La chanson
Quando o mal acaba 0 bem principia
recueillie par Langsdorf à Santa-Catharina semble appartenir au même type. Voir son ouvrage : Bemerkungen auf einer Reise um die Welt, clen Iahren 1803-1807. Frankfurt, 1812. Vol. 1er, chap. n.
l'.ivnii pris pour apprendre à vingt on trente esclaves, qni tous ensemble faisoient un accord de voix et d'instruments dont ils jouoyent à toute heure1. »
Un siècle plus tard, un autre voyageur français, La Barbinais Le Gentil, qui séjourna aussi à Bahia en 1717 nous donne une idée assez défavorable de la musique qu'il y entendit: « Je n'entendois pendant la nuit que les tristes accords d'une guitarre. Les Portugais en longues robbes de chambre, Le rosaire en écharpe, l'épée nue sous la robbe, et la guitarre à la main, se promenoient sous les balcons de leurs dames, et là d'une voix ridiculement tendre ils chantoient des airs qui me faisoient regretter la musique chinoise ou nos gigues de Basse Hrelagne2.» Ce voyageur peu bienveillant rend compte également d'une fête mi-mondaine, mi-religieuse à laquelle il assista. Il s'agissait d'une veillée de Noël : « Dans toutes les maisons religieuses de Portugal les jeunes mères étudient pendant l'année un certain nombre de sottises et de chansons gaillardes pour les débiter pendant la nuit de la Nativité. Ces dames étoient dans une tribune ouverte et élevée, chacune avoit son instrument, guitarres, harpes, tambourins, viguelles, etc., etc. Leur directeur en entonnant le psaume Venite exultemm donna le signal. Alors toutes les religieuses se mirent à chanter les chansons qu'elles avoient étudiées avec tant de soin, chacune chantant la sienne, et cette diversité de chansons et de voix formoit un charivari, qui, joint aux instruments qui étoient aussi peu d'accord que les voix, donnoit une juste envie de rire. Elle sautoient et dansoyent avec un si grand bruit, que je crus que semblables aux Nonnains de Loudun, elles étoient possédées de quelque esprit folct, ou d'un lutin d'une humeur gaie et joviale :î. »
Au commencement du siècle Spix et Martius en constatant le peu de progrès des arts au Brésil, faisaient une exception pour la musique :
« La musique est cultivée an Brésil, de préférence à tous les arts, particulièrement à Rio de Janeiro et c'est certainement dans cet art le premier, que les Brésiliens atteindront tout d'abord un certain degré de perfection. Le Brésilien comme le Portugais, a une oreille délicate et sensible aux modulations agréables et
1. Voyage de François Pyrard, d<> Laval. Paris, 1010, page 210.
2. Nouveau voyage autour du Monde, parM.Le Gentil, vol. 111. Amsterdam, L747, page lî8.
:;. Ibidem, page 1 Ï9.
à toute mélodie régulière. La guitare (viola) ici comme dans le midi de L'Europe esl L'instrument favori. Un piano forte, au contraire, esl une pièce de mobilier Tort race et qu'on ne rencontre que dan- les maisons les plus riches. Les chansons nationales, sont chantées avec L'accompagnement d'une guitare et sont en partie d'origine portugaise et en partie composées dans le pays. Par Le chant et par le son de l'instrument, le brésilien est facilement porté à la danse qui consiste, dans la société polie, dans «h1 gracieux cotillons et chez les gens de bas étage dans des mouvements de pantomime et des attitudes semblables aux danses des nègres. L'opéra italien est jusqu'aujourd'hui trèsimparfait, sous le point de vue des chanteurs et de l'orchestre. Une bande de musique instrumentale et vocale que le prince royal l a fait former de nègres et de mulâtres est une preuve du talent musical des Brésiliens. »
« Dom Pedro qui semble avoir hérité de son ancêtre Dom JoâolV-, un talent très distingué pour la musique, dirige quelquefois lui-même son orchestre qui, étant ainsi encouragé, exécute la musique avec le plus grand zèle. »
La musique italienne transportée du Portugal au Brésil, où Pères et Giomelli la cultivaient, avec un certain éclat à la fin du xviue siècle, y domina bientôt, et son influence s'étendit jusqu'aux mélodies populaires.
Les maîtrises des églises devinrent les pépinières des musiciens ; les nègres et les mulâtres s'y distinguaient particulièrement.
Quand le roi Jean VI3, qui cultivait lui-même la musique, s'établit au Brésil, son maître de chapelle, le maestro Marcos Portugal, plus connu sous le nom de Portogallo en Europe, (1762-1830), et qui était une célébrité de l'époque, admira, à Santa-Cruz la résidence du roi à la campagne, les chœurs composés d'hommes
i. Dom Pedro Ier, empereur du Brésil.
2. Fions Ouvrage cité D. Pedro de Alcantara) dit de ce prince : «... il apprit presque seul à jouer de plusieurs instruments, et quelques leçons de Neukomm le mirent en état d'écrire ses compositions... Ce prince a écrit un opéra en langue portugaise, dont l'ouverture a été exécutée dans un concert donné au Théâtre-Italien de Paris, au mois de novembre 1832. Il a compose aussi plusieurs morceaux de musique d'église, une symphonie à grand orchestre, et l'hymne de la Constitution qui a été gravé àDresdc, chez Frise, et «à Hambourg, chez Bœhme. »
3. Le roi Joâo a composé le Crux Fidelis qui est, d'après Naumnnn, dans le genre orthodoxe et selon la manière tendre de Palestrina. Ce morceau a été publié la première fois par iNaumann.
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de couleur <jui avaient conservé les traditions de l'enseignemenl musical des jésuites1. Le maître de chapelle de la cour qui avail \u ses productions applaudies à Lisbonne, ses opéras joués avec succès en Italie devail encore avoir une autre surprise dans Le pays américain où il arrivait. 11 y trouva un compositeur brésilien, l'abbé José Mauricio Nunes Garcia2, (1767-1830), ({ni révélait dans sa musique religieuse un talent bien plus grand el une inspiration bien plus élevée, dit-on, que Portugal lui-même.
1. Nous croirions n'avoir atteint qu'imparfaitement notre but, «lit Balbi [Essai statistique sur le Portugal, vol. II, | > ." i lt • ■ CCXIII) si nous ne Misions ici
en passant un mot sur une espèce de conservatoire de musiq établi depuis
longtemps dans les environs de Rio- Janeiro, et qui ('s^ destiné uniquement à former des nègres dans La musique. Cette institution est due aux jésuites, ainsi que (ouïes celles établies an Brésil avant l'arrivée du roi, qui se rattachent à la civilisation et à l'instruction du peuple. Cet ordre puissant qui était le plus riche propriétaire de cette vaste contrée, possédait une plantation de vingl Lieues (retendue, nommée Santa-Cruz: à L'époque de La suppression des jésuites, cette propriété l'ut réunie, avec tous leurs autres biens Immeubles. aux domaines de la couronne. Lors de l'arrivée du roi à Rio-de-Janeiro, Santa-Cruz fui convertie en maison royale. Sa .Majesté et toute la cour furenl frappées d'étonnement, la première fois qu'elles entendirent la messe dans l'église de Saint-Ignace deLoyola,à Santa-Cruz, de la perfection avec laquelle la musique vocale et instrumentale était exécutée par des nègres îles deux sexes, qui s'étaient perfectionnés dans cet art, d'après la méthode introduite plusieurs années auparavant parles anciens propriétaires de ce domaine et qui, heureusement, s'y était conservée. Sa Majesté, qui aime beaucoup la musique, voulant tirer parti de cette circonstance, établit des écoles de premières lettres, de composition musicale, de chant et de plusieurs instruments dans sa maison de plaisance et parvint en peu de temps à former parmi ses nègres d*'^ joueurs d'instruments et des chanteurs très habiles. Les deux frères Marcos et Simao Portugal ont composé tout exprès des pièces pour ces nouveaux adeptes de Terpsichore, qui les ont parfaitement exécutés : plusieurs ont été' agrégés parmi les musiciens des chapelles royales de Santa- Cruz et de San-Christovam. Quelques-uns mène' sont parvenus à jouer des instruments et à chanter d'une manière vraiment (donnante. .Nous regrettons de ne pouvoir donner Les noms du premier violon, du premier fagot et du premier clarinette de Sào-Christovâo et de deux négresses qui se distinguent parmi leurs compagnes parla beauté de leur voix et par l'art et l'expression qu'elles déploient dans le chant. (Elles pourraient soutenir larlutte avec les premières virtuoses de l'Europe, dit M. de Freycinet). Les deux frères Marcos et les plus grands connnaisseurs de Rio-Janeiro en font le plus grand cas.
■< Sa Majesté a assisté bien des fois à ih-> cérémonies religieuses où toute la musique a été exécutée par ses esclaves musiciens. Son Altesse Royale le prince du Brésil, qui possède des talents extraordinaires en musique et qui joue de plusieurs instruments, entre autres du fagot, du trombonne, de la flûte el du violon, a beaucoup contribué à perfectionner cel établissement, unique dans sou genre, par l'encouragemenl qu'il donne à ces nègres el par les grâces qu'il leur prodigue. Il n'y a pas bien longtemps qu'il a chargé les frères Portugal de composer <\r* opéras qui ont été entièremenl exécutés par ces Africains, aux applaudissements de tous les connaisseurs qui les ont
entendus. »
2. Voyez ce nom dans Fétis : Biographie Universelle des Musiciens. Supplém.
Malgré L'admiration de ses contemporains et les plaintes des amateurs, ses principales œuvres, toujours exécutées à Rio, n'ont pas encore été publiées. On ne doit pas cependant le confondre avec les génies inédits, avec les auteurs anonymes de chefsd'œuvre inconnus, avec les grands hommes stériles dont les travaux se sont à jamais perdus, avec les artistes qu'un malheur a seul empêché d'être tres célèbres, etc., etc., variétés intellectuelles fort communes et fort admirées au Brésil comme dans tous les pays où le public est doué d'une imagination vraiment méridionale. Il est pourtant bien singulier qu'une grande autorité musicale du temps, qui séjourna au Brésil du vivant de Nunes Garcia et qui écrivit ses impressions n'en fasse même pas mention. Nous voulons parler du célèbre Segismond Neukom, de Salzbourg (1778-1858) élève de Meisauer et le disciple préféré de Joseph Haydn, qui arriva à Rio-de-Janeiro en 1816 accompagnant la brillante ambassade du représentant de Louis XVIII, le duc de Luxembourg, lequel amenait également avec lui le naturaliste de Saint-Hilaire. Recommandé au comte da Barca par Talleyrand dont il a toujours été le protégé, Neukom reçut un traitement du roi et donna des leçons de musique au prince royal devenu plus tard l'empereur Pedro I ainsi qu'à la future impératrice, l'archiduchesse Léopoldine. Il ne cessa pas de composer, pendant les cinq années qu'il passa à Rio-de-Janeiro. Excellent exécutant, grâce à des réductions faites par lui pour piano et pour harmonium, de la musique symphonique de Haydn, Mozart, Beethoven, Hummel, il rendit leurs œuvres connues des artistes et des amateurs qui en étaient privés par la difficulté de réunir un nombre suffisant d'instrumentistes.
« Cependant les connaissances musicales des habitants de Rio, disent Spix et Martius, n'étaient pas encore à la hauteur des messes de Neukom, écrites dans le style des plus célèbres compositeurs allemands. L'élan que le génie de David Perez (1752-1779) avait donné à la musique d'église portugaise, s'est arrêté. Aujourd'hui, la première chose qu'on exige dans une messe, c'est qu'elle soit une succession de joyeuses mélodies et qu'un long et pompeux Gloria soit suivi d'un court Credo. C'est le style de Marcus Portugal, aujourd'hui le compositeur favori des Portugais1. »
Alexandre Caldcleugh qui visita alors Rio dit que « l'on disait généralement que la chapelle royale était organisée de façon à