‹ Le Brésil en 1889Chapitre 109 sur 147 · Ouvrage cite, page · texte numérisé non relu

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dite churriguresque, avec du bois plein doré et ouvrage en reliefs ornés, torsades, guirlandes el rayonnements entourant les niches et les consoles aux moulures fleuries, où Ton mettait des statues ihi saints, quelquefois habillées de riches étoiles, portant des bijoux, laites en bois, en terre cuite, et peintes aux couleurs naturelles, rehaussées de dorure, dont la combinaison atteignait une très grande richesse et une beauté relative qui relevait un peu ce genre de sculpture spécial au Portugal et à l'Espagne. On trouve cette profusion d'ornementation surtout dans la province de Minas-Geraes, où les mines d'or produisaient de grandes richesses au commencement du xvme siècle et où d'importantes sommes furent dépensées dans les églises de la région, les plus riches du Brésil. Ceci donna lieu à l'apparition de plusieurs artistes parmi lesquels nous citerons, Antonio José da Silva, surnommé 0 Aleijadinho, né à Sabarâ vers 1750, auteur des douze statues gigantesques en stéatite, représentant des prophètes à l'église du pèlerinage de iMattosinhos près de Congonhas-do-Campo, et dont Luccock, A. de Saint-Hilaire et sir Richard F. Burton parlent avec admiration. Silva mourut à Rio-de-Janeiro, après avoir fait d'autres ouvrages pour des églises de Sâo-Joào-d'El-Rey et d'autres villes.

On connaît un autre artiste de Minas, le peintre José Joaquim da Rocha, qui alla à Bahia, où il fit les peintures des églises de la Conceiçâo-da-Praia, da Palma et autres. Ses meilleurs élèves furent: José Theophilo de Jésus et A.-J. Vallasques ; mais Antonio Dias et Antonio Pinto continuèrent l'école de Rocha à Bahia, où fleurit aussi le sculpteur Chagas.

A Rio-de-Janeiro, la peinture a été introduite par un artiste allemand, de Cologne, qui était entré dans l'ordre bénédictin en 169G et qui mourut en 1700. On ne le connaît que sous son nom de religieux, le frère Ricardo do Pilar, dont on admire surtout un Christ au monastère de San-Bento, de Rio-de-Janeiro. Son meilleur élève fut José de Oliveira qui a peint le plafond de l'église de San-Francisco da Penitencia et la voûte de la chapelle impériale, restaurée plus tard par Raymundo-da-Costa. 11 eut pour élèves Leandro Joaquim, dont on cite une Sainte-Cécile dans l'église du Parto, ainsi qu'une Notre-Dame ; et Joâo-de-Souza, dont nous ne mentionnerons que les œuvres principales : les peintures du cloître du vieux couvent des Carmes, et le portrait du général Silva-Paes, dans l'église de la Candelaria ; Manuel-da- Cunha, un affranchi, mort en 1809, auteur d'une Descente de la

Croix ii la chapelle impériale ; d'un Saint-André à L'église de Saint-Sébastien, et d'un portrait du comte de Bobadella h L'Hôtel d(3 Ville. Cunha, qui avait fait ses études à Lisbonne, fut le maître de Raymundo-da-Costa, qui a peinl une Cène à la chapelle impériale, la Saint-Sébastien de L'église du même nom ; de José Leandro de Carvalho l (né à Rio, mort à Angra en 1846), auteur d'un Portrait du Roi Jean 17 à L'ancien couvent des (larmes, d'une Sainte- Anne à L'ancienne Monnaie, et d'un grand tableau delà Vierge du Carmelh la chapelle impériale, que l'artiste obtint de peindre pour le roi à la suite d'un concours. Dans ce tableau on voit toute la famille royale en prière devant la Vierge comme dans les anciens tableaux votifs de l'école allemande. Après l'abdication de l'empereur Pedro 1er, un ministre, pour plaire aux sentiments populaires hostiles alors aux Portugais, lit couvrir d'une couche de peinture les portraits de ce beau tableau qui, seulement en L850, fut remis dans son ancien état par J.-C. Ribeiro. In fils de Leandro, M. .). Franco-de-Carvalho (mort à Ilio en 1838), fut peintre de fleurs. Un autre élève de Cunha fut Manuel Dias de Oliveira Brasiliense, dit le Romain. Cunha n'avait vu que Lisbonne, qui était loin d'être un centre artistique. Dias étudia à Rome, plus heureux que les autres artistes brésiliens, dont aucun n'avait pu voir l'Europe, et dont les ouvrages doivent être considérés comme ceux des primitifs. Ces artistes, bien qu'ils ne reçussent ni du public ni du gouvernement les encouragements qu'ils devaient en attendre, laissèrent des élèves comme le miniaturiste M. J. Gentil et F. -P. do Amaral (mort en 1830), auteur des belles fresques de l'ancienne bibliothèque publique et de l'hôtel de la marquise de Santos, plus tard hôtel Mauà.

Les autres arts du dessin avaient suivi à Rio le développement de la peinture. En 1733, le général Sa-e-Faria, le même qui exécuta la façade de la cathédrale de Buenos-Ayres, donna le plan classique de l'église des Militares. En 1751, le gouverneur, depuis vice-roi, Gomes Freire de Andradc, fit construire le magnifique aqueduc reliant les montagnes de Santa-Thereza et de Santo-Antonio, ouvrage dont l'aspect de grandeur romaine se

1. M. de Freyciuet dans la partie historique de sou Voyage autour du monde sur les corvettes TUranie et la Physicienne, Paris 1825. Vol. I. page 215 dit:

« Parmi les uatiouaux, ceux qui s'occupent de peinture ue jouissent d'aucune réputation, si ce n'est, dit-on, un certain José Leandro, qui ne manque pas de coloris mais qui est mauvais dessinateur.

trouve aujourd'hui détruit en partie par les constructions qui onl masqué ses magnifiques arcades doubles.

Des voyageurs ont prétendu que ce grand ouvrage était inutile, et qu'une suite de I uvaux mis sur la terre ou sous terre, si Ton imU préféré, eût certainement apporté Peau tout aussi bien. Mais un de ces voyageurs, sir Georges Staunton, fait observer luimême, tint1 la décoration et la magnificence sont, aussi souvent que futilité, le but que Ton se propose dans les travaux publics, lui 1761, le marquis de Pombal envoya à Para l'architecte A. -L. Lande qui y bâtit le beau palais du gouverneur et la cathédrale dont la restauration est faite en ce moment par Mgr de Macedo avec un goût parfait.

En 1775, sur les plans du général Roscio, on commença à bâtir, avec le beau granit des montagnes de Rio, la grande église de la Candelaria, dont le dùme n'a été achevé que tout récemment. Les ingénieurs militaires, avaient remplacé comme architectes, les moines et les jésuites.

Dans la sculpture, on peut citer à Rio-de-Janeiro comme les premiers en date : Domingos da Conceiçao et Simâo da Cunha, auteurs des sculptures de Sâo-Rento; et Gaspar Ribeiro, dont quelques œuvres sont à Madrid. Plus tard, Yalentim da Fonseca, de Minas-Geraes, province dont nous avons déjà rappelé le développement au dernier siècle, fut un dessinateur remarquable, ainsi qu'un sculpteur, un ciseleur et un orfèvre de grand mérite. On possède plusieurs ouvrages de lui à Rio : une Passion dans l'église des Militares, le grand autel de Saint-François-de-Paul, le dessin des magnifiques lampes en argent massif de la même église, de celles de San-Bento et de Santa-Rita, qui furent exécutées par Martinho de Brito. Fonseca dessina la fontaine du Largodo-Paço, où les matelots venaient chercher, pour approvisionner leurs navires, une eau excellente, dontla pureté était telle, qu'elle se conservait inaltérable à bord pendant la durée d'un voyage d'aller et retour aux Indes-Orientales. On doit aussi à Valentim un papayer en bronze qu'il a eu la pensée un peu extravagante de placer dans un jardin public. Le voyageur anglais Barrow (1792) fournit une description de ce jardin que nous reproduisons, croyant qu'elle donne une idée du goût du temps à Rio-de- Janeiro : « Ce jardin est formé par des bosquets, des massifs en verdure, des allées et des parterres. L'on rencontre çà et là de beaux berceaux, autour desquels le jasmin, la vigne vierge et d'autres arbustes odoriférants, mêlent leurs branches flexibles.

Nous y remarquâmes plusieurs arbustes indigènes d'une grande beauté; mais il paraît que les portugais aiment beaucoup mieux, el qu'ils cultivent de préférence ceux d'Europe, malgré L'air faible et Languissant qui leur donne un climat si différent de celui qui Les vit naître. Mais ce que je vis «le plus mauvais dans ce jardin, c'était un misérable papayer factice, eu cuivre, peini en vert, de grandeur or dfnaire, Lorsqu'un véritable arbre de celle i, qui croissait tout près de celui-ci, avec toute la vigueur dont est susceptible la végétation enîre les tropiques, semblait regarder avec un sourire moqueur La mine roide de son faux frère. Lue grande terrasse, dans La partie basse du jardin qui domine Le port, offre une vue charmante de ses bords qui, en s'élevant graduellement sont couverts de taillis. Auxdeuxbouts de cette terrasse on trouve un pavillon carré très joliment bâti, dont les murs sont en dedans couverts de peintures. Consid sous Le rapport du talent ces peintures ne méritent pas que l'on en dise grand'chose, mais les objets qu'elles représentent sont loin d'être dépourvus d'intérêt. Les tableaux de l'un de ces pavillons ne représentent tous que des vues détachées de quelques endroits du port; le plafond est orné de devises exécutées en coquillages, et dans le pourtour La corniche représente des poissons particuliers à ces côtes, laits aussi en petits coquillages. Le lambris de l'autre pavillon est décoré de la même manière, avec des devises, mais exécutées en plumes; et Ton a représenté sur toute la corniche une grande partie des oiseaux de ce pays, chacun avec ces propres plumes. Sur les murs de ce dernier l'on voit huit peintures descriptives des huit objets que Ton considérait alors comme ceux d'un plus grand rapport dans le Brésil ; ainsi ces peintures représentaient : /" une vue des mines d'or et de diamants,' 2° une vue d'un,' plantation de cannes à sucre, et d'un moulin qui les broie; 3° une rue de la culture et des préparations de l'indigo; /' une vue d'une plantation de cari us opuntia avec la manière d'extraire la cochenille ; 5° une rue des différentes préparations du manioc; 6° une rue d'une plantation de café; 7° une vue d'une plantation de riz; 8° une vue d'une plantation de chanvre, et de la manufacture des cordages^.

1. Voyage à la Cochinchine par les Iles de Madère, de Ténériffe et du Cap Vert; le Brésil et l'Ile de Java par John Barrow ; traduction française de Malte- Brun — Paris 1807. Les peintures étaient penl être de Leandro Joaquim. L< ornements en plume on! disparu. Sir Georges Staunton qui a décril le \ en Chine de Lord Macartney 'lit au sujel du Passeio Publico en L793 :

Un jardin public à l'une des extrémités de la ville, sur le bord de la

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Valentim da Fonseca lit encore les pyramides de ce jardin,

tjifil orna de fontaines avec des statu-eites, quelques bronzes représentant des animaux du pays, eomme le crocodile sclérops des fleuves du Brésil, etc., etc.

L'influence de la cour du Portugal qui vint s'établir à Riode- Janeiro en 1808 fui très grande dans Ions les sens, sur l'activité el le développement du pays. A cette époque on pouvait à peine prétendre affirmer l'existence du goût pour la peinture et la sculpture; même dans les églises, rien que des ornements surchargés d'or, remplaçant le plus souvent les œuvres d'art absentes. Le gouvernement se montra très éclairé et ses efforts pour le progrès du pays furent énormes. Le bon roi Jean VI ne voûtait que le bonheur de son peuple; il sut s'entourer de ministres très éclairés et le voyageur, disent Spix et Martius, regrette seulement que les Brésiliens, dont le caractère a été déformé par deux siècles de régime colonial, ne puissent estimer à leur valeur les intentions du gouvernement. En effet, ça n'a pas été vers les industries, les arts et les sciences qui font le bonheur et la force des nations, que les Brésiliens se sont portés d'abord : ce fut vers la politique.

« L'arrivée en masse d'un grand nombre d'européens, le contact avec une société plus raffinée a introduit surtout et rapidement au Brésil, un plus grand amour du confort matériel, du luxe, des charmes extérieurs de la vie sociale, plutôt que l'amour des arts et des sciences. Dans les pays du Nord le raffinement des jouissances de la vie a suivi les progrès des arts et des sciences ; au Brésil, au contraire, on a commencé par développer les plaisirs des sens et de la vie extérieure avant de perfectionner les arts et les sciences qui peuvent y prospérer, » mais qui à leurs débuts ne

mer, est. le rendez-vous de la bonne compagnie. Après la promenade, on soupe dans des cabinets particuliers. Des concerts ou des feux d'artifice» ajoutent aux charmes du repas. Ce jardin est orné de gazons, d'espaliers, de parterres, d'allées, de beaux arbres, de berceaux entrelacés de fleurs, de jasmins et de plautes odoriférantes. Vers le milieu, estime fontaine qui jaillit d'un rocher artificiel. Deux alligators, ou crocodiles d'Amérique d'une sculpture délie ite, versent de l'eau dans un réservoir de marbre, où paraissent se jouer divers oiseaux aquatiques de bronze. Il y a à peu de distance de là une mitation parfaite du papayer. Cet arbre est en feuilles de cuivre verni. Fallait-il employer tant d'art et tant de frais pour imiter un arbre naturel au climat et dont la végétation est très rapide? Une jolie terrasse de granit règne du côté OÙ le jardin donne sur la mer; aux deux extrémités sont deux pavillons d'été. Les plafonds de ces édifices sont ornés de diverses peintures.

Voyage en Chine et en Tartarie, par Lord Macartiney.

Traduit de l'anglais par J. B. J, Breton, Paris. 1804, Vol. I, page 196.

LE BRÉS1 l. EN 1 889.

pouvaient « | u <v souffrir de cette inversion anormale. Le roi e1 ses ministres onl voulu porter remède à celle situation. Par rapporl aux beaux-arts qui étaient 1res estimés du roi, malgré son éducation portugaise, on songea à en établir l'enseignement au Brésil, Les désirsdu roi el ceux de son ministre, le comte da Barca, comme d'étal très remarquable, furenl secondés par ceux du marquis de Marialva L'ambassadeur portugais à Paris, auprès de qui le baron de Humboldt, insistail depuis quelque temps pour la création, à Rio-de-Janeiro, d'une Académie parei lie à celle dont le célèbre voyageur avait admiré le succès à Mexico. Joachim Le Breton, secrétaire perpétuel de la classe des beaux arts de l'Institut de France, fut chargé d'organiser une mission artistique française, qui partit en J S 1 « > et qui étaiteomposée du peintre Nicolas Antoine Taunay, que Charles Blanc nomme le Nicolas Poussin des petits tableaux, de l'architecte Grandjean de Montigny, rai'chileiie (piia embelli Dresde, mort à Rioenl850; du graveur en taille douce Simon Pradier ; de Zephyrin Ferrez (morl à Rio en iSol graveur en médailles; du professeur de mécanique François Ovide (mort à Rio en 1834;) du sculpteur .Mare Ferrez (mortàKio en 1856) de J. 13. Debret, peintre d'histoire ; d'Auguste Faunay, statuaire, dont deux groupes sont à Tare du Carousel (mort à Rio en 1881) — Le Breton étant mort en 1819, ne put occuper sa place de directeur de l'École des beaux-arts pour laquelle on nomma le portugais llenriquc José da Silva. Tous ces professeurs français, aussi bien ceux qui restèrent au Brésil que ceux qui rentrèrent en France, firent beaucoup pour les arts au Brésil. Ces professeurs travaillèrent beaucoup; Grandjean de Montigny construisit le palais de l'Ecole des beaux-arts; Nicolas Taunay envoyait tous les ans au salon de Paris une série de charmants paysages des environs de Rio ; Z. Ferrez grava les premières médailles frappées au Brésil ; Pradier grava quelques tableaux et des portraits des personnages de l'époque1, Debret fit

1. .M. de Frcycinet (Ouvrage et endroit cités), dit : Il yaaussi un petit nombre de fort médiocres graveurs en taille douce. » Entreces graveurs en taille douce, on compte Romaô Eloy de Almeida qui copia le portrait de Pope gravé par Holloway. Cette copie faite en 1810 a servi à l'ouvrage imprimé à cette époque à Rio Ensaio sobre a cri/ira de Alexandre Pope, traduzido cm portugiœz pelo Conde de Aguiar, etc. Rio-de-Janeiro 1810. Na Impressaô Regia. Joaô José de Souza, lieutenant-colonel du génie, professeur de dessin à l'Académie militaire, élève de Bartolozzi, Rivara cl Paula gravaient à Rio à cette époque. Pradier arrivé à Rio en 181(i y grava dis tableaux de Debret et des portraits entre lesquels nous connaissons ceux du comte da Barca, de l'archidu* Leopoldine femme du prince royal Dom Pedro et de Dom Manoel Villasboas,

dos tableaux de quelques événements historiques et composa son magnifique Voyage Pittoresque. Les meilleurs élèves do Debret furent Simplicio Rodrigues de Sa, qui a été professeur de dessin de l'empereur D. Pedro II, Gorrea Lima et Araujo Porto Alegre. Les résultats de leursefforts auraienl été bien plus considérables si le gouvernement n'avait presque entièrement délaissé l'Ecole des beaux-arts, après 1831. Ce ne fut qu'en 1837 que le ministre Vasconcellos protégea de nouveau l'Ecole des beaux-arts. Porto Alegre succéda à Félix Taunay, qui fut le directeur de l'École jusqu'en 1851. Correa de Lima fut professeur de peinture historique, L'École des Beaux-Arts eut pour élèves deux peintres remarquables. MM. Victor Meirelles (né à Santa Catherina en 1838) et Pedro Amcrico (né à Parabyba-du-Nord en 1843). Le premier est l'auteur de la Première messe au Brésil, de la Bataille de Guararapes, du Combat naval de Riachuelo et du Passage de Humait â par V escadre brésilienne, sur le fleuve Paraguay.

M. Meirelles a peint dernièrement, en collaboration avec le peintre belge Langerock, un grand panorama représentant la ville et la baie de Rio-de-Janeiro. Ce panorama actuellement exposé à Paris est l'un des plus beaux connus, et on y retrouve toute la merveilleuse beauté de cette nature incomparable *. M. Pedro Americo a peint plusieurs tableaux dont la beauté est incontestée. Cet artiste a fait de longs séjours en Europe, notamment à Florence.

Son portrait fait par lui-même figure avec justice dans la galerie degli Uffizii de Florence dans la série des grands peintres célèbres. Son grand tableau la Bataille d'Avahy et celui de la Proclamation de V indépendance du Brésil comptent parmi ses nombreux ouvrages comme les plus considérables.

MM. Meirelles et Pedro Americo sont professeurs de l'École des beaux-arts de Rio.

On cite, entre les peintres de cette époque : MM. Grandjean Ferreira, Poluceno Manuel, Delphin da Camara, Souza

l'archevêque d'Evora. Voy. Balbk Essai statistique sur le royaume de Portugal et Algarve, vol. II. page CC11 et Valliî Cabral. Annaes da Imprensa National do Rio do Janeiro. Rio-de-Janeiro 1881.

1. Paria a déjà vu en 1824 un autre panorama de la baie de Rio-de- Janeiro exécuté par M. Roumy d'après les dessins faits et envoyés du Brésil par M. Félix Taunay. Ce panorama a été exposé à la rue Vivienne. M.Hippolyte Taunay et M. Ferdinand Denis, qui est aujourd'hui le doyen des européens brésilianisants, ont écrit à cette époque une Notice historique et explicative du panorama de Rio-de-Janeiro. In-8°, chez Nepveu, libraire. Passage des Panoramas, 1824.

53 I LE BRÉSIL EN 1 s su.

Lobo, Nascimento, A.gostinh.0 José da Motta1, paysagiste estimé.

Le paysage au Brésil exige an grand talent. Pour le pays européen, les écoles sont créées, les modèles connus. Devant une nature dont la reproduction ae se retrouve pas dans les toiles des maîtres l'individualité de l'artiste doit se révéler dans la façon de rendre cette nature dont les violences de ton et les formes exotiques risquent d'impressionner désagréablemenl l'œil exercé d'un connaisseur européen.

Depuis Post et Van Eckhout, les paysages du Brésil n'ont encore trouvé leur grand peintre. Dans les grands voyages au Brésil, on trouve de beaux dessins conservés psr la gravure etla lithographie. Le peintre Rugendas a laissé de belles planches. On doit citer également celles de l'Atlas du voyage de Spix et Martius, du voyage du l)r Pohlet de celui du prince Maximilien de Wied- Neuwied. Les dessins d*a ma leur pleins d'incorred ions, mais quelquefois d'un grand bonheur d'expression poétique, surtout pour les paysages de l'Amazone, que feu le prince Adalberl de Prusse a l'ail pendant son voy âge, sont aussi très intéressants. Ces dessins princiers se trouvent réunis dans un riche atlas tiré à cent exemplaires. Aujourd'hui MM.Facchinetti, Wygandt, James, J.Grimm, Caron et Vasquez, sont connus par leurs paysages.

M. Almeida Junior est un élève remarquable de Cabanel; plusieurs de ses tableaux révèlent les grandes qualités de l'artiste. On peut en dire autant de MM.Aurelio de FigueiredoetAmoedo.il y a aujourd'hui plusieurs jeunes artistes de mérite qui travaillent et dont nous consignons les noms sans indiquer leurs ouvrages. Ce sont Mlle Abigail de Andrade, MM. Henri Bernardelli, le frère du sculpteur de ce nom et auteur d'un beau tableau, YEl-Dorado, Gastagneto, Parreiras, Bclmiro de Almeida, Villares, Pereira da Silva, Pinto Perez, Medeiros, Zeferino Costa, Estevâo da Silva, Leoncio Vieira, Bérard, Weingartner, Ballâ, Franco de Sa, Firmino Monteiro 2, et un grand nombre d'autres.

Dans la sculpture on doit citer comme des artistes brésiliens : MM. Reis et Bernardelli (Rodolphe). Ce dernier est l'auteur de plusieurs ouvrages du plus grand mérite, la Femme adultère, la Coquette, les statues de Alencar et de José Bonifacio et plusieurs

1. Quelques-uns il»* ces noms ont été fournis à M. Ed. Prado par au travail de M. Félù Ferrcira, critique d'art brésilien, que nous avons reçu malheureusement trop tard pourcel ouvrage. [Note de M. de Sant'Anna Nery.

2. Malheureusenoenl décédé dans La force de l'âge avant le développement de ses remarquables qualités d'artiste.

bustes. M. Bernardelli a été chargé de faire les deux grandes statues équestres des généraux brésiliens Gaxias et Osorio. Le jeune sculpteur a les qualités d'un très grand artiste, dont la puissance de création el d'exécution sont admirables.

L'architecture a fait peu de progrès. Rio-de-Janeiro compte quelques bâtiments importants, mais les matériaux sont mal choisis, les marbres et les beaux granits du Brésil n'y sont guère employés, et les architectes tout au plus sont des ingénieurs civils, sans les connaissances artistiques spéciales. La maison brésilienne, très souvent construite par de simples maîtres-maçons ou charpentiers sur les indications défectueuses du propriétaire ignorant, n'est pas bien aménagée en général, ni au point de vue de l'hygiène, ni sous le rapport du confort.

La maison brésilienne en général est la maison portugaise. Malheureusement on délaisse en ce moment dans les constructions une des bonnes et belles choses, propres aux constructions du Portugal. Nous parlons des faïences appliquées à l'extérieur et à l'intérieur, les azulejos polychromes qui, renvoyant les rayons du soleil conservent une agréable fraîcheur dans les maisons qu'ils préservent de l'humidité des pluies. Les azulejos sonl passés de mode parce qu'on ne les retrouve pas sur les maisons du boulevard et ils sont remplacés par du plâtre très hygrométrique qui verdit et est très peu durable sous le climat de la côte du Brésil.

Les bâtiments construits par l'État sont en général trop coûteux, et le manque d'instruction des architectes en a fait quelquefois des monuments ridicules et qui ne présentent pas même la solidité indispensable. De ce nombre sont le nouvel Hôtel de Ville, l'Imprimerie nationale, l'Hôtel des postes et quelques Écoles primaires. Des édifices plus anciens comme la Monnaie, l'immense Hôpital de la Miséricorde, l'Hospice des aliénés sont bien supérieurs à ces autres bâtiments.

La colonie portugaise a fait construire une bibliothèque qui est de beaucoup le meilleur édifice de Rio-de-Janeiro, construit dans ces dernières années, après le très grand et très somptueux palais en marbre blanc et rose du comte de Nova Friburgo. La bibliothèque portugaise est une application assez réussie du style gothique, très orné et fleuri, qu'on retrouve en Portugal à la fin du xvc et au commencement du xvie siècle et qu'on a nommé « le gothique Manuelin » du nom du roi Don Manuel.

L'art des jardins dans un climat chaud et à riche végétation devrait être plus que jamais Le complément de L'architecture. La liste des plantes ornementales vivant au Brésil en plein air est très grande. Aux plantes indigènes est venu se joindre un très grand nombre de plantes importées, dès que l'horticulture commença à faire des progrès.

Les jardins portugais étaient, il y a un siècle, les mauvaises imitations en petit, du genre Le Notre, aux lignes droites, aux plates-bandes symétriques, aux parterres encadrés par des bordures de buis ; et très souvent des briques, des fond^ de bouteille ou des coquillages en rocaille, remplaçaient le buis.

Ordinairement on entrait dans ces jardins par une grille en 1er, posée entre de lourds pilliers en briques surmontes soi i de vases, soit de lions en faïence, soit de statues de terre cuite émaillée, venues de Portugal, représentant des déesses, les quatre saisons, etc., etc.

« Dans les villes, » écrivait en L821 Miss Maria Graham, peu de maisons ont le luxe d'un jardin. Ces jardins ont plutôt l'air de vrais pots à Heurs orientaux mais ils semblent convenir très bien au climat. Les plantes des parterres d'Europe croissent à côté des plantes plus gaies et des arbustes du pays. Elles sont ombragées par les orangers, les bananiers, les arbres à pain (déjà presque acclimatés ici) et les palmiers entre les allées droites de citronniers sous la floraison de neige du lilas des Indes Sur les

rigoles où l'eau coule amenée au bord des petites terrasses ou des parapets, on voit des vases en porcelaine remplis pardesaloès ou des tubéreuses, alternés avec des statues. Il y a quelquefois des fontaines ou des bancs sous les arbres formant des abris très frais et délicieux dans ce climat chaud1. »

Aujourd'hui les parterres sont gazonnés, les fleurs et les arbustes plantés en corbeille. Dans les jardins publics et dans les grands jardins particuliers le genre dit anglais est toujours adopté. Avec un gazon velouté, très résistant et toujours vert, qu'il faut faucher au moins tous les mois, avec la possibilité qu'on a d'avoir des fleurs toute l'année, en été celles des pays chauds et en hiver celles de la zone tempérée, avec les plantes grasses aux demitons glauques, avec la régularité élancée des araucarias formant des pyramides vertes étagées à côté des fûts monumentaux des palmiers, du déploiement en éventail des uranias et des sagous

1. Journal of a voyage to Brazil, etc., etc., 1 vol. London, 1824, pag. 102.

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