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CHAPITRE X

L’anthropologie

Par MM. le Ikiron de Rio-BnASCO et Zaivotiowsi^t.

A une époque oh il n'était pour ainsi dire pas encore question de l'homme pré lii s torique, oii son ancienneté éta it niée ou ignorée, un certain nombre de ses restes étaient reeueillîs dans des cavernes du Brésil. Un savant danois, Lund, est l’auteur de cette découverte. En poursuivant ses études sur la paléontologie brésilienne dans les environs de Lagoa Santa (province de Minas-Geraes), il rencontra dans les cavernes calcaires de la vallée du Rio das Vûlhas des restes d'animaux éteints et dans six do ces cavernes une certaine quantité d'ossements humains (1841-1843). Celle de Sumidouro, entre les rivières dasVelhaset Paraopéba, h trois lienes de la ville de Santa Luzia, lui a fourni à elle seule des restes de trente individus plus ou moins pétrifiés, recouverts d'une brèche très dure, et, parmi ces débris, seize crines, dont cinq en bon état. Un de ces crines, resté au Brésil, a été étudié par MM. Lacerda et Peixoto, du Muséum de Rio; quatorze, envoyés a Copenhague, viennent de l’étre par M, llansen; le seizième est h Londres, Il n'y a pas d'exemple d’os humains quaternaires trouvés en si grand nombre dans des cavernes. Ces ossements gisaient dans le plus grand désordre, mêlés avec des restes de plusieurs espèces d'animaux, les unes encore vivantes, d'autres éteintes ou émigrées, ce qui exclut toute idée de sépulture. Plusieurs crânes montraient un trou de même grandeur et de forme ûblongue, évidemment produit par un instrument de pierre à bout pointu. Lund a émis l'opinion que les individus en question auraient été des prisonniers de guerre mis à mort d’uu coup de hache de pierre sur la tempe. Æ fi y avait des mlcboires inférieures écrivait-il quelque temps après (318 mars 1844, lettre à Rafn), « qui n é- {aient pas seulement dépourvues de toutes les dents, mais qui étaient tellement usées, qu'elles ressemblaient a une plaque osseuse, épaisse seulement do quelques lignes. »

Cela montre, peut-être, que l'homme fossile de Sunudouro portait déjà à la lèvre inférieure l'étrange ornement que portent encore aujourd’hui les Botoeudos du rio Doce. Eu effet, le prince Maximilien de Neuwied raconte dans son Voyage au Brésil (1. Il, 21 o), qu il avait fait examiner par Bluraenbach le crâne d'un Botocudo de vingt h trente ans. « L est, dit Maximilien, une véritable curiosité d'ostéologie. Ou reconnaît sur cette tête que h batoque a déjà fait tomber les dents antérieures de la mâchoire inférieure, et en même temps a comprimé si fortement les os maxillaires que les alvéoles des dents ont entièrement disparu, et que la mâchoire est dans cet endroit devenue aussi aiguë qu’un couteau. »

M* Gaudry croit qu'il faudj'ait distinguer dans la caverne de Sumidouro deux couches quaternaires : la moins profonde, caractérisée par les especes plus récentes et par les ossements humainSj serait contemporaine du renne de T Europe occidentale ; la couche inférieure, caractérisée par les espèces éteintes, correspondrait à Tépoque du mammouth. Selon lui, Thomme fossile de Sumidouro existait à coup sûr à l’époque du renne, mais il manquait peut-être à celle du mammouth» Quoi qu'il en soit, ces crânes offrent un haut intérêt pour Fanthropologiste» Us diffèrent de tous les crânes fossiles de FEurope par plusieurs caractères, dont le plus frappant est la grande hauteur de la voûto (hypsisténocéphalîe), jointe à une excessive dolichocéphalie. Us dîHèrcnt aussi de ceux de Thomme précolombien des TambaquiSt qu'on trouve dans les provinces méridionales du Brésil. Les crânes des Tambaqiiis, d'après M» Peîxolo, varient depuis la doUchocêphalie jusqu'à la bracbyeèphalie ; mais ils présentent un caractère uniforme ; c'est Findice nasal ; franchement leptorrhimon. De tous les Indiens du Brésil étudiés jusqu'à présent, ce sont les Botocudos aetneb, mesorrhiuiens, ceux qui se rapprochent le plus de Fhomme du Sumidouro. Us paraissent être le résultat du croisement de ce type primitif avec Fautr© élément ethnologique dos Tambaquis du Sud*

Les autres débris préhistoriques d’origine brésilienne que Fon possède se rapportent presque tous à des époques plus récentes. Ce sont notamment des inscriptions sur des rochers, des poteries, des mortiers, des idoles, des fétiches et des statuettes en terre cuite ou en pierre, des objets d’ornementation, des haches et des pointes en pierre, recueillis dans des cavités, ou dans les Tambaquis, amas coquîllers du littoral (de Tambd, hiiUre, et quïb, restes), nomniés volgairemon15am baquü et Sernambijs , et dan s les stations funéraires (TymbatïbU) de F Amazone. C’est dans les collines artifieiellcs de Pacoval et de Camutins, la première sur la rive orientale du lac Arary (lie de MarajO), la seconde quelques lieues plus loin, dans la direction Û.-S.-O,, près de la rivière Anajas, qu’on a recueilli, dan s ces dernières années, les plus belles curiosités archéologiques du Brésil, ainsi que dans les grottes du Maracâ (rive gauche de FAmazone enface do File deGurupa), dans les vallées du Tapajoz, du Tromhetas et du Nhamunda, même plus loin, en montant FAmazone, à Miracancuera (corruption de Mûrâ-eâng-cuûra) quatorze lieues en amont d’itaeoatiara* Presque tous ces objets ont figuré à l'Exposition anthropologique de Rio de Janeiro en 1882, organisée ]^ar le conseiller Ladisiâo Netto, directeur du Muséum de cette ville. Le musée Peabody, à Cambridge (Etats-Unis), en possède beaucoup, ainsi que le musée de Para, Les premières fouilles à Pacoval ont été faites, en 1870 et 1871, par des auxiliaires du professeur Hartl (Barnard et 0, Berby), par le professeur Steere, de FUnivorsilé de Michigan, et Ferreira Penna, de Parâ. Les fouilles de 1876, sous la direction de M. O. Derby, et, surtout celles do 1880, faites par M» Ladisiâo Netto, ont été plus considérables et plus productives. Les collines de Camutins ont été explorées par 0. Derby en 1876 et 1877, elles grottes de Maraca découvertes en 1872 par Ferreira Penna.

Le tqmbatïbï du Pacoval est la plus remarquable de ces stations funéraires. C’est une colline artificielle, aDjourd’hui couverte entièrement de végétation, et qui peut-être aurait eu primitivement, selon M, Nelto, la forme d’une tortue, animal qui joue on grand rôle dans les mythes

de FAmazone. On y a trouvé, comme dans les stations voisines, un grand nombre d’urnes funéraires (cdmbîicis}, des fragments de poteries, des vases (ïgaçabs) de formes très va* riées, gravés ou peints; des figures décoratives (anses, etc.) ; des fétiches et des idoles en terre cuite ou en pierre, d es hem b os (phallus) et des tambeaos ou iomaliâlmigs (/<?lia vitis)^ ornements féminins en argile, décorés de dessins capricieux; des statuettes (acêraangud) et des grotesques en terre cuite. Ces objets dilïèrent de tous ceux qu’on rencontre dans les autres parji^du Brésil, et indiquent qu'un peuple d'une civilisa lion plus avancée et d’un sentiment artistique assez développé a habité cette région avant sa découverte par les Européens.

l. — Vase anthropomorphe orné da gravures en creux et en relief, et peint en ronge sur fund blanc, 'rrotivé à Marajo.

Fig. 2. — Urne funéraire gravée et ornée de grilfea et de l'euilles.

Nos gravures représentent, d'après celles publiées dans le tome VI des Archives dît Muséum de Rio de Janeiro, quelques spécimens de la céramique de Marajô; deux urnes funéraires trouvée à Pacoval, l’une, anthropomorphe (fig. 1), ornée de reliefs et de gravures, et peinte en rouge sur fond blanc; l’autre (fig. 2), ornée de lûuilles, de griffes et de lignes gravées; un petit vase

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