Spix et .Martius : Rcisc in Brasilien, vol. I, p
.v 1 LE BRÉS1 1. EN 18S9.
satisfaire pleinement les amateurs de musique. Elle était constituée comme l'ancienne chapelle royale à Lisbonne et on n'avait pas regardé à la dépense. Quatorze ou quinze sopranos mêlaient leurs voix caractéristiques à la musique de Portogallo et des meilleurs compositeurs religieux et formaient dans l'ensemble un courant do mélodie très admirée spécialement par les étrangers. On peut dire qu'à l'exception des occasions où la cour se trouvait présente, l'auditoire était principalement composé d'étrangers et des classes les plus basses de la société4. »
M. de Preycinet parle au^si à cette époque des dispositions musicales des Brésiliens :
« De tous les arts d'agrément cultivés par les Brésiliens et les Portugais, la musique est relui qui a pour eux le plus d'attraits et dans lequel aussi ils réussissent le mieux. Nous avons entendu souvent avec admiration la musique de la chapelle royale, dont presque tous les artistes étoient nègres, et dont L'exécution ne laissait rien à désirer, l'n célèbre compositeur, Ifarcos Antonio Portugal, venu de Lisbonne avec le roi, (doit le surintendanl de cette institution musicale, qui lui doit, ainsi qu'à un Allemand M. Noukom, aujourd'hui à Taris, les ouvrages les plus distingués de son répertoire. On citoit encore quelques compositeurs de moindre force, entre autres un mulâtre, l'abbé José Mauricio, qui a du mérite. Mais pour l'exécution, rien ne m'a paru plus étonnant que le rare talent sur la guitare d'un autre mulâtre de Riode-Janeiro nommé Joachim Manuel. Sous ses doigts cet instrument avoit un charme inexprimable, que je n'ai jamais retrouvé chez nos guitaristes européens les plus distingués. Le même musicien est aussi Fauteur de plusieurs modinhas espèce^ de romances fort agréables, dont M. Neukom a publié un recueil à Paris-. ■> Joaquim Manuel, selon Balbi (vol. 11, page CCXI1I) était renommé surtout pour jouer parfaitement d'une petite viole française de son invention, appelée cavaquinho.
Pendant son séjour, Neukom fournit à Le Breton les notes sur lesquelles celui-ci écrivit à Rio sa Notice sur Joseph Haydn, à l'occasion de la mort du grand musicien et il en joignit d'autres à la traduction portugaise de cet opuscule publiée à Rio-de- Janeiro en 18~20. l'ai- la fécondité de son talent, l'élégance, la régularité et la grande correction de sa musique, où l'on aperçoit
i. Travels in South America during the years, 1819, 20. 21, etc., etc., London, 1824, vol. I. p. 62.
2. Ouvrage cité. Vol. I. page 216. Nous n'avons jamais pu voir <•»• recueil.
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le refle( du génie de son grand maître, Nenkom a beaucoup relevé Le goût musical à Rio- de -Janeiro. Son royal élève, qui devint an excellent musicien et qui composa le bel hymne de l'indépendance du Brésil, ne fut certainement pas le seul à profiter de ses leçons.
Il jouait souvent à la cour et chez Mmc de Langsdorf, la femme du diplomate cl savant russe, qui avait un grand talent musical et qui, en ce Icmps-là, recevait beaucoup le monde distingué cic Ilio-de-Janeiro.
Le compositeur brésilien Francisco Manuel da Silva, élève de Portugal et de Neukom (1775-1865) parut à cette époque. Ses compositions très estimées le désignèrent pour occuper le poste de directeur du Conservatoire impérial de musique, lors de la création de cet établissement. Parmi les élèves de ce conservatoire, on compte le maestro Antonio Carlos Gomes, né àCampinas province de San-Paulo, en 1839. Ce compositeur, après avoir écrit la Xoite do Castcllo, opéra joué en portugais à Rio, vint à Milan et y fixa sa résidence. Son opéra, Il Guarany, tiré du roman brésilien de J. de Alencar, fut chanté à la Scala, en 1870, avec un grand succès, et plus tard sur presque toutes les scènes lyriques de l'Europe. Son Salvator Rosa est un opéra très populaire en Italie ; la Tosca est à coup sûr le plus savant et le plus compliqué mais // Guarany, expression des mélodies indiennes et brésiliennes, reste, sous certains rapports, la plus originale de ses œuvres.
Les troupes lyriques composées des plus célèbres artistes chantent en italien à Rio-cle-Janeiro, presque tous les hivers et des troupes italiennes font des tournées dans les provinces. Le public préfère encore en général la musique italienne, mais les concerts de musique classique sont très patronnés et très fréquentés ; le nombre des sociétés qui jouent et font jouer cette musique, devient chaque jour plus nombreux. La grande immigration italienne et allemande dans le sud du Brésil fera certainement beaucoup pour le développement musical du pays. Les sociétés chorales allemandes et italiennes sont nombreuses et les brésiliens en font quelquefois partie. D'ailleurs le Brésil ne compte pas de grands compositeurs, qui sont rares partout. Pour les formes inférieures sous lesquelles on peut être musicien, c'està-dire comme exécutant et comme auditeur, on rencontre beaucoup d'amateurs.
« Dans presque toutes les maisons, écrit M. de Castelnau qui
visita Rio en isn, l'on voit ou Ton entend un piano, souvent même dans les pins ehétives, car le Brésilien, sans devenir jamais savant musicien, a un goût naturel pour la musique et sait l'apprendre sans maître l. »
Le Brésilien est un auditeur souvent enthousiaste, quelquefois convaincu, toujours patient, et L'oreille musicale n'étant pas chose rare, on rencontre fréquemment de bons exécutants et de belles voix?.
.Nous venons de parcourir un peu à la hâte tout le champ de l'activité humaine, où le Brésilien, depuis qu'il existe, a pu révéler
une préoccupation artistique.
Nous avons tâché de surprendre les premiers bégaiements de l'art chez les sauvages, son apparition chez les sociétés coloniales nouvellement établies au Brésil, ses manifestations, même les plus simples et les plus naïves, chez un peuple qui, sur un sol nouveau, s'esl formé d'éléments les plus divers. Arrivés à l'époque contemporaine, nous avons voulu voir comme ces tendances artistiques s'étaient développées d'elles-mêmes, et si la civilisation extérieure, en pénétrant dans le pays y avait apporté les arts d'anciens peuples, plus avancés. De ce que nous avons exposé, il semble résulter qu'on ne pourrait nier la capacité artistique du Brésilien, étant même donné que le Brésil a été colonisé par un peuple qui n'a jamais compté dans l'histoire de l'art européen. Nous avons vu que le Brésilien a la préoccupation de la beauté : le sauvage, des ornements voyants, des plumes éclatantes ; les métis et les premiers descendants des Portugais, avaient enfin le goût des riches ornements d'églises, des parures coûteuses et des bijoux.
1. Expédition dans les parties centrales de V Amérique du Sud, etc. Paris 1850. Vol. I. page 61.
2. Balbi (Essai statistique du Portugal, vol, II, page CCXVII\ parle d'une famille Leal de Rio-de- Janeiro, chez qui le talenl musical étail héréditaire depuis quatre générations : « M. Leal, le père, un des meilleurs médecins de Rio, joue parfaitement du violon, et a des connaissances rares en musique. Il a dix enfants, donl sepl garçons qui tous ont étudié à L'Université de Coimbra, où ils se sont formés en diverses facultés. Ces dix enfants ont appris la musique el jouent parfaitement de linéiques instruments où chantent avec beaucoup de grâce et de précision. 11 est impossible de décrire l'habileté avec laquelle les membres de cette famille exécutent les chefs-d'œuvre de Cimarosa, de Rossini, de Marcos el d'autres grands maîtres. En 1808, celte famille se rendit à bord du Foudroyant, vaisseau de ligne anglais commandé ; Sidney Smith, qui avait accompagné le roi actuel, alors prince régent au Brésil, et y joua seule une pièce italienne. »
Dans Le résumé que nous avons voulu faire de toutes les manifestations artistiques produites au Brésil, nous avons vu que les Brésiliens se sont déjà essayés à tons les arts et qu'aujourd'hui Les vocations artistiques vraies ou fausses sont fort communes au Brésil. Le nombre des mauvais artistes y est très grand. Haïssables en elles-mêmes, ces fausses vocations ont une grande valeur parce qu'elles démontrent que la préoccupation artistique devient plus générale. A mesure que la moyenne de la capacité intellectuelle croit, le nombre des talents semble diminuer sur le théâtre social, car ils sont considérés, de moins en moins, comme des exceptions. On les admirait jadis beaucoup au Brésil, où la célébrité était facile. Cette situation semble se maintenir encore pour l'artiste dans un pays, où n'ayant pas de concurrents dans les classes dirigeantes, il est très encouragé. Il n'y a pas de petit journal de province, pas de municipalité qui ne veuille, confiant surtout dans l'inépuisable générosité de l'Empereur, pousser vers Rio-de-Janeiro, ou envoyer en Europe, son peintre, son sculpteur ou son musicien, destiné la plupart du temps à faire, pendant la durée de sa carrière, des études moins brillantes que ses promesses. On compterait par centaines le nombre de jeunes Brésiliens venus faire des études en Europe aux frais de Dom Pedro II.
On est parvenu à créer avec ce système, un mouvement artificiel et stérile, car ce n'est pas en envoyant en Europe des enfants plus ou moins prodiges ou des génies plus ou moins incompris, qu'on arrivera à encourager Fart brésilien. Supposons un instant, qu'un jeune peintre, envoyé dans ces conditions, soit un Meissonier ou un Cabanel ; qu'un musicien devienne un Gounod ou un Massenet; Y art brésilien ne sera pas plus avancé pour cela. Il y aura seulement à Paris un grand artiste de plus. .
Ces erreurs datent de loin et elles ont commencé par un insuccès marqué dont Aug. de Saint-Hilaire nous rend compte comme il suit:
« Louis XIV et le czar Pierre avaient fait venir de l'étranger des savants capables d'éclairer leurs peuples, et l'on sait combien furent heureux les succès qu'ils obtinrent. Le gouvernement brésilien eut aussi un instant l'idée de mettre à profit les lumières des nations les plus civilisées ; mais, au lieu d'appeler à Rio-de-Janeiro des professeurs instruits, qui, donnant leurs leçons à de nombreux auditeurs, eussent rendu vulgaires des connaissances utiles, on envoya en France de jeunes Brésiliens;
lu; br ksil en 1 889.
on fit pour cela des dépenses énormes, et on leur donna l'ordre d'étudier et de devenir savants. Peut-être le but qu'on se proposait n'eut-il pas été tout à fait manqué, si, mettant au concours les places de pensionnaires, on eût fait partir pour la France les sujets les plus instruits et les plus laborieux ; niais ce furent le uépotisme et l'intrigue qui présidèrent au choix. Les puissants du jour envoyèrent en Europe leurs parents et leurs créatures, et, dans le nombre il se trouva des hommes qui auraient eu besoin de prendre des leçons de grammaire et de calcul. Les pensionnaires goûtèrent les plaisirs de Paris aux frais de leurs compatriotes : on finit par se lasser de tant de dépenses, et l'on mit à faire revenir cette jeunesse peu studieuse autant de brutalité qu'on a mis peu de discernement en la faisant partir. La circonstance que nous venons de citer ne fut pas la seule où le gouvernement brésilien prétendit prouver qu'il n'était pas indifférent aux nobles travaux de l'intelligence. 11 voulut un jour récompenser quelques étrangers célèbres, et son choix tomba sur des hommes dont personne ne saurait contester le talent supérieur. Comme il lui était impossible d'accorder des faveurs à tous les genres de mérite, on croira peut-être qu'il donna la préférence à M. de Humboldt, par exemple, qui a rendu tant de services au continent américain ; à des savants qui, comme MM. Spix et Martius, se sont attachés en particulier à faire connaître le Brésil, ses productions et ses richesses ; ou bien encore à des hommes dont les importantes recherches ont eu une grande influence sur les progrès des sciences les plus utiles, et contribué à la prospérité de tous les peuples, à des hommes tels que les Cuvier, les Gay-Lussac, les Poisson, les Davy, les Ampère, les Arago, les Berzelius. Ce ne furent point là ceux que le gouvernement brésilien songea à récompenser; il lit tomber son choix sur Scribe et sur Rossini1. »
L'art, comme manifestation d'une civilisation nationale est un effet qui ne laisse pas de se produire quand deux causes se trouvent réunies : la richesse et l'instruction. Une prédisposition naturelle à la race peut empêcher jusqu'à un certain point, que ces causes ne produisent tout leur effet; c'était à peu près, ce qui arrivait en Angleterre, avant le grand élan donné en ce siècle à l'enseignement artistique.
1. Voyaqe dans le distinct des diamants sur le littoral du Brésil. Paris, 1883. Vol. 11, page 390.
Par contre, chez un peuple comme le Brésilien où les prédispositions naturelles sont favorables, ces deux facteurs de l'art comme manifestation nationale, la richesse et l'instruction, peuveni produire leur effet beaucoup plus rapidement.
La richesse du Brésil esl très grande en nature. Le pays n'a pas encore en en exploitation le centième de ses ressources. On peut dire que la démocratie, qui est la vraie organisation politique <hi Brésil, en est aussi encore sa constitution sociale. On n'y connaît pas les énormes fortunes, hors de proportion avec celles des autres citoyens, qui créent aux États-Unis, une situation rendant parfois nominales toutes les libertés, et l'égalité impossible. Sous ce point de vue pratique, le Brésil est même une démocratie où l'on ne rencontre pas une aristocratie de fait, riche et puissante nécessaire au développement du luxe et des arts.
Quand à l'instruction elle se généralise chaque jour davantage. On adopte avec une rapidité merveilleuse toutes les nouvelles théories et trop souvent hélas ! on croit que la dernière doctrine parue en Europe est la meilleure. Malheureusement renseignement supérieur où tous les progrès sont reçus, n'est pas fondé sur une instruction secondaire aussi forte qu'on devrait le désirer.
Au point de vue de l'art, on doit considérer deux sortes d'instruction. L'instruction générale, de la nation qui ne dépend que de sa civilisation et de sa richesse et l'instruction technique et professionnelle d'une certaine classe d'individus.
Nous devons dire ce qui existe au Brésil dans cette branche de l'instruction publique.
On compte l'Académie des beaux-arts fondée par le roi Jean VI avec la mission française dont nous avons parlé.
Cet établissement n'a pas donné de grands résultats. A présent il est presque désorganisé. La plupart des places des professeurs sont vacantes. Certains professeurs habitent l'Europe, d'autres sont occupés ailleurs. Cette Académie coûte à l'État 240.000 francs par an,
L'initiative privée a fondé plusieurs lycées d'Arts et Métiers dont le plus important est celui de Rio-de-Janeiro qui compte plus de 2.000 élèves et celui de Sâo-Paulo avec G00 élèves qui y apprennent surtout le dessin et la musique. Le club Beethoven, de Rio-de-Janeiro, maintient un cours de musique qui donne, dit-on, de très beaux résultats. Dans les écoles primaires, on n'a pas encore adopté le chant obligatoire ni la gymnastique,
malgré Les efforts de quelques sociétés et do personnes éclairées.
Le dessin n'est pas cultivé noD plus dans les écoles secondaires. Les maîtrises des églises el des monastères, les collcgiales des cathédrales, qui étaient autrefois des pépinières de musiciens, sont en complète décadence, à cause du manque de ressources "' à la suite de mesures peu intelligentes de la part du gouvernement.
Dans cette tâche de l'instruction artistique, il y a des choses dont la responsabilité incombe à l'État à côté d'autres qui sont du ressort des particuliers.
Par rapport aux Beaux-Arts, Le gouvernement n'avait rien de mieux à faire que de revenir au système de .Iran VI. Les vicissitudes de la politique et la volonté de quelques puissants ignorants, ont empêché que son œuvre ne portât Ions -es fruits. Cependant on a vu ce que ses efforts ont produit.
Mais outre ce rôle tout spécial, les pouvoirs puhlics ont une autre mission. La capacité artistique des brésiliens, pour se perfectionner, doit être encore pendant longtemps, réceptive plutôt que productive. Pour exercer l'art avec succès, il faut commencer par le connaître. Or, l'éducation esthétique d'un peuple ne se fait pas dans les cours ni dans les écoles spéciales. Llle se fait partout : dans les rues en voyant de heaux bâtiments, dans les musées, en remarquant les statues, et en observant les reproductions des œuvres d'art de pays plus avancés.
Il semble que le gouvernement a trop souvent oublié cette vérité au Brésil: qu'il est matériellement impossible que cette éducation nationale se fasse par elle-même sans le concours de l'étranger. L'artiste national ne peut être pendant longtemps qu'une exception, brillante probablement, mais sans grande utilité pour l'avancement de l'art en général, dans son pays. Nous n'avons besoin que de professeurs et il faudra les chercher dans les pays où on les trouve.
Pour le développement des formes les plus modestes de l'art, de même que pour la peinture, la sculpture et l'architecture, ce qui manque surtout au Brésil, c'est l'enseignement technique et professionnel. L'artiste brésilien, tel qu'il se présente aujourd'hui, est le plus souvent une création factice de la bonne volonté de ses compatriotes. Il se décourage facilement et plusieurs d'entre eux, doués d'ailleurs de talent, s'en prennent au public et au gouvernement de leur mauvaise fortune, quand ils devraient se plaindre surtout de leur manque d'instruction et de
leur défaut d'initiative. Si le public se montre encore indifférent à leurs efforts, le gouvernement, en revanche, leur prodigue des encouragements que les gens de lettres et les savants peuvent leur rn\ ier ; I»1 gou\ ernement du Brésil a accordé de très hautes distinctions à la plupart d'entre eux; l'État, les provinces, certaines institutions ont payé pour leurs travaux des sommes égales, sinon supérieures à celles données en Europe pour les productions des artistes vivants les plus célèbres. Mais l'artiste brésilien a la plupart du temps, l'ambition de faire trop grand. Il vaudrait mieux pour lui, pour la jouissance du public et pour L'éducation esthétique du pays, qu'il ne voulut pas avoir toujours du génie. On pourrairiui conseiller d'avoir des aspirations moins hautes et de produire davantage ; au lieu de chercher à démontrer les injustices de tout le monde, qu'il se contente de prouver la fécondité de son talent.
Il n'y a pas longtemps, un sculpteur est venu se plaindre dans la presse de ce que le gouvernement lui avait donné seulement 50,000 francs pour une statue de laquelle la plus modeste ville de province en France n'aurait voulu à aucun prix.
La protection individuelle, les subventions aux artistes, même à ceux du plus grand mérite ne peuvent pas être considérées comme un sage système ni comme une façon de préparer l'avenir artistique du pays. Pour cet avenir il est plus important qu'une grande partie de la population sache un peu le dessin que d'avoir trois ou quatre Meissoniers ou Cabanels.
Le grand rôle du gouvernement doit être celui de favoriser par tous les moyens l'éducation artistique.
Le gouvernement du Brésil ne saurait rester en arrière des autres pays nouveaux.
Quand nous voyons la Nouvelle Galles du Sud et le gouvernement de Victoria installer dans leurs musées de grandes galeries de tableaux modèles, des collections complètes de reproductions merveilleuses et fort bon marché des chefs-d'œuvre de tous les temps et de tous les pays obtenues par les procédés nouveaux ; quand le Canada fait de même ; quand le gouvernement de l'Inde fonde partout des écoles artistiques professionnelles, le Brésil ne saura se contenter de l'organisation actuelle de son École des beaux-arts.
Si le gouvernement prend en main cette cause nationale, si les particuliers la protègent, l'avenir artistique du Brésil pourra être brillant. Les grands progrès industriels seront peut-être le
partage d'autres peuples de L'Amérique, mais la prédisposition artistique du peuple brésilien jusqu'ici peu développée, en contact avec la grande immigration italienne et allemande ne manquera pas de s'accroître.
Avant l'unité politique, condition indispensable pour former un grand pays, le Brésil aura dans L'épanouissement de la variété de ses éléments, l'occasion de montrer aussi dans les arts la puissance de sa vie et de son génie.