‹ Le Brésil en 1889Chapitre 41 sur 147 · TRAVAIL SERVILE ET TRAVAIL LIBRE · texte numérisé non relu

TRAVAIL SERVILE ET TRAVAIL LIBRE

ceux qui ont fait la traversée d'Europe à Para et Mauâos savent que les steamers de la Red Ci%oss Lin<\ partant de Liverpool pour Para, Parintins, Ltacoatiâra et Manâos, avec escale au Havre, sont toujours bondés d'émigrants, portugais pour la plupart, qui vont chercher fortune dans le « pays du caoutchouc ».

C'est principalement d'Italie que partent aujourd'hui pour le Brésil Les émigrantsragriculteurs. Cet exode italien pour l'empire sud américain est de date récente. De 1855 à 1882, pendant une période de vingt-huit années, le Brésil n'a guère reçu que 11.000 immigrants de provenance italienne. Mais, depuis lors, l'immigration italienne y a pris une extension considérable.

De 1882 à 1885, le chiffre des immigrants italiens qui y débarquent commence à atteindre 10.000 âmes. Les planteurs s'en trouvent bien et demandent de nouveaux bras à la Ligurie, au Piémont, à la Toscane, à la Lombardie, au Tyrol. Aussi, en 1886, le chiffre des Italiens arrivés au Brésil dépasse-t-il 14.000. Sitôt débarqués, sitôt placés. La fièvre s'empare des planteurs, tous veulent avoir des travailleurs d'Italie. En 1887, les immigrants italiens y débarquent en nombre supérieur à 40.000. En 1888, on en reçoit plus de 100.000.

D'ailleurs, le nombre des autres immigrants augmente également, comme le constate avec une légitime satisfaction le conseiller Rodrigo da Silva, ministre de l'agriculture, dans le Rapport qu'il a présenté aux Chambres en 1888. Les entrées de toute provenance dans le Brésil méridional se répartissent ainsi depuis dix ans :

Ainsi, tandis que la moyenne des arrivées annuelles est, depuis dix ans, de 27.000 immigrants de toute provenance, en 1888, Rio et Santos seulement ont reçu près de 132.000 immigrants de toute provenance.

Les Italiens viennent en tête, suivis d'assez près par les Portugais.

Les Italiens, d'ailleurs, prospèrent admirablement au Brésil. Ils y trouvent, surtout dans la zone méridionale, un climat presque semblable au leur et des occupations en rapport avec leurs aptitudes agricoles. Comme les chiffres sont plus éloquents que de simples affirmations, nous citerons ici un exemple frappant de cette prospérité. Dans un rapport présenté dernièrement par M. le commandeur Grillo, directeur général de la Banque nationale, au Conseil de l'industrie et du commerce, sur un projet pour la création d'une banque de crédit colonial, il est établi que, du Brésil seulement, les expéditions d'argent, faites par les Italiens émigrés à leur famille demeurée au pays, se montent annuellement à 10 millions de lires. L'Italie ne perd donc pas tout, en perdant quelques-uns de ses enfants, et la mère-patrie bénéficie de ses travailleurs d'outre-mer en recueillant une partie de leurs épargnes, en même temps qu'elle étend ses débouchés commerciaux par leur intermédiaire.

Grâce à ses émigrants, l'Italie est en train de conquérir au Brésil un large marché consommateur, à côté de l'Allemagne et de l'Angleterre, car si celle-ci envoie là-bas ses capitaux, les deux autres y envoient leurs nationaux, et si, en 1883, la France vendait au marché de Rio trois fois plus que l'Allemagne, — en 1887, celle-ci a rejoint le chiffre des ventes françaises sur notre première place et l'a même dépassé.

La plus grande partie des Italiens qui s'expatrient au Brésil s'y fixent à demeure. Ils y vont en famille ; et les statistiques dressées par M. Bodio, dont on connaît l'autorité en ces matières, font ressortir ce fait d'une manière précise. En effet, de 1883 à 1886 inclusivement, il est revenu des deux Amériques en Italie environ 51.000 anciens émigrants, soit une moyenne de 13.500 par an, moyenne qui tend à augmenter. De ce nombre, près de 39.030 revenaient de la Plata; près de 14.000 des États-Unis. Du Brésil, il n'en revenait que 994 pendant la même période. Il résulte de ces données que rémigrant italien se rend souvent à la Plata d'une manière temporaire, comme celui qui vient en France. Il y va, soit pour exécuter certains travaux publics, soit pour y prendre part aux récoltes annuelles. Son travail terminé, il quitte le pays, dont il n'augmente pas la population d'une manière constante. Il n'en est pas de même pour l'Italien qui émigré au Brésil : il va s'y établir sans esprit de retour, pour essayer d'y acquérir l'aisance et en jouir sur place. Les quelques centaines qui reviennent tous les ans dans leur patrie y retournent après avoir

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