‹ Le Brésil en 1889Chapitre 9 sur 147 · INTRODUCTION. XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIII

lui qui s'est fait connaître en s'afiirmant partout. Il ne doit guère sa nouvelle réputation qu'à lui-même.

Des régions, dont on parlait à peine il y a vingt ans, ont grandi et ont pris leur place au soleil de la civilisation. Dans le nord, l'Amazonie a surgi belle, séduisante, riche. Dans le sud, San-Paulo a montré ce que peut le sang latin infusé dans les veines d'un peuple du nouveau monde. De tous côtés, nos provinces, animées d'une belle et noble émulation, ont développé leurs ressources et se sont produites dans les luttes économiques qui fortifient.

En 1867, nous l'avons dit, le grand fleuve de l'Amazone était rendu libre et ouvert aux pavillons des nations amies. A cette époque, les deux provinces baignées par cet Océan d'eau douce, par cette mer intérieure, produisaient à peine 8 millions de kilogr. de caoutchouc. En ce moment, elles en fournissent près de 16 millions de kilogs. En vingt-un ans la production a été plus que quintuplée. Leurs revenus provinciaux ont suivi la même progression : de un million de francs, ils se sont élevés à 15 millions. Leur population a certainement doublé. La province de Para a une exportation de 188 francs par tête et par an; celle de l'Amazone en a une de 174 francs; tandis que la République Argentine ira que 108 francs, et les États-Unis de l'Amérique du Nord à peine 76 francs 60.

Qui connaissait, seulement de nom, la province de San- Paulo, il y a un quart ce siècle ? Elle était perdue dans les infiniment petits. Ses revenus généraux et provinciaux atteignaient à peine 5 millions : c'est le budget d'une petite ville de France. Elle ne recevait pas d'immigrants. Son réseau de chemins de fer sortait à peine des projets. San-Paulo n'existait pas pour l'Europe. Hé bien ! ce coin de terre, situé dans le Brésil méridional, fait aujourd'hui l'étonnement des économistes et leur prépare de nouvelles surprises. San-Paulo fournit maintenant des revenus qui s'élèvent à la somme respectable de 32 millions de francs, et a presque accaparé l'immigration qui

se dirige vers le Brésil. Ses grandes cultures de café, son climat et sou sol admirables, son initiative à la fois hardie et pondérée lui ont attiré, l'année dernière, plus de cent mille immigrants d'Europe. C'est la prospéritée assurée, car ce qui manque le plus au Brésil, ce n'est pas la terre, ce sont les bras. — La province de San-Paulo peut être avantageusement comparée à n'importe quel département français pour sa richesse, ses exploitations rurales et son administration locale. Les voies de transport y ont atteint un grand développement relatif, et son réseau ferré, d'une étendue de près de 2.500 kilomètres, a été construit, à l'exception d'une seule ligne, au moyen de capitaux nationaux.

D'autres provinces que l'on connaissait à peine d'après les cartes et dont on ignorait généralement les ressources — Gearâ, Pernambuco, Bahia, Espirito-Santo, Minas-Geraes, Paranâ. Rio-Grande-du-Sud, etc., — déploient une activité et une puissance de travail qui n'ont pas été infécondes. Elles sont dans le mouvement qui emporte le Brésil, par de nouvelles voies, vers un but supérieur. Leur crédit s'affirme, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, et il s'emploie à un usage reproductif, c'est-àdire au perfectionnement de leur outillage industriel.

Rien n'est laissé au hasard. Le génie de l'homme se prend à tous les moyens de production et de circulation des richesses. Ce sont des banques que l'on crée au profit des agriculteurs : ce sont des crédits que Ton vote pour attirer et fixer l'immigration européenne. Ici se construisent des fabriques et des usines destinées à transformer sur place les matières premières innombrables qu'on envoyait autrefois en Europe et qui nous en revenaient pour être vendues dans le pays à des prix fort élevés. Là, l'industrie locale nous rend de moins en moins tributaires de l'Europe pour les objets manufacturés dont nous avons besoin. Ailleurs, on défriche le sol et l'on essaie de nouvelles cultures plus rémunératrices ou mieux appropriées aux nécessités locales ; on perfectionne ce qui est et l'on crée ce qui

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