Des mots tupys : Acang, tête, etPeba, plate ou aplatie
la globuline. Ce venin y a une action en tout semblable à celle d'un Ici ni Mil soluble. La mort qu'il produit a lieu par un procédé analogue à celui d'une grande hémorrhagie. C'est par des observations bien suivies et par des expériences aussi patientes que répétées dans ce champ d'essais physiologiques, que M. Lacerda est arrive a la découverte de l'action du permanganate de potasse comme antidote chimique du venin des serpents. Les succès qui ont couronne ce* expériences au Brésil et dans une grande partie de l'Amérique du Sud, ainsi que dans les colonies anglaises et hollandaises d'( Prient, ont besoin d'être mieux constatés qu'ils ne l'ont été jusqu'ici en Europe.
Les recherches géologiques de M. Derby embrassent une assez vaste partie de la vallée de l'Amazone et peuvent être regardées comme une des plus précieuses découvertes publiées jusqu'à présent sur cette remarquable région dont la géologie, de même que la faune et la dore, est encore bien loin d'être tout à lait connue.
Ferreira Penna, le regretté naturaliste voyageur du Muséum, qui était à Para le surveillant aussi zélé que compétent des intérêts des sciences naturelles et particulièrement de l'ethnologie de l'Amazone, jette dans son travail un coup d'oeil très précis et 1res perspicace sur les nécropoles de nos indiens primitifs de la vallée inférieure du grand fleuve, dont il fut l'un des premiers à étudier les urnes funéraires.
lime reste à parler du dernier travail publié dans le premier volume de nos Archives. C'est un aperçu (pie j'ai rédigé sur les ornements de la lèvre, dont la plupart des peuples sauvages de l'Amérique se sont servis de tout temps et même jusqu'à nos jours. Est-ce encore une manière d'exagérer le développement de la lèvre inférieure et même du menton, afin d'imiter autant que possible le prognatisme des ancêtres ? — Je le suppose. Néanmoins il y a bien des tribus en Amérique qui n'en ont pas et qui n'en avaient pas l'habitude. Mais des études comparées sur cette question sont d'autant plus difficiles et hasardées que nous trouvons l'usage de cet ornement à la fois chez des peuples placés au plus bas point dans l'échelle anthropologique, et chez d'autres nations citées parmi les plus civilisées, comme les Mexicains, dont les grands rois eux-inèmes ne dédaignaient pas de porter ce singulier ornement. Quoi qu'il en soit, le caractère religieux chez les peuples américains moins barbares jouait un certain rôle dans cet usage, et cela me fait croire davantage à l'imitation
du prognatisme dos aïeux dont j'ai parle tout à l'heure. La barbote des Antilles, dont le vrai nom chez les Guarano-Tupys est Tembetâ [mol composé de Tombé, lèvre, et Itâ, pierre), est, d'ailleurs, parmi les peuples chez lesquels elle se fait en pierre des plus dures, un objet précieux, un talisman dont la haute valeur peut .être facilement calculée d'après les substances qu'on emploie dans sa fabrication. C'est la néphrite, le béryl, le quartz hyalin, l'orlhose verte, c'est-à-dire des roches d'une couleur plus ou moins vcrdàtre et dont la dureté doit exiger des efforts inouïs de la part de l'ouvrier, qui n'a pour outils que le sable et l'eau et quelques feuilles siliceuses de nos forêts, et dont le mécanisme est le frottement du sable mouillé ou de ces mêmes feuilles, employé pendant plusieurs années contre l'objet dont il veut faire le précieux bijou.
Mais je ne saurais donner ici, même en le résumant de mon mieux, un aperçu général des nombreux travaux insérés dans les volumes 111 et IV de nos Archives. Ce sont : des observations bien curieuses de Fritz Muller sur les habitations des larves de trichoptères de Santa-Catharina, sur les métamorphoses d'un diptère de la même province, ainsi que d'autres remarques non moins intéressantes sur Y Elpidium Bromeliarum ; des recherches de M. Lacerda sur le venin du Crotalus korridus et de nouvelles observations crànéologiques du même auteur; des aperçus de M. Derby sur la géologie de la région diamantifère de la province de Paranâ, sur le bassin crétacé de la baie de la ville de Bahia et sur la géologie de la ville de San-Francisco, sans compter d'autres travaux également d'un grand intérêt pour le Brésil.
Avant de poursuivre le compte-rendu de nos travaux et plus particulièrement de nos Archives, qu'on me permette de jeter un coup d'œil sur le personnel quelque peu modifié du Muséum, depuis le commencement de 1876, époque de sa réforme, jusqu'à 1879.
Charles Hartt, mort en mars 1878, quelques mois après la suppression de la Commission géologique dont il fut le chef, avait été remplacé une année auparavant par Charles Saules, sousdirecleur de cette section. Mais Saules étant décédé vers la fin de cette même année, j'ai dû le remplacer peu de temps après par M. Derby, l'un des anciens collaborateurs de la commission de Hartt. En le proposant pour cette place au Muséum à M. de Sinimbû, ministre de l'Agriculture, j'ai eu pour but de mettre à profit sa compétence et, en même temps, sa qualité d'ancien em-
ployé de la Commission géologique dont il connaissait aussi Lien le matériel, déposé déjà au Muséum par ordre du gouvernement,
que les travaux qu'elle avait commencés. En 1877, j'avais obtenu du ministre de l'Agriculture, M. Thomaz Coelho, l'autorisation d'envoyer en mission, pour le compte du Muséum et dans l'Amazone, le docteur Jobert, professeur de la Faculté de Dijon, que le gouvernement avait engagé comme professeur de biologie industrielle à l'Ecole polytechnique de Rio-de- Janeiro. M. Jobert ayant rompu son engagement, j'ai voulu utiliser en faveur de notre; établissement les aptitudes de ce savant, au quel je donnais, en même temps, un témoignage de considération qu'il méritait bien de la part du Muséum. Il s'agissait particulièrement de l'ichthyologie de l'Amazone, dont Agassis s'était procuré, treize ans auparavant, une riche moisson, qui se trouva plus lard endommagée et perdue pour la science, en grande partie. M. Jobert avait le plus vif désir de recueillir des richesses capables de réparer celle perte, en parcourant les lieux où le célèbre naturaliste avait ramassé ses magnifiques collections. II partit, accompagné du naturaliste voyageur M. Schwacke, chargé de l'aire des collections botaniques de la vallée de l'Amazone, tout en prêtant au zoologiste français les services dont tout voyageur a besoin de la part d'un aide intelligent et éclairé dans un pays dont il connaît peu les ressources. M. Jobert, de retour à Rio-de-Janeiro vers le milieu de 1878, rapporta de son voyage, qu'il avait poussé jusqu'au Piauhy, plus de mille exemplaires de poissons, qui lurent portés au Musée du Jardin des Plantes, afin d'y être déterminés, car il n'y avait point de spécialiste de ce genre au Muséum National. En envoyant ainsi ces richesses, j'envisageais le double service <pie j'allais rendre aux deux établissements et à la science en général. La classification de ces poissons est malheureusement assez loin d'être terminée, et j'en suis d'autant plus contrarié que je reconnais aujourd'hui combien il me serait facile d'obtenir Taché vement de ce travail, s'il eut été confié au professeur Steindachner qui s'est chargé de la classification des poissons amazoniens d'Agassis. Mais c'est M. Vaillant, professeur d'ichthyologie au Jardin des Plantes, qui en a été chargé, et sa compétence, ainsi que son zèle pour les collections qui lui ont été confiées, l'ait espérer que nous aurons tout motif de lui en savoir gré.
M. Jobert fut remplacé plus d'un an après son départ de l'Ecole polytechnique et même quelques mois après avoirjjuitlé le Bré-
sil. M. Couty lui succéda dans la chaire de biologie industrielle de cette Ecole. Le nouveau professeur, aussi jeune qu'ardent et habile physiologiste, n'y trouva pas au premier abord tout ce qu'il désirait pour commencer ses expériences et même pour installer ses appareils et ses instruments de travail. L'Ecole polytechnique, il lui faut rendre justice, luttait de son côté contre toutes sortes de difficultés administratives, difficultés qu'éprouvent nos établissements brésiliens tout aussi bien que ceux d'Europe. Il lui manquait surtout des laboratoires, des moyens d'action pour agir et pour entreprendre des travaux tout autres cpie ceux des cours théoriques dont on surcharge l'esprit des jeunes gens. Ce genre de cours est d'autant plus nuisible qu'ils ont suivi d'ordinaire au Brésil une fausse voie, comme il arrive à tout enseignement dépourvu de coté pratique. En Allemagne, bien mieux qu'en France, on a parfaitement compris ce que doit être cet enseignement, et l'Ecole polytechnique de Charlottenbourg, à deux pas de la capitale, n'est autre chose que la plus éclatante démonstration de ce qu'on en peut obtenir. Heureusement, notre Ecole polytechnique brésilienne a pris, dans ces dernières années, la voie qui lui était indiquée par le développement des sciences et par les besoins du pays. Des laboratoires y ont été montés suivant les ressources dont on dispose ; MM. Alvaro d'Oliveira, Pitanga, Michler, Carneiro da Gunha, Tisserandeau et d'autres professeurs y exercent régulièrement leurs fonctions de directeurs ou guides théoriques et pratiques de l'enseignement dont ils ont la charge. Cet enseignement, cela va sans dire, est bien loin encore au niveau qu'il lui faut atteindre, mais tout est relatif chez nous, et ce n'est qu'à force de luttes qu'on arrive à obtenir ce que, en Europe, on obtient sans grande difficulté.
Le docteur Couty eut, je le disais, quelque déception en arrivant à l'Ecole polytechnique. Il y était à peine depuis deux ou trois mois qu'il demanda à M. Lacerda de le présenter au Muséum. Dans cette première visite il m'exposa ses plaintes contre le service de l'Ecole, disant combien il était découragé à cet égard et quel vif désir il avait d'entrer en relations avec moi. M. Lacerda travaillait alors très activement à ses expériences sur le venin des serpents et sur d'autres substances toxiques. J'oilris à notre nouvel hôte tous les moyens que le Muséum avait mis à la disposition de M. Lacerda, ce dont il parut fort reconnaissant. De mon coté, grâce aux travaux de M. de Lacerda, j'étudiais un projet
do grand laboratoire de physiologie expérimentale, où cas
travaux auraient un plus vaste champ d'application. J'en parlai, quelques semaines plus tard, au docteur Couty, à qui je demandai mi aperçu de ce qu'il fallait aelieter en Europe et faire construire au rez-de-chaussée du Muséum où ce laboratoire «levait, être installé. Apres avoir préparé le plan et rédigé la liste du matériel dont nous avions besoin, je me suis adressé au gouvernement qui, après des hésitations, du reste bien naturelles <ui pareil cas, a résolu de me donner l'autorisation nécessaire. Quelques mois après, le laboratoire du Muséum était prêt, grâce à l'intervention d'un ami. Dans l'intervalle, le docteur Couty était allé faire une excursion au sud de la Plata. Il eut une agréable surprise à son retour : les appareils, les instruments et les réactifs commandés en Europe étaient arrivés. Les travaux furent commenc ïs aussitôt, et nous avons eu ainsi, au Muséum National, le premier laboratoire de physiologie monté convenablement, ce qui nous permit d'expérimenter avec des instruments encore tout nouveaux même en Europe.
Le docteur Couty, mort il y a quelques années, nous a lai des publications qui décèlent bien son goût pour les recherches économiques ; mais peut-être n'avait-il pas assez de calme, ne mûrissait-il pas suffisamment dans son esprit les observations qu'il faisait.
J'ai parlé, tout à l'heure, des derniers volumes de nos Archives, parus vers 1878, et ces volumes étaient le .3e et le ic de cette Revue. Or, depuis longtemps, le monde savant et, en particulier, les botanistes demandaient la publication de la célèbre Flora Fluminensis, imprimée à Rio-de-Janeiro en 1825 et qui était devenue fort rare en Europe. Bien peu de personnes savaient où était la partie inédite de cet ouvrage ; elle se trouvait à la bibliothèque nationale de Rio-de-Janeiro ; elle fut communiquée, sur ma demande, par le savant qui en était le directeur ;ï cette époque, M. le baron de Ramiz. Réunissant la partie publiée en 18:25 à la moitié inédite, j'ai cru rendre un bon service à la science en publiant la totalité du texte dans le cinquième volume des Archives. Je dirai, en peu de mots, ci1 que fut le Père Velloso et de quelle manière son grand ouvrage, vaste preuve d'une profonde connaissance de nos richesses forestières, est resté si longtemps dans l'état d'où je l'ai retiré, sans compter les planches dont le sort ne futpasplus heureux. L'infatigable botaniste brésilien avail préparé sa Flore pour l'impression en 1TK); mais des difficultés
insurmontables survinrent et il mourut sans avoir eu le bonheur de voir paraître le résultat de plusieurs années de labeur assidu.
Ce n'est pas tout. Tandis que ses magnifiques planches, dont j'ai vu quelques dessins originaux d'une rare perfection, étaient reproduites d'une manière plus que grossière et inexacte par des artistes peu compétents de Paris, son texte ne fut imprimé que X] ans après sa rédaction. Qu'on se figure combien de corrections y aurait ajoutées l'auteur, combien d'éliminations et d'additions ! « il nous suffît, dis-je dans la préface de cet écrit, de rappeler que le système linéen, admis par Velloso, et généralement suivi par tous les botanistes, à l'époque où il écrivit sa Flora Fluminensis, était déjà bien abandonné vers l'époque où son manuscrit fut imprimé. Il y a pis : le plus grand malheur pour l'œuvre du regretté botaniste brésilien, c'est que les 35 longues années pendant lesquelles on a laissé son précieux manuscrit dans la poussière de l'oubli, correspondentjustement au temps où le plus grand nombre de naturalistes européens ont entrepris et réalisé des voyages dans tout le Brésil et particulièrement dans la province de Rio-de-Janeiro et dans celles qui avoisinent la capitale. Saint- Hilaire, Martius, Sellow, Pohl, Mikan, Schott, Raddi, Langsdorff, Gaudichaud et bien d'autres botanistes, ainsi que plusieurs collectionneurs, y ramassèrent alors des milliers d'espèces végétales dont un assez grand nombre avait été déterminé par Velloso. Ses genres insuffisamment définis par des diagnoses incomplètes comme il les avait ébauchées en 1710; ses espèces mal décrites et figurées d'une manière encore pire ; tout cet ensemble d'inconvénients se retrouva malheureusement dans la Flora Fluminensis, trop tardivement parue. » Quant aux planches fort nombreuses et réunies en onze volumes in-folio, leur histoire n'est pas moins triste. Vu le grand espace dont il fallait disposer pour les garder, elles furent distribuées aux différents établissements dépendant du ministère de l'Empire et y disparurent plus tard en grande partie. Bien heureux celui qui en possède aujourd'hui un exemplaire complet ! Du reste, ce n'est pas une publication qui doive figurer dans une bibliothèque particulière, mais bien un ouvrage destiné aux bibliothèques des établissements publics, où l'on a besoin de le comparer, à chaque instant, avec la Flora Braslliensis de Martius, dont les monographies renvoient constamment à ce vieux recueil.
Depuis quelques années, j'étudiais le projet d'une exposition anthropologique au Muséum national, en y comprenant l'éthno-
logie, l'archéologie et L'anthropologie. Ce projel étail on ne peu! plus séduisant, mais il me manquait les moyens de le réaliser. Je n'avais, d'ailleurs, ni les matériaux nécessaires ni des correspondants assez zélés dans les provinces pour m'aider activement. Il
fallait tout me procurer par moi-même et je ne savais comment ni à qui m'adresser. Il se trouva heureusement que le ministre de
l'Agriculture, Pedro Luiz, était l'un de nos plus aimables littérateurs, très accessible à toute'idée scientifique. Je lui exposai la situation. Notre savant empereur qui, au premier abord, avait parfaitement saisi mon plan, lui en parla probablement, comme il le fait souvent, prêtant ainsi l'appui de sa haute intelligence, mettant autant de promptitude à favoriser les idées utiles aux progrès nationaux que d'empressement à s'effacer avec modestie à l'heure du succès final. Quoi qu'il en soit, le ministre prit mon idée en considération, car des circulaires signées de sa main furent adressées aux présidents des provinces et aux chefs des commissions ministérielles, leur ordonnant d'envoyer au Muséum national tous les objets d'origine indigène dont la liste était jointe à la circulaire. Après sa sortie du ministère, ce fut M. Saraiva, président du conseil des ministres, qui prit par intérim le portefeuille laissé par l'éminent homme de lettres dont nous regrettons la mort prématurée. Le président du conseil eut la bonté de me montrer les premières réponses adressées aux circulaires de son prédécesseur. C'étaient les communications de quelques présidents des provinces du nord, plus décourageantes les unes que les autres. Or, c'était précisément sur ces provinces que je comptais le plus, car c'est là que les plus riches trésors ethnographiques s'offrent encore de nos jours pour les études sur nos indiens. M. Saraiva ne put s'empêcher de me détourner de mon projet, dont l'échec semblait plus que probable après ces premiers avis officiels. J'en étais réellement stupéfait.
Après quelques moments de réflexion, je lui demandai la permission de le revoir le lendemain. Je me rendis au Ministère à l'heure fixée et je lui demandai mu* somme minime à titre de trais de voyage, le passage jusqu'à Para pour deux employés et pour moi, ainsi que des lettres de recommandation officielle pour le présidenl de celle province. Tout me fut immédiatement accordé. Ma resolution prise, je ne voulus écouter les réflexions de qui que ce fut, el je partis avec MM. Motte et Srhwacke le 10 janvier 1SS-2. Sur ma route, le paquebot s'arrêtant presque à chaque chef-lieu de province, je descendais pour
y laisser des renseignements sur l'Exposition projetée, m'adressant de préférence aux présidents et aux personnes les plus éclairées. A Para, d'où le gouvernement avait reçu les plus décourageantes communications sur le projet qui m'y conduisait, je me procurai le concours des personnages les plus influents et particulièrement celui de Ferreira Penna, qui y était l'homme le plus estimé et le plus digne de l'être. La Compagnie de navigation de l'Amazone m'aida beaucoup de son coté ; à peine eûtelle mis à ma disposition un petit bateau à vapeur, que je me rendis au lac Arary, dans l'île de Marajô. J'y ai fait de nombreuses fouilles, malgré la chaleur, l'absence de confort et d'autres fléaux que je crois inutile d'énumérer. Lors de mon retour à Para, l'on y fut très surpris du merveilleux résultat de nos travaux. Mais je ne m'en sentais pas complètement satisfait : il me fallait aller surprendre, dans leurs huttes sauvages, quelques tribus lointaines du sud de la province, vers le haut de la rivière du Capim, où des indiens Turyuâras et Amanagés se sont fixés non loin des indiens Tembés, dont ils ne diffèrent que par des nuances de dialectes qui se rattachent tous à la langue guarano-tupy. Après avoir remis en bonnes mains nos antiquités de Marajô, nous nous dirigeâmes vers le Rio Capim. C'est une grande rivière plus large et plus longue que la Seine, et dont le nom est néanmoins à peine connu à Para, tant est immense la vallée du grand fleuve. Pendant la première journée de voyage, les maisons de campagne, des hameaux et même de pauvres petites chapelles se montraient et disparaissaient à nos yeux sur les rives, dont la végétation merveilleusement éclatante étalait sa féerique richesse. Notre bateau à vapeur, dans sa course rapide, nous laissait à peine le temps de jeter les yeux sur les objets qui passaient devant nous comme s'ils fussent emportés par un coup de vent. Le lendemain, nous étions en pleine région d'indiens. Nous y avons vu, en effet, quelques huttes perchées sur les rives et nous y avons commencé à rechercher des ornements, des armes de chasse et dépêche. Les peuplades, assez éprouvées par des fièvres intermittentes, ne sont pas très éloignées les unes des autres. Je voulus étudier les mœurs d'une tribu dont le caractère fût plus exempt de ce mélange, qui leur apporte ordinairement moins de civilisation que de corruption. Il y avait, à quelques lieues de là, un groupe nombreux de familles Tembés dans les conditions désirées ; mais, pour s'y rendre, il me fallait allerpresqueseul, car notre petitbateaune pouvait pas passeret la
plupart <lc mes gens étaient aux prises avec les fièvres chroniques. Je devais suivre, à peine accompagné et sur des pirogues, le cours d'une rivière Inconnue, dont Le courant était traversé parfois d'une rive à l'autre par (rénormes troncs de 40 mètres de long qui uous barraient complètement le passage et que nous ('Lions obligés d'enfourcher, portant à bras nos pirogues audessus de ces ponts primitifs. Le voyage dura deux longues journées, et nous présenta bien d'autres obstacles à vaincre Arrivé au hameau de Potyretâ1, j'y ai fait des études fort intéressantes, crayonnant en même temps de nombreux portraits d'hommes, de femmes et d'enfants ; ils étaient tout heureux et très surpris de se reconnaître sur le papier; je les faisais danser et chanter, grâce à l'eau-de-vie que je leur donnais et dont ils sont très friands, aussi bien les vieillards, assez rares chez eux, que les enfants de 3 et 4 ans. .Mais de tout mon butin si paisiblement acquis dans ces régions, ce qui m'a plu pardessus tout ce sont les squelettes et les crânes que j'en ai rapportés en employanl des ruses que je n'appellerai pas pieuses, mais qui me semblent précieuses pour la science. En effet, personne, avant moi, n'avait pu obtenir de ces indiens, même l'indication des sépultures de leurs morts. Ferreira Penna, devenu pourtant le cicérone de la province de Para où ses nombreuses relations lui procuraient les renseignements les plus utiles et des acquisitions quelquefois d'une certaine valeur, n'en avait pu rien obtenir pendant les neuf années qu'il avait été au service du Muséum. En rentrant à Para, notre petit bateau, chargé de nombreuses trouvailles et remorquant quelques pirogues de bois et d'écorce, avait bien rempli sa tâche en nous rendant les plus grands services, ce dont je resterai toujours reconnaissant à la Compagnie de navigation de l'Amazone. Ayant pris congé des nombreuses personnes de cette capitale auxquelles j'étais redevable d'une bonne partie de mes acquisitions et de maintes amabilités, je rentrai à Rio-de-Janoiro au mois de mars, après une absence de deux mois et quelques jours. Je rapportais £5 gros colis, non compris les pirogues. Dès lors, mon projet se trouvaitjustifié. L'Exposition anthropologique n'était plus une chimère, un simple rêve. -Elle venait d'entrer dans le domaine de la réalité, car je venais de conquérir et j'avais là, dans les mains et sous les yeux, le noyau
1. Nom composédes mots tupys: Poty, fleur, et Etd, beaucoup, liés parla lettre euphonique H.
du matériel dont je devais enrichir plus tard cette fête de la science qui fut unique dans son genre, aussi bien au Brésil que dans le monde entier. Qu'on veuille bien m'excuser pour les détails que je viens de donner : ils ont en leur faveur l'intérêt des circonstances fort curieuses dans lesquelles je me suis trouvé presque à mon insu et dont ils n'offrent qu'une faible idée. L'Exposition anthropologique a marqué réellement une date qui restera à jamais enregistrée dans nos annales scientifiques comme le jalon le plus important que le Muséum national ait planlo dans la voie des études américanistes. Désormais toute réussite lui est assurée, si rien ne vient l'arrêter dans sa marche, si aucun grand obstacle imprévu ne s'y oppose. Quelques pu blications sur l'Exposition anthropologique ont paru pendant sa durée, mais celle où la valeur scientifique de ses richesses est le mieux démontrée est assurément le volume VI de nos Archives, vaste recueil de recherches contenant 555 pages de texte et comprenant les trois branches principales de l'Exposition, recherches insérées dans l'ordre suivant : « Contributions à l'ethnologie de la vallée de l'Amazone », par Charles Hartt; F « Homme des Sambaquis », par J.-B. de Lacerda; « Nouvelles études crànéologiques sur les Botocudos », par Rodrigues Peixoto ; « Investigations sur l'Archéologie Brésilienne », par Ladislâu Netto.
Le mémoire de Charles Hartt a été refondu et annoté en grande partie par M. Derby, et, dans certains passages, parla commission de rédaction de ce volume. Une certaine quantité des matériaux que je venais de rapporter de mes fouilles de Marajô, quatre ans après la mort du regretté naturaliste, y est même mentionnée, ce qui s'explique par le besoin où nous nous sommes trouvés de mettre au service de ce mémoire les notes de l'auteur, pleines d'intérêt, mais souvent à peine ébauchées et maintes fois sans liaison aucune les unes avec les autres. C'est pourquoi les planches de la fin du volume servent également à éclaircir le texte de son travail, ainsi qu'à expliquer certaines de mes Investigations archéologiques, qui remplissent plus de la moitié du volume. Les travaux de MM. Lacerda et Peixoto embrassent un vaste champ d'études anthropologiques dont les spécialistes européens ont pu apprécier parfaitement la valeur et les détails scrupuleusement exposés.
M. Lacerda compare les anciens Botocudos des Sambaquis du sud avec ceux du Rio Dôce et obtient des déductions qui rendent très curieuses les affinités des deux types, déjà très rapprochés,
'■i avec l'homme dit de la Lagôa-Santa. M. Peixoto arrive à des conclusions plus étendues, don ton peut inférer qu'aucun type parmi ceux qui onl été constatés jusqu'à présent au Brésil, ne présente les caractères essentiels (Tune race complètement pure. Il semble qu'un grand métissage se soit depuis longtemps établi au sein des populations américaines du sud, les formes plastiques des races primordiales, facteurs de ce mélange, ayanl disparu depuis longtemps dans une fusion générale. C'est ainsi que se complique de plus en plus le problême dont le luit est La caraclérisation des peuples qui ont occupé cette partie du .Nouveau monde.
Quant à moi, je me suis efforcé de donner à mon travail de l'Exposition anthropologique tout le caractère d'une réunion d'observations consciencieusement suivies, sans aucune idée préconçue et sans prétendre en tirer des conclusion- hasardées et inadmissibles. Si, au cours de cette étude, on trouve parfois quelques hypothèses ou des rapprochements entre nos antiquil celles d'autres peuples, je ne présente ces idées qu'à titre de simples observations comparées, sans m'y arrêter nullement. Dans une conférence que j'ai faite devant Leurs Majestés Impériales, au Muséum, en 1881, afin d'exposer le contenu du sixième volume des Archives, je me suis exprimé sur ces idées dans les termes suivants : « Le doute de la pensée troublée par le to be or not to be, cette angoisse d'un cerveau en lutte avec lui-même dans les abîmes de l'inconnu, voilà ce qui exprime le mieux l'état d'esprit de ceux qui s'appliquent à l'étude des anciens peuples de notre continent. » Un peu plus loin, me faisant allusion aux ressemblances des produits céramiques que j'avais exhumés des collines de Pacoval et de Santa [sabel, dans File de Marajô, avec ceux du Missouri etde l'Amérique centrale, je dis: « Dans presque toutes les antiquités des Mounds de Marajô, j'ai rencontré d'innombrables caractères communs avec les produits céramiques des peuples les plus avancés de L'Amérique. Il y a donc, dans ce parallélisme de développements intellectuels, des entités qui se rapprochent plus étroitement entre elles, de même que deux genres, deux espèces et même deux frères peuvent se ressembler plus particulièrement au milieu d'une nombreuse famille. Or, parmi toutes ces nations du même âge ou plutôt qu'une grande similarité rapproche Le pins de nos mound-builders de l'Amazone, ce sont les mound-builders du Missouri qui, à leur tour, présentent les analogies les plus frappantes avec les plus anciens Caraïbes et les Toltèques. Selon toute probabilité, les mound-builders de
l'Amazone provenaient des contrées éloignées dont ils avaient gardé quelques réminiscences, malgré les siècles écoulés et les vicissitudes sans nombre qu'ils durent subir avant d'atteindre le terme de leur exode. » Je ne saurais donner un aperçu, quelque résumé qu'il soit, des nombreuses questions américanistes dont je me suis occupé dans ce mémoire. Il y a là bien des détails dont j'aurais du me dispenser, si j'avais eu Texpérieuce' que j'ai acquise plus tard et surtout pendant mon présent voyage en Europe. Les caractères symboliques comparés n'ont, entre autres, aucune raison d'être au point de vue d'une origine commune qu'on pourrait leur attribuer, car, si je voulais en augmenter le nombre, il me faudrait y ajouter des milliers d'autres et de tous les peuples du globe. Il est évident, d'après mes propres idées bien souvent exprimées et assez clairement exposées dans la préface de la Revue de V Exposition anthropologique, que la similarité des pro duits industriels ou artistiques des peuples sauvages les plus éloignés entre eux, n'est point du tout une preuve de leur commune existence. Car, quelle que soit l'origine, unique ou multiple,, de l'humanité, les aptitudes de l'homme, comme de tous les animaux, devaient se trouver, au commencement de son existence, moins attachées à la transmissibilité des idées de ses ancêtres sur telle ou telle manière d'agir, qu'à son organisme, à ses facultés et à ses besoins. D'ailleurs, cet aulo-fonctionnisme, — qu'on me passe le mot, — est parfaitement remarqué et toujours constaté chez les animaux de la même famille, africains ou asiatiques, américains ou océaniens, lesquels, n'ayant jamais eu de rapports entre eux, construisent pareillement leurs nids ou leurs habitations souterraines, et présentent un grand nombre d'analogies dans leurs mœurs et besoins physiologiques. Somme toute, la plus grande discrétion doit être observée dans ces questions aussi délicates que pleines de dangereux attraits. Les Américains ne sont peut-être pas tous de l'Amérique à l'origine, mais qui oserait émettre une affirmation à ce sujet? Il est encore trop tôt pour chercher à éclaircir ces problèmes difficiles. Continuons à ramasser de nouveaux matériaux ; demandons encore au vieux sol de ce continent improprement appelé Nouveau, les vestiges des anciennes races qui l'ont foulé longtemps avant de loi confier leurs os fatigués, et bien plus tard seulement la vérité se fera jour peut-être pour nous.
Je discutais en moi-même toutes ces idées, en m'occupant d'une expédition envoyée dernièrement sur mon initiative par
la Société de géographie de Rio-de-Janeiro aux sources du Tapajôs, lorsqu'une invitation de 11. Reiss, le savant président de la septième session du Congrès des Américaoistes à Berlin, \ini m'appeler à Rio-de-Janeiro pour prendre part aux travaux .le ce Congrès. Je venais de faire paraître leseptième volume de nos Archives, entièrement consacré aux invertébrés fossiles brésiliens de la Commission Hartt, dont j'avais confié les matériaui au professeur White, des États-Unis, cl je réunissais de nouveaux travaux pour le huitième volume, dont la première moitié esl déjà imprimée. J'avais également fort à l'aire pour la partie admiuistrave du Muséum; mais je ne pouvais pas perdre une occasion aussi précieuse que celle de la réunion du Congrès à Berlin. J'y muais non seulement à exposer nos travaux, mais aussi à connaître ceux de tous les autres savants conviés à cette fête de l'esprit, et surtout à admirer les belles collections du Musée ethnographique de Berlin, le plus riche de tous ceux que l'on connaisse. L'occasion était, donc, on ne peut plus favorable; cependant le Muséum n'était pas à même de pourvoir aux besoins de mou voyage à Berlin. J'y songeais, sans savoir comment me tirer d'une telle difficulté, lorsque ridée me vint de m'adresser à M. le marquis de Paranaguâ, le digne président de la Société de Géographie de Rio-de-Janeiro. Grâce à son influence, à laquelle on doit l'état de prospérité de cette Société, ainsi que plusieurs explorations scientifiques, parmi lesquelles celle du Tapajôs que j'ai mentionnée tout à l'heure, j'ai pu m'emharquer le 4 septembre de l'an dernier pour Hambourg, où je suis arrivéjuste à temps pour prendre part à l'ouverture du Congrès de Berlin. Cette Assemblée scientifique, remarquable par son vaste et beau programme ainsi que par le grand nombre de membres qui vinrent de tous pays y prendre part, m'ayant nommé l'un des vice-présidents du Conseil général de la session et président de la seconde séance de nos trauaux, j'ai cru devoir répondre à cette bienveillante distinction en m'inscrivant pour l'exposition de deux communications sur l'archéologie et l'ethnographie du Brésil : la première a trait aux antiquités de l'embouchure do l'Amazone ; la seconde à l'origine de la néphrite et de lajadéite, substances congénères dont les indigènes américains et particulièrement ceux de la vallée de l'Amazone ont fabriqué de tout temps leurs amulettes et leurs ornements personnels. Voici à peu près ce que j'en ai dit :
Les antiquités de l'île de Marajo sont pour la plupart des urnes
funéraires qu'un peuple céramiste, très avancé par rapport aux sauvages (les régions environnantes, y a enterrées avec les os de ses morts. Ces urnes se trouvent, le plus souvent, dans des collines artificielles, en tout semblables aux mounds de l'Amérique du Nord. On les rencontre rarement enterrées dans le sol naturel de l'île. La colline artificielle de Pacoval, où j'ai fait plus particulièremenl mes fouilles, se trouvant dans l'intérieur de cette île, au bord du lac Arary, dont la surface est d'environ 12 kilomètres de long sur i de large, est tantôt une île de ce lac, tantôt une péninsule rattachée au sol de File, selon que le niveau des eaux de l'Amazone est plus ou moins élevé. Le mound de Pacoval, qui mesure près de 100 mètres de long sur 45de large, et dont la haut teur atteint au centre de 5 à 6 mètres, n'est à présent que le tiers et peut être encore moins de ce qu'il fut jadis. 11 est même bien probable qu'il eut au commencement la forme d'un chélonien (le jabot y ou plutôt : Jaùty) très vénéré dans toutes les fables indigènes, car, encore de nos jours, ce petit ilôt artificiel est composé de deux élévations dont Tune (le corps du jaboty) est dix fois plus grande que l'autre ; de sorte que si Ton avait voulu le construire sur la figure de cet animal en le représentant la tête hors de la carapace, comme il se tient en marchant, on ne s'y serait pas mieux pris.
Pour vérifier cette supposition, j'ai pratiqué plusieurs fouilles dans la dépression qui sépare les deux élévations, et je n'y ai rien trouvé. Du reste tout me porte à croire que les constructeurs de cette nécropole chéloniforme n'enterraient leurs urnes funéraires que dans la plus grande des deux élévations; l'autre, où Ton n'a rien trouvé, figurant la tête de la bête et n'ayant qu'une dizaine de mètres à peine de longueur. D'après moi, le mound de Pacoval était à la fois la nécropole de la nation et la résidence de son chef, car, le sol de l'île étant très plat de ce côté, le regard devait embrasser, de cette hauteur artificielle, une grande étendue soit vers la terre, soit vers le lac. Chez ce peuple essentiellement potier, la céramique, son unique industrie, était toujours exercée par des femmes, ce qui me fait croire qu'elles y régnaient en maîtresses. Le mort était enseveli dans la terre ou plutôt mis en macération dans l'eau, à l'abri des caïmans qui y sont fort nombreux. Une fois les os complètement dépouillés de chair et préparés convenablement, on les déposait dans l'urne qui leur était destinée. Quant à celle-ci, tout me fait supposer qu'on la fabriquait et la décorait suivant les qualités du défunt, pendant
que ses chairs se décomposaient dans le dépôl provisoire ; car toutes les urnes déterrées jusqu'à présent de ce mound décèlent le rang du mort, son importance, son sexe et peut-être même son âge et son nom, à en juger par des figures très curieuses qui les couvrent. A ce sujet, un fait est bien digne de mention, c'esl que toute urne gardant la dépouille d'une femme en représente l'image plus ou moins complète, depuis la tête jusqu'aux pieds, ei contient, avec des plats et des petits vases4, le plus souvent cassés, un objet très remarquable, sous la forme d'une plaque triangulaire, concave d'un côté, convexe de l'autre, et avec un trou à chaque extrémité, où des fils assez fins pouvaient passer, afin d'attacher cette espèce de folium vitis au corps de sa propriétaire. Ces plaques sont très soigneusement laites en argile cuite, peinte en blanc, avec des dessins décoratifs, tantôt en noir et en rouge, tantôt d'une seule de ces couleurs, toujours avec une fin admirable et un cachet vraiment artistique.
Mais ce qui Trappe le plus l'attention dans ces objets, c'est l'exacte juxtaposition (prou cherchait à leur donner sur l'organe qu'ils devaient couvrir, en les faisant sur mesure, peut-être. Chaque pièce (Hait évidemment destinée à sa propriétaire, à juger non seulement d'après cette particularité, mais aussi d'après les dessins qui en retraçaient les qualités : car, parmi plus de 00 de ces plaques dont j'ai fait une étude très minutieuse, il n'y en avait pas deux qui fussent pareilles. Du reste, comme pour les urnes, ces ornements, symboles de pudeur, instruments préservatifs ou de toute autre nature, décelaient deux classes distinctes de femmes chez ce peuple : l'une puissante, représentant l'aristocratie ; l'autre pauvre, obscure, représentant la plèbe. A la première appartenaient les élégantes folla vitis dont je viens de faire la description ; pour la seconde, ces objets étaient fabriqués en argile mal cuite, sans mesure sans peinture et avec foute la négligence de l'à-peu-près. Or, jusqu'ici, aucune autre nation barbare, soit de l'Amérique, soit d'ailleurs, n'ajamais présenté, que je sache, cet ornement de femme en terre cuite peinte, parti-
1. Cette habitude, d'ailleurs très répandue chez presque tous les peuples primitifs du globe, a pris de d'Iles racines dans L'Amazonie que, parmi les Qombreuses sépultures que j'ai fouillées dans la vallée de la rivière du Capim, sépultures d'Indiens Tembés déjà baptisés, pas nue ne se trouva dépourvue de plats de faïence importés d'Europe et enterrés avec le mort. Pour les sépultures des hommes ou y ajoutait leurs couteaux, de fabrique également européenne. Les croyances sauvages subsistent doue encore malgré le christianisme.
cularité qui donne à ce peuple un caractère propre et pourrait jusqu'à un certain point prouver son long séjour à Marajô. Quant aux urnes où les plus riches de ces ornements ont été trouvés, il faut en signaler un caractère qui n'est pas moins remarquable et qui, tout en donnant à ces sarcophages en argile un cachet d'un très haut intérêt, ne peut qu'éveiller l'attention des Américanistes. Je veux parler des peintures décoratives dont ces vases, en forme de femmes, sont entièrements couverts, circonstance d'autant plus curieuse que ces gravures ont exactement la forme capricieuse des tatouages des chefs Munducurùs de l'Amazone, ou des Maoris de la Nouvelle-Zélande. Sans vouloir dépasser les bornes du champ de l'observation, ni attacher aux objets dont je viens de parler plus d'importance qu'ils n'en ont en réalité, je ne peux m'empêcher d'appeler l'attention des Américanistes sur l'influence qu'une certaine classe de femmes semble avoir eue dans l'île de Marajô, influence révélée par ces urnes aussi soigneusement faites que richement parées d'un véritable tatouage, car tel est bien le nom qui convient le mieux à cette ornementation. D'un autre coté, ces tabliers de pudeur, d'une fabrication presque aussi délicate que celle de la vielle porcelaine, méritent bien qu'on y arrête un moment l'attention. Nous y avons, selon moi, des caractères ethnologiques dignes d'un grand intérêt, d'autant plus qu'il s'agit d'une région où la tradition la plus répandue et la plus hautement placée dans l'esprit de toutes les tribus de la vallée de l'Amazone, indiquait l'existence d'une classe de femmes extraordinaires dont le grand fleuve lui-même a pris le nom. Si cette tradition d'une véritable Gynéocratie a jamais eu quelque raison d'être, c'est bien vraisemblablement chez cette nation de femmes céramistes, probablement fort nombreuses et même puissantes, et dont les chefs devaient jouir des honneurs les plus grands et les plus élevés dans la localité. C'est un sujet qui devait mériter d'attirer Tattention du Congrès, auquel je l'ai proposé comme une des questions d'études dont la huitième session, que nous avons résolu de célébrer à Paris, doit rédiger le programme.
Pour la néphrite et la jadéite, dont les indigènes américains ont fait leurs amulettes, il faut qu'on sache tout d'abord que les objets en jadéite rencontrés jusqu'à présent en Amérique sont très rares, tandis que ceux en néphrite y sont bien communs partout, depuis la presqu'île d'Alaska jusqu'au delà de la vallée de la Plata . Du reste , l'analyse spectrale appliquée au microscope commence à dissiper la confusion qui régnait dans
Les distinctions de ces silicates alumineux, très rapprochés l'un de L'autre sous tous les rapports, et il en résultera probablement quelque restriction à ces distinctions. Quoi qu'il en soit, ce sont des su l>s tances appartenant aussi bien a L'Amérique qu'à l'ancien continent. Les objets qu'onjen a laits de tout temps chez la plupart des peuples américains n'ont donc rien à voir avec des immigrations quelconques qui auraient eu lieu dans le .Nouveau monde. Si, jusqu'à présent, on n'y a pas trouvé les gisements de ces substances, cela est dû simplement à ce que ces silicates se trouvent dans des filons de roches serpentines, et que ces filons, à peine mis à découvert par une cause quelconque, sont aussitôt décomposés ou désagrégés au contact des pluies et des intempéries. Une fois ces filons décomposés, Les fragments de néphrite dont ils sont la gangue, ont le sort, (\^^ cailloux roulés. Détachés de leur gisement, ils sont bientôt entraînés par les eaux pluviales et les courants jusqu'au fond des rivières où, comme en Chine et partout ailleurs où ces substances existent, on les trouve plus tard complètement roulés.
Après la clôture du Congrès, je. me suis occupé tout particulièrement d'établir des relations entre le Muséum national et les établissements congénères des différentes nations d'Europe. J'en ai visité déjà quelques-uns, j'en visiterai bien d'autres, et j'espère que mon voyage pourra aider au progrès d'un établissement scientifique où se sont écoulées les vingt dernières années de ma vie.
Un des meilleurs services que je crois avoir rendu à la science, c'est l'acquisition du fameux météorite, connu aujourd'hui sons le nom de Bendegô, nom dû à la dénomination africaine que des nègres marrons ont donnée, il y a plus de deux siècles, à l'endroit où fut rencontré ce sidérolithe. Il y avait longtemps que Monnay et, après lui, le botaniste Ton Marlius avaient fait connaître au monde savant ce météorite, dont quelques échantillons avaient été envoyés à des musées européens. Mais, au Brésil on en parlait à peine et à Bahia on ne connaissait même plus exactement la localité où il se trouvait. En 1876, j'écrivais à M. Hocha Dias, directeur du chemin de fer Bahia-San-Francisco, le priant de prendre des renseignements à ce sujet, car le bureau de ses travaux se trouvait à une vingtaine de lieues de Bendegô. 11 envoya deux de ses adjoints à celte localité, et, deux mois après je recevais, avec des échantillons du météorite, des informations précisessurla topographie des terrains environnants, sur
les frais de transport, etc. Je m'adressai alors à M. le baron de G lia h y, député de Bahia, qui me promit de s'intéresser à la question du transport de ce précieux sidérolithc. Diverses circonstances retardèrent la réalisation de ce projet. Plus tard, la Société de géographie de Rio-de-Janeiro prit en main cette cause. Grâce à la générosité de M. le baron de Guahy, elle put effectuer le transport du météorite de Bendegô, dont elle chargea M. José Carlos de Carvalho, lequel s'en acquitta avec plein succès. Ce météorite, qui se trouve aujourd'hui au Muséum, pèse plus de 5.000 kilogrammes, et on peut en voir une reproduction dans la section du Brésil, au Ghamp-de-Mars.