‹ Le Brésil en 1889Chapitre 43 sur 147 · TRAVAIL S EU VI LE ET TRAVAIL LIBRE · texte numérisé non relu

TRAVAIL S EU VI LE ET TRAVAIL LIBRE

ta pays y gagnera même dans la suite. C'est ainsi que les capitaux étrangers oui envisagé la situation. Deux faits le demontrent.

En arrivant au pouvoir, le 10 mars 1888, le ministère présidé par M. le conseiller Jofto-Àlfredo Correia d'Oliveira annonça tout oc suite qu'il s'apprêtait à réaliser l'abolition. En même temps, dressai! à la place de Londres pour y contracter un gros emprunt. Or, cet emprunt 4 1/2 pour 100, émis à 9G, fut couvert immédiatement, sans que les capitaux anglais montrassent la moindre crainte dans l'avenir, et cela au moment même où la santé du souverain populaire du Brésil inspirait des inquiétudes. 11 y a mieux. La place de Paris n'a pas encore pris une part active dans les affaires brésiliennes, commanditées presque exclusivement par les Anglais. Or, au mois de juin 1888, alors que la libération était déjà un fait accompli, il se formait à Paris u ii syndicat, ayant à sa tête MM. Fould et le vicomte de Figueiredo, pour consacrer un capital de 100 millions de francs aux affaires du Brésil.

Cette confiance s'explique aisément. Les financiers d'Europe savent que le bras noir était un instrument peu intelligent et peu actif, justement parce qu'il n'était pas rémunéré. L'expérience faite dans les provinces de l'Amazone et de Céarâ, libérées depuis quatre ans ; dans celles de San-Paulo, Rio-Grande-du-Sud, Paranâ et Santa-Catharina, où il ne restait plus qu'une faible portion d'esclaves employée dans les travaux, prouve que la production n'a rien à perdre à la suppression de l'esclavage.

A San-Paulo, les recettes de la douane (destinées à l'État) et celles de la mesa de rendas (destinées à la province), n'étaient que de 12 millions de francs en 1875-1876, et s'élevaient à près de -2i millions en 1884-1885; tandis que la production du café, qui n'était que de 40 millions de kilos en 1873-1874, montait en 1884-1885 à 130 millions de kilos.

Dans la province de l'Amazone, la valeur officielle des produits exportés (caoutchouc principalement) s'est élevée de 1873 à 1887 dans la proportion de 1 à 100.

A Céara, quoique la terrible sécheresse dont la région a souffert il y a douze ans ait jeté un grand nombre d'habitants hors du territoire provincial, les recettes ont doublé d'une année à l'autre.

Nous pourrions multiplier ces exemples.

L'esclavage, d'ailleurs, entre autres inconvénients, avait celui

de repousser l'immigrant européen, qui ne tenait pas à se com mettre avec le travailleur non salarié. Ainsi, de 1857 à 1871, pendant les quinze années qui ont précédé la promulgation de la loi Rio-Branco, il est arrivé au Brésil 170.000 immigrants seulement. Au contraire, de 1873 à 1887, pendant les quinze années signalées par le mouvement abolitionniste, il en est entré près de 100.000.

Un dernier fait fera ressortir davantage la prospérité du jeune Brésil: le papier-monnaie y perdait au change, d'une manière plus ou moins considérable, pendant ces dernières années, sans arriver, cependant à la dépréciation qu'il subit dans la République Argentine. Or, depuis septembre 1888, non seulement le papiermonnaie du Brésil a rejoint le pair (27 deniers par 1.000 réis), mais encore il fait prime sur l'or. Tandis qu'àBuenos-Ayres, dans la République Argentine, Ton fait plus de 50 pour 100 de prime au moment où nous écrivons (janvier 1889), au Brésil, c'est le papier-monnaie qui fait prime sur l'or, comme le démontre le tableau suivant, que nous empruntons au journal 0 Paizf de Rio-de-Janeiro.

On peut donc affirmer sans chauvinisme que l'abolition de l'esclavage au Brésil, réalisée en six jours (du 8 au 13 mai) par l'homme éminent qui a assumé cette lourde responsabilité devant son pays, demeure une page glorieuse et pleine d'enseignements. En la votant presque unanimement, les Chambres brésiliennes n'ont pas seulement rendu la liberté à des noirs victimes d'un crime de lèse-humanité, elles ont aussi affranchi la conscience des patriotes brésiliens, honteux de voir leur pays étaler cette tache au soleil duxixe siècle.

On connaît le mot fameux de Girardin : « Confiance ! Confiance ! » On dirait que la grande loi abolissant l'esclavage a réveillé chez tout le monde la confiance dans les destinées du Brésil, et cette confiance est justifiée par les événements : à la fin du mois de mars 1888, la dette flottante du Brésil était de près de 90 millions de francs ; à la fin du mois de mars 1889, elle n'existe plus! Quant au change, jamais, depuis 1875, il n'a été aussi favorable.

TT

Cfl

je

•ai

MINIMAêtMAXIMA

DU CHANGE en

T887 et 1888

26 ifa 26 ftà

26 ^6 26 \fl 2 G -.^

ae \jk

Pq

on

is

2tt 3/4 2't 5/&

Page 1