CHAPITRE V
La population
Par >1. E. LEVASSE cil*
On n'a pas de données précises sur la population du Brésil* Le recensement de i8T2 a été défectueux, parce que la dissémination de la population rend très difficile une enquête de ce genre dans certaines parties de ïeinpire, que respéricnce manquait è radmitiistration, et que, sur quelques points, il y a eu résistance des administrés contre une mesure qu'ils comprenaient maL 11 en résulte que le cbiJTre donDé par ce recensement est inférieur à la réalité* 11 est regrettable que le Brésil n'ait pas renouvelé cette opêralion périodiquement* Uannéc prochaine (1890), après dix-huit ans d’intervalle aura lieu le second recensement de l’empire*
On estimait cette population : en 177(1, à 1,900,000 âmes ; en 1797, à 3,250,000 (Correa Serra cité par Bumholdt); en 1817-1818, à 3,817,900, dont 1,043,000 blancs, 259,400 Indiens civilisés, 520,500 mulâtres ou nègres libres, 1,930,000 esclaves (sans compter les enfants au-dessous de dix ans) ; en 1819, à 4,396,000 (Velloso d’Oliveira) ; en 1840, à 5,000,000; en 1862, à 7,755,000*
Le recensement de 1872 a donné 9,93(},478 hab. En ajoutant, d'une part, vingt-six communes non énumérées dans ce recensement et renfermantl 77,813 hab* et, d'autre part, 600,000 Indiens sauvages environ, on obtient un total de 10,708,291* Ce ebiOre était inférieur â la réalité, même pour le muûicipe de la capitale d© Tempire (274,972 bab* en 1872, alors que îa ville s'était agrandie considérable^ ment depuis 1849, date à laquelle la population, selon un recensement municipal, était déjà de 266,466 hab.}* Dans presque toutes les provinces les résultats ont été, de même, très incomplets* Ln statisticien du Rio Grande do Sul, M* Graciano de Azatnbuja, a calculé que cetle province devait avoir 652,000 bab* en 1872, au lieu de 443,000* L'enregistrement des esclaves en 1873 a fourni un chiffre supérieur à celui du recensement qui était antérieur d'une année*
On évaluait la population do l'empire, en 1883, â 12,603,000 (Bulletin de l'institut international de statistique); en 1888, à 14,000,000 environ d'après l'estiraation du baron de Rio-Branco et la brochure de M* Favilla Nunes* Toutefois ce dernier auteur, pour calculer la population en 1888, a supposé que, depuis 1872, la natalité avait été de 40 naissances par 1,000 hab* (taux qui est admissible, quoiqu'il soit élevé) et la mortalité de 20 décès sur 1,000 bab* (taux qui semble beaucoup trop faible), etü a ajouté aux 20 qui font la différence, 10 par an pour l'immigration dans dix provinces (ce qui impliquerait une immigration de plus de 30,000 individus par an depuis 1872, tandis qu'elle a été vraisemblablement inférieure à 23,000) î le coefficient 30 “/(,(, est excessif, car c'est à peu près celui des Etats-
Unis* La province de Sâo Paulo offre cependant, d'après le recensement qu'elle a lait en 1886 et qui a donné 1,221,394 hab*J un accroissement de 33 mais cette province est de beaucoup celle qui a le plus profité de T immigration depuis 1872* Néanmoins, en considérant que le recensement de 1872 était inférieur k la réalité, on peut admettre hypothétiquement que la population actuelle du Brésil est d'environ 14 millions d'âmes*
La densité moyenne de tout rempire est de 1,7 hab* par kih c* Elle est d'ailleurs très diverse suivant les régions* Dans la région cûtîèro, elle est d'environ 6 hab. par kil* c. en moyenne et dépasse 16 dans la province de Rio de Janeiro et le Municipe neutre réunis* La région intérieure, qui comprend le Grand massif et la plaine de l'Amazone, est beaucoup moins peuplée et ne dépasse guère en moyenne 1 hab* par 10 kil* c*, soit 0,1 bab* par kil. e.
Sous le rapport de la race, la population se compose de Brésiliens, descendants de colons européens, de noirs d’origine atricaîne nés au Brésil, d’indiens indigènes et de métis* On désignait autrefois par le nom de Mamclucos les métis nés du croisement des blancs et des Indiens* LesMineiros (natifs duMinas-Geraes), lesPaulistas, (natifs de S Paulo), les Paranaenses (du Paranâ), les Riû- Grandenses (R* Grande do Sul) et les habitants des plateaux sont, en générai, plus grands et plus robustes que les habitants de la zone céLière et des vallées des fleuves* Les nègres importés au Brésil jusqu'en 1830 appartenaient aux meilleurs types de TAfrique (Congo, Benguela, Mozambique, surtout les Minas, les plus beaux et les plus forts, très nombreux à Cahia). La statistique officielle accusait, en 1872, sur 100 hab* environ 38 personnes de race caucasienne, 20 nègres, 4 indiens et 38 mulâtres ou métis ; elle accusait aussi une prédoininance du sexe féminin (31,6 P* ®/o) sur le sexe masculin (48,4 surtout
parmi les esclaves*
PROPORTION SUR 100 UABITAKTS (d’ajrts k rsccnsemeiit it
tîlancB
Indiens
Nègres
Métis
Municipe neutre*..
Amazonas. *.
Para.. * * * *
Maranbâo-* *
Piauhy* *.,*.****
Gearâ *.
Rio Grande do Norte
Parahyba do Norte*
PernambucD *..***
Âlagôas.
Sergipe.. *
Bahia * * *.
Espirilo Sanlo..**
Rio de Janeiro-
Sâo Paulo.--
Paranâ .
Santa Catharina*..
Rio Grande do SuL*
Minas Geraes.
Goyâï.. -
an
Matto Grosso.
Depuis seize ans, ces proportions se sont sensiblement
i;ddiigr,\tïok
inodirK^es dans plusieurs provinces, par suite de Téman^ cipation graduelle des esclaves et de rimmigration. Ainsi, dans le Sâo Paulo, la proportion des nègres est tombée de 20 en 4872 à iO, 4fl/o en 1886; celle des blancs y était k cette dernière date, de 67,7 celle des Indiens de 8,4, celle des métis de 13,5,
CIIAPITRR Vl
L'immigratioii
Par M>i. et lïaron de Rio - BriAr^rOp
Jusqu’il rarrivée de la famille de Braganec au Brésil, eu 1808, ce pays ne recevait comme immigrants que des portugais. Au xvii^ siècle, après les guerres avec la Hollande, quelques milliers d'étrangers (Hollandais, Allemands, Espagnols et Napolitains) restèrent dans le nord du Brésil, et quelques centaines de prisonniers hollandais faits en Afrique par Salvador Correa (1648) furent placés dans les bourgades et les plantations de Rio de Janeiro, Après le sac de Ciudad Real, Villa-Rica et Xerez par les Pau lis ta s (1631}, plusieurs familles espagnoles, qui étaient de connivence avec ces derniers dans les guerres contre les Indiens, se fixèrent à Slio Paulo. Ces étrangers s’assimilèrent promptement à la population générale, La découverte des raines d’or augmenta au xviiî*^ siècle l’immigration spontanée d’aventuriers portugais, qui se répandirent, avec les Paulistas, les Bahîanos, les Fluminenses, sur les plateaux de Tinténeur. Le gouvernement portugais expédia, à plusieurs reprises, plusieurs centaines de familles, surtout des Açores, pour peupler Santa Catharina et le Rio Grande do SuL
Le roi Jean VI, désireux de mettre fin ï la traite, fit les premiers essais de colonisation étrangère. Il fonda en 1820, dans la province do Rio, la colonie suisse de Nova-Friburgû. L’empereur D. Pedro 1®^ créa (1824) la colonie allemande de Sao Leopoldo (Rio Grande do Sul) dans une situation avantageuse choisie par le président de la province Fernandes Pinlieiro, depuis vicomte do Sam Leopoldo. Des Allemands, des Italiens, des Belges et quelques Français s’établirent, vers la même époque, ii Santa Catharina et des colonies furent fondées (1828) à Santo Amaro (Sâo Paulo) et à Rio Negro (province de Parané). Quelques centaines d’ofiieiers et de soldats allemands, qui avaient servi pendant le règne de D. Pedro 1®^, restèrent au Brésil. De 1818 à 1830, l’immigration des Allemands au Brésil n’a été que de 6,856. Ce mouvement s’arrêta même complètement de 1830 il837 pendant l’agitation fédéraliste et les guerres civiles. 11 recommença en 1838, lentement d’abord; de cette année à 1884, le nombre des Allemands qui se sont fixés au Brésil a été de 71,247. En 1841, un riche planteur de Siîo Paulo, le sénateur Verguciro, commença à introduire des colons allemands dans ses propriétés; en 1860, la province de Sâo Paulo comptait déjd quarante-trois petites colonies allemandes En 1846, avec la protection et tes encouragements de D. Pedro H, le président de la province de Rio, vicomte de Sepetiba, fonda sur des terrains cédés par l’empereur, dans la serra dos Orgüos, la colonie de Pelrepolis, qui est aujourd’hui une ville fiorissante. En 1851, un Alle¬
mand, le D*' Blumeiiau, fonda à Santa Catharina une colonie qui porte son nom, et y attira un grand nombre de scs compatriotes. Vers la mémo époque, le prince de Joinville, marié à une sœur de l’empereur, passa un traité avec une société de Hatubourg pour la colonisation (colonie Dona Francisco) de terrains situés dans la même province qui faisaient partie do la dot de sa femme ; le duc d Aumale y possède aujourd’hui un vaste domaine avec une usine pour la fabrication du sucre.
A partir de 1856,1e gouvernement, suivant l’impulsion donnée par le ministre Pedreira, vicomte de Rom-Betîro, commença à s’occuper plus sérieusement de la colonisation; cependant, jusqu’à l’année 1812, la moyenne annuelle des immigrants n’a guère dépassé 10 , 000 , quoiqu’une notable augmentation se fût produite en 1871 (12,331 immigrants) et en 1872 (18,441). Jusqu à cette dernière date, les Portugais formaient les deux tiers des immigrants; ils comptaient pour près de la moitié dans le total des étrangers au recensement de 1872. Depuis 1873, le nombre des immigrants italiens commença à dépasser celui des Portugais, En 1872, il n’y avait au Brésil nue 6,108 Français, et depuis, Vimmigration française, qui était déjà très faible dans ce pays, a diminué encore. Depuis 1873 le gouvernement impérial a appliqué des sommes importantes au service de h colonisation. Grâce à la protection donnée à l’immigration par le conseiller Costa Perelra, ministre de Fagriculture (1873-75), les colons qu’il avait introduits en attirèrent d’autres, et un courant d’immigration se forma, malgré le défaut de suite qn on peut reprocher à la politique du gouvernement dans cette question. D’une part, à mesure que le nombre des esclaves diminuait, lo besoin de travailleurs libres augmentait et l’espérance d’un meilleur salaire attirait plus d’émigrants. D’autre part, les Brésiliens comprenaient mieux l’intérÊt qu’ils avaient à multiplier les hommes pour mettre en valeur les terres de leur immense empire et ils s'iiméniaient, à l’exemple d’autres Etats, à encourager l’immigration. De notables services ont été rendus sous ce rapport par une société formée dans ce but à Rio, sous la direction du générai comte de Beaurepaire-Rohan et du sénateur d’Escragnolle-Taunay, les inspecteurs généraux de la colonisation, le conseil 1er AlfredoChaves et le colonel Accioh.
La statistique des immigrants débarqués à Rio de Janeiro montre le progrès accompli sous ee rapport en un quai t de siècle.
NATIOÎÏALITÉ
dts Innilaraiiils diltarquê*
i Itla ancirii
rÉRiOBE