Gazeta de Lisboa du 12 septembre
1 i i LE BRÉS1 1. EN I 889.
délia, gouverneur des capitaineries de Rio-de-Janeiro el de Minas- Geraes. Des troupes de Rio, de Bahia et de Minas, sous le commandemenl du général Paes, parties de Colonia, occupèrent alors «'t fortifièrent le EUo-Grande du Sud (1737). Les Paulislas
aient déjà établis au nord du Jacuhy.
La limite, suivant un méridien fixé, par le traité de Tordesil- - i i'.i'i , n'avait été respectéeni parles Portugais au Brésil, ni par les Espagnols aux Indes Orientales. Au xvi° et au wir siècle les astronomes des deux pays n'arrivaient pas à s'entendre sur la position de la ligne de partage. L'Espagne avait pris possession des Philippines el avail réclamé et obtenu du Portugal une indemnité pour L'occupation des Moluques, soutenant que ces îles se trouvaient dans l'hémisphère espagnol. Dans ce cas, le méridien de partage passanl plusàl'ouest, une grande partie de la Patagonie, des provinces de la Plata, de Tucuman el du Paraguay v(. seraient trouvées dans l'hémisphère portugais. On chercha enfin à régler le litige par le traité de .Madrid du 13 janvier 1750, qui fut négocié parle Brésilien Alexandre de Gusmâo, bien que son uom ne figure pas dans ce document. Le principe de l'un possidetis fut adopté avec cette limitation, que le Portugal céda il ;i l'Espagne la place de Colonia en échange du territoire situé au nord de ribicuhy el à l'orient de l'Uruguay, sur lequel les jésuites espagnols, chassés en 1638 par les Paulistas, étaient revenus et avaient fondé sept nouvelles villes (1087-1707). Les jésuites espagnols excitèrent alors les Indiens, qu'ils avaient armés et disciplines, à résister aux ordres duroi d'Espagne. 11 fallut recourir à la guerre pour prendre possession de ce territoire, nommé des « Missions orientales de Uruguay » (1754-1756), et les Guaranys furent vaincus à la bataille de Caâibaté (10 février 175G) par les armées de Buenos- Aires et du Brésil, commandées par Andonaegui et Gomes Freire d'Andrada. C'est après cette guerre que Dom Joseph Ier, suivant les conseils de Pombal, prononça l'expulsion des Jésuites 1759).
Les commissaires nommés par l'Espagne et le Portugal n'ayant pu s'entendre pour la délimitation des frontières, et le traité ayant été très attaqué à Madrid et à Lisbonne, les deux gouvernements finirent par l'annuler(12 février 1701).
Le pacte de famille amena une nouvelle guerre dans le sud du Brésil. Les Espagnols, sons Ceballos, bloquèrent et attaquèrent la Colonia, qui dut capituler (6 juin 1761— 30 octobre L762), puis ils s'emparèrent des deux rivesdu Rio-Grande-du-Sud, et, malgré
les stipulations du traité de Paris (10 février 1763), ils ne rendirent que la Colonia. En 1707 les Brésiliens, dirigés par Sâ-e- Faria, reprirent la rive nord du Rio-Grande.
De 1772 à 1775 la place de Colonia s'est trouvée presque toujours bloquée par des navires espagnols, et à partir de 1773 plusieurs escarmouches et combats, dans lesquels s'illustra le Brésilien Raphaël Pinto Bandeira, eurent lieu sur les frontières du Rio- Grande-du-Sud. Doin Joseph Ier, voyant que l'Espagne ne faisait pas droit à ses réclamations, envoya plusieurs régiments et une escadre au vice-roi marquis de Lavradio, qui, avec ces renforts et des troupes brésiliennes, concentra une armée dans le Rio-Grandedu-Sud. Le 4 avril 1775 plusieurs navires portugais (commandant Hardcastle) forcèrent l'entrée de Rio-Grande. L'année suivante ( 1!» février) une partie de l'escadre portugaise (contre-amiral Mac- Doual) y pénétra après un vif combat contre les batteries et les navires espagnols. Le 26 mars (1776) Pinto Bandeira s'emparait du fort de Santa-Thecla, dans l'intérieur, et le 1er avril, le général. Bôhm, se rendait maître des forts espagnols de la rive sud du Rio- Grande. Le territoire que les Espagnols détenaient depuis 1762 fut ainsi repris. Pour venger ces défaites, l'Espagne envoya contre le Brésil le général Geballos avec une grande flotte et une armée nombreuse qui s'emparèrent de l'île de Sainte-Catherine (fév. 1777) et de la Colonia (3 juin 1777). Presque en même temps le roi Dom Joseph 1er mourait (24 fév. 1777) et Pombal tombait en disgrâce. Par le traité de Saint-Ildefonse (1er oct. 1777) l'Espagne garda la Colonia, rendit l'île de Sainte-Catherine et renonça à ses prétentions sur la partie orientale du territoire de Rio-Grande-du- Sud, ainsi que sur presque tous les territoires occupés parles Brésiliens à l'ouest de la ligne fixée par le traité de Tordesillas.
Développement et progrès du Brésil depuis la découverte des mines jusqu'au commencement du XIXe siècle. — Les rois Dom Pedro 11(1667-1706) et Dom Jean V (1706-1750) avaient favorisé le développement de la colonisation en encourageant les expéditions des Paulistas vers l'intérieur et vers le sud, et en envoyant à Sainte-Catherine et au Rio-Grande-du-Sud quelques milliers de familles des Açores et de Madère. Pendant ce dernier règne le Brésilien Alexandre de Gusmào, devint à Lisbonne un conseiller très écouté du roi et de ses ministres. Dom Joseph 1er (1750-1777) et le marquis de Pombal, montrèrent le plus grand dévouement aux intérêts et au progrès du Brésil, sans oublier le
1 [i, LE BRÉSl I. i:\ 1 889.
Maranhào el If Para, qui avaient été jusqu'alors un peu délaissés.
En 17(H VÉtat du Maranhào comprenait Les deux capitaineries (h- Maranhào et de Para, cette dernière créée en 1652. Le Piauhy, doni la partie centrale commençait à être peuplée par «1rs émigrants de Bahia, était une dépendance du gouvernemenl général du Brésil. Quelques religieux ri surtout les cannes, ers derniers à partir de L695, avaient commencé Leurs missions dans L'Amazonie. Le L6 août Kl.')!), Pedro Teixeira, d'après les instructions «lu mi d'Espagne Philippe IV, qui était en même temps rni du Portugal, avait pris possession de la rive gauche du Napo pour la couronne du Portugal, et toute la vallée de L'Amazone, depuis le confluent de celle rivière jusqu'à l'océan, resta annex» gouvernement de Maranhào. En L660, un village d'indiens civi-
. qui prit plus lard le nom de Silves, lui formé sur le lac Saracâ. En 1750 le Haut Amazone portugais comptait déjà quarante-six bourgades d'indiens el 30.000 feux. En 17.>7 la capitainerie de Sào-José do Rio Negro y fut créée avec un gouverneur subordonné à celui de Para4. Le territoire de Piauhy fut annexé à L'État de Maranhào en 1715, et à partir de 1750 il forma une capitainerie dont le gouverneur était subordonné à celui de Maranhào. En 177."), l'État de Maranhào fut supprimé, et son territoire divisé en deux capitaineries générales : celle de Para, avec la capitainerie suhalternc de Rio-Negro, et celle de Maranhào, avant comme dépendance la capitainerie de Piauhy.
compagnie générale du commerce du Maranhào et du Grand Para, créée en 1755 par Pombal, rendit les plus grands services au développement de l'agriculture, du commerce et de la colonisation dans cette vaste région (17o5-1788). Une partie de l'émigration portugaise, dirigée vers le Maranhào et le Para, y vint de nouvelles villes ou renforcer la population des hourgades .îles, composée presque entièrement d'indiens. L'ancien fort de Saint-Antoine de Macapâ, ou Cumaû, près du Cap de Nord, que les Portugais avaient rasé, n'ayant pas été rétabli, malgré Le traité d'Utrecht, Pombal lit construire, en 1704, le fort d mt-Joscph de Macapâ, sur la rive gauche de l'Amazone, presque sous la ligne équinoxiale (3 minutes de latitude nord).
I. La ville de Barcellos primitivemenl village de Marina), fui la capital-' de la aouvelle capitainerie. Barra du Rio Negro (aujourd'hui Manâos) devint temporairemenl la capitale (1791-99), puis, Barcellos (1799-1804). Latin Barra resta La capitale à partir de L804. — Cette capitainerie l'ut supprimée en 182-J td incorporée a la province de Paré.
Dans l'État du Brésil, le pays fut subdivise, et plusieurs gouvernements furent créés pendant le xviuc siècle, au fur et à mesure que la population augmentait et se répandait. En 1701, cet u Etat », dont la ville de Bahia continuait à être la capitale, commençait, au nord, dans le Piauhy, et, après l'annexion de ce territoire au Maranhâo (1715), dans le Ceara ; et il avait comme limite méridionale, contestée d'ailleurs par l'Espagne, la rive gauche de la Plata, où le Portugal ne possédait que Colonia do Sacromento. Le territoire de Ceara, la capitainerie de Rio-Grande (do Norte), et le territoire de l'Alagôas, dépendaient du gouverneur général de la capitainerie de Pernambuco. Le Parahvba était une capitainerie indépendante depuis 1684; en 1755 elle fut subordonnée au gouverneur général de Pernambuco. Le S. jrgipe et l'Espirito-Santo relevaient du gouvernement du viceroi, à Bahia.
Le gouverneur général de Rio-de-Janeiro avait sous sa dépendance tous les territoires du sud, jusqu'à la Plata, et une grande partie de l'intérieur, qui commençait à se peupler. En 1709, la capitainerie générale de Sâo-Paulo et Minas fut créée ; en 1720, Minas forma une capitainerie générale indépendante. D'autres gouvernements furent créés successivement : en 1738 à Santa-Catharina, en 1748 à Goyaz et à Matto-Grosso, en 1760 à Rio-Grande-du-Sud. En 1798, les gouvernements de Ceara et de Parahyba-do-Norte, devinrent indépendants de Pernambuco, et TEspirito-Santo forma une capitainerie subordonnée au gouvernement de Bahia. Les autres divisions du territoire brésilien datent de notre siècle : le Piauhy devint une capitainerie indépendante en 1811, l'Alagôas en 1817, Sergipe en 1820 1.
Au xvic siècle, il n'y avait pour tout le Brésil qu'un évêque à Bahia et un prélat à Rio-de-Janeiro (prélature depuis 1577). En 1676 l'évêché de Bahia fut érigé en archevêché ; Rio-de-Janeiro et Olinda, en 1676, Sâo Luiz de Maranhâo en 1677 devinrent les sièges de trois nouveaux évechés. D'autres furent créés au XVIIIe siècle, à Belem du Para (1720), à Sâo-Paulo (1746), à Marianna, dans le Minas-Geraes (1748). Goyaz et Matto-Grosso devinrent des prélatures en 1776.
1. Depuis l'indépendance du Brésil, seulement deux provinces ont été créées; celles de l'Amazone (l'ancienne capitainerie de Rio-Negro supprimée en 1823) et du Paranâ. Des projets pour la création de plusieurs nouvelles provinces ont été présentés aux Chambres, mais aucune décision n'a été prise jusqu'ici.
Pendant le règne de Jean V, plusieurs Brésiliens accusés d'hérésie furent poursuivis, envoyés à Lisbonne H brûlés par L'Inquisition. LVévêque de Rio- de -Janeiro, François de Sam Jeronymo L 702-1725), s'est distingué particulièrement dans ces persécutions. Un Brésilien, qui habitait Lisbonne, Antoine-Joseph da Siva, natif de Etio-de- Janeiro, était le premier poète dramatique .lu Portugal à cette époque. Ses opéras-comiques devinrent très populaires, mais ses succès d'esprit lui valurent d'être brûlé par L'Inquisition, à Lisbonne, le L8 octobre 1739.
Les premiers signes de la rivalité entre les natifs du Brésil et les Portugais européens se montrèrent au commencement du wiu' siècle, dans la ville de Etio-de- Janeiro, en L 704, où les naturels du pays battirent la Liste di-s Portugais européens aux élections municipales; à Minas-Geraes, parla guerre civile nommée des « Emboabas -, dont il a été déjàquestion (1708-1709) ; et à Pernambuco, par celle des « Mascates », entre les habitants d'Olinda cl ceux de Becife (1710-1711). Vers la même époque il veut des troubles à Bahia (1711), et en L 720 une rébellion promptement comprimée éclata à Villa-Rica (Ouro-Preto) contre le gouverneur, le comte d'Assumar, qui accusa les révoltés de vouloir créer un gouvernement républicain, dont le général retraité Vôiga Cabrai, l'ancien défenseur de Golonia, devait être le chef. Veiga Cabrai fut envoyé à Lisbonne où il est mort en prison, et un des tribuns de la révolution, Filippe dos Santos, fut pendu et écartelé à Villa- Bica.
Les lois du 6 juin 1755 et du 8 mai ,1758 proclamèrent la liberté complète des indiens du Brésil. Presque en même temps Dom Joseph Ier et Pombal défendaient l'introduction d'esclaves dans le Portugal, les Açores et Madère (19 septembre 17G1 ; 1767, 1776) et déclaraient libres les nouveau-nés (16 janvier 1773). Ces lois ne visèrent pas le Brésil, où le nombre des esclaves continua à augmenter par la traite et les naissances, malgré les idées généreuses et humanitaires prêchées dans un livre publié en 1758 par l'abbé Manoel Ribeiro Rocha, avocat à Bahia1. En 1794 et en
1. Ethiope resgaiado, empenhado, sustentado,corregido, in&truido, e libertado, Pelo padre Manoel Ribeiro Rocha, lisbonense, domiciliario da cidade da Bahia, e nella advogado, e backharel formado nu universidade de Coimbra. Lisbonne, in-8°, 1758.
Dans ce livre Rocha demandait que toul esclave fût rendu à la liberté après un temps de Bervice suffisant pour indemniser le maître, et que les enfants de femmes esclaves, naissant libres (ingenuos), ne fussent astreints à sen ir les maîtres de leurs mères que jusqu'à l'âge de quatorze ou quinze ans.
1798 encore, L'évêque Âzeredo Goutinho publiait des ouvrages dans lesquels il cherchait à démontrer la justice et la nécessité de la traite.
lui L759, les jésuites furent expulsés du Portugal et de toutes les possessions portugaises. Malgré les difficultés que dansles derniers temps ils avaient suscitées au gouvernement de Lisbonne, notamment lorsque les commissaires portugaiset espagnols s'occupaient de l'exécution du traité de limites de 1750, on ne peut s'empêcher de reconnaître que ces religieux ont rendu les plus grands services au Brésil. La conquête et la colonisation de l'Amérique portugaise au xvic et au xvnc siècles est en grande partie leur œuvre. Gomme missionnaires, ils ont réussi à gagner à la civilisation des milliers d'indiens, et la race indigène devint, grâce àleur dévouement, un facteur considérable dans la formation du peuple brésilien. Ils ont été toujours les défenseurs de la liberté des indiens et les éducateurs de la jeunesse brésilienne qui cherchait à s'instruire. Le Brésil doit aux écoles fondées par les jésuites presque tous les grands noms de son histoire littéraire du xvic au xvme siècles, les poètes Gregorio de Mattos (1633-1696), Basilio da Gama (1748-1795), l'auteur du beau poème Y Uraguay, Durâo (1736-1781), auteur du Caramurû, Claudio Manoel da Costa (1729-1789) et Alvarenga Peixoto (1748-1793), les orateurs sacrés Antoine de Sa (1620-1678) et Eusebio de Mattos (1629-1692), les historiens Yicente do Salvador (1567-1639) et Rocha Pitta (1660- 1738), et le diplomate et homme d'État Alexandre de Gusmao (1895-1753) !.
Le général Gomes Freire de Andrada, comte de Bobadella, qui gouvernait depuis 1733 le Rio-de-Janeiro et les capitaineries du sud, et en outre, depuis 1735, celle de Minas-Geraes (de 1737 à 1739 il avait été en même temps gouverneur du Sâo-Paulo), fut nommé en 1762 vice-roi du Brésil. La ville de Rio-de-Janeiro devint à partir de cette date la capitale du Brésil. Elle comptait alors environ 30,000 habitants1.
La longue administration du comte de Bobadella fut une des plus fécondes et des plus éclairées de l'époque coloniale. 11 trouva
1. En 1711, la ville de Rio n'avait que 12.000 habitants. En 1749 elle comptait 3.723 l'eux ut 24.397-habitants, les enfants au dessous de cinq ans non compris Balthasar Lisboa, Annaes, I, 17G) ; en 1808 la population était de 46,944 habitants, sans compter la garnison, composée de 2,400 hommes (Pizarro, Memorias hist., VU, 145, 146); en 1821, 80,000 habitants (10,063 feux), plus 5,600 hommes, qui formaient la garnison ; 137,078 habitants en 1838, et 203,206 en 1849.
.1 Rio des collaborateurs intelligents et dévoués, parmi Lesquels Les généraux Joseph da Silva Paes el J.-P. Pinto Alpoim. Le premier a été le fondateur et L'organisateur <ltis établissements portugais de La partie méridionale <lu Rio-Grande-du-Sud (1737) el a secondé puissammenl les efforts du roi Jean A' et de Bobadella pour développer La colonisation de Sainte-Catherine et du Rio-Grande-du-Sud. C'est Bobadella qui a terminé à Rio (4750) l'aqueduc de Carioca, La seule œuvre architecturale vraiment remarquable que les Portugais aienl laissé au Brésil, et qui, avec ses deux étages d'arcades reliant les montagnes de Sainte-Thérèse à la colline Saint- Antoine, avait L'aspect grandiose d'une construction romaine, avant d'être presque entièrement masqué par des maisons, coin me il Test aujourd'hui.
Bobadella est mort à Rio Le 1er janvier 1763 peu après l'arrivée de La nouvelle de la capitulation de Colonia du Sacrement, qu'il u'avaii pas réussi cette fois à approvisionner et à défendre. Profitant de l'arrivée de deux frégates anglaises commandées par John Macnamara, il avaii organisé une expédition sous le commandement de Vasco Alpoim, L'ami du poète Basilio da Gama, pour reprendre la place. Une frégate et un transport portugais furenl réunis aux navires anglais, et le 5 janvier 1703 cette escadre attaqua la Colonia, mais elle fut repoussée par Ceballos. Macnamara périt avec presque tout l'équipage dans l'incendie de sa frégate.
Plusieurs des successeurs du vice-roi Bobadella, surtout le marquis de Lavradio (1769-1779), quoique occupé par la guerre cou Ire les Espagnols, et Dom Louis de Yasconcellos e Souza, favorisèrent, comme lui, la colonisation, ainsi que la recherche et L'exploitation des mines d'or, l'agriculture et les études littéraires. (Test du temps de Bobadella, que le caféier, importé à Paré en 17-27 par 1(3 major Palheta, grâce à un don de Madame Claude d'Orvilliers, femme du gouverneur de Cayenne, puis introduit au Maranhâo en 1770, commença à être cultivé à ltiode- Janeiro. Quelques pieds avaient été importés dans cette ville, vers 17(r2, parJean-AlbertCastello-Branco,deParâ, chancellieràla cour d'appel, et ils fournirent la graine pour les premiers essais de plantation, faits à Resende et à Sâo Gonçalo, d'où la culture se propagea dans tous les districts de Serra-do-Mar de la province de Rio, puis dans les provinces de Sâo-Paulo, de Minas-Geraes et de Bahia.
Le Brésil se développait et comptait déjà à cette époque des
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hommes distingués qui figuraient parmi les premiers littérateurs et -avants du Portugal. Plusieurs sociétés littéraires furent fondées : à Bahia, VAcademiados Esquecidos (1724), sous les auspices du vice-roi Cezar de Menezes (1720-1735), et dont Rocha Pitta a eh* le membre l«i plus illustre; dans la môme ville, la Sociedade Brazileira dos Academicos renascidos (17ou2), qui fut de courte durée par suite de l'arrestation de son directeur, accusé de haute trahison ; à Rio-de- Janeiro, YAcademia dos Fclizes (1730) et YAcademia dos Sclectos (17S2), fondées par Bobadella, YAcademia Scientifica (1772-1779), protégée parle vice-roi Lavradio, et la Sociedade Litteraria (1786), créée sous le gouvernement du viceroi Vasconcellos. Cette dernière fut dissoute par le comte de Rezende (1794), et ses principaux membres, le poète Silva Alvarenga, l'helléniste Marques Pinto, le moraliste Mariano da Fonseca (après l'Empire, marquis de Maricâ) et le docteur Jacintho Silva, furent emprisonnés, poursuivis et relâchés seulement en 1797. Yilla-Rica (Ouro-Preto), chef-lieu de Minas-Geraes, était devenue, comme Rio et Bahia, un des centres de la vie intellectuelle au Brésil. Cette province avait produit les deux plus grands poètes épiques du Brésil, Basilio da Gama et Durao, les premiers dont l'inspiration fut vraiment américaine et nationale.
La presse n'existait pas; une seule imprimerie avait été fondée à Rio, vers 1747, sous les auspices du comte Bobadella, par Isidore da Fonseca, et supprimée par ordre de la métropole.
En 1789, une conspiration ayant pour but l'indépendance fut découverte à Minas-Geraes. Parmi les chefs du mouvement projeté se trouvaient les poètes Gonzaga, Claudio Manoel da Costa et Alvarenga Peixoto, le lieutenant-colonel Freire de Andrade, plusieurs prêtres et les docteurs Alvares Maciel et Vidal Barbosa. Ce dernier avait étudié à Montpellier et à Bordeaux, et avait appartenu à un groupe d'étudiants brésiliens, dont faisait partie Maia (Joseph Joaquim da), de Rio, mort en Europe, et qui en 1780 avait eu des pourparlers, à Nîmes, avec Thomas Jefferson, à propos de l'indépendance du Brésil.
Les chefs de cette conspiration furent condamnés à mort, mais la reine Dona Maria Irc commua cette peine dans celle de la déportation perpétuelle en Afrique. Claudio da Costa s'était suicidé pendant le procès à Rio-de-Janeiro. Une seule exécution eut lieu, celle d'un sous-lieutenant, Silva Xavier, le Tiradentes, dont le nom devint, par ce fait, populaire au Brésil.
Le Brésil comptait, en 1800, environ 3.200.000 d'habitants,
dont La moitié étaient des nègres esclaves. En L817-1818 il avait 3.817.900 habitants (sans compter 1rs enfants au-dessous de dix ans), dont L.043.000 blancs, 259-400 indiens civilisés, 526.500 mulâtres ou nègres libres, et L. 930.000 esclaves. La difficulté des communications entre les différentes provinces arrêtait l'essor des aspirations à L'indépendance. Les provinces de l'extrême nord étaient en communication directe avec la métropole et n'avaient presque pas de relations avec Bahia, Rio-de-Janeiro et les provinces méridionales. L'influence portugaise était plus considérable à Belem do Para, 9âo Luiz de Maranhâo et Babia que dans les autres villes du Littoral brésilien.
En 1800 le montant de L'exportation brésilienne était de 5G. 1-20.000 francs, celle de l'importation de 53.400.000 francs.
Hostilités des Français et guerre de 1801 entre l'Espagne et le Portugal. — Pendant les guerres de la Révolution, quelques combats furent livrés entre les Français et les Portugais sur les cotes du Brésil. En 1726 (il août) la division navale du commandant Rivière essaya, près de la ville de Santa-Cruz (Bahia), un débarquement qui fut repoussé parles miliciens de Porto-Seguro, embusqués dans une position avantageuse et dirigés par le capitaine Antonio-Mariano Borges1. En 1800 (juillet) une autre division navale française, sous le commandement du capitaine Landolphe, bloqua pendant quelques jours le port de Rio-dc- Janeiro. En 1800 le brick portugais le Minerva, capitaine Louis da Cunha Moreira, sombra dans un combat contre une frégate française, et en 1801 la corvette YAndorinha, capitaine Costa Quintella, résista à une attaque de la frégate la Chi/fone, capitaine Guyeisse.
En 1801, la guerre ayant éclaté entre l'Espagne et le Portugal, le gouverneur du Paraguay, Lazaro de Rivera, attaqua sans succès L6-25 septembre) le fort de Nova-Goimbra, dans le Matto- Grosso, défendu par Almeida Serra, et le capitaine brésilien Rodrigues do Prado s'empara d'un poste fortifié des Espagnols sur l'Apa (1er janvier 1802). Le général Yeiga Cabrai, gouverneur de Rio-Grande-du-Sud, avait réuni sur les frontières une petite armée. 11 s'empara de la rive gauche du Jaguarào et du Chuy, tandis que Marques de Sousa (Emmanuel), un de ses lieutenants,
1. Cf. JUBIBN DE LA GrAVIÈRB, SoUO&ÙrS d'un (U)liral, I. 335, e1 Acriol.l,
Memorias hist. du Bahia, J. 271.
forçait le fort espagnol de Cerro-Largo à capituler (30 octobre),, et que quelques volontaires brésiliens commandés par Santos Pedroso et Borges do Ganto, faisaient hardiement la conquête des Missions espagnoles de la rive gauche de l'Uruguay et de toute la partie occidentale du Rio-Grande-du-Sud au nord du Quarahim. Les traités de Badajoz (G juin 1801) et d'Amiens (25 mars 1802) n'ayant stipulé aucune restitution de territoire, l'Espagne garda la place d'Olivença dont elle s'était emparée en Europe, et le Portugal conserva l'importante conquête qu'il venait de faire en Amérique.
L'arrivée de la Famille de Bragance. Le Royaume du Brésil. — Le Portugal était gouverné, depuis le 10 février 1792, par le prince du Brésil, Dom Jean, régent du royaume au nom de sa mère, la reine Dona Maria Ire. En 1807, Napoléon, allié à l'Espagne, imposa au Portugal de rompre avec l'Angleterre, et le prince régent dut céder, espérant ainsi gagner l'amitié et l'alliance du vainqueur de l'Europe. Par deux décrets, datés du 25 octobre et du 8 novembre 1807, Dom Jean adhéra au blocus continental et ordonna la saisie des propriétés des Anglais en Portugal. Le vicomte Strangford, ministre britannique à Lisbonne, demanda ses passeports et se rendit (17 novembre) à bord de l'escadre du contre-amiral sir Sidney Smith, qui venait d'arriver et qui commença aussitôt le blocus du Tage. Presque toute l'armée portugaise avait été distribuée sur les côtes pour s'opposer aux attaques des Anglais1, lorsque le gouvernement du régent apprit que les Espagnols et les Français venaient de franchir la frontière et que Junot marchait rapidement sur Lisbonne2. La France et l'Espagne, ce qu'on ignorait encore, avaient signé, le 27 octobre, le traité de Fontainebleau, pour le partage du Portugal et de ses posses-
1. Cela est prouvé par plusieurs documents portugais et anglais. Voici un passage de la dépêche du 1er décembre 1807 adressée par sir Sidney Smith à W. W. Pôle : — « The distribution of the portuguese force was made wholly on the coast, while the land side was left totally unguarded » (Barrow, Life and correspondent of adm. Sir Sidney Smith, Londres, 1848 t. II, p. 266).
2. Cette nouvelle fut apportée à Lisbonne par le lieutenant-colonel Lecôr (Charles-Frédéric), qui avait fait détruire le pont sur le Zezere, ce qui retarda de deux jours la marche de Junot. Lecor, nommé colonel, puis général, commanda une division dans l'armée de Wellington. En 1815 il passa au, Brésil auquel il rendit de grands services pendant les guerres de la Plata et de l'indépendance. Il fut créé baron de Laguna par Jean VI, et vicomte par Pedro Ier.
sions. Lord Strangford et sir Sidney Smith entrèrent alors en correspondance avec le gouvernement portugais, ei le prince régent, conformément au conseil que l'Angleterre lui avait donné l'année précédente, el d'accord avec ses ministres, qui considéraient la résistance à l'invasion comme impossible en ce moment, se décida à partir pour le Brésil. Une flotte uombreuse, accompagnée jusqu'à Rio-de-Janeiro par quelques vaisseaux anglais, quitta Le Tage le i2(.) novembre amenant la famille royale, la cour, les membres du gouvernement el les fonctionnaires des principaux départements de l'Etat. Le lendemain, Junot faisail son entrée à Lisbonne.
La famille royale arriva à Bahia Je ±1 janvier 1808 et y séjourna plus d'un mois. Le 7 mars elle arrivait enfin à Rio-de- Janeiro.
Ainsi fut réalisée parla force des circonstances cette translation de la cour portugaise au Brésil, tant de fois projetée: par Jean IV dès le xvu'' siècle, par dom Luiz da Cunlia en 17l>(), par le marquis de Pombal en 17G1. Les Brésiliens ont su comprendre toute l'importance de cet événement, qui marquait la fin du régime colonial et le commencement de leur indépendance commerciale et politique. L'enthousiasme fut grand à Bahia et à Rio. Dans celte dernière ville, au milieu des bruyantes ovations de la foule, le prince-régent a pu entendre, dès le jour de son débarquement, des enthousiastes qui l'acclamaient comme ce empereur du Brésil. » Lui-même disait-dans son manifeste du 1er mai, adressé aux puissances amies, qu'il « élevait la voix du sein du nouvel empire qu'il était venu créer. »
Un décret du 28 janvier, daté de Bahia, avait ouvert les principaux ports du Brésil au commerce des nations en paix avec le Portugal. Cette mesure, déjà arrêtée à Lisbonne dans les conseils du prince, fut vivement appuyée par le savant économiste brésilien Joseph da Silva Lisboa (vicomte de Cayrû), alors professeur Bahia, qui la défendit plus tard contre les plaintes des négociants et des armateurs portugais mécontents de la destruction de leur monopole commercial. Un autre décret du 1er avril abrogea la loi du 5 janvier 1785 qui avait ordonné la fermeture des établissements de filature et de tissage ainsi que plusieurs autres fabriques qui commençaient à s'établir au Brésil, et prononça la liberté de l'industrie. Les étrangers furent admis à la propriété foncière, des faveurs furent accordées aux industriels et aux agriculteurs, et une banque de dépôt, d'escompte et de circulation fut fondée à Rio. Dom Jean établit au Brésil les départe-
monts, tribunaux et conseils que possédait l'ancienne métropole, créa des écoles supérieures (à Rio et à Bahia), ainsi que l'imprimerie royale, le journal officiel, la bibliothèque royale, le pnuséum d'histoire naturelle et plusieurs jardins botaniques ; il accorda au Brésil L6 décembre 1815) le titre de Royaume, — la monarchie portugaise prenant celai de Royaume-Uni de Portugal, du Brésil et des Algarves, — fit les premiers essais de colonisation étrangère en vue de l'abolition de la traite, appela plusieurs Brésiliens à des situations importantes dans l'administration, favorisa les explorations scientifiques dans l'intérieur du pays *, protégea les lettres et les arts, porta les limites du Brésil jusqu'à la rive gauche de la Plata, par l'annexion de la Banda Orientale de l'Uruguay, et commença l'œuvre de l'unification du Brésil par l'établissement de communications entre Rio-de-Janeiro et les provinces, dont la plupart étaient restées jusqu'alors étrangères les unes aux autres. Le 20 mars 1816, devenu roi par la mort de sa mère, il prit le nom de Jean VI. Plusieurs de ses ministres, parmi lesquels le marquis d'Aguiar, le comte de Linhares, le comte da Barca et Yillanova-Portugal, le secondèrent vivement dans cette politique large et toute brésilienne, et se montrèrent fiers de collaborer avec lui, à la fondation de l'empire sud-américain. Quoique la presse ne fut pas libre, on lisait presque partout au Brésil le Correio Brazihense, revue très libérale publiée à Londres (1808-1822) par le Brésilien Hippolyto da Costa Pereira.
De 1808 à 1814 un grand nombre de négociants anglais s'établirent dans les principales villes maritimes du Brésil. A la paix générale, le décret du 18 novembre 1814 déclara que, à partir de ce jour, les ports brésiliens étaient ouverts aux navires français.
En 1815 les premiers Français débarqués à Rio furent reçus avec des acclamations par le peuple. En 1816 arrivèrent, sous la direction de Joachim Lebreton, de l'Institut, les artistes appelés par Jean VI pour créer à Rio l'école des Beaux-Arts. C'étaient, entre autres, les peintres Nicolas-Antoine Taunay et Jean-Baptiste Debret, le sculpteur Auguste Taunay, le graveur Zéphirin Ferrez et l'architecte Grandjean deMontigny.
Par le traité d'Amiens, du 25 mars 1802, le Portugal avait dû abandonner ses droits sur la rive droite de l'Oyapock, acceptant comme limite entre le Brésil et la Guyane française le cours de
1. Ces explorations ont été faites par Auguste de Saint-Hilaire, Spix et Martius, le prince Maximilien de Neuwied, Pohl, Mawe, Esclrwege et plusieurs autres savants étrangers.
l'Araguary el une ligne droite tirée de la source de cette rivière jusqu'au Rio-Branco. Mais, l'empereur Napoléon ayant rompu ce traité et envahi le Portugal, le général Magalhàes do Menezes, gouverneur du Par;'), annonça, par une proclamation (lep oct. 1808), qu'il allait rétablir la frontière fixée par le traité d'Utrcclit, à la rivière Oyapock ou Vincenl Pinson; puis, selon des instructions nouvelles reçues de Rio, il déclara que L'expédition destinée à l'Oyapock serait dirigée contre Cayenne.
Des troupes brésiliennes sous le commandement du lieu tenantcolonel, bientôt général, Emmanuel Marques d'Elvas, partirent du port, de Paré et de l'île <le Marajô sur une flottille organisée par le gouverneur, et furent ralliées en route, au cap de Nord, par deux bâtiments de guerre portugais et par une corvette anglaise, dont le capitaine était James Lucas Yeo plus tard Sic James/1. Le Ler décembre isos les Alliés occupèrent la haie de L'Oyapock et le !."> ils s'emparèrent du poste fortifié de l'Approuague, au confluent du Gourrouaïe ; puis, 550 soldais brésiliens, 20 marins portugais et 80 anglais, débarquèrent le 7 janvier, avanl L'aube, à l'entrée du Mahury sur la côte orientale de l'île de Cayenne, et enlevèrent le même jour les batteries de Diamant, Dégras-des- Cannes, Trio, cette dernière à l'entrée de la Crique -Fouillée, et une quatrième batterie qui protégeait la maison de campagne du gouverneur Victor Hugues, située sur le canal Torcy-. Le soir, Victor Hugues essaya sans succès de reprendre la position de Dt'gras-des-Canncs, défendue par Marques d*Elvas, et le lendemain le capitaine Yeo reprit et incendia la maison du canal Torcy, qui avait été occupée pendant la nuit par un détacbement français.
Les Alliés marchèrent i 8 janvier) sur Legrand-Beau-Regard, ancienne habitation des jésuites, située sur une hauteur, et de là ils envoyèrent un parlementaire à Victor Hugues, qui s'était
1. Corvette anglaise Confiance, 20 canons ; navires portugais bricks Voador (cap. il'- frégate J.- A. Salgado) el Infante l)<>ni Pedro (cap. L. da Cunha Moreira) 18 canons chacun: goélette Général Magalhàes, \± c. ; cuters Vingança et Lcao, s canons chacun ; smack Paquete, 2 canons ; trois canonnières portant chacune un canon, et plusieurs transports. Le -■> décembre te Paquete (cap. .l.-.M. Pereira Pinto) prit la goélette la Petite Adèle, de 4 canons.
2. Ces fortifications étaient peu importantes: à L'Approuague il y avait un seul canon, trois dans la batterie «lu Diamant, dont le commandant, le capitaine Chevreuil fut tué ;deux canons à Dégras-d es-Cannes ou Dégrad-Gannes , deux à Trio ; deux dans le canal Torcy, le 1 janvier, et deux petites pièces de campagne le lendemain. Il y avait .il homme s au Dégras-des-Cannes et 50 dans chacune de- autres positions. La perte des Allies fut d'une quarantaine d'hommes tués ou bli
retiré d'abord sur le Moulin de Loyola, ensuite sur Gaycnne. (tes pourparlers amenèrent La capitulation signée au Bourda, le |2janvier, stipulanl que La colonie serait remise aux troupes du prince du Brésil, que La garnison sortirait de Cayenne avec les honneurs de La guerre et qu'elle serait transportée en France, ainsi que tous les employés de la colonie et leurs familles, sur des bâtiments portugais. Le li, les Alliés firent leur entrée à Cayenne1 et ce fut un officier brésilien, Cunha Morcira, capitaine du brick Infante Dom Pedro, qui amena en France le gouverneur Victor Hugues2. Le gouvernement militaire de la Guyane fut confié à Marques cTElvas et le gouvernement civil au lieutenantcolonel Pinto de Souza, d'abord, et ensuite, à partir du 19 juillet 1810, à un magistrat brésilien, Macielda Costa, « qui a laissé dans la colonie, dit Ternaux-Gompans, une grande réputation de capacité et d'intégrité. » « Il y fit régner, ajoute cet historien, un ordre parfait, et introduisit de notables améliorations dans toutes les branches de l'administration3. »
Au congrès de Tienne, alors que F Angleterre gardait ses conquêtes coloniales4, le Portugal qui avait tant souffert pendant les guerres de la République et de l'Empire français, et qui
1. Rapports de Marques d'Elvas, du 29 déc. 1808, daté de l'Approuague ; du 21 janvier (deux), datés de Cayenne; du capitaine Yeo, du 26 décembre et 15 janvier ; Ratification conditionnelle de la capitulation par le général Magalhàes de Menezes en date du 17 février ; plusieurs manuscrits brésiliens (parL. da Cunha Moreira, Claudio Luiz da Costa, etc.) ; Baginsky, Ephémérides historiques de la Guyane française, mus.. Selon les documents portugais et anglais Victor Hugues, avait au moment de la capitulation, 593 hommes de troupes réglées, 100 miliciens et près de 500 esclaves armés. Selon le capitaine de frégate Bouyer {La Guyane Française, Paris, 1861, page 63), Victor Hugues avait sous ses ordres 511 soldats européens, 200 miliciens et 500 noirs armés.
2. Cunha Moreira, depuis vicomte de Cabo-Frio, amiral et ministre de la marine au Brésil, était uu natif de Bahia.
3. Ternaux-Gompans, Notice historique de la Guyane Française, Paris, 1843. — « L'ordre, l'économie, et le désintéressement », dit Vignal « présidèrent à la conduite des agents du Gouvernement portugais... » Le passage pu cet auteur fait l'éloge de l'administration brésilienne est trop long pour que nous puissions le reproduire ici. Voir Coup d'œil sur Cayenne par Vignal, Paris 1823, in-8°, page 40 et suivantes. — Maciel da Costa (Jean Severiano), ii''' i Minas-Geraes, a été un des rédacteurs de la Constitution du Brésil et un des plus illustres hommes d'État de ce pays. L'empereur Dom Pedro Ier l'a nommé conseiller d'État et sénateur de l'Empire et lui a donné le titre •de marquis de Queluz. 11 a été plusieurs fois ministre d'État et est mort en 1833.
4. En ce qui concerne la Guyane Française, l'Angleterre a réclamé de la France la somme de 74.523 liv. sterl., malgré la vente de plusieurs navires français que Yeo envoya en Angleterre. Cette somme fut réduite à 250.000 francs par un arrangement avec Louis XV111.
avait pris une part si considérable dans les campagnes qui ameaèrenl la chute de Napoléon Ier 4, s'engageait, par l'article L07 de
inal du congrès 9 juin L815), « à restituer à sadi te Majesté r\e POj de France) La Guyane Française jusqu'à La rivière d'Oyapock, dont L'embouchure est située entre Le quatrième et le cinquième degré de latitude septentrionale, limite que Le Portugal a toujours considérée comme ••elle qui avait été fixée par Le traité d'Utrecht ». Les plénipotentiaires français acceptèrent la restitution en ces termes, qui précisaient d'une façon si claire la limite maritime de L'Oyapock, mais la question ne fut pas tranchée, comme le croyaient les diplomates portugais. Les gouvernements de La Restauration, de Juillel et du second Empire renouvelèrent les anciennes controverses, el ce différend n'a pas pu être réglé jusqu'ici entre Le Brésil et la France.
La Guyane fut rendue à la France par les autorités brésiliennes (21 novembre) à L'arrivée du général Carra Saint-Cyr, gouverneur nommé par Louis W'Ill.
Aussitôt après son installation au Brésil, le Gouvernement portugais avait eu L'intention d'occuper la rive gauche de la Plata, de concert avec les Anglais qui devaient envoyer une nouvelle expédition contre Buenos-Aires pour venger les deux échecs qu'ils venaient de subir dans cette ville; mais l'insurrection des ;nols contre la domination française et leur alliance avec L'Angleterre et le Portugal, firent abandonner ce projet. La princesse, puis reine, Dona Carlota, femme de Dom Jean VI, alors prince régent, et sœur de Ferdinand VII, entama avec les auto-
espagnoles et avec plusieurs des partisans de l'indépendance de l'Amérique-du-Sud des négociations qui contrecarrèrent souvent la politique du cabinet de Rio-de-Janeiro. En 1S10 la révolution de L'indépendance commença à Buenos-Aires par la déposition des autorités espagnoles (25 mai) et une longue pé-
l. Peudant les campagnes de la Péninsule et du midi de La France 1808- 1S1V |, f0 mée portugaise a varié beaucoup. En L811 le Portugal
comptail « La masse srraimeni énorme pour sa population de 335.439 hommes sous les armes » (Balbi, Essai statistique sur le royaume 'lu Portugal, Paris, ISS2, i vol.. p Parmi les Brésiliens qui se sont illustrés dans cette
guerre pour l'indépendance du Portugal, nous citerons le savant minéralo- Bonifacio de Ajidrada-e-Silva et les poètes Luis Paulino Pinto da França el JoaquimJosé Lisboa. Le premier, qui devait être plus tard Le grand ministre de L'indépendance brésilienne, a été major, puis lieutenant-colonel d'un bataillon formé de professeurs et d'étudiants de l'université de Coùnbre et drs écoles du pays. Pinto da França est mort général de l'armée portugais
riode de troubles, de révolutions et de guerres civiles, s'ouvrit dans les provinces de la Plata. Dom Jean fit réunir aussitôt sur les frontières du Elio-Grande-du-Sud une armée d'observation composée des troupes réglées et des miliciens de cette province, ainsi que de quelques régiments de Sainte-Catherine et de Sâo- Paulo. Le capitaine-général du Rio-Grande-du-Sud, Dom Diogo insa (depuis comte de Rio-Pardo), esprit éclairé et homme d'une rare énergie, éleva cette armée au plus haut degré d'instruction et de discipline et la prépara aux succès qu'elle obtint dans les campagnes suivantes. En 1811 il ne restait aux Espagnols, à la Plata, que la ville de Montevideo, assiégée par une armée de Buenos- Aires et par celle des Uruguayens ou Orientaux, ces derniers dirigés par José Artigas. A la demande du gouverneur espagnol et de Dona Carlota, Dom Jean se décida à intervenir pour combattre la révolution de l'indépendance. Le général Sousa envahit la Banda Orientale de l'Uruguay (1811) et le siège de Montevideo fut levé. Les Argentins se rembarquèrent pour Buenos-Aires et Artigas fut forcé de se réfugier avec ses troupes dans l'Entre-Rios et le Gorrientes. Déjà l'armée brésilienne se trouvait sur la rive gauche de l'Uruguay, prête à franchir ce fleuve lorsqu'un armistice illimité fut signé à Buenos-Aires (26 mai 1812) entre un envoyé spécial de Dom Jean et le gouvernement révolutionnaire. Lord Strangford, ministre anglais à Riode-Janeiro, avait obtenu la neutralité de Dom Jean dans la lutte des peuples de la Plata contre l'Espagne, et le général Sousa, dont les troupes avaient été partout victorieuses contre les bandes indisciplinées d' Artigas, recevait l'ordre de suivre cette nouvelle ligne de conduite et de repasser immédiatement la frontière du Rio-Grande-du-Sud.
L'armée de Buenos-Aires revint alors assiéger Montevideo, et en 1814 cette place capitula. Mais bientôt Artigas, très populaire parmi les gauchos ou campagnards, de la Banda Orientale, de l'Entre-Rios et de Gorrientes, se souleva, réussit à chasser les troupes de Buenos-Aires et forma, avec les provinces de l'Uruguay, une confédération dont il devint le chef absolu sous le titre de « protecteur ». L'existence même du gouvernement argentin fût en danger, car Artigas détacha de son obéissance deux autres provinces, Santa-Fé et Gordova. C'était le commencement de la longue lutte entre les unitaires argentins, partisans d'une patrie grande fortement constituée, et les fédéralistes dont la propagande ten-
dait à la dissolution nationale en soulevant contre L'hégémomie .h1 Buenos-Aires les rivalités et les haines des provinces.
Deux émigrés politiques, Nicolas Berrera, Uruguayen, el le généra] Carlos de Alvear, Argentin, solicitèrent L'intervention du Brésil contre Artigas el l'occupation de la Banda Orientale de l'Uruguay. L'agent du gouvernemenl de Buenos-Aires à Hio-de- Janeiro, Manoel J. Garcia, approuvait cette intervention que le marquis d'Alegrete, capitaine-général du Rio-Grande-du-Sud conseillait, de son côté. Une division portugaise, sous la conduite du lieutenant-général Lecôr (Charles-Frédéric), fut appelée au Brésil et alla renforcer l'armée brésilienne déjà réunie à Rio- Grande-du-Sud. Les hostilités s'ouvrirent en même temps sur quatre points différents : la frontière du district des Missions Brésiliennes (capitale Sâo Borja) où commandait le général Chagas Santos, celle du Quarahim, défendue par l'armée brésilienne du général Curado, et les frontières de Cerro-Largo et de Santa-Theresa. L'armée du général Le cor, composée de troupes portugaises et brésiliennes, et destinée à occuper Montevideo, fut divisée en deux colonnes: la principale, sous les ordres de Lecôr, pénétra par Santa Theresa, longeant presque toujours la côte; l'autre, sous le général Silveira, marcha par Cerro-Largo pour se réunir près de Maldonado à Lecôr. Le principal effort d' Artigas, dans le but d'empêcher le mouvement offensif de ces deux généraux, fut dirigé contre le district des Missions et la frontière du Quarahim. Ses troupes indisciplinées envahirent de ce coté le territoire brésilien, mais avant leur concentration, elles furent battues et repoussées devant Sâo Borja (3 octohre 1816) par José de Abreu, sur ribiraocahy (19 octobre) par le général Menna Barreto (Joào de Deos), à Garumbé (27 octobre) par le général Oliveira Alvares, tous les trois appartenant à l'armée de Curado. Cependant, Artigas ayant reçu des renforts de l'Entre-Rios et de Corrientes et ayant réuni ce qu'il avait pu sauver des vaincus de ces combats, réorganisa son armée, et l'envoya de nouveau, sous la conduite d'Andrés Latorre, contre Curado, alors campé sur le Catalan. Le 3 janvier (1817) Artigas, qui se disposait à rejoindre Latorre, fut attaqué par Abreu dans l'Arapehy et mis en fuite; le lendemain, le marquis d'Alegrete, capitaine-général du Rio- Grande-du-Sud, et Curado remportaient sur Latorre la victoire de Catalan. Cette bataille réduisit Artigas à se tenir sur la défensive et à éviter pendant deux ans toute rencontre avec les Brésiliennes et les Portugais.
! ... alS bastien Pinto, qui commandait Tavant-garde de
L'armée de Lecdr, avait gagné sur la division de Fructuoso Rivera la victoire d'iudia Bfuerta L9 novembre 181G). De son côté, la colonne du général Siiveira, ayant repoussé les attaques de la divisi' gués, à Pablo Paez 1 1 décembre), et de celle de Rivera
a Calera de Santa Lucia '3 janvier), faisait jonction, à Pan d'Azucar, avec Lecdr, qui continuait sa marche sur Montevideo. Cette ville fut alors évacuée par les troupes d'Àrtigas, et Lecdr y lit - m entrée, accueilli comme un libérateur par la municipalité et les habitants, le 20janvier 1817. La ville de Maldonado avait déjà fait - omission à l'escadre portugaise, mais toute la campagne continua sous la domination d'Artigas, qui employa quelques troupes, sous la conduite de Rivera, au blocus de Montevideo. Vue victoire remportée sur ce dernier par Lecôr à Paso de Cuello
18 mars 1817 , ne changea en rien la situation, car la force principale d'Artigas consistait dans sa nombreuse cavalerie. Du côté des Missions, le général Chagas Santos ravagea une partie du Corrientes, mais il échoua dans une attaque contre AndrésTacuary, dit Andrés Artigas ou Andrésito, qui s'était retranché à Apostoles
-2 juillet). Cet échec fut vengé par Ribeiro (Rento Manuel), de l'armée de Curado, qui réussit à surprendre à Belen (15 septembre), la division du colonel Berdun, le vaincu d'Ibiraocahy, et à amener prisonnier ce chef et presque tous ses officiers.
A l'intérieur, une révolution républicaine et séparatiste, dirigée par Domingos Martins, natif de FEspirito-Santo, éclata dans la province de Pernambuco 1817). Elle ne rencontra pas un grand nombre de partisans et fut promptement réprimée par une petite armée composée principalement de miliciens de Bahia et de FAlagôas. Treize des chefs de la révolution furent mis à mort.
Une entente secrète s'établit vers la fin de 1817 entre les gouvernements de Rio-de-Janeiro et de Ruenos-Aires en vue des opérations contre le général Artigas. De nouvelles troupes furent envoyées, de Rio, de Sâo-Paulo et de Pernambuco, à Montevideo, et deux expéditions partirent de Buenos-Aires pour soumettre la province d'Entre-Rios, mais elles furent toutes les deux vaincues par Ramirez, lieutenant d'Artigas (25 décembre 1817 ; 25 mars L818). L'armée brésilienne de Curado marcha alors du Quarahim (1818) pour opérer sur la rive gauche de l'Uruguay au nord du Rio-Negro. Le 7 avril, une division de cette armée (Menna Barreto remportait la victoire de Guabijùet forçait Artigas à abandonner le village de Purificacion, dont il avait fait sa capitale,
i.i. m; ÉS1 lin 1 889.
puisRibeiro Bento Manoel) franchissail l'Uruguay, s'emparait Ltteries <■< m^t mil <-- dans l'Entre-Rios pour empêcher le ye d'une Qotille portugaise [Calera de Barquin, Perrucho- Vernael Paso de Vera , el mettait en fuite à Arroyo-de-la-China la cavalerie de Ramirez. Dans les Missions de Corrientes, Ch Santos s'emparait de San-Garlos (31 mars-3 avril), et, sur la rive gauche de la Plata les Portugais occupaient Colonia (3 mai . Plusieurs combats de cavalerie eurent alors lieu dan- la Banda- Orientale. Le 4 juillet L818) Ribeiro (Bento Manoel) tomba a l'improviste sur le campement de José Artigas à Queguay-Chico, et dispersa complètement son armée ; mais bientôt ce général organisait dans l'Entre-Rios et le Corrientes de nouvelles handes armées pour envahir le Rlo-Grande-du-Sud. Andrés Artigas, à la trie de quelques milliers de Guaranys et des troupes du Corrientes, où il avait vaincu les partisans de Buenos-Aires et issé l'attaque d'une Ûotille paraguayenne, franchit l'Uruguay (25 avril L819), et s'empara facilement des petites villes povos du district brésilien des Missions, celle de Sào-Borja exceptée. L<> colonel Arouche, qui était alors le plus populaire el le plus - lit parmi les jeunes officiers de l'armée brésilienne, essaya prendre le bourg de Sâo-Nicolao, mais il fui repouss péril dans ce combat (9 mai). Des renforts arrivèrent, conduits par h é de Abreu (depuis baron de Serro-Largo), qui réussit à écraser les envahisseurs au combat d*Itacoruby ((> juin 1819). Quelques jours après, Andrès Artigas était fait prisonnier. Plusieurs autres commandants, parmi lesquel Otorgués, furent pris dans des combats moins importants, et le 28 octobre Ribeiro Bento Manoel) gagnait sur Fructuoso Rivera la victoire d'Arroyo- Grande.
José Artigas avait envoyé Ramirez, gouverneur de l'Entre- Rios, et Estanislâs Lopez, gouverneur de Santa-Fé, contre Buenos-Aires, et ces deux caudilhos réussirent à vaincre ses ,id\ i renverser le gouvernement de la Républiqu
entrer dans la capitale ; en même temps il envahissait pour la troisième fois la province brésilienne de Rio-Grande-du-Sud, remportait une victoire sur Abrcu près de Flbirapuilan (14 décembre L819 , et étail enfin repoussé par ce général, déjà réuni au général Camara, sur le Santa-Maria (17 et 27 décembre). Le comte de Pigueira, capitaine-général du Rio-Grande-du-Sud, étant accouru avec de nouvelles troupes qui se réunirent à \breu et Camara, poursuivit l'armée ennemie, et celle-ci
lui entièrement détruite à la bataille de Taquarembd (22 janvier L820). Artigas espérait encore continuer la résistance dans l'Entre-Rios et Le Corrientes, mais Ramirez, fier de sa victoire sur Buenos-Aires, se révolta contre Lui, et, après plusieurs combats, Le força à se réfugier au Paraguay, où il fut arrêté et interné à Guruguaty par Le dictateur Francia*.
La Banda Orientale s'unit par fédération au Royaume du Brésil, prenant le nom d'État Gisplalin (31 juillet 1821).
L'indépendance et le règne de l'empereur Dom Pedro Ier. — En 1820, le régime constitutionnel fut proclamé par les Portugais et des Cortès constituantes furent convoquées à Lisbonne. Jean VI accepta à Rio le nouvel ordre de choses (26 février 1821) après l'adhésion de Para et de Bahia à la Constituante, et dans presque toutes les provinces brésiliennes des comités de gouvernement remplacèrent l'autorité des anciens capitaines-généraux. Rappelé en Europe par les Cortès, le roi se résigna enfin à partir, mais, en quittant Rio-de-Janeiro (26 avril), il y laissa comme régent du Royaume du Brésil son fils aîné, le prince royal Dom Pedro, avec un ministère dont le comte dos Arcos était le membre le plus influent.
Les Cortès de Lisbonne suivirent à l'égard du Brésil une politique contraire à celle que le roi avait adoptée : elles votèrent la suppression des écoles et des tribunaux supérieurs, ordonnèrent la dissolution du gouvernement central de Rio, le rappel de Dom Pedro, et cherchèrent à rompre l'unité brésilienne par le rattachement direct de chaque province à la métropole, malgré l'opposition des députés de plusieurs provinces du Brésil, surtout de ceux de Sâo-Paulo, Rio, Bahia et Pernambuco, ayant à leur tête Antonio Carlos de Andrada, Villela Barbosa (depuis marquis de Paranaguâ) et Lino Coutinho. La désunion des provinces avait été déjà obtenue en partie par l'installation des comités provinciaux de gouvernement. L'autorité du régent ne s'étendit bientôt que sur Rio-de-Janeiro et les provinces méridionales et centrales ; même dans plusieurs de ces provinces il rencontra quelques résistances de la part des comités, qui presque tous voulaient jouer un rôle indépendant. Mais les décrets des Cortès finirent
1. Artigas fut mis en liberté quelques années plus tard, mais il n'a jamais voulu retourner dans son pays. Il est mort à l'Assomption le 23 septembre 18oÛ (et non en 1826 comme Ta dit un grand ouvrage en voie de publication à Paris). 11 était né à Montevideo le 19 janvier 1764 (et non en 1746).
par produire un mouvement presque général en faveur de l'autonomie brésilienne, qu'on pensait d'abord pouvoir concilier avec l'union des deux Royaumes, moyennant la création d'un Parlement siégeant au Brésil. Le 9 janvier L822, Dom Pedro répondit à une démarche de la population de Rio et de Sâo-Paulo en déclarant qu'il resterait dans le pays, força les troupes portugaises qui voulaient s'opposer à cette résolution à s'embarquer pour le Portugal, et forma un nouveau ministère 16 janvier) avec José Bonifiacio d'Andrada, qui s'associa, quelques mois après, son frère Martim-Francisco d'Andrada. Bientôt il accepta le titre de « Défenseur perpétuel du Brésil » (13 mai), et, sur les conseils <le Lédo, alors chef du parti libéral à Rio, de Cunha Barbosa et de Clémente Pereira (les deux premiers, rédacteurs du Reverbero Constitucional)) il convoqua à Rio une Assemblée constituante (décret du 3 juin). Il se trouvait en voyage lorsque, sur La plaine de PYpiranga, près de la ville de Sâo-Paulo, un courrier, expédié de Rio par José Bonifacio, le rejoignit avec des lettres annonçant iscussions orageuses aux Cortès de Lisbonne et plusieurs décisions prises par celle assemblée, notamment celle qui ordonnait des poursuites contre les membres du cabinet de llio-de- Janeiro. Le prince, entouré des personnes de sa. suite et des officiers et soldats de sa garde d'honneur, proclama alors l'indépendance du Brésil (7 sept. 1822), et, arrivé à Rio, il fut acclamé empereur constitutionnel (12 oct.).
Les troupes portugaises avaient été forcées de quitter Pernambuco dès 1821. A Bahia, le général Madeira, ayant sous ses ordres une armée et une escadre nombreuses, résista plusieurs mois au siège des Brésiliens, dirigés, d'abord, par le général Labatut, ensuite par J.-J. de Lima-e-Silva. Deux attaques des Portugais, l'une contre les positions de Pirajâ (8 nov. 1822), l'autre contre l'île d'Itaparica (6janv. 1823), furent repoussées. La disette était déjà grande dans la ville lorsque l'escadre brésilienne, sous le commandement de lord Cochrane, arriva pour bloquer le port. Le 2 juillet Madeira se rembarqua pour Lisbonne, mais une partie des transports qui conduisaient ses troupes furent capturés par l'escadre impériale. Les Portugais qui occupaient les villes de Sùo-Luiz do Maranhâo et de Para firent leur soumission à l'arrivée de quelques navires de lord Cochrane (28 juillet et 11 août 1823). Dans l'intérieur, le commandant Fidié, après une longue résistance, capitula à Caxias (1er août); à la Plata, le général portugais Macedo, assiégé dans la ville de Montevideo par Lecér, qui avait
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le commandement des Brésiliens, capitula (18 nov.), ayant vu ses navires repoussés dans une attaque (21 oct.) contre la division navale brésilienne (commandant Pedro Nunes) qui était venue bloquer le port.
Le ministère Andrada, qui, par son énergie, a rendu de grands sen ices à la cause de l'indépendance, sévit rigoureusement contre tous ceux qui étaient soupçonnés d'être contraires à la monarchie et à l'union des provinces, supprima en fait tous les journaux d'opposition, et poursuivit ou exila un certain nombre de libéraux, parmi lesquels Lédo, élu député à la Constituante, Cunha Barbosa et Clémente Pereira l. A la Constituante, qui se réunit le 3 mai 1823, cette politique fut blâmée par plusieurs députés. Le 2 juillet, le ministère subissait un échec dans l'élection du bureau de l'assemblée, et, deux jours après, la cour d'appel acquittait les inculpés politiques de Rio. L'empereur ayant manifesté l'intention d'arrêter les procès politiques à Sao-Paulo, les Andradas donnèrent leur démission2, et le ministère Carneiro de Campos (marquis de Caravellas) fut organisé (17 juil. 1823). Mais la discussion du projet de Constitution traînait en longueur, l'opposition augmentait, et la majorité décida, contre le vote du ministère, que toutes les lois votées par l'Assemblée seraient promulguées sans la sanction de l'empereur. La liberté de la presse ayant été rétablie, plusieurs journaux de l'opposition commencèrent à exciter les haines de la population contre les natifs du Portugal qui avaient adhéré à l'indépendance. Les séances delà Constituante devinrent orageuses, et dom Pedro Ier? formant un nouveau ministère avec Villela Barbosa (marquis de Paranaguâ)3, prononça la dissolution de la Constituante (12 novembre), mesure déjà conseillée par José Bonifacio d'Andrada, qui, maintenant dans l'opposition, fut exilé à son tour, avec ses frères et quelques uns de ses partisans.
Dom Pedro prépara, à l'aide de son conseil d'État (J.-J. Carneiro de Campos4, Villela Barbosa, Maciel da Costa, Carvalho-e-Mello, et plusieurs autres), une Constitution dont les municipalités
1. Lédo se réfugia à Buenos-Aires ; Clémente Pereira, Cunha Barbosa et le général Xobrega furent déportés en France. Ils quittèrent Rio sur un navire français à destination du Havre (20 déc. 1823).
2. Porto-Seguro, Historia da Independencia, Mus. (Détails fournis à son gouvernement parle chargé d'affaires d'Autriche).
3. Né à Rio, le 20 novembre 1769 ; décédé à Rio, le 11 septembre 1846.
4. Né à Bahia, le 4 mars 1768 ; mort à Rio, le 8 septembre 1836.
demandèrenl l'adoption, sans qu'une seconde Constituante fût réunie. En conséquence, le serment d'obéissance à cette Constitution rai prêté le 25 mars l<S2i.
Une insurrection républicaine et fédéraliste éclata dans les provinces «lu nord, de Pernambuco à Cearé (juillet 1824), au moment où une grande expédition portugaise se préparait contre le Brésil. Cette révolte fut promptement réprimée (sept.-novembre) par le général F. de Lima-e-Silva e\ Les partisans de l'union. A Pernambuco, ces derniers étaient dirigés par laies Barre to, créé marquis de Ilecife. Seize des révolutionnaires, parmi lesquels le Père Caneea, furent condamnés el exécuti
Par le traité du 29 août 1825, conclu entre le Brésil et le Portugal, avec la médiation de ^'Angleterre, et grâce aux conseils de Canning, l'indépendance du Brésil fut reconnue.
Une révolution, organisée à Buenos-Aires par Lavalleja, éclata en 1825, dans la Panda Orientale, devenue province Cisplatine après la constitution de l'empire. Les Brésiliens, qui n'y avaienl ; qu'un 1res faible corps de troupes, commenceront par une victoire peu importante à Arbolito (3 sept.), mais bientôt une grande partie de leur cavalerie fut détruite dans une surprise à Rincon (24 sept.) et au combat de Sarandy (12 oct.), engagé imprudemment par Ribeiro (Bento Manoel) et Bento Gonçalves contre toute l'armée des Uruguayens révoltés. Les Brésiliens restèrent dès lors réduits aux places de Montevideo et de Colonia, et le gouvernement de Buenos-Aires déclara cette province incorporée au territoire de la République. L'escadre impériale commença les hostilités par le blocus des côtes de Buenos-Aires. L'amiral argentin Brownfut repoussé par l'amiral brésilien Rodrigo Lobo, le 9 février 1826, puis il subit des pertes très grandes en attaquant Colonia (20 fév.-13 mars), défendue parle général Rodrigues l. Plusieurs autres engagements eurent lieu, en 1820, entre les forces navales brésiliennes et argentines les uns sans résultat, les autres favorables aux premières. Le plus important fut le combat du 30 juillet, gagné sur Brown parle commandant brésilien Norton. En 1827, deux expéditions que la marine impériale fit sur le Ûeuve Uruguay (commandant Sena Pereira) et en Patagonie (commandant Sbepbcrd) furent anéanties près de l'île de Juncal (8-0 fév. . par Brown, et dans le Rio Negro de Patagones (7 mars), par <le-
l. Manoel Jorge Rodrigui s, créé en L840 baron de Taquary après la bataille '!'■ ce nmii contre les séparatistes du Rio-Grande-du-Sud.
corsaires sous La conduite de Bysson. Sur terre, le général brésilien marquis de Barbacena, ayant attaqué avec des forces inférieure l'armée du général Alvear, fut repoussé à la bataille d'Ituzaingo ^20fév.). Peuaprès, L'amiral brésilien Pinto Guedes, baron do Elio-da-Prata, remportait sur Brown la victoire de Monte Santiago (7-8 avril). Cette guerre que les fautes du gouvernement et des généraux et, surtout, L'esprit de parti d'un grand nombre de membres de l'opposition, rendirent impopulaire au Brésil, se termina parl;> convention du 27 août 1828 conclue sous la médiation de L'Angleterre : le Brésil et la République Argentine renoncèrent à la province qu'ils se disputaient, et y créèrent la République Orientale de l'Uruguay, que plus tard le Brésil défendit contre L'ambition du dictateur Rosas.
Par la mort de Jean VI (1826), l'empereur Dom Pedro Ier était devenu en même temps roi du Portugal. Il donna une Charte constitutionnelle à ce royaume, puis il s'empressa d'abdiquer la nouvelle couronne en faveur de sa fille Dona Maria II.
Les Chambres brésiliennes, créées par la Constitution, se réunirent pour la première fois en 1826, et pendant tout le règne de Dom Pedro Ier l'opposition, composée de libéraux monarchistes, partisans du parlementarisme anglais, de quelques fédéralistes et républicains, se trouva en majorité à la Chambre des députés. On faisait au Brésil les premiers essais du système reatatif, et si l'empereur était jeune, inexpérimenté et impétueux, on peut dire aussi que les partis et la presse avaient encore à faire leur éducation politique. Le ministère Paranagua, qui était au pouvoir depuis 1823, celui du vicomte de Sâo Leopoldo qui lui succéda (16 janvier 1827), se composaient seulement nateurs ou d'hommes n'appartenant pas au Parlement. Le 20 novembre 1827 l'empereur forma enfin un ministère parlementaire avec le député Araujo Lima (marquis d'Olinda) ; mais dom Pedro, ayant congédié son ministre de la guerre à la suite d'une révolte de quelques régiments étrangers à Rio, révolte énergiquement étouffée, les députés faisant partie du ministère donnèrent leur démission. Deux des membres les plus influents de la Chambre, Costa Carvalho et Vasconcellos, ayant refusé d'organiser un nouveau cabinet, cette mission fut confiée au député Clémente Pereira (15 juin 1828) que les libéraux abandonnèrent aussitôt. Ce ministère et celui de Paranagua, qui lui succéda (4 décembre 1829), rencontrèrent une vive opposition à la Chambre et dans la presse. L'arrivée de l'escadre du
li. s LE BRÉS1 l. i:\ 1 s 8 9.
baron Roussin L828 , envoyée par Charles X pour réclamer quelques uavires français que le- Brésiliens avaient capturés pendant 1»' blocus de l.i Plata, «'i La nécessité nu le gouvernement impérial se trouva di1 cédera cette injonction, ûrenl grand tortàl'empereur, ci augmentèrent considérablement l'irritation populaire. La révolution de l<s:;n en France vint passionner L'opinion, et la chute de Charles X fut célébrée presque partout, an Brésil, par <le^ réjouissances publiques. Plusieurs journaux nouvellement créés, à Rio et dans les provinces, commencèrent à prêcher, les uns le fédéralisme et d'autres la répuhlique. Aux élections de 1830 ces deux partis firent passer plusieurs de leurs candidats. En 1831 quarante- quatre nouveaux journaux furent créés à Rio. Tous les ministres, tous les sénateurs qui se montraient dévoués à l'empereur étaient présentés comme des partisans de l'absolutisme. VAurora Fluminemey fondé en 1827 par Evaristo da Veiga, était le plus inlluent et le mieux écrit des journaux d'opposition. Le 19 mars 1831, Dom Pedro l°r, dont le plus plus grand défaut était d'être né en Portugal, essaya de gouverner avec un ministère libéral (F. Carneiro de Campos). Mais les haines entre Brésiliens et Portugais étaient trop vives à cette époque pour que la concorde s'établit. Ces derniers ayant fait des manifestations impéralistes, des conflits sanglants curent lieu dans les rues. L'empereur forma alors un cabinet composé seulement de sénateurs (Paranaguâ). Un mouvement populaire, appuyé par la défection d'une partie des troupes, eut lieu. On réclamait le retour du ministère congédié (G avril 1831). Fatigué de cette opposition, et désireux de venir soutenir en Europe les droits de sa fille contre l'usurpateur Dom Miguel, Dom Pedro Ier, qui, il y avait (|iielques jours, avait déjà annoncé à ses conseillers d'État sa résolution d'abdiquer1, ne voulut pas céder devant les révoltés. 11 abdiqua donc en faveur de son fils (7 avril 1831) et partit pour l'Europe où il parvint, avant de mourir à l'âge de trente-six ans (1834 . à établir le gouvernement constitutionnel et à assurer le trône du Portugal à sa fille, après une lutte à laquelle il prit part personnellement avec un héroïsme devenu légendaire dans ce pays.
Régne de l'empereur Dom Pedro II. — Dom Pedro II, son fils et son successeur sur le trône du Brésil, était âgé de cinq ans.
i. Vicomte de Sao-Leoi>ou>o, Memorias.
ESQUISSE DE L'ilISTOIRE DU BRÉSIL. 169
ÇJne régence gouverna l'empire jusqu'en 1840. Elle se composa d'abord de trois membres : les sénateurs marquis de Caravellas (J.-J. Carneiro de Campos) et Vergueiro, ainsi que le général François de Lima-e-Silva, formèrent la régence provisoire jusqu'au 17 juin 1831; ce dernier, avec les députés Costa Carvalho et Braulio Muniz, la régence définitive qui gouverna jusqu'au L2 octobre 1835. Après l'Acte additionnel, il n'y eut plus qu'un régent unique (1835-1840). Ce fut une époque de troubles. Les partisans du fédéralisme et les réactionnaires, partisans de dom Pedro I", agitèrent les provinces et tentèrent plusieurs fois de renverser le gouvernement de la régence. La guerre civile ensanglanta le Cearâ (1831-32), Pernambuco (1832-35), le Para (1831-33, 1835-37), Bahia (1837-38), le Maranhào (1838-41), le Ilio-Grande-du-Sud (1835-45), et plusieurs autres provinces. Le parti libéral monarchiste (libéral moderado), dont Evaristo da Veiga et Vasconcellos1 devinrent les principaux directeurs, garda le pouvoir depuis 1831 jusqu'en 1837, et eut à lutter contre les fédéralistes, qui étaient presque tous républicains (parti libéral exaltado), et les réactionnaires (parti restaurador ou Caramurû) dont les frères d'Andrada, rentrés de l'exil en 1828 et reconciliés avec Dom Pedro Ier, devinrent les principaux conseillers. Ce dernier parti demandait le retour de Dom Pedro Ier comme régent; mais ce prince, sollicité à Lisbonne par Antonio Carlos d'Andrada, en 1833, refusa2. Le député Feijô3, devenu ministre le 4 juillet 1831, étouffa énergiquement toutes les révoltes suscitées à Rio par les deux partis d'opposition. Aux troupes indisciplinées, qui avaient profité des mauvais exemples de quelques-uns de leurs chefs, et que ceux-ci ne pouvaient plus contenir, il opposa la garde nationale créée par la loi du 18 août 1831 ; aux clubs fédéralistes, Evaristo da Yeiga opposa la « Société des défenseurs de la liberté et de l'indépendance nationale » (Sociedade defensora), vaste organisation qui a eu une grande influence dans la marche des événements politiques du Brésil. C'est à cette époque (1832), qu'Auguste de Saint-Hilaire traçait un sombre tableau des maux que les discordes produisaient sur
1. Evaristo da Veiga, né à Rio le 8 octobre 1799, y est mort le 12 mai 1837. Bernado de Vasconcellos était né à Ouro-Preto le 27 août 1795. Il est mort à Rio le lor mai 1850.