CHAPITRE
Les régions agricoles
ŸàŸ E. Î.KYASSEim*
Le ïîfésil, dans sa vaste Étendue, comprend nécessairement des régions naturelles trÈs diverses. Cependant, de la Guyane ^ la provînee de San Paulo, le climat tropical donne une certaine uniformité à sa flore. D ailleurs, la terre, à rcxceptiou de la région côtifere, est encore peu cultivée, parce gue la population civilisée fait défaut | une grande partie des territoires de rintérieur est même, pour ainsi dire, inexplorée. Ce n'est donc que d'une manière approximative qu'on peut, à l'aide de certains caractères généraux, diviser le Brésil en quatre grandes régions agricoles1 ® La région côtière tropicale s'étend des bouches de l'Amazone jusqu'à Santos et Sao Paul O sous le tropique du Capricorne* C’est la plus peuplée et la mieux cultivée* Au N*, dans le Maranhâo,les plaines basses dominent ; cette première partie est, en quelque sorte, le prolongement de la plaine de 1 Amazone* Mais, depuis le Cearà, la plaine cèlière se rétrécit; derrière elle, les terrasses et les crêtes montagneuses s'élèvent par gradins jusqu'à la région des plateaux et sont coupées de vallées d'érosion par lesquelles les eaux descendent à la mer* Dans les parties basses se trouvent surtout les cultures de canne à sucre, de manioc, de maïs, les forêts de cocotiers ; sur les terrasses, le caféier et de vastes forêts d'essences diverses; sur les hauteurs, du coton, du tabac, des pâturages et des steppes. Dans le Pernambuco particulièrement, on désigne sous le nom de «Matta» (forêt) la plaine basse qui a une soixan¬
taine de kilomètres de largeur et dans laquelle dominent les alluvions, et sous celui de «sertao» les plateaux dont l'altitude est en général supérieure à üOO m. et qui sont dépourvus de grands arbres* Dans les autres provinces du nord, le mot < sertao désigné les régions éloignées de la côte* La région cêtiàre tropicale, qui fournit les principaux a ri ides de l'exportation brésilienue, doit sa supériorité moins encore à sa fertilité qu’à la proximité des ports* Le ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics a présenté aux Chambres, eu 1B8T et 1883, deux tableaux montrant la valeur olTieielle de l’exportation des produits agricoles dans les périodes quinquennales de 1S81-8G et de 188^2-87. Le second de ces tableaux est plus incomplet encore que le premier sur lequel manquent les chiffres de l'exportât ton de 1 année 1885-86 pour les trois provinces de Para, Minas-Geraes et Matto-Grossû. On peut cependant estimer la valeur de l’exportation agricole de Para à 20,000 contos, celle de Matto-Grosso à 600 contos, et dans le second tableau (rapport de 188S) on trouve-pour k province de Minas- Geraes, en 188S-86, k chiffre de 37,000 contos. Ces trois chiffres additionnés h ceux du premier tableau présentent un total de 1.156.000 contos pour la valour officielle de l’exportation agricole des vingt provinces de l’empire dans la période de 1881-86, ce qui donne «ne mojenne annuelle de 931,200 contos. Cependant ce chiffre des exportationsestbien au-dessous de la vérité, le service de la statistique au Brésil étant mal organisé, et ne représente nullement la valeur de la production agr;cole. Selon M. Sonia Ferreira (Revue commerdale de l'année 1887, dans le Jomül do Commercio de Rio de Janeiro), la production agricole de l’empire qui était de 50,000 contos (195 millions de francs) en 1810, s élevait à 500,000 contos (1 milliard 950 millions de francs) en i887 c.-ii-d. pins du double du ebiffre oftieiel des exportations. Sur le total d’environ 231,200 contos de réis, lésultant des chiffres officiels (moyenno annuelle de ISSl- 86), les onze provinces de la région, qui s étend depuis
Maranhiio josqu’à Rio de Janeiio, %iireDt pour près de la moitié c.-à-d. pour 115,000 contos dont 6b,000 pour la seule province de Rio de Janeiro et 18,000 pour celle de PernambucD. — 5* La région tempérée du sud^ située au S, du tropique, comprend une partie de Sao Paulo et les provinces de Paranâ, de Santa Catliarina et de Rio Grande do SuL Le climat de Tintérieur y diffère sensiblement de celui de la cûte. Les cultures coloniales s’y montrent encore au N. ; mais c'est surtout la région du bétail et celle oii L’on cultive le plus les céréales, les haricots, et oii Ton cueille Je maté (ilexparaguayensls) dans les provinces du Paranü, de S, Catharinâ et du Rio Grande do Sul, Comme îe climat convient aux Européens mieux que celui des Iropiques, rimmigration s'est portée de préférence de ce côté, et c'est à scs colons que cette région doit son caractère agricole. Dans les 531,500 contos de la statiS' tique officielle (complétée comme nous l'avons fait cidessus), elle bgure pour 68,000, dont 48,000 pour la seule province de Sûo Paulo, qui est la plus riche après celle de Rio de Janeiro, — 3^ La région des plateaux ou région du Grand massif brésilien se compose principalement des trois provinces de Minas Geraes, ‘ de Goyâz et de Matto Grosso. C'est une région mixte par le cl ê mat qui est tropical dans les vallées et qui ressemble sur les plateaux à celui du bassin de la Méditerranée, Elle se compose de vastes forêts ou zone « de mat ta s 3 ^, situées surtout dans les vallées basses où coulent les rivières et où la végétation est le plus souvent luxuriante, de plaines immenses ou zone « dos Campes ^ dont le sol est couvert de graminées avec quelques rares bouquets de bois et qui sont surtout propres au pûturage. Elle comprend aussi des déserts et des terrains montagneux oü la végétation, à partir de 1,000 à 1,100 m,, cesse entièrement d'avoir le caractère tropical et est plus pauvre. Les voyageurs vantent k variété de la flore de cette région à laquelle il ne manque, sur beaucoup de points, que des bras pour la culture et des voies de communication pour le transport des produits* Ayrcs do Gazai parle avec admiration des bois d'orangers gigantesques chargés de fleurs et de fruits qu'on voit au Matto Grosso, Aug, Saint-llilaire a dit de Minas Geraes : « S’il existe un pays qui puisse jamais se passer du reste du monde, ce sera certainement la province de Minas Aujourd’hui, grâce aux chemins de fer, les planlations de celte province et même colles du S, du Goyaz approvisionnent en partie Rio de Janeiro de bétail, de céréales et de pommes de terre. Cependant, l'exploitation est encore très médiocre, et cette région fournit au commerce plus de produits forestiers, ipécaeuanha, bois de brésil, palissandre (jacarandà en portugais), et autres bois et essences que de produits agricoles. Sur les 5M,500 contos, total de rexportalion agricole, elle ne figure que pour B5,046 dont 31,093 pour la seule province de Minas Geraes qui, dans sa partie méridionale, participe de l’état économique de la province de Rio de Janeiro* — 4^ La région de la plaine de rAnmxoney dite aussi région des sel va s », forêts, comprend les deux grandes pro¬
vinces de Para et d’Amazonas, C'est une plaine généralement basse O U le climat, tout tropical, est plus chaud et l’humidité plus grande que dans les autres régions : deux causes qui, jointes à un sol d’alluvlon périodiquement inondé, entretiennent une végétation très abondante, mais rendent difïjciie raccbmatation des Européens, C'est la partie du Brésil la moins cultivée* On ne trouve que sur un très petit nombre de points des cultures principalement de
manioc, de riz, de haricots, de bananes, de labac, d'indigo, de caoutcbouc, de cacao. Ce sont surtout les produits des forêts, exploitées par les mains des Indiens ou des métis, qui fournissent matière au commerce : caoutchouc, cacao, cire de divers palmiers, châtaigne du Para, vanille, palissandre, acajou, bois de brésil, earnahuba et bois de construction, d'ébénîsterîe ou de teinture. Les immenses forêts de cette région sont interrompues, eu maint endroit, par de non moins vastes savanes où se trouvent parfois des fermes d'élevage et où paissent ù l’état presque sauvage des bœufs dont on vend le cuir, M. Coudreau a traversé dans la Guyane brésilienne plusieurs de ces grandes savanes. Dans le total de 531,500 contos, les deux proviaces de cette région figurent pour 19,530 dont 19,000 pour celle de Paré* D'après la communication faite par M. de Santa-Anna Kéry, îe 9 août 1887, â la Société de géographie de E\io de Janeiro, la production des provinces de Parâ et d'Amazonas a beaucoup augmenté pendant ces dernières années*
Le tableau suivant indique approximativement, d'après une statistique officielle, la valeur totale de l’exportation agricole des principales provinces du Brésil pour la période quinquennale de 1880-1885 ;
En contos de réis.
Rio de Janeiro.*.. 491.040
Süû Paulo -....... 540.555
Minas-Geracs *... 145,400
Pernamluico... 106.059
Parâ.. .. 90,044
Rallia*..,. 85.731
Rio Grande do Snl.. 69,451
La statistique officielle estime que la production agricole a augmenté de 55de 1885 â 1887.