CHAPITRE XVII
Par M. FERREIRA DE ARAUJO
Dire ce qu'est la presse à Rio-de-Janeiro, c'est dire ce qu'elle est à peu près dans tout le Brésil. La différence la plus caractéristique entre les deux est celle-ci : dans les provinces, la presse est politique avant tout ; dans la capitale, elle est principalement neutre. De là la diversité de l'influence qu'elles exercent: dans les provinces, le journalisme fait de la politique de clocher ; à Rio-de-Janeiro, il agit sur la politique générale du pays.
Le développement de la presse neutre a pour principale cause la mauvaise organisation et l'indiscipline des partis. Au Brésil, comme en bien d'autres Etats, les partis ne répondent guère à leur titre : les conservateurs ont fait parfois des réformes qui allaient au-delà des exigences des libéraux, et ceux-ci ont été quelquefois plus timides que leurs adversaires. Ainsi, en 1884, un ministère libéral réclamait l'affranchissement des esclaves âgés de plus de soixante ans ; en 1885, un autre ministère, également libéral, proposait une loi qui aurait prolongé l'esclavage jusqu'à la fin du xixe siècle. En 1888, un ministère conservateur succède à un autre ministère conservateur ouvertement partisan du statu quo, et sans perdre un instant il fait l'abolition immédiate et inconditionnelle ! Les libéraux, à leur tour, ayant à réformer le
1. M. Ferreira de Araujo, l'un des journalistes les plus remarquables du Brésil, est co-propriétaire et rédacteur en chef de la Gazeta de Noticias, de Rio-de-Janeiro, dont il est parlé dans le cours de ce travail.
système électoral, restreignirent Le droil de vote. Il faut, cependant, rendre cettejustice à leur libéralisme ou à leur imprévoyance politique en tant que |>;u-Li : jusqu'alors, les élections donnaient invariablement des Chambres d'une seule nuance politique; après leur réforme, l'opposition devint plus nombreuse au Parlement, pas assez, cependant, pour que les changements politiques dépendent du vote des électeurs. Comme les libéraux avaient été Les premiers à faire l'essai du nouveau Système, les élections amenèrent à la Chambre un nombre suffisant de conservateurs pour rendre précaire l'existence dis ministères, en s'alliant aux libéraux mécontents et en formant avec eux des majorités d'occasion. Néanmoins, l'empereur dut procéder comme par le passé, en appelant au pouvoir le parti contraire quand il lui sembla que son tour était arrivé. Les conservateurs avaient eu le temps d'étudier le côté faible du système ; aussi, quand ils firent les élections à leur tour, obtinrent-ils une victoire plus éclatante que leurs adversaires, et leur majorité fut-elle plus considérable.
Quoiqu'il en soit, le Brésil est encore loin d'envoyer à la Chambre des véritables représentants de la volonté nationale ; la majorité y représente encore, surtout, la volonté du gouvernement.
Ces faits expliquent qu'il y ait des accords nécessaires, des concessions réciproques, et que le choix des députés, aussi bien que la nomination des fonctionnaires, retombe le plus souvent, non pas sur les plus capables, mais sur les plus utiles. Do ut des, voilà la grande maxime, là comme dans maint pays parlementaires.
La presse affiliée aux partis est le reflet naturel de ces tendances. Pour elle, tous ses coreligionnaires sont de grands hommes, et tous ses adversaires sont de mauvais patriotes. Dans l'opinion de ceux qui sont dans l'opposition, l'Empereur exerce un pouvoir personnel et corrompt toutes choses ; dès que ceux-là mêmes montent au pouvoir, ils célèbrent à qui mieux mieux les vertus du souverain que l'Europe nous envie.
Dans la capitale, qui possède une grande population étrangère. commerçante et industrieuse, ces paroles ne trouvent guère d'écho; on en connaît la signification. Dans les provinces, la passion des partis les applaudit ou les blâme selon le cas, mais, en attendant, elle les dévore avec avidité.
De là le développement de la presse neutre dans la capitale. Pour le négociant, pour le rentier, pour une bonne partie des
fonctionnaires, pour le médecin, L'avocat, le militaire, l'artiste, l'ouvrier, il est assez, indifférent que ce soient les libéraux ou les conservateurs qui dominent. Avec les uns et les autres, ils le savent, il peul y avoir hélas! les mêmes déficits, les mêmes emprunts, les mêmes oscillations du change, lesmémes modifications fréquentes dans les tarifs douaniers, les mêmes sollicitations poulies emplois, pour les concours, pour l'avancement, pour toute chose. Ce qui leur importe parfois c'est de garder un ministère qui a l'ait une réforme utile et qui l'exécute avec sincérité, ou de voir tomber un ministère qui a pris une mesure vexatoire ou maladroite. Lorsqu'il y a un changement de parti au pouvoir, tous ces gens-là ne s'aperçoivent même pas de la différence, qui n'affecte que les cercles politiques, à cause de l'inévitable contredanse des présidents de province et des autorités chargées de la police.
La presse neutre répond parfaitement aux besoins de toute' cette masse d'indifférents. N'ayant des engagements avec aucun gouvernement, elle en applaudit les actes qui profitent à la majorité du pays, et combat ceux qui lui paraissent nuisibles. Indifférente à la conservation des mêmes hommes au pouvoir, ou à leur remplacement par d'autres ,elle applaudit aujourd'hui l'acte d'un ministre qu'elle a combattu hier pour un autre acte, car ni son appui ni son opposition ne visent le ministre ou le parti auquel il appartient, mais seulement son acte, qui peut être bon ou mauvais pour un individu, pour une classe ou pour le pays. Une fuis cet acte promulgué ou révoqué, la presse neutre se soucie peu que le ministre garde son portefeuille ou qu'il l'abandonne.
C'est à la Chambre des députés, et non pas à la presse, qu'il appartient de renverser les ministères. Cette attribution des Chambres est, d'ailleurs, toute platonique au Brésil. Elles n'ont pas encore réussi à faire accepter leurs indications parl'empereur. Elles renversent un ministère, et le monarque choisit qui bon lui semble, parfois même des personnages qui se trouvaient parmi les vaincus delà veille.
Quand on sait l'influence que la capitale exerce sur l'empire tout entier, on comprend l'action que la presse neutre de la capitale exerce à son tour. Hàtons-nous de dire que toute la presse neutre ne se règle pas par les mêmes principes. Son représentant le plus ancien et le plus accrédité, le Jornaldo Commercio, qui en est à sa soixante-septième année d'existence, a une manière spé-
ciale de se montrer neutre. 11 n'a pas de parti, mais son programme c'csl l'ordre, c'est le respect <le l'autorité. On peul dire de lui
que, M m l en fiant neutre, il est conservateur, conservateur de toul gouvernement, même quand celui-ci est libéral. Cela veut-il dire que le Jornal do Commercio donne son appui aveugle à tous les ministères ? — lui aucune manière : il met au service du principe d'autorité, représenté par le gouvernement, son grand prestige de journal sérieux ; mais, quand il est nécessaire, il en discute les actes, il les combat même, sans aucune violence de langage, en sauvegardant ce que les gens pacifiques appellent les bons principes.
Pendant quelques années on a créé, dans la capitale, degrands journaux neutres, qui voulaient suivre la même voie que le Jornal do Commercio. Ils sont tous morts au bout de quelque temps : ils ne répondaientà aucun besoin, ils se bornaient à faire ce qui était déjà fait par le Jornal do Commercio^ avec le prestige en moins. La Gazetade Noticias, parvenue à sa quatorzième année, fut le premier journal neutre qui parut pour faire le contraire de ce que faisait le Jornal do Commercio. Son attitude systématique c'est l'opposition à tous les gouvernements. Très démocratique d'allures, elle a pris le contre-pied du Jornal. Tout d'abord, elle se mit à la portée des bourses les plus modestes et ouvrit ses colonnes à toutes les plaintes et à toutes les réclamations du peuple. Lorsqu'elle épousait une cause, elle la défendait sur tous les terrains et sur tous les tons. Une question posée dans un article de fond ne recevait-elle pas de solution, aussitôt elle la. discutait en vers, la délayait en contes, la réduisait en anecdotes, et la faisait figurer en même temps sous trois ou quatre rubriques du journal, avec insistance, tantôt en riant, tantôt en tonnant, un peu « à la diable ».
J'ai parlé tout à l'heure de plaintes du peuple. Ceci m'amène tout naturellement à esquisser une autre physionomie très caractéristique de la presse brésilienne, physionomie commune aux journaux de la capitale et à ceux des provinces. Si elle est plus accentuée dans la presse neutre de la capitale, c'est parce que le public donne la préférence à cette presse et non pas parce que les autres journaux la repoussent. Je veux parler des insertions sur demande (publicaçôes a pedido). il s'agit d'une rubrique du journal où tout le monde peut écrire ce que bon lui semble, en payant à l'administration du journal l'espace qu'il y occupe. C'est une page spéciale d'annonces; mais, au lieu d'y voir un droguiste
présentant ses produits ou un magasin de nouveautés annonçant une vente de soldes au rabais, on y trouve un citoyen dénonçant les injustices dont il se croit la victime de la part des pouvoirs publics, se plaignant de son voisin ou de son rival. Ces plaintes sont fréquemment agrémentées d'injures et même de calomnies, et la vie privée n'y est pas toujours épargnée.
Tarin i les cl rangers qui visitent le Brésil et qui parviennent à comprendre le portugais, les uns sont scandalisés de cette forme spéciale de notre presse, les autres la trouvent simplement comique. Cependant, elle n'a rien d'extravagant; elle a ses raisons d'être, ou les a eues. Elle est déjà autre qu'elle n'a été, et elle disparaîtra certainement quand disparaîtront à leur tour les causes qui l'ont fait naître.
Une de ces causes est notre organisation politique, sociale et civile, qui ressemble assez à une vraie désorganisation. Dans aucun pays on ne saurait trouver plus de libertés qu'il n'en existe de fait au Brésil. Il y est permis de tout dire, dans la presse, dans la tribune, contre la police, contre la magistrature, contre le gouvernement, contre l'empereur. Il y a des lois contre l'abus de ces libertés, mais ces lois on ne les applique jamais régulièrement, et, pour beaucoup de cas, il n'y a pas de lois spéciales.
La loi sur la presse est absolument incomplète. Seuls les particuliers lésés ou offensés par une de ces « insertions sur demande » ont recours à la loi, encore le font-ils rarement. La loi sur la presse n'a prévu que deux sortes de délits pour abus de la liberté de la presse : la calomnie et l'injure. Dans les procès pour calomnie, l'auteur du délit est admis à faire la preuve, et il comparait devant le jury. Le procès pour injures est trèssommaire ; il est soumis à un juge et n'admet pas la preuve. Aussi cette législation donne-t-elle lieu aux résultats les plus étranges. Un citoyen dénonce, un jour, dans un journal, certain fonctionnaire, qu'il accuse de prévarication, il fournit la preuve de son accusation, si bien que le fonctionnaire est destitué aussitôt. Celui-ci, tant qu'il était fonctionnaire, ne pouvait actionner son accusateur que pour calomnie, en lui demandant défaire la preuve des faits avancés. Mais, une fois destitué, il agit comme tout autre citoyen, poursuit son accusateur pour injures et le fait mettre en prison.
Cette législation a donné naissance à une curieuse institution, destinée à la tourner. Elle a créé le testa de ferro, l'homme de paille, le plastron. L'offensé cite l'auteur d'un article paru
•"»! I LE BB ÉS1 i. EN 1 889 .
dans la section payante, l'éditeur du journal se présente et exhibe L'autographe qu'il a gardé par devers lui ; l'article a paru sans signature on bien sous un pseudonyme: — Y Ami de la vérité, la Loi, la Morale Publique, lu Main du trépassé, ou tout autre, plus ou moins pittoresque. D'autres lois, il porte 1(3 nom de fauteur véritable en toutes lettres, avec sa signature reconnue par devant notaire; niais si, à la lin de son article, l'auteur n'a pas déclare qu'il en prend la responsabilité légale, l'éditeur du journal incriminé paie un homme de paille, un testa de ferro, qui fait cette déclaration et qui assume toute La responsabilité. Parfois cet homme de paille se trouve déjà poursuivi pour une douzaine d'autres articles du même genre, qu'il n'a même pas lus. Parfois encore, il est sous le coup d'une condamnation a quelques mois de prison pour des peccadilles analogues. Cette condamnation, il ne l'a pas purgée, d'ailleurs, car, en cette matière, L'exécution de la sentence dépend d'une requête du plaignant. Si celui-ci découvre qu'il en est ainsi, il s'empresse de prouver que L'homme de paille en question ne jouit pas de ses droits civils, et alors c'est l'éditeur du journal qui est poursuivi. Si celui-ci, à son tour, se trouve dans le même cas, c'est le rédacteur en chef ou le propriétaire du journal qui en est rendu responsable.
D'autres fois — et c'est là le cas le plus commun — la victime se contente de déclarer au public que l'auteur responsable de L'article étant le fameux testa-de-ferro un tel, elle méprise les injures qui lui ont été lancées sous le couvert d'un individu pareil. Quelques-uns, plus spirituels, s'en vont trouver l'homme de paille en question, lui versent une certaine somme, et celui-ci vient déclarer que, poussé par la misère, il avait accepté la responsabilité d'un article de M. X. contre M. Y; mais qu'il n'avait même pas lu cet article, et que, mieux informé, il reconnaît loyalement que M Y. est un honnête homme et un parfait gentleman, tandis que M. X. est un fripon et un drôle.
C'est là l'abus, le mauvais côté d'une mauvaise loi. 11 n'en est pas moins vrai que ces publicaçoes a pedido ont ou ont eu leur bon côté. Alors qu'il n'y avait à Rio-de-Janeiro que le Jornal do Commercio, s'abstenant par système de publier des articles désagréables au gouvernement, ou des journaux politiques, et par cela même suspects au public, c'est là que les employés ayant souffert quelque passe-droit, que les classes socialespeuprolégées ont trouvé où exhaler leurs plaintes ; c'est là que les petits ont affronté les grands, en dénonçant au public l'oppression qui pe-
sail sur eux. Quand la presse eut pris un plus grand essor parmi nous et fui devenue populaire et accessible à tous; quand des journalistes eurenl consenti à prendre en mains certaines questions qui, auparavant, n'étaient abordées que dans les « insertions sur demande », celles-ci conîmencèrent à diminuer. Elles iront en diminuant chaque jour davantage. En morne temps, le niveau moral de la presse a monté : les administrations des journaux al l'ait un scrupule d'accueillir des élucubrations qui pourraient paraître dures aux lecteurs habituels. La plaie est en train de guérir.
Hâtons-nous de dire que, malgré ces dispositions absurdes de la loi, quand un journal est actionné pour un article de l'un de -es rédacteurs, celui-ci dédaigne d'avoir recours à l'homme de paille et qu'il se présente personnellement pour assumer la responsabilité de ce qu'il a écrit.
Ce relèvement du niveau moral de la presse au point de vue de l'accueil fait par elle aux « insertions sur demande » et le ferment des vieilles habitudes mauvaises chez une certaine partie de la population ont provoqué la création d'une espèce particulière de journaux, qui ont eu leur moment de vogue. Ces feuilles ont trouvé leur expression la plus pernicieuse dans un journal appelé 0 Corsario (Le Corsaire). Outre ce qu'il écrivait de son propre fond et qui était pire que toutes les « insertions sur demande » parues jusqu'alors, ce journal accueillait, moyennant finances, tout ce qu'on lui envoyait à publier. C'était une véritable horreur et ce fut un éclatant succès de scandale. Pendant longtemps, il s'attaqua un peu à tout le monde, sans que personne le poursuivit : les uns avaient peur d'un scandale plus grand encore; les autres croyaient bien faire en vouant au mépris des injures venues d'une telle source. Les autorités ellesmêmes n'intervenaient pas, car l'Empereur, disait-on, s'y opposait, au nom de la liberté de la presse. Un beau jour, cependant, le rédacteur du Corsaire attaqua violemment un officier de l'armée. Quelques camarades de cet officier se réunirent, firent cause commune avec lui, et le rédacteur du Corsaire, fut assassiné en plein jour. L'affaire fit sensation. Beaucoup de gens trouvèrent le châtiment mérité. Beaucoup également trouvèrent qu'une quinzaine ou une vingtaine d'hommes réunis pour assassiner un seul homme, c'était un peu trop de monde pour accomplir un acte de justice.
J'ai dit que l'élévation du niveau moral des « insertions sur
demande » avait provoqué la création de journaux sans scrupules, ("ondes exclusivement pour alimenter certaines passions mauvaises. Par contre, les excès mêmes de ces journaux ont exercé une influence salutaire sur les publicaçôes a pedido : craignant un rapprochement fâcheux entre les deux genres, les administrations des journaux sérieux se montrèrent encore plus sévères, et les choses ont pris insensiblement une meilleure tournure. Aujourd'hui, il est très rare de découvrir un scandale dans les colonnes consacrées aux « insertions sur demandes ». C'est la réclame qui est en train de le remplacer.
Cette digression à propos des testas de ferro m'a détourné de mon sujet. Je parlais de la politique suivie par la presse.
La presse neutre absorbe presque toute l'attention du public à Rio-de- Janeiro. Aussi la presse de parti y a-t-elle une vie fort précaire et n'y est-elle entretenue ordinairement que par les sacrifices de quelques hommes politiques. Naguère encore, il n'y avait pas un seul journal franchement politique dans la capitale de l'empire. Vers la fin de l'année 1888, a paru la Tribuna Libéral, dirigée par l'un des chefs les plus éminents du parti libéral, M. le vicomte d'Ouro-Preto. Les conservateurs, à leur tour, y ont fondé le Municipio Neutro sous la direction du président du Conseil municipal de Rio. Les républicains n'avaient dernièrement aucun organe à eux à Rio, et les anciens abolitionnistes continuaient à batailler dans la Cidade do Rio sous les ordres de M. José do Patrocinio.
Dans les provinces, au contraire, le nombre des journaux de parti est fort considérable, et quelques-uns d'entre eux font une propagande très efficace, qui s'étend môme au-delà des limites de leur province. Les républicains en particulier y ont, entre autres, deux journaux très bien rédigés : la Provlncia de San- Paulo, à San-Paulo, et la Federaçâo, à Rio-Grande-du-Sud. Les conservateurs et les libéraux et les diverses nuances de ces deux partis constitutionnels possèdent des organes dans tousles chefslieux de province, dans toutes les villes et dans tous les centres de population un peu importants. Il y a telle petite ville de province ayant 1G.000 habitants qui compte jusqu'à six journaux politiques! Quelques-uns de ces journaux ont une valeur réelle. De ce nombre sont les suivants : Amazonas etJornal do Amazonas; Provincia do Para, Diario do Grâo-Pard, Commercio do Para; Paiz, Diario do Maranhâo] Pedro II, Libcrtador ; Jornal do Recife, Diario de Pernambaco ; Diario da Bahia; Reforma, de Porto-Alegre ;
Comeio PaulistanOj de San-Paulo; Monitor Campisla, peut-être le plus ancien des journaux du Brésil, et mille autres qu' il serait trop long d'énumérer.
Cependant, il est facile de comprendre que, grâce surtout à la centralisation administrative dont nous jouissons, c'est la voix de la presse de la capitale qui porte le plus haut et le plus loin.
J'ai dit tout à l'heure que nulle part au monde il n'y a plus de libertés qu'au Brésil et que nulle part peut-être on n'en abuse autant. Il faut dire aussi que le gouvernement et les autorités, à leur tour, abusent de leur pouvoir, et que, dans cet état de choses, la presse devient une véritable soupape de sûreté. Certes, les abus des autorités n'ont pour cause ni de mauvais instincts ni des tendances à prévariquer; ils prennent leur source dans des sentiments plus humains : dans la faiblesse envers les amis politiques, dans la condescendance réciproque nécessaire à l'équilibre peu stable des partis. On n'abuse pas systématiquement ni avec entêtement. Or, pour de semblables maux, c'est encore la publicité qui est le meilleur remède.
Au point de vue matériel, nos journaux populaires font de véritables tours de force de bon marché. Nous importons de l'étranger le papier, l'encre, les machines, les caractères, tout notre matériel d'imprimerie, et, grâce aux fluctuations du change, nous payons fort cher notre main-d'œuvre. Cependant, nous vendons nos journaux de grand format 10 centimes le numéro. C'est l'annonce qui paie la différence, bien qu'elle ne coûte pas aussi cher qu'en Europe. Pour nous rattraper, nous sommes obligés d'avoir deux et trois pages d'annonce. Le Jornal do Commercio, par exemple, d'un format beaucoup plus grand que celui du Temps, de Paris, publie parfois six pages d'insertions payées sur les huit dont il se compose, et souvent il a dix pages, dont huit d'annonces et d'insertions payées.
Notre service télégraphique représente également des frais beaucoup plus considérables que n'en supportent les journaux d'Europe. Il suffit de dire qu'un mot envoyé par télégraphe de Paris ou de Londres à Rio-de- Janeiro coûte beaucoup plus cher que s'il était envoyé en Chine! Le télégraphe national lui-même coûte encore excessivement cher, quoiqu'il accorde une réduction de tarif aux journaux.
Nos principaux journaux ont des correspondants spéciaux dans les principales villes d'Europe et des deux Amériques, et un grand service de reportage. La Gazeta de Noticias a introduit chez
qous une innovation dans le courant do l'année dernière : c'est le feuilleton illustré au moyen de clichés faits expressément pour les grands tirages sur les machines rotatives de Marinoni ; elle publie également des portraits de notabilités nationales et étran gères.
Les journaux sont vendus sur la voie publique par des enfants, Italiens pour la plupart, qui annoncent à haute voix le titre du journal et les principaux articles du jour. On les vend également dans les kiosques, dans les épiceries, les gares de chemins de fer, les débits de tabac, etc.
Les journalistes de Rio-de-Janeiro n'ont pas encore réussi à fonder une association professionnelle. Ils l'ont tenté en vain trois ou quatre fois. Cependant, ils s'unissent accidentellement dans certaines occasions solennelles, comme, par exemple, au mois de mai 1888, au moment de l'abolition de l'esclavage, lorsque la presse prit l'initiative de toutes les grandes fêtes populaires données à cette époque. Ils ont l'intention également de commémorer ensemble le Centenaire de la Révolution Française.