Article Brésil dans la Grande Encyclopédie
■2. Docteur Couty : Etude de Biologie Industrielle sur le café. — llio-de- Janeiro, 1883.
une épargne annuelle de 5 millions de francs. Aujourd'hui, on ne saurai! estimer à inoins de 50 millions cette épargne, dont M. Couty parlait en 1884, car le nombre d'immigrants est au moins dix fois plus grand qu'alors.
Nous devons encore revenir sur le système des contrats de location de services, dont nous avons signalé plus haut les inconvénients. L'ancienne législation a été modifiée en 1879, mais les défauts de la loi précédente ont été en grande partie conservés. Sous le régime de cette nouvelle loi, plusieurs incidents regrettables se sont produits ; mais les conditions économiques ayant beaucoup changé depuis quelque temps, les mauvais effets de cette loi sont annulés par la force des choses. Au Brésil on ne change pas facilement les lois. On reproche souvent aux législateurs brésiliens leur lenteur, mais souvent, sans qu'on ait touché à la loi, le temps et les événements viennent tout seuls changer les choses. Ainsi quand on a aboli l'esclavage par une loi, l'opinion publique avait déjà obtenu des propriétaires d'esclaves un si grand nombre délibérations, que, sous peu de temps, grâce à la propagande abolitionniste, tous les esclaves existant encore au Brésil auraient été libérés sans qu'une loi fût votée. La loi de la location de services, qu'on a beaucoup attaquée au Brésil, existe encore, seulement il n'y a guère lieu de l'appliquer. Il y a une grande demande de travail ; les arrivages d'immigrants européens ont créé une offre de bras considérable, mais à peine suffisante aux besoins de la culture. De là une situation avantageuse pour le propriétaire, qui est sûr de trouver des ouvriers, et favorable au colon qui est également sûr de trouver du travail. M. Ed. de Grelle, ministre de Belgique àRio-de-Janeiro, qui a visité les colonies de San- Paulo, écrit à ce sujet: « Le port de Santos est le point de débarquement des émigrants. Ils sont transportés gratuitement jusqu'à Sain t-Paul par le chemin de fer qui gravit la Serra-do-Mar et qui, ceci soit dit en passant, procure au voyageur le spectacle du superbe panorama de la chaîne des montagnes couvertes de forêts vierges. Le train dépose les arrivants au seuil d'une immense hôtellerie établie pour le service de l'immigration dans des conditions exceptionnellesde salubrité et de propreté. Cet asile, où règne une organisation admirable, peut contenir plus de mille personnes. Les nouveaux venus y sont hébergés gratuitement pendant huit jours, en y attendant des offres d'engagement qui ne tardent guère. Il est rare que, dans le délaide trois jours, toutes les familles d'émigrants ne trouvent pas à se placer, car dès leur
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arrivée des propositions leur sont faites de tous côtés par les nombreux propriétaires à la recherche de travailleurs. Les contrats de location de services n'existent plus. Il y a simple <,iin"<,/>'ment verbal dont I" résiliation de part et d'autre est facultative en tout temps. Les émigrants ont le choix entre les colonies cr< par le gouvernement et les exploitations particulières. Dans les premières, ils peuvent, s'ils en ont les moyens, acheter une maison et 10 hectares de terrain pour la somme de i.250fr. au comptant ou del.SOOfr. avec crédit de quatre ans. Il- cultivent sur leur concession les produits dont rénumération a été faite pins haut, y entretiennent du bétail H peuvent, au surplus, travailler pour le compte du gouvernement pendant quelques heures de la journée, au salaire de i.000réis(2.50^ par jour. Mais il n'y a, sous ce rapport, aucune obligation. L'écoulement des produits de la culture se fait avec facilité, grâce aux moyens de transport rapide et aux voies de communication reliées avec les villes environnantes.
« Les (rois grands centres coloniaux sous la direction du gouvernement provincial, sont ceux de Cannas, Cascalho et Ribeirâo-Preto. Le premier, celui de Cannas, situé à proximité de la ligne ferrée de Saint-Paul à Rio, a une extension de \ kilomètres, et se trouve à la fois desservi par le chemin de fer et par le fleuve navigable de Parahyba, sur lequel se font les transports de canne à sucre à destination de la grande usine, distante de 15 kilomètres de la colonie. La seconde colonie, celle de Cascalho, située près du chemin de fer Paulista et à une courte distance des villes de Limoeira, de Rio-Claro et de Arâras, dispose d'excellentes terres et de moyens de transports faciles. Plusieurs familles belges y sont installées et satisfaites de leur sort. La colonie centrale de Ribeirào-Preto, dans le nord, près de la ville de ce nom, à il 7 kilomètres de Saint-Paul, desservie par la ligne du chemin de fer Mogyana, est la plus belle et la plus recherchée, à cause de l'extrême fertilité de ses terres et du grand profit donné par ses cultures. Elle est peuplée d'Italiens dont la prospérité toujours croissante est manifeste. D'autres colonies moins considérables, mais également bonnes, existent à Cloria, à San-Bernardo, à San-Caetano, à Santa-.Vnna, à Lorena; elles sont divisées par lots dont beaucoup sont encore disponibles. Quels que soient les avantages que peuvent offrir les grands centres coloniaux, il est désirable qu'au début de son séjour au Brésil, l'émigrant se place dans les propriétés particulières, qu'il
possède ou non les ressources suffisantes pour l'acquisition de terrains. En voici la raison : nouvellement débarqué dans un pays Inconnu, il a toute une éducation à faire. Il faut qu'il s'acclimate, qu'il apprenne la langue généralement parlée, qu'il s'initie à do nombreux détails sur les procédés <lo culture différents de ceux d'Europe, qu'enfin il n'épuise pas on tâtonnements le pécule dont il aura besoin plus tard, malheur qu'occasionne souvent la précipitation à se fixer. Employé dans les grandes plantations particulières, il gagne immédiatement un salaire qui lui permet de subvenir à son existence et à celle de sa famille, il est défrayé de beaucoup de dépenses, logé, soigné gratis. Il acquiert des connaissances qui lui manquent et peut, sans se presser, chercher la situation qui lui convient le mieux, car il lui est loisible de quitter, du jour au lendemain, l'exploitation agricole où il s'est provisoirement engagé1. »
On remarquera que nous n'avons -parlé jusqu'ici que de l'immigration européene dans le Sud du Brésil. En effet, cette partie de l'immense territoire brésilien, à cause de son climat, favorable aux Européens, à cause de l'influence d'une grande ville comme Rio-de-Janeiro, et de l'action puissante du gouvernement central du Brésil qui y a son siège, était destinée à voir se former les agglomération coloniales, d'où essaimeraient, sous l'action des lois économiques et démographiques, les émigrations qui peupleraint la partie centrale et le nord du Brésil. Nous trouvons trop absolue l'opinion de M. de Straten-Ponthos quand il dit : « C'est avec sa propre population que le Brésil doit exploiter ses provinces du nord. Le contingent européen ne peut travailler que dans le sud, mais, en s'y concentrant, il déplacera au profit du nord une partie de la population brésilienne et de la race africaine esclave ou libre2. »
L'Européen peut s'acclimater dans le nord du Brésil. C'est là l'opinion de tous ceux qui ont visité la vallée de l'Amazone.
« Si je n'avais jugé le climat de Para, écrit Je naturaliste anglais Wallace, que d'après les impressions du premier séjour d'une année que j'y fis, on pourrait croire que je m'étais laissé influencer par la nouveauté du climat tropical3. Mais à mon retour, après un séjour de trois ans dans le haut Amazone et
1. M. Ed. de Grelle, ministre de Belgique à Rio de Janeiro : Etude du Brésil (Rapport officiel). Bruxelles, 1888, page 12.