‹ Le Brésil d'aujourd'huiChapitre 99 sur 105 · LA PROCESSION DU « CORPUS CHRISTI · texte numérisé non relu

LA PROCESSION DU « CORPUS CHRISTI

frais, lance les invitations et se charge de veiller à l'ordre et à la pompe extérieure.

De 11 heures à midi, les corps religieux et les Irmandades se rendent à la cathédrale; la procession s'ébranle sur le coup de midi; mais, cette fois, pas un pétard n'éclate, pas une fusée ne sifïle dans Fair; la poudre ne parle pas ; les cloches elles-mêmes se taisent. Cette procession est aussi grave et silencieuse que les autres sont bruyantes.

Le cortège se compose de cp.iinze à dix-huit Irmandadcs, chacune précédée de sa croix. Les confrères sont peu nombreux, douze, cpiinze, vingt au plus, en costumes très variés de forme et de couleur ; ce sont généralement d'amples manteaux, avec broderies et soutaches, doublés d'une pèlerine; chacun porte un flambeau allumé; les confrères noirs me paraissent être en majorité. Ils défilent d'un pas assez rapide. Ni prières ni chants. Viennent ensuite les moines, puis les clercs, suiA'is du vénérable Cahildo : Messieurs les Chanoines vêtus de chapes, précèdent le Saint-Sacrement porté par l'archevêque ; les cordons du dais sont tenus par les premières autorités en personne, sauf le gouverneur obligé par son état de santé à envoyer un représentant. Immédiatement après vient le drapeau national escorté d'une musique militaire ; puis un détachement de troupes, infanterie et cavalerie, tête nue, le képi rejeté dans le dos et retenu par la jugidaire. Suit une seconde musique militaire, après quoi une foule compacte, mais d'hommes seulement. 11 n'y a pas une femme, ni jeune fille, ni fillette dans toute la procession. Pas davantage de reposoir, pas de flem-s, pas d'oriflammes ; rien de ces choses aimables et gracieuses que la piété populaire ajoute en d'autres pays à la sévère ordonnance des fonctions liturgiques. Il semble

que l'austérité janséniste ait mis son empreinte sur cette pompe dont la froideur contraste si fort avec les habitudes du pays.

L'itinéraire comprend la principale artère de la ville et la place même du gouvernement; plusieurs lignes de tram^vays qui y viennent aboutir sont par le fait obligées de suspendre le service; une longue file de véhicules est arrêtée parle passage du cortège. Il ne paraît pas que personne proteste contre cette entrave à la liberté de la circulation. Le public massé sur le parcours — principalement à l'intersection des rues, car la voie suivie est très étroite — garde une attitude à peu près respectueuse ; les hommes se découvrent sur le passage du Saint-Sacrement, puis continuent à causer à haute voix et à fumer leurs cigarettes.

En résumé, la procession du Corpus Christi dans cette ville remuante et tapageuse m'a paru revêtir un caractère plutôt officiel et ecclésiastique, mais point du tout populaire. Certes, la dévotion bahianaise se déploie avec d'autres allures autour de ses madones et de ses saints patrons dans les solennités traditionnelles. Les grandes statues, avec leurs robes de brocart, leurs bracelets et leurs couronnes étincelantes de brillants, font plus d'impression, hélas ! que le Saint-Sacrement sur des populations à l'imagination ardente et à la foi peu éclairée. C'est sans doute pour réagir contre des tendances à matérialiser la religion que l'autorité ecclésiastique écarte de la pompe de ce jour les démonstrations ordinaires d'une piété toute extérieure.

Au surplus, ce brave peuple aura dans quelques jours l'occasion de donner la mesure de sa dévotion-

Page 1