Noa fi et 8 : planche V b
5 1 I LE i;i; ÉS1 L EN 18 89.
nairement, avant la cuisson, ils sont peints avec une sorte de lait d'ocre délayée, destiné à leur donner la couleur rouge. Ces vases sonl destinés à garder de L'eau (Talha, pote) ou pour servir, soit de vase à boire, soit de carafe à verser l'eau dans des verres quartinha, moringue). La poterie de Bahia, de Pernambuco et de Santa Gatharina faite d'argile uoire ou rouge est la plus estimée. Elle est suffisamment poreuse pour que L'évaporation se puisse faire à L'extérieur en amenant L'abaissemenl de La température de l'eau, mais sans cpie L'eau en suinte autant que dans les goullehs d'Egypte ou dans les alcarazas d'Andalousie dont la couleur jaunâtre est si laide, comparée au rouge vif des poteries brésiliennes. Celles de Bahia sonl particulièrement estimées. Elles sont quelquefois très ornées, surtout les grandes amphores peintes sur des fonds à L'émail, en vert ou en bleu, rehaussé de dorure sur les dessins. Aux bords de l'Amazone et spécialement à Gametâ et à Brèves, les gens du pays font des poteries ornées de dessins en couleur et affectant le plus souvent la forme d'animaux de la contrée (perruches, tortues, etc.), mais on remarque qu'ils deviennent de moins en moins habiles dans cet art. Cette poterie est blanchie d'abord avec une terre blanche et après la cuisson, on la peint à une aquarelle très voyante, sur laquelle on étend un vernis, une résine, le Jutahy-Sica dissoute dans l'alcool1. Dans la planche de Debret que nous avons citée, il y a une grande collection de poteries du Brésil. L'auteur se borne à leur trouver un vague caractère arabe et égyptien. Le caractère arabe s'explique, car ce sont les portugais, qui ont tant des arabes, qui ont introduit au Brésil les formes de poterie dont nous nous occupons. Nous voyons dans cette planche une grande talha, à couvercle, à anses, avec de grasses moulures verticales et espacées. Ce grand vase oviforme étant apode rappelle, sans altération le style égyptien même dans le système d'enchâssement qui le supporte, pied ou table fait de bois léger, ordinairemeatdécoupé sur le contour du vase auquel il appartient; usage d'autant plus nécessaire, que la tablette de support reçoit le suintement du grand volume d'eau contenue dans ce vase de terre trop peu cuite et qui, se manifestant plus particulièrement à sa base, en dissoudrait promptement le pied. L'n autre vase clavoïde destiné
1. Dans une planche de l'Atlas «le l'ouvrage de Spix et Martius on voit quelques cuvettes, pots et plats à barbe faits de cette poterie. L'influence européenne s'y fait sentir, non seulement dans la forme des objets mais aussi dans leurs ornements.
aussi à contenir une grande quantité d'eau, se présente avec un aspecl arahe très caractérisé et plus sévère; il est également en terre rouge, les ornements, c'est-à-dire des ovules à l'entour du diamètre moyen et près du bord, sont repoussés à la main. Les quatre petites anses de cette talha sont d'une forme singulière (>( enrichies d'une tète humaine sculptée et peinte d'une couleur verte vernissée. Ce vase est d'une grande correction, sa hauteur représentant deux fois son diamètre moyen, comme il convient à ces vases. Debrct donne aussi le dessin d'une talha pas aussi considérable que les précédentes et qui serait plutôt un pote. Il a environ 90 centimètres de hauteur. Il est formé par une énorme boule, surmontée d'un large entonnoir et peut être considéré comme un type de la plus pure simplicité égyptienne.
Étant presque apode il rappelle l'utilité d'un support en bois pour donner un point d'appui à sa base arrondie. C'est une vraie lagene égyptienne turbinée et au corps oviforme ayant toute l'élégance et la grâce de cette forme.
Dans les vases de terre cuite rouge d'une moindre grandeur, les quartinkas et les moringues, on trouve quelquefois des formes hindoues, vernissées en couleur dans les parties étranglées, élancées avec des cols et des anses en torsades comme dans les faïences de Valence.
Nous avons peut-être décrit trop longuement ces terres cuites sans valeur dont la fabrication ancienne change chaque jour, et dont les formes caractéristiques sont délaissées. Les collectionneurs de l'avenir sauront les apprécier et quand la céramique commencera à se développer au Brésil, on devra revenir à ces vieilles formes dont nous n'avons pas voulu omettre la mention de l'art naïf et la merveilleuse simplicité.
Musique. — Tous les voyageurs qui ont visité le Brésil parlent des grandes dispositions musicales de ses habitants. Les premiers missionnaires s'étonnaient de la facilité avec laquelle les indiens apprenaient les cantiques de l'église. Ces indiens avaient déjà des mélodies primitives, qui leur étaient propres ; Jean de Léry les notait au xvic siècle et, à près de trois cents ans de distance, Spix et Martius les retrouvaient presque sans changement chez ces sauvages1.
1. Reise inBrasilien. Vol. I, page 374 : « Es ist merkwurdig dass die Melodien, vselche Lehy vor mehr als zvveihundert Jahren bei den Indianern in der Nahe von Rio-de-Janeiro aufzeichnete, sehr vicie dehnlichkeit mit den von uns bernerkten haben. Manvergl. Lery, Hist. nav. in Brasil. Genev. 1594.
« Les sauvages, en Leurs chansons, vont communément/dit ce dernier, disans et répétans souvent en ceste façon :
Ca ni de iou u& ca ni de lou.e heu ra oue cL
c'est-à-dire un oyseau jaune, an oyseau jaune, etc., <iLc, car ioune ou ioup veut dire jaune en Leur Langage l. » « Camouropouyouassou est un bien grand poisson (car aussi ouassou en langue brésilienne veut dire grand ou gros, selon l'accent qu'on luy donne) duquel nos Toùoupinambaoults dansans et chantans, font ordinairement mention, disans et répétans souvent en ceste sorte :
^T'iili il UUJ-U444
Pi.ra ou-aâ sou a . o ueh,Camouroupouy ou. as sou a oueh etc., etc.: Camouropouy-ouassou-a-oueh, etc., etc., est fort bon a
mander
Lery assista aussi à une sorte de cérémonie ou de danse religieuse des sauvages, qu'il appelle un « sabbath » où il les entendit « regretter leurs grand pères décédez, lesquels estoyent si vaillans : » et « s'estant consolez, en ce qu'après leur mort ils s'asseuroyent de les aller trouver derrière les hautes montagnes, où ils danseroyent et se réjouisseroyent avec eux3. »
« Mais après que les hommes peu à peu eurent eslevé leurs voix et que fort distinctement nous les entendismes chanter tous ensemble et répéter souvent cette interjection d'encouragement,
<HMJr4+^rf5JE5£pgj
.He heu ra. heura-heu-raheu.ra-heu ra-heuraheura.ouech;
1. Jean de Ler-ï : Histoire d'un voyage faict en la terre du Brésil. chap.X. 11 est très regrettable que dans sa réimpression .le l'édition française de Lery, devenue très rare, ainsi que les éditions latines, M. Gaffarel ait supprimé cette notation.