INTRODUCTION. XV
manquait. Partoul règne et se déploie l'effort humain sur une terre vierge et féconde.
On dirait que le géant de l'Amérique du Sud, assoupi pendant si longtemps, se réveille enfin, animé du désir de tout refaire à nouveau :jam novus nascitur or do.
Nous nous sommes aperçus que nous détenions un trésor, et c'est à qui l'arrachera aux entrailles de notre terre.
Nos provinces accomplissent cette double évolution : de l'état commercial, elles passent à l'état agricole et industriel simultanément. Et, lorsque nous aurons de la sorte élargi notre agriculture et développé notre industrie, notre commerce, qui, jusqu'ici, ne reposait que sur des bases incomplètes, aura trouvé ses véritables assises et acquerra une puissance considérable.
Si, maintenant, nous jetons un regard sur l'ensemble du pays, nous sommes bien plus encore frappés de ses merveilleux progrès, réalisés en moins d'un quart de siècle.
En 1867, la population du Brésil n'atteignait pas dix millions d'habitants. Un sixième environ de cette population était composé d'esclaves. — Le Brésil compte aujourd'hui quatorze millions d'habitants au moins, et plus un seul esclave! Le mot môme d'esclavage a disparu de notre pays, a été rayé de nos lois. Il n'y a plus que des citoyens libres soumis aux mêmes devoirs et jouissant des mêmes droits. Et, puisqu'il fut un temps où l'on donnait une valeur vénale à des êtres créés, comme nous, à l'image de Dieu, il faut dire ici que la libération de ce million et demi d'hommes a coûté au Brésil trois milliards au bas mot sans atteindre sa prospérité. Nous n'avons reculé devant aucun sacrifice pour nous affranchir de cet héritage douloureux de l'Europe, et nous avons arraché de nos épaules cette tunique de Nessus, sans que le sang coulât, comme aux États-Unis. Nous l'avons dépouillée au milieu des acclamations d'un peuple qui fêtait son entrée définitive dans la civilisation, et aux applaudissements du monde entier, qui semblait nous être reconnaissant de tant d'audace.
Cet acte de justice tardive ne saurait avoir pour le Brésil des conséquences lâcheuses, comme nous essayons de le prouver dans l'un des chapitres de ce livre. Cette transformation dans la main-d'œuvre ne compromettra aucun des intérêts vitaux de l'empire. Le travail libre, en remplaçant le travail servile, produira de meilleurs fruits. Il attirera vers nous le travailleur européen. En effet, l'immigration a suivi une marche ascendante à mesure que l'esclavage décroissait.
En 1867, il ne venait que 10.000 immigrants chez nous. — En 1888, les deux seuls ports de Rio-de- Janeiro et de Santos en ont reçu 132.000. Cette année-ci, le Brésil entier compte sur un arrivage de plus de 150.000, et ce chiffre ira sans cesse en croissant. Ces hôtes laborieux ne se contentent pas de nous apporter le secours de leurs bras et de leur expérience ; ils s'initient assez promptement à nos mœurs, et, séduits par l'esprit libéral de nos lois, ils demandent assez souvent à entrer dans la grande communion nationale. Nous recrutons des citoyens dévoués, là ou nous n'espérions trouver que des colons laborieux. C'est un double profit pour la patrie brésilienne.
De 1822, date de la proclamation de notre indépendance, jusqu'à 1867, soit en quarante-cinq ans à peine, 4.000 d'entre les immigrants ont demandé des lettres de naturalisation. — De 1867 à mai 1888, soit en vingt ans, 6.395 d'entre eux sont devenus Brésiliens. — De 1867 à 1883, la moyenne des naturalisations était de 88,8 par an. Elle est actuellement de 870 par an.
Il semble que, par une juste récompense, nous recevions chaque jour le prix de notre généreuse action.
Si nous continuons à comparer l'état présent du Brésil avec sa situation établie au moment de l'Exposition universelle de L867, nous constatons dans tous les ordres de l'activité nationate un progrès immense.
Ainsi, les recettes afférentes à l'État, aux provinces et aux municipalités étaienl <l<i 233 millions de francs en 1867. — Elles