journaux

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4000 hommes devaient y prendre part. La revue eut lieu dans la cour de l'arsenal où le public n'était pas admis ; mais le cortège défila, aller et retour, par YAvenida central, où je pus le contempler tout à l'aise.

Cette belle artère semble faite tout exprès pour ces sortes de manifestations ; c'est l'avenue des Champs- Elysées de la capitale brésilienne. Le soleil était radieux, la lumière intense prenait un nouvel éclat en tombant sur les façades encore toutes flambant neuf de VAvenida.

La troupe mit à peu près trois quarts d'heure à défiler dans un sens, à une allure plutôt modérée. Les hommes allaient par petits pelotons, sur deux lignes seulement, précédés d'un officier à pied, lépée à la main. Je n'ai vu à cheval qu'un très petit nombre de grands chefs. Les marins étaient de blanc tout habilles, sauf le large collet bleu et les guêtres de peau jaune. Blanc immaculé et sortant de chez Vengommadeira, lisez, la repasseuse. Ces hommes sont pour la plupart de la taille de ceux que nous appelons nos petits pioupious, mais plus minces, tin peu chétifs même, au demeurant une très forte proportion d'hommes de couleur et un bon nombre de noirs authentiques. J'ai compté une bonne douzaine de musiques, mais il y en avait davantage. Les officiers sveltes, fins, la mise irréprochable ; pas de décorations, même pas de galons, ou du moins très peu. L'ensemble m'a paru simple, frais et très joli, — je demande pardon du mot, — un peu trop joli peut-être.

Les apprentis marins [apprend izes marinheij'os), le pendant, je suppose, de nos écoles de mousses, figuraient au cortège ; il y avait même quelques compagnies de tout petits, qui ne paraissaient pas les moins

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