DES VALEURS EN CIRCULATION. — DES POIDS ET MESURES
Comme nous cherchons par tous les moyens en notre pouvoir à éclairer les émigrants, disposés à se rendre au Brésil, nous estimons de notre devoir aussi de leur faire connaître ce qui concerne les monnaies, les poids et les mesures en usage dans l'Empire.
Les valeurs généralement en circulation sont représentées par de la monnaie de cuivre et par des billets de banque. Les pièces d'or (^t d'argent sont plus spécialement employées dans les transactions commerciales. On peut toutefois excepter, quant à ces usages généraux , la province de Rio Grande do Sul , où Ton rencontre dans la circulation une assez grande quantité d'espèces d'or et d'argent. Les comptes sont établie en monnaie dite reis, dont un million est un contos.
Il existe des pièces en cuivre de 10, 20 et 40 reis (soit environ 3,6,12 centimes.) On appelle vulgairement darée la première de ces pièces, soit celle de
1 reis. On se sert aussi de Texpression de vinUm, de teston et de cruzada.
20 reis sont un vintem, 320 reis forment un pataca (environ 96 centimes), 100 reis un teston et 400 reis un cruzada.
Lorsqu'on achète ou lorsque l'on vend , l'habitude est, par exemple, de dire : 6 vinlems, ou encore 1 pataca et A vintems, ou encore 7 testons, ou 1 cruzada et 12 vintems. Cette manière de s'exprimer contraint l'étranger à une réduction, pour se rendre raison du nombre total de reis demandé. En revanche , beaucoup de gens du pays ne se rendent point compte de ces reis , et si on leur demande par exemple 1,700 reis, ils réduisent cela en 5 patacas et 1 teston.
Le papier en circulation dans tout l'Empire consiste en billets de 1,000, 2,000, 5,000, 10,000^ 20,000, 50,000, 100,000, 200,000 et 500,000 reis (soit environ de 2 fr. 94 c. , 5 fr. 88 c. , 14 fr. 70 c. , 29 fr. 41 c, 58 fr. 82 c, 147 ft\ 05 c. , 294 fr. Ile, 588 francs 22 c, 1,470 fr. 58 c. Toutes ces réductions faites au change de 340 reis pour 1 franc).
Les patacoes sont une monnaie d'argent dont l'empreinte indique une valeur de 960 reis et dont le Gouvernement a fixé le cours à 1 ,920 reis (soit environ 5 fr. 64 c.) , différence basée sur la détérioration du papier monnaie , ainsi que sur le taux du change des valeurs européennes. Les piastres ont le même cours.
Toutes les monnaies d'or sont réalisables, mais dans une proportion qui varie selon le cours des lettres de change. Le Brésil fait frapper des pièces d'or de 1 0,000 et 20,000 reis à valeur fixe.
Le cnange établit chaque jour le rapport des reis avec les valeurs européennes; en sorte qu'il est sujet à des variations assez sensibles, selon la position financière du Brésil, suivant le prix des denrées en Europe; enfin conformément au plus ou moins d'imporlalions ou d'exportations qui ont lieu; d'où il découle qu'à cet égard ici comme partout, il n'y a aucune base positive.
Le Gouvernement a dû asseoir le taux de ses monnaies sur une base, et dans ce but il a choisi le cours de 27 deniers sterlings pour 1 ,000 reis ; ce mètre doit faire présumer qu'une moyenne de change s'établira entre 27 et 29 deniers , parce qu'au cas où elle s'élèverait davantage, on verrait affluer d'Europe au Brésil des envois d*espèces pour les convertir en retours sur Londres ou sur Paris, ou même pour en acheter des denrées , qui se vendent meilleur marché, lorsque le change est trop élevé. D'après ce qui précède , chacun sera fondé de croire que le change sur Londres demeurera entre 27 et 29 deniers pour 1,000 reis., que celui sur France restera entre 330 et 360 reis pour 1 franc, celui sur Hambourg entre 600 et 650 reis pour! marc-banco.
Quant auxémigrants qui auraien! des valeurs à emporter au Brésil , il leur conviendra toujours mieux de se procurer des piastres ou des onces espagnoles , à défaut de lettres de crédit, pour recevoir au Brésil l'équivalent de ce qu'ils laissent en Europe.
Les mesures de longueur sont les suivantes : la Brasse j qui se divise en dix palmes , chacune de huit pouces, en sorte que la brasse est de six pieds et huit pouces , soit de deux mètres quinze cënlimèlres.
3,000 brasses équivalent à une lieue, et un hectare est égal à 2,070 brasses.
Le Covodo est la mesure des étoffes, il est de trois palmes.
Le Medida est la mesure des liquides , il contient quatre bouteilles. 5 médidas sont égaux à 1 i litres. 180 médidas équivalent à 126 gallons. 1Ô0 médidas sont également égaux à une pipe. La charge régulière d'un mulet est de 32 médidas.
lu^Alquire est la mesure des produits secs.
Un alquire de farine mandioca pèse 48 livres, lin sac se compose de deux alquires.
lin alquire de café vert représente un poids dé 12 à 15 livres, suivant la qualité du café. Parfois 2 ^^ à 2 ^2 alquires en rendent 32 livres.
Un alquire, pris comme mesure de terrain, présente une surface de mille brasse? carrées , suffisantes pour mille pieds de cafiers , ou pour produire 35 alquires de maïs. Un sac de maïs est de deux alquires, un de haricots est aussi de deux alquires.
Le Quarteis est également une mesure de siipei"ficie. Cinq mille brasses carrées correspondent à quatre quarteis , dont chacun peut rendre cent arobes de sucre.
Le quintal renferme quatre Arobes ; Tarobe esl de 32 livres ; la livre de 16 onces , dont cbactihe est dfe 8 octaves. Un arobe est égal à 14 y^ kilos.
La charge d'un mulet, suivant sa force et les routes , est de 8 à 10 arobes.
La ipârche des troupes est de 4 à 5 liéùed pkr jour.
Nous terminerons ce chapitre sur la cblôhiààtion
au Brésil , en soumettant, avec beaucoup de réserve, à la haute sagesse et au patriotisme éprouvé du Gouvernement de cet Empire, quelques observations dictées par un zélé véritable, en faveur de sa future prospérité.
Les Chambres brésiliennes ont, le 18 septembre 1850, rendu une loi, n"" 601 , sur les terres dévolues. Conformément à cette loi, qui doit provisoirement remplacer un cadastre régulier, le Gouvernement est autorisé à établir une répartition générale des terres publiques; à faire opérer une mensuration, une division , une description des terres dévolues , à les vendre par lots de 500 brasses , à raison de Y^ , 1 , 1 ^L et 2 reis la brasse carrée , suivant la qualité et la position de ces terres.
Le Gouvernement est également autorisé à employer deux cents contos pour favoriser la colonisation. Cette loi , excellente en elle-même , réclame son exécution. Nous dirons que les terres dévolues sont loin d'être toutes de bonne qualité ; donc, que le colon, ami de ses intérêts , fera provisoirement mieux d'acquérir du terrain des particuliers et, ajoutons de ceux-là seuls, nantis d'actes de propriété réguliers, et ceci jusqu'à l'époque où des mensurations officielles , auront définitivement assuré ce qui appartient à chacun.
L'Etat a parfois été indignement spolié de ce qu'il possédait de mieux , de telle sorte , que fondés en droit ou non , il existe des propriétaires, qui se sont adjugés ce qu'ils possèdent, en se basant sur cette déclaration, qui leur tient lieu de titre sérieux : c^est à moi! de manière que ces soidisant propriétaires
n'abandonnent à l'Etat que ce qui n'est pas suffisam ment bon pour eux. Mais l'avenir fera droit de ces prélentions-là , en assignant à chacun ce qui est réellement à lui y c'est donc jusqu'alors que les émigrants ne doivent acquérir que ce qu'ils sont assurés de pouvoir conserver.
La nouvelle voie dans laquelle est entré le Brésil depuis son indépendance , demeure provisoiiement hérissée d'abondantes et graves difficultés (et ce que nous venons de citer plus haut en est déjà une grande); elles causeront à la législature de laborieux et consciencieux travaux , qui ne sauraient manquer d'être, de temps à autre , hasardés , soit par absence d'expérience ou par manque de documents suffisants. Cependant, une pratique attentive et studieuse purifiera, petit à petit, ces matières contenlieuses de tout l'alliage qu'elles pourront contenir; mais ces améliorations , ces perfectionnements ne seront l'œuvre que du temps qui mûrit lentement, lors même qu'un pur patriotisme y prête toute sa force.
L'essentiel, pour le moment, serait de poser immédiatement des limites certaines partout où on le peut, et seulement provisoires aux autres propriétés , sans pour cela renoncer à revenir plus tard à l'examen sérieux des droits douteux que s'adjugent ceux qui se les donnent.
C'est sans doute à la position d'une législation qui ne fait que naître, qu'on voit au Brésil promulguer des lois , comme si elles eussent été sanctionnées pour régulariser les mouvements d'un peuple depuis lougtcr.ips développé, civilisé, organisé, tandis que par ce seul point déjà, elles demeurent inexécutables.
lettr applicdtion ne pouvant avoir lieu partout. Il est DOème telle loi retidue générale qui, desanàtore^ n'est applicable qu'à de certaines provinces > où elle sera aussi excellente, qu'elle demeurera nuisible pour d'autres. Ajoutons encore que quelque soit le bienfait d'une loi , il peut être entièrement pai*alysé par l'interprétation que peuvent donner à la loi des hommes influents , et plus encore le caprice d'autorités éloignées , pour peu que l'intérêt personnel soit un des éléments qui ^ntre dans les décisions à prendre.
Il est facile de concevoir , par ce qui précède ^ de quel haut intérêt il est pour les provinces , d'envoyer à la législature des députés de grande capacité ^ pénétrés à fond des besoins réels de leurs commettants^ en sorte que de si précieux intérêts ne soient point uniquement confiés à des hommes purement de loi , habiles sat)S doute et noû moins bons patriotes, mais^ cependant, qui ne possèdent pas de notions suffisantes^ pour prononcer sur les éléments qui fondent la vraie prospérité de l'agriculture, de rindustrïè^ du cdmmerce, de là navigation, du militaire^ des arts et dîes sciences. Quand toutes ces branches seraient représentées par des spécialités, des capacités dans l'espèce , il est certain qu'il y aurait moins de discours oiseux et un bien plus grand mouvement vital.
La loi sur les terres dévolues ne sera praticable et véritablement utile que, quand elle sera appuyée d'un cadastre authentique , allouant à chacun ce qui lui appartient m réalité , et qui rendra au dcœadine public tout ce dont il a droit de disposer ^ après f^i avoir fait la juste a|>^réciation.
Ghaciîii comjJhéhdi*â combien, toné jpôilâdër ^dt deriilëreis li'milës la sévérité, il importe dé l-ettdre Ji César ce qlii âppaKiertl à César. Dès cju'oti suivra àd BrésH ; cottirtie pàrloiU , dette marche juste el Ibgiqué, oii ^rrifeHa à dlilièer de varies ététidiiès de térh^îti; on he reti'côtitrërà jilUs des eâjiadés &é dit à dbtlzë lielies d'un àol etcelleht, demèUraiit là propriété cbhleètable , taais ëkchièivfe , de maîtres c^tii hê poàsèdent ni lèô braâ liëcesâéires , ni les reèàources isu'ffiéant^S )poûr fëà mettre en bpjporl.
Ce ne sont pas seulement les propriétaires de Votâtes téhains , c(ui ont supporté iin dommage r'éél , de la ibtigUé cullUï-ë du Brésil par lefe hoirs ; TÊtat lutmême a tout autant s'ouiflfert ijii'eux, nous pouvôùs l'affirmer, tôtit èh laiâsattt dans Toilibre la large et prôfondfe bre^âtire qiië l'htimahilé y b téçilé, par le cruel trafic des nègreS.
M. Perret-Gentil, à Rio de- Janeiro , poôôëdé àé précîeùx tableaux comparatifs, travaillés aVec leè plus grâtids ëoinà et assis sur ta plus extk'ême exactititude, qui rte seront pas jointe à cette Noli'ce, ihài's qu'il est prêt dé ôoutnettré auxCbambtesbrcSlliéniie's, tàbleautdoht tés chiffres prouveront , jusqu'à la dëF-^ nièi*è évidénrce , évidence qui serait insaisissable ati-t tretnetit, quels sont les résultats obtenus pat le travail forcé des hoirs , et ceux qu'aurait pu donner té thivaîl libre des blâhbâ, l'ensemble de ces travaux faits dàttis uti même espace de temps. Lés propriétaires et lé GouVèrtiéiiiett^^ôAl perdu des milliards. Heureuèéméhl qdé ce inal peut avoir un terme , et que cette incalculable prospérité né sera différée que jusqu'au moment où l'Administration du nouvel Empire éntHeMsi
avec empressement , ainsi que les propriétaires , dans un système de véritable colonisation. Plus de vieux préjugés, plus de récompenses décernées à ceux qui, en les préconisant^ sont les plus grands obstacles à la prospérité comme à la splendeur de leur pays. Les destinées du Brésil sont autrement nobles, autrement glorieuses que cela. La jeunesse qu'elle élève nourrit de trop louables sentiments, un trop vif besoin de sortir d'une vague inertie, pour ne pas travailler à l'illustration de la riche patrie que le ciel lui donna.
De notre côté , nous ne saurions offrir au Brésil un hommage plus sincère de notre entraînement pour lui , qu'en signalant à son Administration tout ce qui peut lui être nuisible^ qu'en lui montrant ce qui peut le faire prospérer. Nous y sommes d'autant plus encouragé, que nous n'ignorons pas que les Chambres partagent les opinions énoncées dans cette Notice , et ce qui le prouve suffisamment, c'est que déjà elles ont aboli le trafic des noirs , qu'elles s'occupent des moyens les plus propices de procurer à l'agriculture brésilienne le plus grand nombre possible de bras libres, nécessité d'autant plus urgente, qu'une inquiétude vague, qui surgirait de la force des habitudes que l'on cherche à déraciner, pourrait , si elle n'avait décentre poids, retomber dans les anciens errements, malheur redoutable , puisque ce serait reculer l'époque de l'émancipation et du règne de Thumanité. Une Direction administrative est à nos yeux la seule force efficace pour obtenir et assurer , d'une manière stable, les heureux changements que nous souhaitons au Brésil .
Une banque spéciale , destinée au déploiement de la colonisation, pourrait être très-utilement fondée au Brésil , de manière à subvenir aussi à tous les autres besoins agricoles. Cette banque garantie par les terrains dévolus , aurait des succursales dans celles des provinces, où leur création serait nécessaire pour venir au secours de ceux des propriétaires qui , ayant besoin d'avances, viendraient y hypothéquer leurs domaines. Une banque pareille ne serait pas moins utile aux capitalistes auxquels, par l'émission de ses actions, elle offrirait un placement sûr, en môme temps que l'occasion lucrative de venir en aide à l'agriculturr , à l'industrie et au commerce.