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CHAPITRE XXIII

PROTECTION DE L'EKFANCE

D'après le BARON D'iTAJQBA1

Dans un pays aussi vaste que le Brésil, où l'assistance publique, comme l'instruction, se trouve décentralisée et confiée aux provinces et aux municipalités, il est difficile de réunir en peu de temps un grand nombre de données positives. Cependant, tout incomplètes qu'elles soient, les informations consignées ici permettent d'apprécier une partie de ce que Ton a déjà fait au Brésil pour la protection de l'enfance. Un illustre homme d'État autrichien, M. le Comte de Hûbner, écrivait en 1882, à son retour de l'Amérique du Sud, que « le Brésil est, avant tout, un pays charitable ». Il faut espérer que la lecture de ces pages confirmera la vérité de cette parole.

I. Compagnies d'apprentis de Marine. — A l'occasion de la promulgation du décret numéro 411 A, du 5 juillet 1845, le gouvernement impérial institua dans la capitale de l'Empire une compagnie d'apprentis de marine. Son but était de donner à l'enfance abandonnée et aux orphelins indigents, l'assistance et la protection auxquelles ils ont droit, tout en cherchant à concilier les efforts et les dépenses qu'il allait faire avec les

i. Membre du conseil de Sa Majesté l'Empereur, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire du Brésil près le gouvernement de Sa Majesté le roi d'Italie. Cet article revu et mis à jour est emprunté à un travail officiel de ce diplomate.

nécessités el L'intérêt «lu service national. Cette compagnie lui i aux conditions suivantes : L° admission de candidats âgés de plus de dix ans el de moins de dix-sept ans; 2° constitution robuste el adaptée à la vie de marin ; 3° présentation volontaire et spontanée des candidats. Toutefois, les tuteurs, les curateurs el les autorités locales avaient le droit de présenter les orphelins et les indigents remplissant les conditions ci-dessus énoncées. La compagnie d'apprentis de Rio-de-Janeiro fut ainsi constituée. Elle se compose de deux cents apprentis. Le Parlement brésilien ne lanla pas à apprécier l'utilité d'une pareille institution. 11 décréta bientôt (185;)) la fondation d'une compagnie analogue à Para. Pour régir cet établissement, le gouvernement promulga, plus tard, le règlement annexé au décret numéro 1.517 du 4 juin 1ST7. Ce règlement impose aux mineurs assistés l'enseignement primaire et l'instruction professionnelle. L'instruction primaire qu'on y donne comprend : la lecture, l'écriture, les notions d'arithmétique élémentaire, La connaissance et La confection des cartes géographiques et L'enseignement religieux. L'instruction professionnelle se rapporte à L'instruction militaire et à l'instruction navale. L'instruction militaire embrasse les exercices militaires, l'école du soldat, la manoeuvre des armes Manches, les manœuvres d'artillerie. L'instruction navale s'applique à, toutes les connaissances élémentaires de l'art nautique. L'admission des candidats est restée soumise aux conditions du décret du 5 juillet 1845.

Les heureux résultats obtenus dans ces deux premiers essais — à Rio-de-Janeiro et à Para — déterminèrent successivement de nouvelles fondations dans toutes les provinces du littoral. Aujourd'hui, on compte au Brésil dix-huit compagnies, ayant un personnel de 1.500 apprentis.

Chaque année le gouvernement dépense en moyenne, les sommes suivantes pour l'entretien des compagnies :

Personnel Fr. 393.850

Rations 752.812

Habillement 187.500

Soit un total de Fr. 1.334.162

Ce simple exposé montre avec quelle sollicitude et avec quelle persévérance infatigable le gouvernement impérial a cherché,

pendant trente-quatre années consécutives, à donner un développement sérieux à cette institution.

Le but du gouvernement est de former des hommes aptes à remplir les vacances qui se produisent constamment dans le corps des marins de l'État. Mais sa principale préoccupation est d'assurer une protection efficace aux enfants indigents et aux orphelins. S'il n'avait pas été guidé par cette pensée généreuse et moralisatrice de la protection de l'enfance, il Lui eut été facile de pourvoir au recrutement de sa marine en s'imposant de moins lourds sacrifices. Il lui eût suffi de recourir aux enrôlements de volontaires, d'engagés inconditionnels ou d'engagés avec primes. Mais comme il se proposait une double mission, il a dû supporter des dépenses plus considérables. En effet, chaque apprenti coûte au gouvernement les sommes suivantes, par an :

Solde 90 fr. »

Rations 502 »

Habillement 152 50

Soit 744 fr. 50

Dans ces chiffres ne sont pas compris les frais qu'entraînent le personnel administratif des compagnies, le traitement médical dans les infirmeries et dans les hôpitaux, le supplément de munitions navales, l'armement, le combustible, etc.. Toutes ces dépenses sont inscrites dans différents chapitres du budget.

La sollicitude du gouvernement à l'égard des mineurs ne se borne pas à ces actes de protection : pour faciliter le recrutement des apprentis de marine, le décret numéro 1.591 du 13 avril 1857 a établi des dispositions particulières. En vertu de l'article 19, les volontaires mineurs destinés aux compagnies d'apprentis de marine reçoivent une prime de 250 francs qui est versée aux parents, tuteurs ou ayant droits. En outre, le décret n° 5.950 du 23 juin 1875 statue « que les apprentis de marine devront concourir tous les mois à la formation d'une masse, au moyen d'une retenue égale au tiers de leur solde. Cette somme sera déposée dans les caisses d'épargne, ou, à défaut, dans les trésoreries des finances. On emploiera au même objet les primes cédées par les parents ou par les tuteurs des apprentis, en faveur de ces derniers. » (Art. 1er.)

L'article 4 du même décret dit : « Les sommes déposées et les

intérêts échus seront portés sur un livret qui sera remis au titulaire, lors de sa sortie, pour quelque motif que ce soit, du corps des marins de l'Etat. Ce livret reviendra aux parents, aux tuteurs ou au juge des orphelins, si, pendant leur minorité, les apprentis sont détachés des compagnies pour incapacité physique. Dans les cas de désertion ou de décès, le montant de la contribution sera appliqué à V Asile des Invalides, sauf s'il est réclamé légalement. »

Tels sont les procédés et moyens employés par le gouvernement impérial pour secourir l'enfance malheureuse et recruter le plus grand nombre possible de mineurs aux compagnies établies dans toutes les provinces du littoral brésilien.

II. Compagnies d'artisans apprentis. — Les compagnies d'artisans datent de l'année 1840 (26 octobre). Elles sonl donc antérieures de cinq ans aux: compagnies d'apprentis de marine. Le gouvernement crut opportun d'assurer un recrutement régulier à l'arsenal de marine de Hio-de-Janeiro et de procurer à ses travailleurs une instruction satisfaisante. C'est dans ce but qu'il créa deux compagnies d'artisans pour le service intérieur et extérieur de l'Arsenal. Ces compagnies furent organisées militairement. Afin de les fortifier, on fit en 1860 (21 juillet) un règlement pour l'admission d'une nouvelle classe d'apprentis. On donna à ces nouveaux venus le nom d'apprentis artisans. On détermina que des mineurs en feraient partie pourvu qu'ils soient de nationalité brésilienne, qu'ils ne soient pas âgés de moins de sept ans ni de plus de douze ans; qu'ils aient une constitution robuste et qu'ils produisent un certificat de vaccine. Le nombre des apprentis artisans fut en outre complété : 1° par l'admission d'orphelins ou d'indigents, présentés par les autorités respectives et remplissant les conditions ci-dessus mentionnées; 2° par des enfants dont les parents seraient trop pauvres pour pouvoir se charger de leur entretien et de leur éducation. Les apprentis admis dans ces conditions devaient recevoir un enseignement spécial comprenant : la lecture, l'écriture et les quatre opérations; la géométrie appliquée et le dessin linéaire pour ceux qui s'y montreraient aptes ; la musique, la morale chrétienne, la natation, les exercices militaires. De plus, on devait leur apprendre le métier qu'ils choisiraient.

On pouvait espérer que tous ces efforts et tous ces éléments de succès contribueraient puissamment à former pour l'arsenal

de marine des ouvriers nationaux intelligents et capables. L'espoir du gouvernement fut déçu. Une expérience de vingt ans a démontré l'inanité relative de ces tentatives. Il serait assez difficile de préciser les causes de cet échec. Ce qui est certain, c'est que, pendant cette longue période, les résultats n'ont pas répondu à la grandeur des sacrifices. Le gouvernement impérial a dépensé presque en pure perte des sommes très élevées pour l'entretien de ces compagnies, qui n'ont pas tenu ce qu'on était en droit d'attendre d'elles.

Chaque année, l'État dépense pour chacun des apprentis artisans les sommes suivantes :

Solde 273 fr. 75

Habillement 147 50

Rations 501 75

Total 923 fr. »

Or, la moyenne des ouvriers qui, en sortant des compagnies d'apprentis artisans, sont allés régulièrement travailler dans les ateliers de l'arsenal de Rio-de-Janeiro, a été de 12 ouvriers sur 185 apprentis inscrits. En présence de résultats aussi négatifs, le gouvernement s'est décidé à supprimer peu à peu les compagnies d'apprentis artisans. C'est ce qu'il a fait par la loi numéro 2.940 du 30 octobre 1879. Déjà ou ne reçoit plus de nouvelles inscriptions. Cette institution aura donc bientôt cessé d'exister, soit par le départ des apprentis réclamés par les parents, tuteurs et autorités judiciaires, soit par le décès ou le renvoi de ceux, en petit nombre, qui en font encore partie.

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