Voyage au Brésil, pag
■1. Etudes sur La Guyane cl l'Amazonie. Vol. I, page 350.
forcé du nègre; mais je suis également persuadé qu'ils y pourront acquérir facilement un degré de bien-être auquel ils ne pourraient jamais atteindre dans leur pays1. »
La préférence donnée par l'immigration au sud du Brésil tient aux causes que nous avons indiquées, et de ce fait il ne s'ensuit pas que le nord ne puisse jamais être peuplé parles Européens. Quand nous disons — peuplé — nous devrions dire plutôt — exploité, — car le nord du Brésil, ainsi que le reste du pays entier, est déjà peuplé, bien que dans une faible proportion. C'est même un avantage du Brésil que celui d'avoir des habitants, bien qu'en petit nombre, sur les parties les plus reculées de son territoire. Ainsi que nous l'avons dit, dès les premiers temps, la population du Brésil a toujours gagné beaucoup en étendue et très peu en densité. De ce fait résulte que n'importe où que l'Européen soit dirigé, il y aura déjà été précédé par le Brésilien ; il n'aura pas à conquérir des terres absolument inconnues sur des indiens sauvages, que les Brésiliens ont déjà refoulés ou absorbés en grande partie. L'élément brésilien a rendu à la civilisation les mêmes services que les Espagnols ou les indiens civilisés par les Jésuites, ont rendus dans la région sud-ouest des Etats-Unis et en Californie, où l'Américain anglo-saxon est aujourd'hui établi en provoquant l'extraordinaire prospérité qu'on admire dans ces pays.
Pendant quelques années encore le sud du Brésil offrira à l'étranger des conditions économiques supérieures à celles qu'il peut rencontrer dans le nord. Mais cet accroissement de population qu'on voit dans le sud, gagnera par infiltration les régions centrales dont l'immigration se rapproche chaque jour davantage, grâce aux chemins de fer. Pour qu'on voie la réalisation de ce phénomène on ne sera pas obligé d'attendre que les provinces du sud soient saturées d'immigrants, et qu'elles déversent vers le nord le trop plein de leur population. L'émigration se dirigera vers ces nouvelles régions en vertu de son expansion naturelle, bien avant que cette saturation se soit produite.
Les immigrants européens sont arrivés d'abord aux États- Unis sur les cotes des États orientaux; or, encore aujourd'hui, le sol de ces États n'est pas complètement occupé. Dans l'État- Empire, comme on nomme l'État de New-York, il y a de vastes
1. F. de Castelnau: Expédition dans les parties centrales de V Amérique Méridionale. Tome Y, page 203.
régions boisées relativement dépourvues d'habitants, ce qui n'a pas arrêté la marche en avanl de L'immigration vers les parages lointains du l'a :•- \\ est. De même, au Brésil, L'immigration arrivera dans les régions où elle n'a pas pénétré jusqu'aujourd'hui, bien avanl que San-Paulo, le sud de Minas-Geraes et les autres provinces méridionales aient tout Leur sol occupé et leurs ressources exploitées. Sans doute le gouvernement peut dépenser de ("argent pour établir des immigrants dans les provinces du nord, mais nous doutonsqu'on puisse considérer cette mesure comme prudente, en ce moment, car Le devoir du gouvernement est d'aider L'immigration Là où les chances de réussite sont les plus grandes. Si le gouvernement parvenait à fonder une ou deux colonies dans une de ces provinces, le profit actuel serait pel il ; si le manque de mesures préparatoires amenait un échec tout Le pays souflrii-ait du discrédit injuste mais malheureux de la colonisation au Brésil. La mission du gouvernement est d'aider au développement naturel de L'expansion économique : toute création artificielle est forcément stérile et nuisible. Le nord du Brésil doit recevoir pour Le moment toute aide du gouvernement sous la forme de réduction d'impôts, d'extension de ses chemins de fer, d'amélioration de ses ports, de perfectionnement de son outillage industriel et économique dont la population actuelle, relativement plus dense qu'ailleurs, jouira dès maintenant, et que l'immigration naturelle du sud mettra, sous peu, en œuvre avec un réel profit.
Quand nous parlons de cet ajournement de l'émigration européenne vers le nord du Brésil, nous entendons parler de l'immigration d'ouvriers agricoles seulement. L'émigration commerciale, celle des hommes appartenant aux classes libérales y trouveront déjà un emploi très avantageux de leur activité. Ainsi, dans la vallée amazonienne, où, deux siècles au moins s'écouleront avant qu'on abandonne cette extraordinaire industrie forestière du caoutchouc et de l'extraction d'autres essences précieuses en industrie, dont les profits exceptionnels éloigneront pour longtemps les ouvriers de toute tentative sérieuse de culture sédentaire, les bras nationaux semblent suffire en ce moment à cette exploitation. Mais là comme dans tout le nord du Brésil aussi bien qu'au sud, et peut être encore mieux là qu'ailleurs, l'immigration des industriels, des commerçants et de leurs capitaux peut trouver un emploi rémunérateur immédiat.
Nous regrettons d'avoir à le constater, mais, pendant que le commerce allemand grâce à L'immigration allemande se déve-
toppe au Brésil, pendant que les Italiens commencent à y prendre une prépondérance marquée, nous voyons l'influence commcrciale française, jadis si grande, décroître chaque jour.
Cependant, les Français, plus qu'aucun autre peuple, trouveraient au Brésil \u\ accueil qui leur permettrait de prospérer. La condition des étrangersau Brésil est la même que celle des Brésiliens : l'esprit d'exclusivisme national perd chaque jour du terrain. Dans les classes les plus élevées du pays, parmi les notabilités de la politique, les noms étrangers ne sont pas rares. La tolérance religieuse est une loi de l'État et un dogme de nos mœurs. Enfin, disons avec le diplomate belge que nous avons déjà cité :
« Les Européens arrivés au Brésil, vivront au milieu d'une nation policée et amie; ils jouiront d'une entière sécurité et d'une complète indépendance, auront enfin appui et protection sous l'égide d'un gouvernement et d'institutions qui ont donné au pays, pendant une période de quarante-deux ans, une ère non interrompue de paix et de prospérité1. »