LA MARINE BRÉSILIENNE
braves. L'école des officiers comprenait une centaine de jeunes gens, gantés de blanc; c'était, je crois, leur seule distinction, avec la veste d'étoile un peu plus fine. Tous les bérets portaient l'inscription Marinheiros nacionaes. Suivaient quelques batteries; pièces et fourgons étaient traînés à bras. Je ne suis pas assez connaisseur des choses militaires pour dire si c'étaient de véritables spécimens d'artillerie de guerre ou bien des joujoux pour la parade. L'infanterie de marine était en costume kaki, — autrefois on aurait dit nankin, — et casque colonial. En tête un soldat portait le fanion du Corpo d'Infanteu'a da marinha ; c'était une machine bizarre, une sorte de chapeau chinois, ou de màt de cocagne, avec tout un attirail d'objets décoratifs suspendus, queues de cheval jaunes, breloques, grelots, je ne sais quoi encore. Je n'ai pu avoir l'explication de ce symbole. A côté ,un bélier, tenu en laisse, frisé et pimpant, avançait avec un air de gravité résignée. Sur tout le parcours, beaucoup de monde; on salue le drapeau; mais pas im geste d'enthousiasme, pas une acclamation, je dirais presque, pas de bruit. Le Brésilien n'est pas démonstratif.
S'il fallait résumer d'un mot l'impression que m'a laissée cette exhibition des forces navales brésiliennes, je dirais : Plus élégant que martial. Sur ces innombrables uniformes aux teintes claires on n'aurait pas trouvé une tache ; la tenue était correcte, sinon énergique, le pas à peu près régulier ; néanmoins il semble que ce ne fût pas très militaire. Oh! je sais bien que l'idéal en ce genre varie avec les temps et les climats ; un brin de coquetterie ne messied pas à la bravoure, je le sais aussi; les seigneurs de la cour de Louis XIV allaient au feu en pourpoint de velours, chapeaux à
plumes et manchettes de dentelles. Je n'aurais donc garde d'insinuer que les troupes brésiliennes de terre ou de mer feraient moins bonne figure devant l'ennemi que sur VAvenida central; mais enfin notre idéal est autre. Au surplus, la nation a l'humeur militaire, comme il convient à des Latins ; le militarisme moderne s'y implante tout naturellement. Le parlement a voté, il y a quelques mois, le service obligatoire; l'Angleterre coi^struit des Dreadnoughts pour la marine brésilienne. En un mot, le Brésil, comme ses voisins d'ailleurs, entend être puissamment armé. Dieu veuille que ce soit, comme on prétend le faire en Europe, en vue de mieux assurer la paix !
On sait que Rio de Janeiro prépare une Exposition, non point encore pour cette fois une Exposition universelle, mais une Exposition nationale. L'entreprise ne laissait pas que d'être audacieuse; toutefois l'idée en avait été accueillie avec joie et fierté patriotique dans tovite la Confédéi^ation ; on s'en promettait d'heureux résultats pour le développement économique du pays. Le roi de Portugal devait venir au Brésil à cette occasion. Ce serait un fait historique considérable par sa signification et ses conséquences. La visite du chef de la Maison de Bragance scellerait la réconciliation entre l'antique métropole et sa grande colonie, émancipée par deux révolutions, celle qui avait fait l'Empire et celle qui avait mis la République en sa place. D'autre part, les quelque deux millions de sujets portugais établis au Brésil s'apprêtaient à faire à leur souverain un accueil enthousiaste. La tragédie du l*''' février déconcerta ces beaux espoirs. Il y eut un moment de découragement au sujet de l'Exposition. Plusieurs lois, pendant mon premier