CHAPITRE XVIII
Par M. E. DA SILVA PRADO.
L'art portugais, destiné à dépérir après avoir produit les grands monuments d'Alcobaça, de Batalha, de Thomar et de Belem, les tableaux du Gran Yasco et le fameux ciboire des Jeronvmos, n'a pas été transporté au Brésil par les conquérants venus du Portugal. Dans une nouvelle colonie, où la conquête et le défrichement des terres s'imposent à ceux qui arrivent, les beaux-arts n'ont pas leur place et nous ne ferons que mentionner l'art rudimentaire qu'on rencontrait chez les indiens du Brésil.
Des découvertes relativement récentes ont mis à jour dans le bas Amazone des produits céramiques bien antérieurs à notre époque et dans lesquels un art particulier d'ornementation et un certain développement marqué dans la beauté des formes, révèlent l'existence, ou peut-être le passage sur les bords du grand fleuve, de tribus plus avancées, aumoins sous le rapport industriel, que leurs successeurs actuels dans les mêmes régions.
Chez les Indiens, que les Portugais rencontrèrent au Brésil, le seul art qui semblait en quelque sorte être propre à eux comme à d'autres peuples américains, était l'art des ornements en plumes, pratiqué avec un tel succès, qu'on n'a pas hésité à lui donner le nom spécial de Arte Plumaria1. On ne faisait pas au Brésil les merveilleuses mosaïques en plumes comme
1. C'est le titre que M. Ferdinand Denis reproduit, d'après un vieux chroniqueur espagnol, dans un très-savant mémoire sur les ornements en plumes dans les deux Indes et eu Océanie.
au Mexique où les indiens, par la combinaison des plumes dans leurs couleurs naturelles, reproduisaient dos tableaux en trompant l'œil le plus exercé. Le nombre d'oiseaux au plumage éclatant étail si grand, que les Indiens trouvaient une variété inlinie de plumes pour en faire dos ornements de toutes sortes. M. Ferdinand Denis remarque 1res bien que l'usage des plumes éclatantes comme parure est l'indice d'un commencement de civilisation ; on le trouve chez presque tous les peuples de l'Amérique du Sud, bien supérieurs a nx hideux Australiens qui, possédant dans leurs campagnes les plus beaux oiseaux do la terre après ceux de l'Amérique du Sud, dédaignent les plumes merveilleuses qui eussent été un trésor aux veux desTamoyosetdesFloridiens. Le vieux voyageur français Jean de Léry décril avec ravissement les admirables oiseaux du Brésil : L'Ara « moitié aussi rouge que line écarlate, aussi étincelante que le plus lin es car la tin qui se puisse voir et au surplus tout le corps azuré », le Canindi l'cntour du col aussi iaune que fin or, les aisles et la queue d'un bleu si nayfqu'il n'est possible de plus, estant admis qu'il soil vestu d'une toile d'or par dessous et emmantelé de damas violet figuré pardessus; on estravi de sa heauté.... »« Et au surplus, combien que ces oiseaux ne soyent pas domestiques, estant néantmoins plus coutumièrement sur les grands arbres au milieu des villages que parmi les bois, nos toupinambaoultsles plumans soigneusements trois ou quatre fois l'année, font comme j'ai dit ailleurs, fort proprement des robes, des bonnets, bracelets, garnitures d'espées de bois et autres choses de ces belles plumes dont ils se parent le corps ».
Dans les grands diadèmes et dans les manteaux, les plumes étaient liées par la fibre du Tucum et maintenues par les matières agglutinantes fournies par les résines des forets. Cette industrie indienne n'est pas entièrement perdue au Brésil, de nos jours. Dans le haut Amazone, quelques tribus conservent l'usage de ces ornements, et savent faire les plus belles oppositions et gradations de couleurs, avec le rouge couleur de feu éclatant, le jaune d'une riche teinte jonquille et le bleu le plus beau [.
1. On trouve de très beaux spécimens do cet art indien dans l'ouvrage de Dcbret et surtout dans les 89 magnifiques lithographies coloriées durs à une commission brésilienne chargée d'explorer le Cearâ. Ces lithographies, donl le texte, explicatif n'a, jamais été publié, seront bientôt réunies, ainsi que d'autres travaux, dans un ouvrage <|u<' .M. Ladislau Netto prépare en ce moment. Cette collection porte le n° 19.260 dans le Catalogo du Exposiçâo de Historia do Brazil. Rio 1881.
Ces ornements <in plumes, quelques objets de vannerie, l'ornementatiou des armes en bois et des manches également, en bois, servant aux hachesen pierre et les instruments primitifs de musique1, constituaient tout l'art des Indiens.
On a bien parlé de prétendues constructions imposantes d'une grande ville abandonnée qui n'a pas été retrouvée. Le savant hollandais Elias llcrckmann, gouverneur de Parahyba au xvii' siècle, rencontra dans cette province des constructions bizarres qui étaient peut-être simplement des accidents géologiques, mais dont la trace semble perdue aujourd'hui2.
Pour les premiers colons portugais, établis au Brésil, l'art de construire des habitations était un art presque militaire, si pressant était leur besoin de se retrancher derrière des palissades ou des fossés, pour se mettre à l'abri des attaques des indiens. Les premières maisons furent sans doute pareilles à celle que le père Anchieta décrivait comme la première qui fut bâtie à l'endroit où se trouve aujourd'hui la ville de San-Paulo : « une petite maison en paille ayant une natte de roseaux en guise de porte et où les lits étaient remplacés par des hamacs3. » Dans les gravures de l'édition de Marpurg (1557) de Ilans Stade, un soldat allemand qui a écrit ses aventures au Brésil, on voit des planches représentant San-Yicente et Olinda (Marin). Les Portugais avaient adopté les retranchements dont se servaient les Indiens4. Cependant,
1. Les Indiens du Brésil ne connaissaient l'usage ni du fer ni du cuivre. On voit au Muséum de Rio-de-Janeiro une hache en bronze, trouvée dans une excavation à 2 mètres de profondeur par M. Bauer, en 1886, à Xiririca sur les bords du fleuve Riheira-de-Iguape, dans la province de San-Paulo. Cette hache, dont nous avons eu connaissance par M. Nctto, est tout à fait identique aux haches péruviennes. Nous expliquons cette trouvaille par les premières communications qui eurent lieu entre le Brésil et le Pérou au xvic siècle. D:ms l'ouvrage Argentina, de Ruy Diaz de Gusmân, on trouve une notice de l'expédition au Pérou de Aleixo Garcia(vers 1526) quia précédé L'expédition envoyée par Martin Affonso en 1531. Ces deux expéditions semblent avoir remonté la Bibeira-de-Iguape.
Nous devons cependant constater que Alvar Nunes Cabeça de Vaca qui se rendit par terre en 1541 de Santa Catharina au Paraguay rencontra des indiens guaranys qui se servaient du cuivre pour en faire des ornements. Voy. Commentaires d' Alvar Nunes Cabeça de Vaca, traduction Ternaux-Compans. Paris 1837. Chap. xxu et ailleurs.
2. i'.arlœus — Rerum per octennium in Brasilia, etc., etc. Clèves, 1660. 8° pages 358-374.
3. Simào de Vasconcellos : Chronica da Companhia de Jésus do Estado do Brazil. Liv. I. no 153.
4. Théodore de Bry, dans sa traduction latine de Hans Stade, a agrandi et perfectionné ces gravures. Dans l'autre édition de Hans Stade, aussi de 1557. mais de Francfort, les gravures sont toutes faites de fantaisie: les indiens y sont habillés à l'européenne, etc., etc.
La soumission ou la destruction des indiens se faisant assez vite, on renonça en partie à ces précautions. Dans le journal de l'expédition hollandaise de Joris van Spilbergen (1015), on voil une planche où la ville de San-Vicente esi représentée encore entourée de palissades formant carré, ayant trois larges portes surmontées de croix ; des retranchements analogues entourent la ville de Santos. On voit quelques maisons isolées entre autres l'usine à sucre, des grands marchands d'Anvers, les Schetz : « Le susdit bastiment » dit le journal, - estait fort et basti en forme d'un village, avec une église nommée Seignora de /Vives.
« Les Portugais nous advertissoyent qu'il avoiteste basti par quelques uns de lignage de la ville d'Anvers et qu'un comte y tenoit sa résidence ; c'estoyt aussy une place belle, riche et bien pourvue de cannes à sucre1. » Les progrès de la colonie se révélaient donc déjà dans les constructions. Les Portugais, qui excellaient, en ce temps là dans les constructions navales, avaient trouvé le moyen de réparer au Brésil les flottes qui s'y rendaient directement ou qui y faisaient escale en allant aux Indes Orientales. Bientôt on y construisit même des navires capables de faire ces lointaines navigations.
Au xvii0 siècle on entend parler d'un peintre de Bahia, loué par les écrivains du temps, mais dont aucun ouvrage n'est parvenu jusqu'à nous — Eusebio de Mattos (1629-1692), frère du poète Gregorio de Mattos. A cette époque, pendant la domination hollandaise au nord du Brésil, l'art européen apparaît pour la première fois dans ce pays. Un peintre de Harlem, Franz Post
1. Miroit* Oost and West Indical, auquel sont décrites les deux dernières navigations faites es années 1(114-18, l'une par G. de Spilbergen, etc., etc. Amsterdam 1821. Dans l'édition latine de Leyde 1619 on lit:
« Paulo post altius adversus flmncn profectis, sedes inveminns, in quas curn supellectile sua confugerunt, ab Antiverpiensibus quibusdam qui Scotsii vocabantur, eleganter admodum extructa, temploque quod Signora de Nives appellant decoratas intelleximus. Dives saccaro, ameenusque erat locus. » Page 16.
Cette propriété que Spilbergen saccagea et brûla le 26 janvier 1616 était connue sous le nom de Engenho dos Erasmos, du nom de Erasme Schetz et ses enfants. Hans Stade parle de l'agent des Schetz, Pierre Rossel, auquel se rapporte aussi le chroniqueur F. Gaspar da Madré de Deos,qui le nomme Pedro de Rozé (page 103, Memorias etc., etc). Schmidel de Straubing. (Edition Ternaux Compans) parle de lui et d'Erasme Schetzen, 'page 248). Dans l'édition latine de Nuremberg 1599 , ce dernier nom esl écrit Schertzen et aussi Schatzen. Tous ces noms se rapportent évidemment aux Schetz, les grands marchands des Flandres qui avaient de vastes relations commerciales avec tout le monde et qui, annoblis depuis longtemps, portaient d'argent à 1 corbeau essorait I de sable posé sur une montagne à S copeaux de sihople.
[1620-1680), accompagna le gouverneur comte Jean Maurice de Nassau, el grava ses études des paysages tropicaux, faites pour la première fois, sur les lieux. Lui et A. van der Eckhout^un autre peintre qui accompagnait Maurice de Nassau, révélèrent les premiers à L'Europe l'aspect vrai de la nature américaine qu'ils ont traduite avec un sentiment dont llumboldt a exalté le bonheur et la vérité (Cosmos, vol. II). Mais les Hollandais, qui n'onl jamais été des architectes, n'ont rien bâti de durable au Brésil ; leurs bâtiments, aujourd'hui détruits et construits autrefois par Peter Post, le frère du peintre, nous semblent, dans les gravures de celui-ci, aussi médiocres et disgracieux que les vieilles constructions hollandaises de la même époque qui subsistent encore à Java dans le vieux port de Batavia.
A mesure que la population croissait à Bahia et sur quelques points de la côte, les constructions devenaient plus importantes. Mais les jésuites et d'autres ordres religieux, ayant la haute direction sociale de la colonie, Fart n'y pouvait être que religieux. On commença à orner richement l'intérieur des églises qui étaient toujours les bâtiments les plus considérables des villes naissantes, qui ne furent plus composées de cases recouvertes de chaume et de branchages. Quand les toits de chaume disparurent des maisons, ils furent remplacés par les grandes tuiles convexes usitées au Portugal. Les maisons projetaient à l'extérieur les larges bords de leurs toits qui rendaient facile l'écoulement des pluies torrentielles des tropiques. Toutes ces maisons, à un seul étage, avaient, selon la coutume du sud de la péninsule ibérique, les fenêtres treillissées de bois, une protection contre le soleil, peut être un souvenir de la réclusion des femmes dont les Espagnols et les Portugais avaient hérité la tradition des Maures.
Les églises primitives furent pour la plupart reconstruites au xvmc siècle, car étant faites avec de mauvais matériaux, elles ne purent résister ni au temps ni au climat. Un voyageur français qui visita Bahia en 1697 dit :
« Les maisons y sont hautes, et presque toutes en pierre de taille et de brique, les églises sont enrichies de dorures, d'argenterie, de sculptures et d'un nombre infini de beaux ornements ; il y a dans la cathédrale des croix, des lampes et des chandeliers d'argent si hauts et si massifs, que deux hommes ont peine à les
1. Le frère do Gerbrandt van der Eckhont, disciple de Rembraudt.
porter. Il y a des cordeliers, des carmes, des bénédictins, des jésuites el plusieurs antres religieux, qui tous (outre un petit couvenl de capucins français et italiens) sont Tort riches. Les jésuites surtout y sont puissants; ils sont 190 religieux, leur maison est d'une vaste étendue et leur église grande et bien ornée ; la sacristie en est des plus magnifiques du monde ; elle a plus de 2o toises de long, sur une largeur proportionnée. 11 y a trois autels, deux aux deux extrémités, et un au milieu de La face qui joint l'église, el sur lequel on voit tous les matins plus de vingt calices tous d'or, de vermeil et d'argent. Aux deux côtés de ce dernier autel sont deux grandes tables, qui sur la longueur ne laissent que l'espace de deux portes, qui servent à entrer dans l'église. Ces deux tables sont d'un très beau bois; toutes les faces en sont garnies d'yvoire, de carret et de quantité de belles mignaUires qu'ils ont fait venir de Rome. Le quatrième CÔtéde cette sacristie, qui donne sur la mer, est percé de plusieurs grandes croisées de haut en bas, et le plafond est couvert de très belles peintures1. »
Un autre voyageur (1714) parle aussi de ce « couvent des jésuites dont l'église est bâtie de marbre tout apporté d'Europe » ; la sacristie, dit-il, « en est fort belle, tant par la propreté de l'ouvrage des buffets, parles bois curieux, le caret et l'yvoire dont ils sont composés, que par une suite de petits tableaux dont ils sont ornés. Mais il ne faut pas avec Froger, appeler belles peintures celles du plafond, qui ne méritent pas l'attention d'un connaisseur -. »
Quelques années avant Frézier (1703), ingénieur ordinaire du roi de France, un autre voyageur français, nous laissait aussi ses impressions de Bahia: « Le gouverneur de la Baie est comme le vice-roi du Brésil ; tous les autres relèvent de lui. La maison, à laquelle je ne puis donner le nom de Palais, est dans la ville haute. Elle est assez belle et passablement meublée ; mais il s'en faut de beaucoup qu'elle réponde à ce que les Portugais en content à ceux qui ne l'ont pas vue ». « La cathédrale, qu'ils appellent la Gez (sic), est dans la haute ville. Elle est grande, élevée, toute bâtie de pierres de taille et l'une des plus belles églises que j'aie vues. La maison des jésuites est superbe et magnifique ; je n'en sache
1. Froger: Relation du voyage de M. de Gennes au détroit de Magellan. A Pari?, 18. Chez Nicolas le (iras, 1700. Pages 138.
2. Frezier: Relation du voyage de la mer du sud, etc., etc. Amsterdam, 1717. Chez Pierre Humbert, 2 vol.. in-lSn, vol. II, page 53o.
point en Franco qui puisse lui être comparée. Mais on admire surtout leur sacristie ; elle a an moins cent pieds de long et trente de Large. Les murs sont lambrissez de bois de Jacaranda (je suis fort trompé si ce n'est le même que celui qu'on appelle en France bois de violette, tant il lui ressemble) depuis le parquet, qui en es( aussi, jusqu'au plafond, dont la peinture est exquise. Du côté où les prêtres s'habillent, il y a un grand nombre de tableaux qu'ils mont dit être des meilleurs maîtres d'Italie. De l'autre, entre les croisées, ce sont quantités de belles armoires du même bois que le lambris, toutes uniformes et bien travaillées. Toute belle et toute grande que soit cette sacristie, elle a un air de simplicité et de propreté qui m'a plu plus que tout le reste l. »
En 1817, La Barbinnais le Gentil décrivait ainsi la ville de Bahia :
« La haute ville est située sur le sommet de la montagne. Les maisons assez grandes et commodes, mais l'inégalité du terrain Jeur ôte une partie de leur ornement et rend les rues désagréables, La grande place qui est quarrée est au milieu de la ville. Le Palais du Vice Roy, la Maison de la Ville et celle de la Monnaye en forment les quatre faces. Ces édifices n'ont rien de fort remarquable, si ce n'est qu'ils sont bâtis de pierres qui sont venues de Lisbonne, parce que le Pays n'en fournit aucunes qui soient propres à la construction des bâtiments. Gomme chacun fit bâtir sa maison à sa fantaisie, tout est irrégulier, de sorte qu'il paraît que la place principale ne se trouve là que par hazard. »
« Il y a plusieurs monastères, celui des jésuites est situé dans le lieu le plus agréable de la ville et c'est sans doute le plus beau, le plus vaste et le plus riche édifice : on y admire surtout la sacristie dont tout le lambris est d'écaillé de tortue mise en œuvre d'une manière fort délicate2. »
Le voyageur de V Aigle a visité alors Rio-de-Janeiro qui devait compter environ 12.000 habitants. Les nouvelles églises n'étaient pas encore toutes prêtes, la ville était en formation : « La ville n'est pas grande, dit-il cependant ce n'est pas faute de terrain. Il y a derrière une prairie entourée de montagnes, dont l'aspect ne laisse pas d'être assez agréable. La rue la plus marchande et la
1. Journal d'un voyage sur les côtes d'Afrique, etc., etc. A Amsterdam, chez Paul Marret, 1723. 1 vol. 12°, pages 238-240. Cette relation anonyme est écrite par un passager de V Aigle, frégate du roi, capitaine Le Roux,
2. Nouveau Voyage autour du Monde, Amsterdam, chez Pierre Mortier, 1747. 3 vol. Vol. 111, page 131.
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plus fréquentée est celle où demeure le gouverneur, et qu'ils appellent La grande rue Elle est fort Large, fort Longue, el comprend seule plus de La moitié do La ville. A un bout esl Le couvenl
des Bénédictins, où, c me ils disent, de San-Bento, dont l'église
est La plus belle de la ville. A L'autre est la maison des jésuites, aussi magnifique par sa structure, que par ses logements. Elle est en partie bâtie sur une montagne, de sorte que le bâtiment qui règne jusqu'au pied est dans cet endroit d'une hauteur prodigieuse et tout de pierres de taille. Les dedans ne cèdent en rien aux dehors. La distribution en est tout à fait belle et bien entendue. Toutes les belles chambres des pères sont boisées. Leur apoticairerie est superbe, bien ornée et aussi bien entretenue pourvue de toutes sortes de drogues, qu'aucune que nous aions en France. C'est le magasin de tous les apoticaires de la ville. L'église est petite mais extrêmement parée et décorée. Derrière la maison est le collège ; je ne vous en dirai rien, parce qu'il n'est, pas achevé. On monte à ces deux églises, celle des jésuites et des bénédictins, par deux très longues rampes, toutes deux carrelées, et dont la pente est presque imperceptible. Le travail qui y paroit et le tems qu'il a fallu pour rendre ces endroits pratiquables et aussi commodes qu'ils sont, font croire qu'ils ont coûté des sommes immenses. Ces rampes (car il y en a deux qui conduisent à la maison des jésuites) sont taillées dans le roc même sur lequel l'église est bâtie et garnies de parapets des deux cotés. Celle des bénédictins est extrêmement large et bordée aussi de murs à hauteur d'appui, qui régnent depuis le bas jusqu'en haut, où l'on trouve une assez belle place carrée, sur laquelle donne le portail de l'église. Le vaisseau en est beau, large et la voûte extraordinairement élevée. Tout autour régnent deux ailes, dont la voûte et la largeur sont proportionnés à celles de la nef... Au milieu de cette rue est la maison du gouverneur qui n'est pas grand chose1. »
Les architectes de ces reconstructions et des constructions nouvelles furent des religieux ; dans l'exécution de ces travaux, les esclaves nègres et indiens, ne pouvaient suffire qu'au gros œuvre. Les artisans étaient souvent recrutés dans les ordres religieux entre les frères lais qui avaient presque tous un métier. Ces nouvelles églises étaient en général d'un style baroque, souvent d'un faux classique et décorées, à l'intérieur, à la manière