DE LA COLONISATION ACTUELLE AU BRÉSIL
Nous avons terminé le chapitre qui précède, en présentant le tableau de ce que le Gouvernemetit actuel a cru devoir faire en faveur des étrangers qui viennent se fixer au Brésil. En d'autres termes , nous avons relaté ce que la législature a sanctionné pour baser la colonisation de cet Empire.
Nous nous demandons maintenant si , là se trouve précisément tout ce qu'il fallait faire , pour atteindre le but éminent d'une vaste colonisation , bien autrement favorable au Brésil lui même, qu'à l'étranger tenté d'y émigrer ?
Approfondir cette question , telle est la tâche que nous chercherons à remplir dans ce chapitre, en basant notre travail sur ce que nous croyons essentiellement vrai , parce que la vérité est si puissante de
sa propre force , qu'elle finit toujours par remporter la victoire. Aucun peuple , aucun âge, aucune assertion ne parvinrent jamais à prouver qu'elle ait tort. Toujours une, toujours semblable à elle-même, elle demeure sa propre démonstration. Ce que la vérité est aujourd'hui, ce qu'elle fut dans l'antiquité, elle le sera au dernier instant du monde et durant toute l'éternité. >, -, r »>'->> c' ^ î't
Or, posons d'èhtréë , que chaque nation ne commence à revêtir l'esprit qui lui convient, qu'au moment où ses principes spéeulatife'. concourent, avec sa position physique, pour l'introduire dans la véritable voie de ses intérêts. C'est seulement alors que , d'un pas ferme, elle avance vers l'opulence, la splendeur, vers ce qu'elle peut se promettre du libre usage de ses ressources locales. Telle est la position du Brésil.
Le grand art de ceux qui sont appelés à l'administration dea peuples j, est. . d'éviter . soig9gi)^i^ç|i^fy de pr.endre.j[^Ojûr régie dé çonduite^^. la ligne:, qijie..jsw^^ vraiçnt.de sinaples individus ,. parce .qqe ceux-îci.ine songent, qu'à leur seul intérêt personnel -, J^aj^ifi, X^ç les Chefs des Etats ne doivent s'occuper.' avec le plus grand empressement , que de ç^e qui p-eut^^s^.orje.r le^ bonheur de phacun et fonder la pn)spérifé^.p9b^ que. .. Ils doivent. avoir toujours présent à^la pe^.é^, Que Topulencè des individus est labase.Iaplusljairâ;]^ eiJaplus solide delà fortune de l'Etat. . , •
Les capitales des monarchies sont^de. puis^ja^ fpyers d'énergie , de je^spu^ççs et. d'intrigues.,. Les moyens d'action sont d'ordinaire eji. prpportioiv4^ passions, qui , ^jgitept les hommes^ .gWMlû§ ..^WYfM aussi ,j[9r une. h^ureusie cooipensatipp , plus,il,^.^,d,e
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à l'endroi^dçbpijne?: choses à créç^r ^ o^Hft froidej* çsl al5>rs^ UQ danger^. j?'e§,t , im . obi^t^cletir ^«rûioaleiî avec l^ plifâ g^a^d;gfoi^. JU):Vaqi^^ Ifivolqntéde^^: faille (bit .s':allier; aux moy.ç>^3, 4^^ faut jamais que Uune^ f^$sQ défaut aux ault^eai..; . Quaud nous ayqn^ entrepris/ d'^rirçiQÇittç uQtioe sur la çQjppl^^itipn au Brésil, niotre impvilsioftpriDcif pale a été d'pfer èg^l^lpen|;a^x: Bré3ilien§., .ooHuaafi aux eurQpèen^; éwgrawte, Je§. . fruits .^bQudants rët cujBJUjs dfi^;(^sftrygtiou^4
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sées par là ci*ainle de quelques légers sacrifices, de quelques avances faites par TEtat et (|ui rentréraieni dans ses caisses peut-être avec la seule perte de quelques intérêts. Nous ne saurions admettre que des esprits éclairés et perspicaces pussent être rëtéùas par de si minces considérations , par un présent si mai compris, qu'il anéantirait dans son germe un avenir rempli d'or. Avenir dont une faible partie des vastes ressources qu'il offrirait, serait plus que suffisante pour couvrir les frais de création de canaux, de chemins ferrés , de télégraphes , de cominunica'^ tiens directes , célères , faciles , indispensables > d'embellissements de cités, de commodités, de sécurité de ports, de construction, d'entretien de flottes, enfin surtout de ce qui base Une éducation morale et scientifique.
C'est en souriant que tout homme d'Etat jettera un coup-d'oeil sur l'esquisse que nous venons de tracer de ses propres pensées, de ses méditations, de ses plus chères intentions ; et tous les hommes supérieurs du Brésil s'écrieront : Voilà ce que nous demandpns pour notre belle patrie !
Le Brésil ne possède-t-il pas toutes ces richesses, toutes ces splendeurs ? N'est-il pas un magnifique diamant sorti de la mine , mais qui n'attend que l'œuvre du lapidaire pour lui assigner toute la valeur qu'il renferme en lui-même.
La taille de ce précieux brillant , c'est l'agriculture étendue sur toute sa surface. Le lapidaire est une population nombreuse, intelligente, agissante, qui, en cultivant le sol, prépare les produits qtri donnent la vie au commerce, que votre pavillon national pro-
tégera datis les contrées les plus éloignées, eld'oii il rapportera les trésors qui enrichiront l'Empire.
Mais pour parvenir à ce point culminant de prospérité, il faut des agriculteurs, un grand nombre d'agriculteurs, et où sont-ils? Oii voit-on les cent cinquante millions d'hommes qui manquent encore au Brésil?
Le Brésilien ne demande pas mieux sans doute que les terres qu'il possède soient bien cultivées; cepen» dant on n'a rien fait d'heureux jusqu'à ce moment, pour amener les Indios tapuyos à goûler de la civiiition, et quant aux Indios mansos s'adonnent-ils à l'agriculture? Pas beaucoup plus que leurs compatriotes encore sauvages. Il ne reste donc, en fait de véritables agriculteurs, au Brésil, que des Européens, en nombre si restreint, quil serait presque ridicule d'en faire compte, comparativement à ce qu'il faudrait qu'il y en eût. Tout repose encore sur le travail des noirs, dont le nombre, quelque peu menaçant , égale les deux cinquièmes de tous les habitants de l'Empire.
Lorsque les Espagnols et les Portugais , aussi insatiables d'or les uns que les autres, eurent inhumainement massacré ou acculé , dans des lieux presque inaccessibles, les tristes restes des anciens habitants, ils demeurèrent les propriétaires des vastes solitudes actuelles. Les dominateurs de ces contrées désolées ne trouvèrent, dans les indigènes captifs, que des êtres si faibles et si souffrants , qu'un homme , profondément charitable et surtout éminemment bon, imagina , sans y avoir suffisamment réfléchi, et aussi sans en avoir prévu les cruelles conséquences, il
imagina , disons-nous , de soulager les souffrances des infortunés américains, en les faisant aider parles fils de l'Afrique , qui , nés forts et robustes au centre de climats analogues, se trouveraient dans la position de pouvoir supporter les étouffantes chaleurs du monde nouvellement découvert et si barbareraent dépeuplé.
C'est ainsi que la compassion d'un homme , animé de la plus incontestable charité et d'un vif amour pour son semblable , créa à son insçu les hideux malheurs d'un nombre inconnu de millions d'êtres , dont les douleurs et les souffrances sont dignes de. la plus profonde sympathie.
Dès que ce criant système eût été admis , le Brésil et bien d'autres contrées encore , furent peuplés d'esclaves. Ces hommes, achetés comme des bêtes de somme par les propriétaires de domaines, leur parurent désormais indispensables à l'agriculture. Cet infâme trafic entra dans l'usage , passa dans les mœurs , devint chose légitime et prit profondément racine par la succession des siècles. Combien ne faudra t-il pas d'efforts , et d'énergiques efforts encore , pour parvenir à extirper entièrement un usage affligeant, coupable , dernier vestige palpitant d'une barbarie surannée, et qui néanmoins s'est perpétué jusqu'à nos jours , époque que nous osons proclamer celle de la lumière, du christianisme, de l'humanité, de la fraternité ?
Laissons à des cœurs battant à Tunisson du nôtre , mais qui guident une plume plus habile que la nôtre , à lutter en faveur de cette intéressante causé , et contentons-nous ici de dire aux propriétaires bré-
siliens, avec autant de vérité que de franchise, qu'ils sont dans la plus complète erreur, relativement à leur intérêt matériel, lorsqu'ils caressent l'esclavage et qu'ils regardent les nègres comme la base de leur richesse. Le fait est que ces malheureux noirs, ne sont que la sape qui les conduit à une ruine plus ou moins rapprochée , mais certaine.
Que le propriétaire d'esclaves nous permette , pour quelques instants , de lui parler de sa position. Que veut-il? au moins au Brésil et vraisemblablement partout. Ce qu'il veut? Il ne demande pas autre chose, sinon : que ses plantations lui donnent le plus fort revenu possible , et, pour obtenir ce résultat, il demeure convaincu que le travail des noirs est celui qui atteint le mieux et le plus sûrement le but qu'il se propose.
Une fois dans cette persuasion intime , le propriétaire résiste à tout ce qu'on peut lui dire , à tout ce qui tend à prouver qu'il se trompe. Il est cependant dans l'erreur, parce qu'il existe d'autres moyens plus certains d'obtenir un meilleur résultat de ses terres y en ne courant pas les mêmes chances de perles. Voilà ce que nous nous proposons de lui démontrer, s'il veut bien prendre la peine de nous lire , s'il veut bien avoir la patience de nous suivre et de réfléchir à ce que nous lui exposerons aussi clairement que la chose nous sera possible. Mais avant de traiter ce qui concerne les particuliers, qu'il nous soit permis de débuter par quelques mots préalables, sur ce qui, dans cette question, touche à l'intérêt général , c'est-k-dire à la morale comme à la sûreté publique.
Le commerce, non le trafic des esclaves, c'est-à-
dire b venle dn produn . b lÎTiaîsos de son firère, à UQ mallie, boaune cooine le vesdear, oomne le noir loi-inêiDe ^ esl-eUe une oeuvre înBOoeiite devani le Créateur des trais parties de ce uui ché? — Qœ ceux qoi le pensent ^ que ceox qui Paffirment , en demeurent responsables devant le tnbnBal sopréme. Mais en ce qai noas c-onceme. que rElemei nous préserve de jamais assumer b terrible responsabilîlé de notre adbésion à une pareille action , ainsi qu'a tout ce qui pexïi en découler.
Si cet acte est criminel devant Dieu ^ quelle atteinte ne porle-t-il pas à b morale public|ue ! quel exemple pernicieux ne donne -t-il pas aux jeunes g»érations! dont il tue les sentiments , dont il pervertit le jugement, parmi lesquelles il prépare peut-être des bourreaux , ou tout ac moins des maîtres , qui ne seront contenus vis-à-vis d'autres bommes que par ménagement de leur intérêt , non par conscience , mais pour épai^er leur bourse.
Et l'Etat, qui tolère de tels abus publics et privés , lui qui ne s'enquierl et ne peut non plus s'enquérir de tout ce qui se passe an loin, dans l'intérieur des pbnlati<ms , saurait-il être bien rassuré sur les suites qui peuvent naître de vengeances à exercer par Tescbve , poor b violente séparation dont il a été la victime lorsqu'on l'arracha de son pays, pour les maltraitements quMl a soufferts en route , pour ceux qui y sont succédé depuis son débarquement? L'Etat n'a-t-il non plus à concevoir aucune crainte de l'existence possible d'associations sourdes et étendues entre gens désireux de secouer le joug trop pesant qui peut les opprimer?
On oe saurait sans effroi mesurer une situation pareille, ni les suites qui peuvent en surgir; mai$ ce qu'on doit oser, aussitôt qu'on aborde cette terrible supposition , c'est d'en tarir la source de manière à ce que jamais on ne courre le risque de la voir devenir une cruelle réalité. l\ faut, pour tarir cette source, ne plu6 importer de noirs mais punir rigoureusement cette importation ; il faut ne plus en accumuler ta masse dans un pays , où le bonheur ne saurait pas plus être leur partage que les Brésiliens eux-mêmes ne peuvent fonder de sécurité sur la présence de ces nègres.
Cependant, en admettant que nos craintes soient exagérées, parce qu'on nous oppose qu'an Brésil, comme ailleurs , les noirs sont satisfaits de leur situation, que, soumis, ils sont doux eX inoffensifs, nous demanderons alors aux Chefs du gouvernement si ces nègres sont bien la population de choix , à laqueHe ils souhaitent accorder une préférence à l'exclusion de toute autre? Jusqu'à ce qu'ils nous affirment euxmêmes que c'est là le vrai de teur pensée et la règte qui les dirige , nous nous permettrons âe ne pas le croire.
Passons maintenant à l'examen de ta question , au point de vue de l'intérêt particulier, et voyons s*il est mieux satisfait que l'intérêt général et public, en ce qui concerne la propriété des noirs.
Citons tout d'abord l'usage qui régne en Europe parmi les propriétaires, pour exploiter ou foire valoir leurs domaines. Tel propriétaire cultive son fonds à sa main 9 soit par lui-même^ et, pour cetaf, il prend des domestiques ou des ouvriers ^ et il eherçhe par
(ous les moyens scientitiques ou malériels, en son pouvoir , à lirer le meilleur parti de sa propriété ; 2* ou bien il afferme ses terres , c'est-k-dire qu'il les remet à bail à un preneur ou fermier , qui en paie une redevance annuelle et qui , à son tour , s'évertoe à tirer de sa ferme le plus grand avantage possible; 3* enfin ses terres sont cultivées à mi-fruit , c'est-àdire que le propriétaire fournit le sol pour sa part, l'agriculteur ou granger pour la sienne, donne ses soins et ses travaux à la culture de ces terrains. Après chaque récolte^ les contractants partagent entre eux , par moitié, tous les produits du domaine, remis à grangeage.
Sans entrer dans l'examen du mérite plus ou moins contesté de ces trois différentes manières d'exploiter un domaine , ainsi que sur leurs avantages respectifs , nous dirons seulement : que le premier de ces modes est celui qui plus particulièrement est en usage au Brésil, avec cette différence énorme qu'en Amérique ce sont des esclaves qui sont employés par le propriétaire pour l'exploitation de ses terres , tandis qu'en Europe ce sont des hommes libres qui les cultivent.
En quoi donc gît cette différence énorme? D'abord , en ce que l'homme libre suit une vocation de son choix, qu'il a étudiée; que, voué à son métier, il acquiert par la pratique , chaque année , une expérience qui donne de la valeur à son travail , en sorte qu'appelé à profiter de ce qu'il gagnera, puisque son lucre demeure sa propriété, il s'applique toujours davantage à devenir habile , afin d'être d'autant mieivx salarié; enfin parce que , sans nuire à son maitre, il cherche par sa bonne conduite à se créer des économies.
Au point de vue de la nourriture , l'ouvrier européen ne coûte pas davantage que l'esclave noir; mais voici enfin où se rencontre V énorme différence : c'est que le noir a coûté un capital à celui qui l'a acheté, capital qui peut être instantanément anéanti par la niort^ par la fuite, mais capital qui sans cela s'épuisj chaque jour par la diminution des forces, par la maladie ou par l'âge de l'esclave.
Pour tout homme , habitué à calculer juste , il doit demeureracquis que, quiconque peutavec une dépense égale obtenir un ouvrier habile, diligent, expérimenté* travaillant de bon c^ur, sans contrainte, pour lequel il n'aura qu'un salaire à payer, mais point d'achat à faire , point de chance de perte de capital , de maladies ou d'autres dommages à courir , entendra bien mieux ses intérêts quand il préférera l'homme libre à l'esclave et le blanc au nègre.
On opposera sans doute à ce que nous venons d'exposer : d'abord l'antique usage, l'habitude consacrée , quelques avantages de détail , les dangers d'inovation ; enfin, qu'en achetant un noir, on voit ce que l'on acquiert, et que si l'on rencontre un bon ^ujet, qui devienne père d'enfants qui vous appartiennent , ils compenseront l'achat et le décc^s et formeront une famille qui ne fuira pas. Il est incertain d'ailleurs si on verra venir des Européens pour l'époque des travaux , et lors môme qu'il en arriverait , conviendrontils? Et s'ils conviennent, rien n'assure la permanence de leurs travaux. Ensuite , qui ignore que le» colonisations tentées jusqu'à présent n'ont offert que des résultats très-peu satisfaisants. Donc, dans le doute, on s'abstient volontiers. Certes, convenons-
en , ce parti est le plus facile ; mais , à nos yeux , il n'est certainement pas le plus avantageux.
Les raisons données en faveur de l'esclavage prouvent évidemment que la vieille marche ne saurait convenir à l'Empire, qu'elle ne le peuple que de sujets factices, extrêmement inférieurs sous tous les rapports, et dont le recrutement coûte chaque année peut-être cinquante millions aux sujets de la Monarchie, pesant tribut payé à la traite des nègres; tandis que la cinquantième partie de cette somme serait plus que suffisante pour faciliter l'arrivée de blancs , d'Européens libres , de Chrétiens , qui donneraient ou aideraient à donner au Brésil des résultats d'une tout autre importance , en créant des citoyens , des propriétaires , dont la présence assurerait au sol une valeur toujours croissante, enfin énorme.
L'état actuel des choses, entretient en outre, un piège permanent , tendu aux propriétaires brésiliens , grands ou petits, c'est-à-dire la facilité qu'on leur donne d'acheter des esclaves à crédit, mais alors à ' un prix élevé escorté de forts intérêts, qui , ainsi que le capital, sont hypothéqués sur leurs terres, souvent engagées au-delà de leurs forces; aussi la plus complète ruine est-elle le lot certain de tous les acquéreurs d'esclaves à crédit. Cet énoncé seul ne seraitil pas assez saillant pour ouvrir les yeux de ceux qui les ont le plus fermés à la lumière , et pour leur faire concevoir que des hommes, dont l'achat est un pas vers des engagements imprudents et onéreux, devient entièrement dangereux, lorsque l'objet acquis est sujet à la maladie et à la mort.
Parce que vos dominateurs portugais Tout fait ,
— IftS —
est-ce donc un motif suiiisanl pour vous de les imiter? Il y a bien d'autres choses qu'ils pratiquaient, auxquelles vous avez renoncé avec grande raison , parce que vous les avez reconnues mauvaises. Les esclaves sont encore un de ces usages injustifiables , que, d'accord avec la loi, vous saurez repousser, non seulement pour le repos de votre conscience, pour le mieux de vos intérêts, maïs aussi pour la plus grande sécurité de votre patrie.
Soit! répondez-vous, mais avec cette adhésion apparente, vous vous hâtez de citer tout ce que la législature s'est efforcée de faire pour attirer des étrangers ; toutes les faveurs qui leur sont accordées au Brésil , où , à beaucoup d'égards, ils sont placés au niveau des nationaux, et où, dans d'autres cas, ils sont moins surchargés que les indigènes , sans que nonobstant, jusqu'à présent, on ait vu naître rien de favorable de toutes ces concessions , qui n'ont donné aucun résultat satisfaisant. Peu d'émigrants abordent le Brésil, et si quelques colonies sont venues s'y asseoir, elles sont loin encore de présenter des succès , malgré les sommes qui ont été volées pour les faciliter. Vous ajoutez ensuite : Veuillez donc nous indiquer le bien que ces lois , ces essais , ces allocation ont produit, ne sont-ce point des peines et de l'argent perdus?
Non ! ce ne sont certainement pas des sacrifices en pure perte , ainsi que vous semblez le croire ,. et que vous vous efforcez a le prouver. C'est ce que nous allons chercher à vous démontrer d'une manière aussi claire qu'incontestable. Et d'abord, si, jadis, des personnes de grand mérite, parfaitement honorables
et dignes de respect, telles que M. le Consul-général Sturz, à Berlin; M. le docteur Schmidt, à Hambourg; et M. Kalkmann, à Brème, ont, avec une parfaite loyauté , fait de grands et d'infructueux efforts , afin de réunir des colons pour le Brésil ; c'est que ces messieurs n'étaient autorisés à disposer d'aucune somme en faveur des émigrants, auxquels ils ne pouvaient accorder que des facilités de protection... et cela dans le même temps où des spéculateurs , qui ne travaillaient qu'en vue de leur seul intérêt personnel, trompèrent et dégoûtèrent si fort d'autres éraigrants, que ceux-ci, par leurs hauts cris, effrayèrent et retinrent ainsi ceux qui se préparaient à partir; ensorle que le Brésil fut à la fois décrié et délaissé.
Mais si , nonobstant , quelques-uns persistèrent à se rendre au Brésil , ils y furent, dès leur arrivée, répartis dans des colonies tentées sans succès, parce qu'elles ne reposaient point sur de véritables principes vitaux ; ces émigrants devinrent les victimes de nombreuses erreurs, ou la proie de criants abus, que nous indiquerons pour que chacun les évite; d'autant plus que celte Notice est spécialement destinée à signaler les écueils , à faciliter les voies, à créer des ressources , à coopérer activement au développement, k la prospérité, à la splendeur du Brésil, et encore à préparer un avenir satisfaisant et heureux aux émigrants qui viendront y chercher une meilleure fortune.
Quant à la somme votée par les Chambres , n'estelle pas une preuve , qu'elles aussi , ont compris l'urgence de faciliter beaucoup l'arrivée des colons. Donc elles n'ont pas reculé , nous ne dirons point, à
faire des sacrifices, parce qu'un tel emploi de fonds ne saurait, ni ne doit être considéré comme tel , elles n'ont point reculé de voter une avance , qui rendra au pays mille pour un. Ajoutons encore que la législature, en entrant dans celte voie propice et salutaire au Brésil, ne doit jamais agir avec parcimonie en cet endroit, pour lequel elle ne saurait faire de trop larges efforts. Cependant, les efforts les plus grands, les plus importants, les plus eOicaces, sont ceux à faire pour régler sévèrement le judicieux emploi de ces allocations. Si ces subsides sont volés dans le but précis de faciliter l'arrivée des émigrants , soit en subvenant en grande partie à leur traversée , soit en leur préparant des outils , il faut que ces sommes remplissent le but et que jamais elles ne soient appliquées à d'autres usages, qu'à leur véritable destination. Agir contrairement aux vues et au vote des Chambres, ne serait-ce pas anéantir tout moyen de réussite , et donner un signe bien affligeant d'incapacité ou de non patriotisme chez ceux auxquels serait confié le véritable emploi de ces valeurs.
Le Gouvernement du Brésil ne saurait douter de la nécessité de peupler l'Empire , en donnant des agriculteurs au sol , des artisans à l'industrie; son plus grand empressement doit donc être d'atteindre ce but, pour la réalisation duquel il se trouve en pleine concurrence avec les Etats-Unis; qui, au point de vue géographique, sont mieux situés que le Brésil pour attirer les Européens. Il faut bien reconnaître que pour atteindre le continent sud américain , l'émigrant doit se soumettre à une plus longue navigation , à habiter un climat plus chaud et dans des con-
trées où n'existent que peu de prairies naturelles el artificielles, et, enfin, où les communications intérieures ne sont pas encore multipliées. Mais si le Brésil ne présente pas certains avantages qu'offrent les Etats-Unis aux émigrants qui s'y rendent, en revanche, il leur assure de précieuses compensations dans des produits que ne donne pas T Amérique du nord, dans une culture infiniment plus facile; enfin, dans la certitude que l'Administration dotera l'Empire des voies qui lui manquent encore, qu'elle aidera les émigrants par toutes les facilités qu'elle créera en leur faveur, au moment de quitter le sol européen, pendant leur traversée, enfin, à leur arrivée au Brésil.
En effet, maintenant, déjà les traversées sont plus faciles que jadis , et certainement on s'appliquera à les rendre de plus en plus aisées, quoiqu'on ne puisse raisonnablement pas espérer de voir employer la vapeur pour transporter les colons au Brésil. Mais ce qu'on pourra leur réserver , c'est une extrême économie , jointe à un bien-être positif, deux avantages qui pourraient être portés aux dernières limites , surtout si un service spécial , pour cette navigation , était organisé par le Gouvernement , avec bâtiments frétés par lui , et que l'exécution du tout fut confiée à des hommes probes et consciencieux , soumis à la surveillance des passagers et de commissaires spéciaux munis de pouvoirs suffisants. Ces derniers résideraient soit au Brésil soit en Europe.
Quant à nous , nous sommes convaincu que ai le Gouvernement brésilien parvient à se pénétrer de l'importance du sujet ^ il prendra la colonisation de
l'Empire en haute considération , et lui vouera un immense intérêt, qui se traduira "par d'énergiques moyens employés à cette source de prospérité pour l'Etat. Toujours, selon nous , il ne saurait s'appliquer ni trop tôt, ni trop activement, à réaliser ce grand bienfait, en s'aidant du concours des lumières et de l'active coopération de la direction administrative dont nous avons parlé dans le chapitre précédent.
Des mesures sanitaires en faveur des émigrants , ne devraient pas être négligées , de manière à ce qu'ils ne fussent pas atteints par le découragement dans leurs travaux; ceci dit particulièrement en vue des régions du nord de l'Empire. On se tromperait cependant si l'on pouvait nourrir l'opinion que l'européen ne peut s'acclimater dans la partie la plus chaude des tropiques. II le peut très-bien , s'il veut prendre quelques précautions dont on devrait , sans délai , lui donner connaissance , soit avant son embarquement, en Europe, soit, encore, au moment même qu'il descend sur le rivage américain. Ces directions imprimées dans sa propre langue, lui seraient délivrées gratis, afin qu'il pût les consulter au moment opportun et s'y conformer scrupuleusement, ainsi que cela lui serait chaudement recommandé. On peut même affirmer que les divers climats chauds , sont favorables aux constitutions faibles qu'abattent les rigueurs du froid. La chaleur du climat ne doit donc pas être un motif d'empêchement de choisir le Brésil pour y fixer son séjour.
La Direction administrative, quoique nantie de pouvoirs suffisants , pour agir sans délai et selon les besoins de la situation , serait encore appuyée de la
protection puissante, de l'active coopération du Ministère , et particulièrement dans l'emploi judicieux des fonds votés par les Chambres. Cette direction surveillerait le départ , la traversée , comme Tarrivée des émigrants , leur répartition suivant leurs engagements , l'exécution des contrats stipulés , dont l'une des expéditions devrait être déposée dans ses archives. Elle correspondrait avec les agents fixés en Europe; elle leur ferait connaître les facilités qu'ils pourraient accorder à ceux qui les mériteraient, puisque ces agents seraient placés de manière à pouvoir juger de la moralité et des besoins des émigrants.
En dehors des Ambassadeurs , mais toujours sous leur inspection, un Agent supérieur, en Europe, serait chargé d'une haute surveillance sur les divers agents placés dans les ports ou dans l'intérieur des pays, qui fournissent le plus d'émigrants. Cette rapide esquisse indique déjà les traits principaux de la marche à suivre pour obtenir une entière réussite , pour rassurer et satisfaire les émigrants qui se proposent , non-seulement à devenir colons , mais aussi citoyens du Brésil.
Nous ne saurions trop répéter ici , combien il est urgent que la Direction administrative soit composée d'hommes de bien; de gens éclairés , de chauds patriotes, n'ayant en vue que le seul intérêt du pays. Il est indispensable que leurs efforts ne soient entravés, ni par de fausses influences, ni par des usages surannés, ni par d'antiques préjugés, ni par l'avidité de quelques-uns. C'est précisément à cause de l'absence d'une direction, reposant sur les bases que
nous venons de relater , d'une direction tuîélaire et protectrice , faisant exécuter à fond les contrats des établissements particuliers, que la plupart de ces établissements ont mal fini. Sans contredit, toute colonisation privée doit avoir une sphère d'action entièrement libre, tant qu'elle n'enfreint en rien la légalité ni les institutions consacrées ; mais encore il faut qu'elle tienne elle-même ses engagements vis-k-vis des tiers , et qu'à cet égard , elle demeure sous la surveillance de la Direction administrative , qui, de son côté, pourrait lui accorder un précieux appui et même lui fournir d'intéressantes communications, toutes les fois qu'il conviendrait à une colonisation d'en réclamer.
Jusqu'à présent , divers systèmes de colonisation avaient été tentés et étaient demeurés sans succès, par des causes variées. De vieilles habitudes ont prévalu dans quelques-uns ; dans d'autres, on a essayé Pamalgame d'anciennes routines avec des méthodes modernes. Au milieu de ces conflits, des émigrants arrivés au Brésil après une traversée plus ou moins pénible, furent placés, privés de secours, sur de mauvaises terres, où ils eurent à lutter avec la faim et le prosélytisme. Tels furent les maux qu'eut à supporter là colonie suisse. On ne saurait s'étonner si les suites d'un pareil système furent désastreuses, et qu'elles aient laissé de profondes traces. Mais cette fauwsse position n'existe plus, elle sert d'avertissement aux émigrants , pour qu'ils la fuient à l'avenir. Un autre motif de juste effroi pour eux, doit être tout procès; qu'ils se gardent d'avoir jamais à en soutenir avec des propriétaires voisins.
Le Gouvernement qui jadis , en semblable occorrence , aurait pu intervenir utilement dans l'intérêt de tous, ne le fit pas. Cependant la porte qui conduit à de semblables attaques , doit être Tune des premières à clore , afin d'assurer la tranquillité iles colons. Ici se trouverait encore une des précieuses attributions de la Direction administrative des colonies, qui prendrait les intérêts des colons sous sa protection tntélaire, et, afin de prévenir les discussions , elle ordonnerait le tracé de lignes précises de démarcation, de manière à allouer à chacun ce qui lui appartient. En délimitant ainsi les propriétés , la garantie existerait pour chacun , l'arbitraire serait bannie tous les droits seraient reconnus devant la loi. Mais la protection de la loi ne serait qu'un vain mot, si celui a qui l'exécution en a été confiée se place au-dessus d'elle.
La plus précieuse garantie, celle qu'il importe d'assurer aux colons est , que jamais ils ne seront victimes des coupables vexations des employés ; sans quoi les institutions les plus parfaites , ne sont que des feuilles morles, pire même, ce sont des leurres. Certes telle n'est pas la volonté auguste et suprême du Monarque, que ses Etats gémissent sous l'arbitraire obscur de subalternes, il les empê<^hera d'attenter à son autorité souveraine, à laquelle tous aiment à accorder leur entière confiance.
La législature s'est déjà occupée, avec sollicitude, de la modification des lois qui concernent les successions et règlent le maniement des biens des orphelins. C'est ainsi que de criants abus ont pris fin , et n'effraieront plus ceux qui avaient à les redouter.
Ce qoe nous avons énoncé plus haut , an point de vue de la création d'une Direction executive snpé* rieure de colonisation , et en ce qui concerne les secours accordés par les Chambres, suffirait pour donner déjà une vie nouvelle et de puissantes forces à cette branche d'économie politique. En attendant l'heureux moment où ces mesures pourraient exercer cette précieuse influence , qu'il nous soit permis de jeter un regard rétrospectif sur les fautes du passé. Nous reconnaîtrons , tout d'abord , qu'on ne pouvait donner le nom de colonisation à quelques individus épars y sortis du Portugal , pour venir exercer leur métier au Brésil. Là, on les entassait dans des maga^ sins, d'où on les ressortait ensuite, en essayant d'en faire des colons. Les choses allèrent-elles mieux plus tard? Une colonie qui était parvenue à un certain point de prospérité , resta cependant stationnaire , à la suite de dissentions intérieures , et aussi par le trop faible débouché de ses produits.
Une seconde colonisation a été morte-née , parce qu'elle reposait sur l'application d'un système réformateur de la société, pour l'exécution duquel on eût dû, préalablement, créer des hommes spéciaux.
Il a existé d'autres tentatives de colonies , seule^ ment en vue d'obtenir des concessions de terrains, d'en former des lots , de manière à les vendre aux éffiigrants qui, par là, se trouvaient abandonnés à leurs seules ressources.
En d'autres temps , des émigrants ont essayé de se grouperpours'asseoir en colonie dans les provinces de Pernambouc, de Spirito-Santo, de Rio de Janeiro; mais l'absence d'organisation , le dimat p* ipq recru-
tements da (jOuverDement , n'ont point tardé à les anéantir.
Santa-Gatarina a possédé un noyau de colons; mais ces gens ont été dispersés parles inondations et aussi par des invasions de sauvages.
Nous nous réservons de parler plus tard de la colonisation Vergueiro.
La colonie de Petropolis s'est trouvée dans une position particulière; aussi a-t-elle rempli les vues de ses fondateurs, non pas comme exploitation d'agriculture, mais comme villa de Rio de Janeiro.
Tout en prospérant , la colonie Léopoldina n'a pas obtenu le développement qu'on pouvait en espérer. Une grande mortalité , surtout les vexations des employés , ont grandement nui à l'extension qu'elle pouvait facilement présenter.
Une loi sur la propriété des terres a bien été votée, promulguée , mais elle n'exercera sa bienfaisante influence, qu'après la création réelle d'un cadastre défini tif .
Le temps est maintenant passé, au Brésil , durant lequel on cherchait à établir des colonies par pure spéculation , en seule vue du profit exclusif de .quelques habiles, qui savaient se faire concéder parle Gouvernement de vastes étendues de terrain , nonseulement gratis , mais accompagnées encore d'allocations de toute nature. En sorte que ces colonisateurs , uniquement favorisés , n'avaient d'autre occupation que celle de vendre des lots à gens arrivant d'Europe, d'où ils apportaient d'autres notions d'exploitation , ne connaissaient d'agriculture que celle d'autres climats, ayant lieu à des époques différentes.
Isolés au Brésil, où l'on parle an idiome qui n'était pas le leur, oii les mœurs, les vêtements ne sont point les mêmes; ces émigrants, abandonnés à eux seuls, ne trouvaient ni logement, ni vivres, ni outils, ni encouragement , mais beaucoup d'obtacies à vaincre, et de dégoûts à surmonter.
Telle fut la marche suivie jadis , et même jusqu'à une époque très-peu éloignée , où une famille brésilienne distinguée , possédant de vastes propriétés , animée surtout de nobles sentiments philanthropiques suivit les véritables principes de la colonisation qu'elle mit en pratique ; aussi , après avoir résolu uii problème mal étudié , mais qui , aujourd'hui , présente toutes les garanties de réussite, obtint-elle de ses vues généreuses, de son zèle et de ses efforts, les pluâ excellents résultats.
Il ne pouvait convenir aux propriétaires, ni même aux émigrants , de contracter ensemble des engagements , eu exécution desquels les derniers seraient admis , pendant un certain temps , en qualité de serviteurs à gages , parce qu'avec la susceptiblité européenne, ces serviteurs se croiraient assimilés aux esclaves , et cette opinion se fortifierait surtout , pour peu que le maître laissât percer d'exigence. Il devint donc indispensable , dès Torigine , d'anihiler cette difficulté , en laissant à l'émigrant sa pleine liberté d'action , de manière à ce que son intérêt pei-sonuel devint le seul mobile du déploiement de son intelligence et de ses forces.
La colonisation qui reposerait sur de fausses bases comme, par exemple, l'injustice, qui allouerait toute la peine à l'un, tous les avantages à l'autre, serait
une coloDÎsatioD impossible , dot-elle introduire les émigrants dans ud paradis terresire. Tandis qo'il est cependant possible qu'une coicmie prospère, lors même qu'elle serait assise dans une contrée médiocrement favorisée de la nature j si le colon , étant persuadé que le sol récompensera son travail, demeure certain aussi , que la part qu'il se sera acquise par ses sueurs, lui sera loyalement remise, par conséquent , que le contrat souscrit sera irrévocable , el que dans le cas ou il surgirait malhenreusemenl quelque diflSculté , il se trouverait puissamment soutenu dans ses droits , par une Direction administrative, tenant la balance égale entre chacune des parties, sans que ses décisions à intervenir pussent être invalidées par d'autres juges ^ ou par les tribuiiauK ordinaires.
La colonisation en grand deviendra d'autant plus possible, si elle est appuyée du concours des capitalistes, des propriétaires, des négociants et des divers particuliers, parce que plus il existe de bonne volonté appliquée à la réussite d'une entreprise, et plus aussi le succès en est assuré.
Le Gouveroement est d'autant mieux placé pour faciliter puissamment le succès de ce genre d'établissement, qu'au-delà de sa protection, il possède les moyens de faire jaillir toutes les lumières utiles; qu'il peut, outre son appui, accorder une surveillance conservatrice de tous les droits. C'est surtout à l'endroit des colonisations que, provisoirement et temporairement, au moins jusqu'au temps où l'expérience nécessaire et régulatrice serait acquise et bien basée, des mesures exceptionnelles demeureraient d'un
précieux secoiirâ , lors même qu'elles ne devraient servir qu'à faire disparaître les préventions fortement enracinées qu'ont laissé de fâcheux précédents.
Il faut absolument que le colon, pauvre ou riche, ait un plein repos d'esprit sur la limite de ce qui lui appartient. Il faut que jamais il ne redoute l'arbitraire des employés subalternes. C'est surtout en faveur des colons, qu'une justice sommaire, exceptionnelle, est de première , d'urgente nécessité ; parce que l'agriculteur ne possède ni le loisir, ni les moyens de soutenir de longs procès. Il ne peut, il ne doit non plus être dépouillé du sien , parce qu'il a cherché à éviter des formalités longues et dispendieuses.
La confiance uaiverselle renaîtra infailliblement, lorsque de justes et sévères exemples, prouveront à tous que la Suprême Volonté veille à la sécurité comme à la protection de l'émigrant étranger qui vient s'asseoir à la table hospitalière du Brésil , à la prospérité duquel en retour, il consacrera tous ses efforts. Au nombre de ces étrangers se distinguent tout particulièrement les Allemands et les Suisses nés cosmopolites.
La suppression de l'esclavage ne saurait ressorti! de son entier effet , qu'au moment où la colonisation d'hommes libres aura pris une extension suffisante , au point d'anéantir l'ancien système, en lui substituant le travail volontaire des européens , qui alors prouveront , jusqu'à la dernière évidence , tous les avantages de ce mode là.
Les Brésiliens , propriétaires de vastes domaines , et particulièrement ceux qui , doués d'une véritable itttettigeuce , seooQ >:és des amateurs de
vieilles routines ^ ou peut-être aussi d'hommes peu soucieux ^"^ leurs vrais intérêts , enfin tous ceux qui sont mieux avisés , s'empresseront, sans doute, d'étudier, d'adopter le système Vergueiro, dont nous reproduirons d'autant plus volontiers les bases ^ que nous sommes certain que ce genre de colonisation éveillera vivement l'attention des émigrants européens , auxquels il servira de flambeau dans les déterminations qu'ils auront à prendre.
Nous reconnaissons cependant que ce système , quelqu'excellent qu'il soit , pourrait admettre avec avantage des modifications, ou des adjonctions, susceptibles de le rendre plus complet , donc , plus parfait encore. Néanmoins, ce système, tel qu'il est, a fait victorieusement ses preuves, puisquil a soutenu Texistence de plusieurs années, pendant lesquelles il a donné des résultats toujours plus satisfaisants, tant pour les propriétaires que pour les colons.
D'après cette expérience , il n'existe plus de doute que des compagnies , qui suivraient ce modèle de colonisation, ne marchassent sur un terrain solide vers une prospérité certaine, et cela d'autant plus sûrement, qu'il peut être mis en pratique sur une grande échelle, le Brésil offrant à l'exploitation un sol d'une vaste étendue.
Les sociétés qui s'adonneraient à de pareilles entreprises, en les basant sur des émissions d'actions, agiraient prudemment, si elles avaient la précaution de statuer leur contrat d'association, de <elle manière à pouvoir donner à l'entreprise tout le développement, tout l^acoroissement qui seraient reconnus
nécessaires, poar agir sans empêchement, avec aisance, partout ou la prospérité de la colonisation le réclamerait, et si même sa direction se trouvait appelée à pousser sa sphère d'action au point de traiter avec des Administrations d'Europe ^ lorsque ces dernières voudraient faciliter l'émigration à leurs administrés et leur créer ainsi une existence.
Une société pareille, qu'elle fut une institution de l'Empire lui-même, ou simplement l'œuvre d'une compagnie privée , devrait dans tous les c^s se faire convenablement représenter en Europe , soit pour l'émission de ses actions , soit pour toutes les communications à faire aux actionnaires; recevoir les versements des actions ou opérer les paiements de dividendes ou de simples intérêts ; surveiller les embarquements d'émigrants, les placements de marchandises, toucher le montant des ventes; s'occuper de la recherche des colons , des publications propres à éclairer les émigrants , des contrats , des certificats , des recommandations , de l'économie; enfin , de tous les précieux renseignements dont l'absence est souvent aussi £artale que ruineuse, et qui cependant manquent presque toujours du plus au moins.
Ce qui précède pourra paraître minutieux ; mais ce n'est que de cet ensemble de précautions , de soins , de classement d'idées, d'accord dans les vues et dans l'exécution, que naissent la confiance^ la sécurité dans la marche, la réussite dans l'exécution , donc la satisGaiction réciproque. Sans doute qu'au milieu de ces prévisions indispensables , tout doit être simple , facile, économique en Europe; régulier applani, scropoleusement accompli au Brésil, dans ^^'^ nlug
grandes comme dans les pius petites choses. Des comptes annuels vrais et sincères jusiiâeralent; de la loyale exécution du contrat de la société , dans tontes ses parties et dans toutes ses prescriptions.
Comme déjà nous avons parlé de la colonisation Vergueiro; il est temps que nous pénétrions daas cette Fazenda modèle, que nous y voyions une sage théorie transformée en heureuse pratique.
La Fazenda, ou Propriété delà Famille Verg«eiro , s'appelle Ybicaba; elle est située dans la province lie San-Paulo. Les propriétaires se réunirent pour exploiter l'ensemble de leurs domaines , en y fondant une colonie d'Européens. A cet effet, ils tracèrent le plan 5 d'après lequel se déroulerait Texécution de leur projet. Ce plan seul, indique déjà suffisamment, one réunion d'hommes encore assez rares au Brésil , c'est-à-dire exempts de préjugés, ayant des vues larges , possédant des connaissances variées et parti-^ cidièrement celle des hommes et des choses, de manière à prévoir l'avenir, à créer un but, à le suivre, à l'atteindre en frondant l'opinion, en luttant envers et contre tous , pour déraciner de vieilles routines, pour anéantir de fausses notions , enfin pour faire faire au Brésil un pas de géant dans la praticpe de la science économique et vers la civilisation.
En 1846 , celte propriété renfermait 2f5 nègres et quelques familles européennes logées à un quart de lieue de la Fazenda, soit dans des bâtiments princi* paux de l'établissement, et dans des maisons prépara rées pour elles ; ces Européens cultivaient des cafmrs dont le prodidt devait être partagé entre eux et les propriétaires. Donc il& travaiUaiesit à mi^friiit. Ces
colons fixés à Ybîcâba, depuis 1842, y possédaient déjà, en 1846, une réserve de quelque importance. Celte même année de 1846, la récolte du café s'éleva entre 12 et 13,000 arobes.
Le pian qu'on avait adopté et qu'on poursuivait commençait de prouver aux voisins , ennemis de ce système nouveau , qu'avec une population blanche , on obtenait des récoltes plus fortes , et que les terres , en prenant une bonne tenue, augmentaient de va* leur.
£n 1847, la colonie prospérait notablement, e^ sorte que MM. Yergueiro continuaient à demander à l'Europe de nouveaux émigrants, pour l'ariivée desquels toutes dispositions nécessaires se trouvaient prises. Les colons déjà à Ybicaba, satisfaits de leur existence^ y vivaient dans une graode aisance. Le doute et l'incrédulité devaient céder, parce qu'ici la question se trouvait nettement tranchée en faveur du Brésil , où la colonisation offre les plos grands avantages.
Ybicaba est situé à deux lieues de la petite ville de Lemeira , placé sur un sol d'excellente qualité , planté de belles forêfts et jouissant d'un climat par- (êlïI^ comine it l'est sur tout le plateau des momtagnes de cette province. On cultive là la canne à sucre, les cafiefs^les mûrrers.
Ybîcaha possède un village composé de 76 mai-*sons, renfermant un égal nombre de maiiages qui présentent un ensenvble de 375 individus^ parmi tesquels se tir^uvent quelques familles portugaises et brésiliennes, qui ont sollicité d'être admises coimner €oloi8^,.a«xooi]iàiUons générales. H «xiste encore 1 20
noirs conservés à Tbicaba pour défricher les terres destiDé.es à d'autres colons européens , dont on pourrait facilement occuper quelques milliers.
Le domaine^ en 1851 , était planté de 400,000 pieds de cafier; il y a suflSsamment de cannes pour donner un millier de quintaux de sucre et 3,800 gallons d'eau-de yie.
La récolte de café, en 1850, a été de 30,000 arobes, soit d'un poids de 9,600 quintaux. On doit ajouter à cela les produits nécessaires à la nourriture des colons , des serviteurs et des animaux , un surplus se vend au dehors.
Quoiqu'il existe 8,000 mûriers à Tbicaba, leur produit non utilisé encore , n'attend que des colons pour en tirer un bon parti.
L'établissement possède une scierie, un moulin pour le maïs, toutes les machines ou les agencements nécessaires à la manutention du café , à la fabrication du sucre , de Teau-de-vie , de tuiles et de briques ; enfin encore , des ateliers de forgeron , de charron , de menuisier.
Tous les produits sont portés à dos de mulet à Santos, ville située à 42 lieues de l'établissement ; c'est là qu'ils sont embarqués. On peut prévoir le moment où les propriétaires d'Tbicaba mettront à profit les cours d'eau qu'ils possèdent , et peut-être la vapeur pour la préparation du café; ils gagneront ainsi de la célérité et une forte économie de bras.
Ce qui précède suffit déjà pour faire juger combien M. Yergueiro a détruit de vieilles et fausses routines, tout en démontrant à ses compatriotes les avantages supérieurs qui distinguent le travail intelligent de celui qui n'est que machinal.
L'établissement modèle d'Tbicaba présente à la fois on précieux enseignement pratique aox Brésiliens et nu avertissement positif des avantages réserves auK émigrants européens, qui seront assez bien inspirés pour en faire le fondement de leur bien-être présent et de leur fortune à venir.
Le départ des émigrants , leur traversée , leur arrivée au Brésil , doivent être autant de circonstances dignes de fixer l'attention , les soins , la sollicitude des propriétaires ou des sociétés qui attendent en Amérique des Européens, que ces sociétés avancent ou non les frais du voyage, ou que ce soient les émigrants eux-mêmes qui en fassent le déboursé ; dans tous les cas, ils doivent être pa troués. Il est donc indispensable que les capitaines, comme leurs navires , présentent une pleine sécurité ; les premiers au point de vue de bons procédés envers les passagers , ensuite que les vaisseaux soient suffisamment approvisionnés, parfaitement solides, très -propres et d'une capacité suffisante.
Ordinairement, la traversée depuis Hambourg ou Brème , jusqu'aux ports du midi du Brésil , se fait en 40 ou 45 jours. Les émigrants , autant qu'ils le peuvent, doivent prendre la route qui les conduit le plus directement au lieu d'embarquement; Ils devront aussi toujours, se servir de l'entremise de l'agent de la société avec laquelle ils ont contracté, pour traiter des conditions avec le capitaine qui les prendra à son bord, afin qu'ils ne soient pas exposés aux mêmes tribulations dont certains passagers^ qui se rendaient aux Etats-Unis , ont été les victimes. Dans le cas où les colons auraient avec eux de très-jeunes enfants ,
ils ferotii sagement d'engager le capitaine de pi'endre une ou deux chèvres à son bord.
Gomme les premières impressions laissent de longues et profondes traces , les propriétaires d'Ybicaba, lors de l'arrivée des émigrants , avaient prépare toutes choses , de manière à ce que ces Européens fussent satisfaits. M. Vergueiro les accueillit comme des amis; il prodigua des soins aux malades, et, pour atténuer les fatigues de la traversée, il fit reposer chacun d'eux pendant quelques jours. Ces bons procédés et des vivres abondants furent les prenves de toute sa sollicitude.
La caravane se remit ensuite en route, et, comme d'habitude , on fut appelé à vaincre quelques difficultés, particulièrement celles concernant les bagages apportés par les émigrants, qui se trouvaient ou trop lourds ou trop volumineux pour être placés sur le dos des mulets , seul moyen de transport , surtourt parce que ces animaux ne peuvent être chargés que de 2A0 livres, soit 120 livres sur chaque côté de la bête. Certains meubles de famille que l'on conservait avec amour et vénération , ou simplement comme souvenir du pays , durent être laissés à Santos ; ceci relaté comme un avis adressé aux futurs émigrants.
L'aspect de la côte , qui s'élève au-delà de Santos, est sombre et monotone. Ce sont des monts couverts de forêts, en sorte que rien n'égaie la vue du nouveau débarqué , qui n'éprouve de plaisir que celui d'avoir mis pied à terre , sentiment auquel succède insensiblement un serrement de cœur bien naturel, que n'adoucit guère une traversée de marais étendus, environnés de mangliers , route dont la seule distraction
consiste dans la rencoatre de nombreuses mules chargées de marchandises 9 de cavaliers voyageurs^ de plantations distancées , enfin de maisonnettes ou hangars, refuge des mulets et de leurs conducteurs.
Lorsque le colon se trouve moins absorbé par ses impressions intimes , il peut, en gravissant la montagne Cubatao , qui est sa route , jouir de la magnifique vue de la mer, comme aussi de celle de la plaine dans laquelle serpente un lac semblable à un large fleuve; enfin de la cité de Santos, dominée par l'église du Mont-Serrato , et encore de Sainte-Yîcente, premier lieu ou abordèrent les Hollandais.
£n avançant vers Saint- Paul, l'aridité du sol cède auK pâturages et à la culture, particulièrement à celle du thé. Nul doute que la première impression produite par le sol brésilien ne soit désagréable à l'Européen , qui) si pauvre qu'il soit, est cependant habitué à voir de belles maisons entourées dr jardins , à parcourir des routes bien entretenues , qui traversent partout une campagne cultivée , et sont bordées d'arbres fruitiers; enfin où il rencontre une population active et agissante.... alors , le sol du Bré^l, si vanté pour sa fertilité , pour la richesse de ses productions , ne lui apparaît plus que comme une nature brute et ingrate.
Ces mêmes impressions , disons-le, surgissent également chez ceux qui habitent les villes, lors même qu'au Brésil ils se trouvent placés dans une situation quelquefois bien supérieure à celle qu'ils occupaient dans leur patrie.
La caravane ne franchit guère, chaque jour, un espace de plus de trois lieues, quoiqu'elle mardie
pendant cinq heures. Àn-delà de Jundiahy, petite ville à onze lieues de Saint-Paul^ le pays devient plus pittoresque par sa culture ; on ne tarde point à rencontrer de nombreuses plantations de cannes à sucre, de cafiers et de milho.
C'est ici que commencent les bonnes terres et ces belles forêts vierges, qui signalent la qualité supérieure du sol , par la magnificence des arbres variés dont elles sont peuplées.
L'aspect misérable des petites villes de l'intérieur indique suffisamment les progrès réservés à une Administration appartenant de cœur au Brésil, Administration qui saura redonner de la vie à une population paresseuse, en la faisant contraster avec celle qu'on implantera d'Europe ; c'est ainsi que cette dernière fera non seulement fleurir par ses travaux le bienêtre, mais donnera à ces contrées négligées, on pourrait presque dire honteuses de leur abandon actuel, la physionomie de joyeuse prospérité , fille de l'énergie et de l'industrie , poussées à une plus grande perfection.
Les habitants de ces lieux vivent de peu ; ils ont suffisamment de produits, en sorte que la plupart ne travaillent que quand un pressant besoin les y contraint.
On se tromperait cependant si , d'après ce qui précède , on pouvait croire qu'il n'y ait pas d'honorables exceptions ; oui , il en existe ; mais , disons-le aussi , elles sont en petit nombre.
La caravane mit quatorze jours de marche et deux de repos pour franchir la distance qui sépare Santos d'Ybicaba , trajet qui , ordinairehient , se fait en
quatre jours sans bagage , et en dix jours par des mulets chargés.
À la vue de leur futur séjour, les émigranls retrouvèrent un peu d'animation ; ils saluèrent avec joie les habitations . qui leur étaient destinées , oti ils furent cordialement accueillis et où ils trouvèrent des vivres abondants.
Du repos et la position agréable du lieu retrempèrent leur moral. Lorsque les arrivants furent installés , il demeurait à organiser l'administration , à mettre en activité la police et le travail , en attendant que le climat se trouvât racheté, époque où il s'agirait d'adopter un nouveau genre de vie , en prenant d'autres habitudes et d'autres usages. Ce moment de transition en est toujours un plus ou moins d'épreuve pour Témigrant^ à qui tout est nouveau.
Chaque famille occupe une habitation séparée. Là on lui livre tous vivres nécessaires jusqu'au moment où elle pourra en recueillir provenant de sa propre culture. On fournit aux arrivants des inspecteurs chargés de les renseigner, de les diriger.
Ces émigrants avaient abordé Ybicaba au moment le plus favorable, même pour le climat, puisque c'était en juin , soit au commencement de l'hiver au Brésil ; la température y était fraîche , puisque à cette époque le thermomètre de Réaumur descend quelquefois la nuit à six degrés au-dessus de 0. Or, partant de là, ils pouvaient parvenir insensiblement aux chaleurs de décembre , de janvier et de février , en s'y habituant.^ Pendant les mois d'hiver, il survient des nuits qui sont suffisamment fraîches , pour que les végétaux soient couverts d'une rosée blanche.
À l'arrivée des émigrants , les câfiers eha^és dt fruits n'attendaient que des bras pour les cueillir; ih se mirent donc à l'œuvre , recevant poar salaire la moitié de la récolte , obtenant ainsi un gaiftimmédiat^ travail auquel pouvaient prendre part les femmes et les enfants.
Cette récolte n'est pas pénible. Les cafiera sont plantés symétriquement et espacés de six pieds et demi ; leur tige ne s'élève guère au-dessus de six pieds. Les branches commencent à sortir da tronc , à fleur de sol , et poussent jusqu'au sommet ; elles met^ tent ainsi les travailleurs un peu à Pabri du soleil. Le colon apporte sa cueillette vers les chars qui l'attendent; un inspecteur la reçoit^ la mesure et l'inscrit ; dès ce moment , le colon n'a plus à s'en occuper, que pour régler ultérieurement son compte.
En dehors des occupations générales, le colon doit encore mettre à profit son temps, soit pour cultiver le nécessaire à son existence , soit aussi pour coopérer à l'extraction de quelque forêt, dont le sol est destiné à préparer la place où devra venir s'asseoir un futur village.
C'est au colon qu'appartient également la tâche de prendre soin des cafiers , de nettoyer le terrain qui les entoure de toutes les mauvaises herbes, qui croissent rapidement dans un sol si riche ; ce nettoyage doit être fait deux fois par année.
Entre les jeunes cafiers âgés d'un à trois ans, et lorsque les mauvaises herbes en ont été extirpées , les colons cultivent du maïs, des haricots ou d'autres légumes, qui, en trois mois, peuvent être récoltés. Ces produits et d'autres analogues servent à la naor-
li^ir^ ()^ g&as comme à celle des animaux domestiqqes qu'ils élèvent.
C'est au miliea de ces travaux que les émigrants paient leur tribut au climat; épreuve qui dure plus ou iBoin^ d'une année , et se manifeste par de l'abattement , des éruptions de boutons , ou par le développement de maladies dont ils ont apporté le geripe depuis l'Europe. Généralement, les fatigues du voyage aggravent les maux qui existaient au moment du départ; en sorte que y souvent à l'arrivée ^ un excès de nourriture , ou l'usage de trop de fruits, peuvent causer la mort à ceux qui commettent ces imprudences , auxquelles ils n'étaient pas habitués et que de bons conseils n'ont pas toujours pu prévenir.
Autant que possible, il est important que ceux qui s'adonnent à l'agriculture au Brésil ne soient pas des industriels des villes d'Europe, parce que la transition se trouve bien forte pour eux, surtout s'ils ne sont plus jeunes et robustes. Ceci ne doit point être envisagé comme une exclusion sans appel. Dans toute colonisation , le nombre des gens de métiers , qui sont si utiles et si indispensables, doit néanmoins demeurer dans une proportion très-limitée; tandis qu'il n'en arrivera jamais trop , non plus que de domestiques , pour peupler les villes où ces catégories trouveront un emploi lucratif. Au surplus, ajoutons encore qu'aucun émigranl, quelle que soit sa sphère d'occupation, ne doit se livrer aux rêves séducteurs de jouissances nouvelles; il en aura sans doute , mais qu'il s'attende qu'elles seront escortées aussi , de peines d'un gei^re différent de celles qu'il connut.
Dans tous lescas^ces peines s'adouciront beaucoup,
lorsque les émigrants acquerront les habitudes des lieux et la connaissance des usages du pays , où ils sont venus chercher un bien-être qu'une conduite régulière leur donnera assurément.
Nous avons dit qu'à l'arrivée des colons M. Vergueiro leur fournit les vivres nécessaires à leurs besoins , et cela jusqu'au moment où ils pourront en recueillir, après les avoir cultivés eux-mêmes. Les détails qui suivent ont été relevés du compte d'une famille composée de huit personnes , et pour le courant d'un mois. Les objets de même nature et livrés à des dates diverses , seront présentés ici réunis en un bloc.
Septembre 1847.
56 Liv. Farine de maïs . . Reis 1,050 soit F. 3 09
32 » d. de mandioca. . . » 1,000 . . » 2 94
8 » de café » 500 .. » 1 47
16 » de haricots » 500 . . » 1 47
24 » desacre » 1,200 . . » 3 53