‹ Le Brésil en 1889Chapitre 49 sur 147 · OIS · texte numérisé non relu

OIS

Total..

1\. — La Mne Auro-Ferrifëre. — La grande province m Minas- G raet occupe toute la neuvième zone agricole du Brésil, caractérisée par son abondance en minerais d'or et de fer. Sa surface est de 571.855 kilomètres carrés ; sa population de 2.200.000 à 2.300.000 habitants.

Saint-Hilaire a écrit: « S'il existe un pays qui jamais puisse si' passer du reste du monde, ce sera certainement la province de Minus. » Ces mois prophétiques de l'illustre savant sont encore aujourd'hui la plus belle synthèse de la superbe zone agricole de Minas-Geraes. On y trouve tout: depuis l'or et les diamants jusqu'aux plus beaux cristaux déroche; depuis le fer, qui y forme des montagnes, jusqu'aux plus rares métaux qui accompagnent les minerais d'or, d'argent, de plomb et de platine. On peut y cultiver tous les produits agricoles: depuis le café, la canne à sucre, le coton et le tabac, jusqu'au blé, la vigne, la soie, l'olivier et tous les fruits de France et de l'Italie. Tout cela sous le beau ciel du Brésil, dans un climat qui fait les délices des voyageurs, dans un climat qui a doublé la vie du savant anthropologiste danois Peter Wilhelm Lund, si renommé par la découverte de l'Homme Fossile dans les grottes calcaires de la province de Minas-Geraes.

Terre. — La province de Minas possède les plus hautes montagnes et les plateaux les plus élevés de tout le Brésil. Les aborigènes leur donnaient le nom d'Itatiaya, qui veut dire: — 'Pierre qui distille une eau pure et salubre. Ainsi on compte dans la province de Minas trois Itatiayas, c'est-à-dire, trois points culminants, à savoir: 1° l'Ftatiaya de Rezende, appelé aussi l'Itatiaya- Assiï d'Ayruoea, qui se trouve sur la chaîne de montagnes de la Manliqueira; il contient les Agulhas-Negras (Aiguilles-Noires) qui s'élèvent de 2.990 à 3.000 mètres et qui sont les plus hautes montagnes du Brésil ; 2° l'Itatiaya du grand massif, entre les villes dOuro-Branco (Or-blanc) et d'Ouro-Preto (Or-noir), capitale de la province de Minas ; 3° FItatiaya-Assû [Assit veut dire grand) de San-Joào-do-Kio-Acima, qui forme une immense montagne de minerais de fer sur gangue d'argile, placée entre les fleuves paré >'t JNiraopeba, deux grands affluents du majestueux San- Francisco.

Sur une carte en relief de la province de Minas-Geraes on verrait immédiatement ces trois Itatiayas, et on distinguerait, en même temps, les grands plans inclinés, qui jettent leurs eaux

dans les fleuves Parahyba-du-Sud, Ilio-Doce, San-Francisco et Elio-Grande, qui finit par avoir le nom de Paranâ, et arrive h

l'i » . ( - ; 1 1 1 par le grand estuaire de la Plata.

On comprend bien que tous ces points culminants, tous ces plateaux, tous ces thalwegs possèdent des terrains de toutes les espèces possibles et imaginables. Leur énumération sera toujours incomplète ; nonobstant nous signalerons comme roches-mères : neiss granits, des granitoïdes, des granits, des pegmatites, des syénites, des diorites et des diabases et tous les congém-i-cdans les montagnes de la Mantiqueira, d'Ouro-Branco et d'Ouro- Preto. Des calcaires et du gypse dans la vallée du San-Francisco et à San-José-d'El-Rey.

Toute la région des Campos-Gcraes possède des grottes calcaires, à stalagmites et à stalactites, quelquefois d'une grande beauté. C'est dans ces grottes que le savant Lund a fait ses études si célèbres de paléontologie. Encore dernièrement le Dr Gorceix l'infatigable directeur de l'École des Mines d'Ouro-Preto, a fait la découverte d'une grotte abondante en fossiles. La Casa Encantada (Maison Enchantée) est une merveilleuse grotte calcaire tout prèg de la ville de Sào-Joâo-d'El-Rey. La grotte de Carandahy a un volume de 60.000 mètres cubes. Elle a fourni une belle pierre de taille gris-perle pour le viaduc de Carandahy, sur le chemin de fer de Dom Pedro II. Tout près de la ville de Baepcndy, on a découvert deux grottes appelées Grula d'Urubu et Grula-da-Pedra. La grotte de Carandahy est aujourd'hui exploitée par la Compagnie Industrial de Cal e Marmores de Carandahy, fondée en octobre 1888 au capital de 200 conlos de reis (56G.600 francs). Dans cette grotte se trouve le stéatite ou pierre-à-savon, qui est employé comme pierre réfractaire dans les fours à chaux. Le stéatite est très commun dans la province de Minas-Geraes : dès les temps primitifs les aborigènes en faisaient des marmites et d'autres objets de ménage.

C'est dans la province de Minas qu'on rencontre Yltacolumite, le grès flexible, ou le quarzite granulaire, si demandé par les savants el par les musées d'Europe. Le professeur Gorceix croit cet Itacolumite la roche-mère du diamant et du topaze. Les marbres verts de Ponte-Alta, tout près de Passa-Tempo ; les marbres blancs et verts du municipe d'Oliveira, employés à l'ornementation de la Cathédrale; les marbres de Gandarella, de toutes couleurs, excellents pour l'architecture polychrome, doivent être comptés parmi les richesses naturelles de cette belle

zone agricole. Il ne Tant pas oublier l'abondance d'argiles, depuis la Terra Rôxa, chargée de fer et si renommée pour la production du café, jusqu'aux argiles plastiques pour briques, tuiles, poterie, etc. Les massapês^ les argiles blanches et grises si estimées pour la culture de la canne à sucre, abondent dans les vallées et dans les zones humides.

Province de Minàs-Geraes.

Tableau des altitudes les plus remarquables.

[tatiaya-Assû (Agulhas Negras), la plus haute

montagne du Brésil 3.000 mètres.

Campos-do-Jordâo (prairies et pâturages du

Jordan). Climat superbe et très recommandé

aux poitrinaires 1 . 700 —

Ouro-Preto, capitale de la province de Minas. . . 1.145 — • Diamantina, ville de commerce et entrepôt

important au nord de Minas 1 . 132 —

Ayruoca, sur le versant nord de l'Itatiaya 1 . 100 —

Campos de Caldas (eaux thermales) 1 . 100 —

Victoria (village) 1 .088 —

Barbaccna (ville sur le chemin de fer D. Pedro II). 1.076 —

Serranos (village) 1 .070 —

Lagôa-Dourada (village) 1 .056 —

Caldas (ville) 1 .040 —

Or et Diamants. — Si l'on voulait éblouir les émigrants d'Europe par des histoires merveilleuses à'El-Dorado, il suffirait de dire que dans la province de Minas les villes s'appellent Ouro- Branco (Or-Blanc); Ouro-Prêto (Or-Noir); Ouro-Fino (Or-Fin); Diamantina (Vllle-aur-Diamants) ; qu'on y voyage, pendant des journées, sur des terrains tourmentés par les exploitations d'or depuis les temps coloniaux, etc.,» etc. Mais nous croyons préférable ne faire l'éloge que de la fertilité de la Terra Boxa et du Massapê, des terres qui donnent le café et le sucre et tous les produits de France et d'Italie.

Si nous voulions faire des idylles pour les émigrants, nous n'aurions qu'à décrire leur belle maisonnette, entourée de palmiers et d'orangers, toute garnie d'orchidées, d'aroïdées et de

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broméliacées aux feuilles brillantes el aux fleurs splendides, sur un terrain planté d'un millier de caféyers; el de leur dire que les belles cerises rouges et jaunes du caféyer ont des noyaux, qui se vendent, même à Rio, un à deux francs le kilo, s'ils sont bien préparés...

En Angleterre, nous l'avons déjà dit, on fait la propagande de la Petite Propriété avec les mots : A cotv and an acre (une vache et quarante ares de terre). Dans la province de Mina-, es pays d'or et de diamants, on sera plus généreux : on donnera aux immigrants vingt à trente hectares de terre, trois ou quatre vaches et quelques centaines de caféyers.

Fer. — Les minerais de fer de la province de Minas-Geraes sont aussi riches que les plus beaux de Suède et de Norwège, de l'île d'Elbe et des gisements les plus renommés du Vieux .Monde. Il faudrait remplir des pages avec les analyses faites à l'Ecole des Mines d'Ouro-Preto ; mais il vaut mieux recommander les Années de cette école, brillamment dirigée par le professeur Gorceix. On y trouvera d'intéressants rapports et mémoires, donnant la description de tous les procédés employés clans la production du fer, depuis les temps coloniaux jusqu'à nos jours; et aussi toute l'histoire de la fabrique de fer d'Ypanema, à San-Paulo, exploitée par le Gouvernement, et qui est le plus important établissement métallurgique du Brésil.

Bois de Construction, de Menuiserie et d'Ébénisterie. — Les plus belles forêts de la province de Minas se trouvent sur ses limites avec les provinces de Bahia, d'Espirito-Santo et de Riode- Janeiro. Les forets du Manhuassû, un des plus beaux aflluents du Etio-Doce, sont comptées parmi les plus remarquables du Brésil.

Aussi les espèces de bois de Minas sont-elles les mêmes que celles des provinces de Bahia, de Rio et d'Espirito-Santo : palissandres, cèdres, uinhaticos, perobas, cannellas, tapinhoâes, etc., déjà décrits dans leurs zones respectives.

Dans les chaînes de montagnes de Minas : Serra-da-Mantiqueira, Serra-das-Taipas, Serra-das-Vertentes, S erra-do- Esp in haç >, etc., on voit toujours des Araucarias, à des altitudes de 500 à 800 mètres.

Agriculture. — Dans la province de Minas on distingue deux

Eones parfaitement caractérisées : l°la zone delà Mat la ondes bois et forêts; -" la zone des Campos ou des pâturages et prairies naturelles.

L'agriculture 3e fait dans la zone de la Mat ta ; l'élevage du bétail, bœufs et chevaux, principalement dans les Campos. Dans les terres limitrophes de Rio et d'Espirito-Santo, la grande culture est le café; dans les vallées des llcuves et dans les terres humides, on cultive la canne à sucre et le riz; au sud de la province, dans les vallées du Rio-Verde et du Sapucahy, le tabac est la culture prédominante. Le maïs, les haricots et les céréales se cultivent partout, et donnent des rendements extraordinaires

Coton. — Partout, dans la province de Minas, on trouve des lorrains excellents pour la culture du coton. L'industrie du tissage date des temps coloniaux. Encore aujourd'hui on file et on tisse à domicile, et le voyageur voit partout des métiers à tisser et entend toujours le tic-tac de la navette, en traversant les villages des Campos-Geraes. La province de Minas-Geraes compte déjà vingt fabriques de coton, outillées à la moderne, avec des machines importées d'Angleterre et des États-Unis. Ces fabriques donnent de jolis rendements; elles achètent le coton immédiatement aux planteurs, et ont leurs débouchés garantis sur les marchés des provinces centrales de Goyaz et de Matto-Grosso.

Ces fabriques utilisent les chutes d'eau en turbines et en roues hydrauliques. Il va sans dire que la province de Minas possède des cascades de toute beauté pour les applications industrielles.

Vigne. — La culture de la vigne est déjà très étendue dans la province de Minas-Geraes, surtout au sud, dansle Sapucahy et dans le Rio-Yerde ; et au centre, dans le Para et dans le Paraopéba, affluents duSan-Francisco. On y commence déjà à distinguer les crus, et à signaler aux voyageurs les villes et les villages où on trouve les meilleurs vins.

Il faut bien comprendre qu'on ne possède pas encore des Chàteaux-Laffite, des Ghàteaux-Margaux et des Glos-Vougeot; mais les résultats obtenus font déjà espérer qu'on y arrivera par rimmigration des vignerons les plus habiles de France, de Hongrie et d'Italie.

L'Australie, avec des raisins de souche bourguignone et bordelaise, est déjà arrivée à imiter les meilleurs crus de la Cote-

d'Or et du Médoc. Il en sera de même au Brésil. Bientôt, les provinces de Minas, de San Paulo, de Santa-Catharina et de ltio- Grande-du-Sud exporteront des vins pour les provinces du nord du Brésil. A Kio, on trouve déjà dans les magasins des vins de, Rio-Grande-du-Sud et de San-Paulo.

Pour Le moment, toute la question de la viticulture a principalement pour but le bien-être de l'immigrant. Nous désirons pouvoir dire : « Venez au Brésil... Vous y trouverez du pain et du vin comme en France, comme en Hongrie, comme en Italie. »

Jusqu'à présent les vignes du Brésil n'ont ni phylloxéra, ni mildew, ni black root, ni oïdium, ni aucune autre maladie. On plante surtout la cynthiana et la northon's Virginia, qui résistent fort bien aux parasites de toute espèce.

Bétail. — A l'époque de la découverte du Brésil, on allait à la recherche des Campos ou des pâturages et prairies naturelles, comme à la recherche des mines d'or et des diamants. La forêt-vierge est un obstacle pour l'immigrant. Presque toujours elle sert de muraille qui empêche d'avancer vers l'intérieur. Le Campo abcrto, la campagne ouverte, au contraire, offre des routes toute faites, des pâturages pour les bœufs, les chevaux « ! les moutons. Rarement les Campos sont des surfaces planes; presque toujours ce sont des mamelons et des collines à surfaces bombées et aplaties. Ce qui distingue vraiment le Campo c'est l'absence de bois et forêts. Les Campos sont recouverts par un tapis de graminées, qu'on appelle, au Brésil, Capins. Les Capins les plus remarquables sont : le Capim d'Angola, classifié Panicum spectabilc ; le Capim mellado, classifié Melinis glutinosus ou Tristiges glutinosus. Dans la province de Minas, on dit : Capim-gordura fgraissc), parce que les prairies de ce C<i/>>m sont très estimées pour engraisser les animaux. Le Capim-Barbade-Bôde, classifié Aristida pollens; le Capim-gramma, Gramma de Pasto, Gramma de Prado, ou simplement, Gramma, classifié Triticum repens, dans le genre Paspalum. Dans ces dernières années, on a planté des prairies arliiicielles, composées de graminées et de légumineuses, comme en France. On a aussi acclimaté VAlfafa de la Plata, <|iii est à peu près la luzerne (Modicago sativa), si employée dans les pâturages d'Europe. Les races de bœufs et de chevaux, introduites au temps de la conquête, étaient celles du Portugal et de l'Espagne. Ces races, qui ont a peu près trois siècles d'acclimatation, sont appelées Creôlas

Créoles) pour Les distinguer dos races introduites tout dernièrement de L'Europe el même des Indes. Les bœufs de la province de Minas se distinguent par leur belle taille et par leur force. Ces! dans cette province qu'on achète presque tous les bœufs pour les abattoirs de la ville de Rio. Les chevaux de la province de Minas ont un peu de sang arabe; il y en a quelques-uns d'assez élégants. Dans la province de Minas, comme à Paranâ et à Rio-Grande-du-Sud, on élève une énorme quantité de mules et de mulets pour le service des transports sur les routes et dans L'intérieur des villes.

Immigration. — Il faut encore une fois répéter les belles paroles de Saint-Hilaire : « S'il existe un pays, qui jamais puisse se passer du reste du monde, ce sera certainement la province de Minas. » Eh bien!... Ce paradis est, à présent, tout à fait ouvert aux immigrants. On les reçoit, aux gares des chemins de fer, avec des hurrahs et des feux de joie. On les loge dans les palais abandonnés par les propriétaires des mines d'or, et on les établit immédiatement comme immigrants-propriétaires. Nulle part l'immigrant-propriétaire ne se trouvera mieux que dans la province de .Minas. Sur ces plateaux superbes on jouit des plus doux climats du monde; les eaux minérales ferrugineuses, alcalino- gazeuses, salées, sulfureuses, thermales, arsenicales, etc., etc., abondent à Ouro-Preto, à Marianna, à Alambary, à Caxambû, à l'Araxâ, au Uin-Yerdc, à Lagôa-Santa, à Caldas, etc., etc. Le bétail y est prolifique et la viande excellente. L'élevage des porcs est une industrie générale dans toute la province de Minas. L'immigrant peut y continuer ses cultures d'Europe : le blé, l'orge, l'avoine, le seigle, la vigne, l'olivier, etc., etc. Il peut essayer les cultures brésiliennes : le café, le sucre, le tabac, le coton, le manioc, le maïs, etc., etc. L'abondance de fer, de bois de construction, de calcaires et de marbres lui facilitera l'exercice des arts et des métiers. Nous dirons encore que l'immigrant ne se trouvera pas mécontent si, par hasard, il rencontre un joli diamant ou quelques pépites d'or.

Chemins de fer. — Le principal chemin de fer de la province de Minas est le Dom Pedro II, qui relie déjà Ouro-Preto, sa capitale, à Rio-de-Janeiro. Les autres sont cités plus loin. Mais, il faut bien le répéter, les chemins de ferles plus intéressants pour l'immigration et pour le commerce sont ceux qui relient les

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superbes plateaux de la province de Minas aux ports de mer de l'Océan. Ces ports sont tout préparés par la nature dans les provinces de Bahia et d'Espirito-Santo ; les tracés de ces chemins de fer sont parfaitement indiques par les vallées perpendiculaires des fleuves Jequitinhonha, Mucury, Rio-Doce, Rio Benevente etc., etc. Le Parlement vient justement de concéder une garantie d'intérêts au chemin de fer de Benevente à Santa-Luziado-Garangola , dans la province de Minas-Geraes , de 180 kilomètres de longueur. Benevente est un beau port de la province d'Espirito-Santo, étudié par l'amiral Mouchez, et qui peut recevoir des vapeurs de 7m00 de tirant d'eau. La vallée du Benevente possède des terres à cajté aussi fertiles que la célèbre Terra Rôxa de la province de San-Paulo. Ce sont des chemins de fer ainsi étudiés qu'il faut construire pour ouvrir la province de Minas au commerce et à l'immigration.

Exportations. — La liste des produits delà province de Minas est très longue ; nous nous bornerons à citer les suivants : café, qui est exporté par les ports de Rio et de Santos et qui est produit par la zone de la « Matta » ou des bois et forêts; tabac, qui est produit principalement dans les vallées du Sapucahy et du Rio-Verde; cigares et cigarrettes; coton brut et préparé dans ses 20 fabriques; fer forgé dans ses HOfabriqucs ; or et diamants; cristaux de roche, améthistes, topazes, etc., etc. ; bœufs, moutons et chevaux pour la ville; porcs, lard, saindoux, porc-salé, etc. ; cuirs, cornes, os, etc. ; maïs, haricots, riz, farines de manioc, etc. ; caoutchouc de Hancornia (Borracha de mangabeira).

X. — L-a zone centrale. — La province de Goyaz, qui occupe rigoureusement le centre du Brésil, a une surface de 7ï7.:Ul kilomètres carrés. Sa population est de 180 à 200 mille habitants. La province de Matto-Grosso possède l'énorme surface de 1.379.651 kilomètres carrés. Seule la province de l'Amazone, avec ses 1.81)7.020 kilomètres carrés, lui est supérieure. Sa population est à peine de 90 à 100 mille habitants.

La zone centrale, qui se compose des deux provinces de Goyaz et de Matto-Grosso, a donc une surface totale de 2.126.962 kilomètres carrés. C'est vraiment tout un monde offert à l'immigration européenne. Peuplée, comme la France, à raison de 72 habitants par kilomètre carré, la zone centrale aurait une population de

L 53. 141. 264 habitants, c'est-à-dire qu'on pourrait y loger confortablemenl le tiers de l'Europe. Cette immense surface de terre contient Les plus beaux affluents de L'Amazone et de la Plata. Elle possède tous les climats possibles entre 5° et 24° degrés de latitude, el dans des altitudes qui s'élèvent presque à 3.000 mètres dans les montagnes des Pyrénéos, dans la province de Goyaz.

Terre. — L'immense territoire de la province de Goyaz peut être défini en deux mots: il est la double vallée des fleuves Tocantins et Araguaya. C'est une Egypte qui a deux Nils, mais qui n'a pas des déserts de sable, qui est partout fertile, qui a de L'or et des diamants, des cristaux de roche à l'infini, des montagnes et des plateaux superbes de 1.000 à 3.000 mètres d'altitude, couverts de bois et forets peuplés des plus riches arbres du monde.

Quel que soit le pays qu'on mette en comparaison avec le Brésil. — la Chine et l'Inde elle-même, — ils restent plats et secs, stériles et arides, en face du merveilleux continent aux montagnes toujours vertes, de toute forme et de toute grandeur, aux forêts de palmiers, de cèdres, d'araucarias et des plus admirables espèces du règne végétal. Au milieu de l'Araguaya, il y a une île, Ilha de Santa Anna ou Ilha do Bananal (parce qu'on y voit des forêts de Bananiers), qui est comptée au nombre des plus grandes beautés du Brésil central. Nous avons proposé, en 187G, la création de Parcs nationaux dans cette île et dans sa rivale — l'Ile de Guayra — dans le fleuve Paranâ, afin de perpétuer la Flore et la Faune primitives du Sertào du Brésil. Cette idée a été déjà réalisée par les Yankees dans la fameuse vallée de Yellow-Stone et des Geysers américains. Si l'on veut se faire une idée rapide de l'énorme territoire de la province de Matto-Grosso, il faut s'imaginer deux immenses plans inclinés: l'un jetant ses eaux dans les affluents de l'Amazone, l'autre dans la Plata par l'entremise des fleuves Paranâ et Paraguay. Entre les deux plans inclinés il existe un grand plateau qui, par erreur, est figuré comme une chaîne de montagnes dans les vieilles cartes géographiques.

Dans la province de Goyaz on voit des zones de Terra Boxa, formée par la décomposition de diorites et de diabases, où les caféyers sont grands comme des orangers. Dans la province de Matto-Grosso il y a du riz natif; la canne à sucre y arrive à des diamètres impossibles pour les machines à vapeur.

C'est à Matto-Grosso qu'on peut admirer les forêts de bana-

nier brésilien [Bananeira da terra, Bananier du pays), classifié Musa sapientum, sous le genre-type des Musacées. Ces bananiers sonl hauts comme les plus beaux palmiers el rivalisent avec eux en élégance el en majesté. Leurs fruits sont réunis eu ('normes grappes, nommée"? Cachos de banana, d'un mètre de hauteur. Chaque fruit, long de 20 à 30 centimètres, fournit une masse jaune or, riche en sucre et en amidon et très nutritive. On les mange d'une infinité de manières ; on les exporte sèches au soleil, préparés comme les ligues d'Espagne. On comprend bien que dans les deux millions de kilomètres carrés de la Zone centrale — Goyaz, Matto-Grosso — on doit trouver tous les terrains possibles et imaginables, argileux et calcaires, produits par la décomposition de gneiss, de granits, de diorites, de diabases, de serpentines, etc., etc. A Gorumba il existe une exploitation de calcaires très importante, qui exporte la pierre de taille et la chaux p >ur les villes de la Plata, jusqu'à Buenos-Ayres et .Montevideo. Les grottes calcaires à stalactites et stalagmites, les Lapas, comme on dit au centre du Brésil, sont toujours mentionnées parmi les beautés naturelles de Matto-Grosso.

Les argiles plastiques, excellentes pour briques, tuiles et toute espèce de poterie, abondent dans la Zone centrale, comme dans tout le Brésil.

Forêts et gibier. — Notre antipathie pour la chasse ne nous empêchera pas de dire qu'il n'y a pas de forets au monde comparables aux forêts de Goyaz et Matto-Grosso pour la beauté, la richesse et la variété du gibier de toute espèce. Si l'on veut voir des jaguars superbes, aux grands yeux éblouissants et fascinateurs, à la belle peau tigrée, aux tons d'ébène et d'or, il faut aller au Sertâo du Brésil, dans les vallées de l'Araguaya et du Tocantins. Si l'on a la fantaisie de voir des troupeaux de cerfs, élégants, légers et rapides, non pas en parc fermé comme en Europe, mais en champ ouvert et infini, il faut aller aux grands plateaux entre Goyaz et Matto-Grosso.

Des oiseaux du Brésil, des colibris et des papillons, tout le monde connaît la beauté sans pareil. A l'Exposition de Vienne, en 1873, Jes éventails en plumes d'oiseaux des forêts brésiliennes, furent vendus par centaines, et ont eu un succès énorme Mais c'est en foret vierge qu'on doit voir ces oiseaux magnifiques, aux couleurs splendides, grimpés sur les palmiers, sur les cèdres et sur les jequitibâs, mangeant les fruits des myrtacées, vifs el

contents, chantant à l'unisson, formant un orchestre infiniment supérieur auï énormes orchestres des fameux Festivals de Londres et de New-York. Du reste, c'est un l'ail biologique bien avéré : à nue Flore riche correspond Infailliblement une Faune richissime.

Toutes ces fleurs, Ions ces fruits sont nécessairement la nourriture d'une infinité d'insectes, d'abeilles, d'oiseaux et d'animaux de toute espèce.

Tous ces grands fleuves, l'Araguaya surtout, sont peuplés de poissons délicieux; de dourados, de surubys, de lucunarés, de matrinchans, de pirahybas, de pirararas, de mundys, jurupensens, etc., etc. A Matto-Grosso il abonde même une espèce de saumon, nommé pirapitanga et classifîé salmo pirapitanga.

Nous mentionnerons, comme curiosité pour les amateurs de la (liasse, une liane qui fournît de l'eau fraîche et sucrée, nommée Cipé-do-Caçador, liane du chasseur, et classifiée dans le genre Cissus, de la famille des Ampellldées ou Vinifères; et la plante gigantesque, nommée Buxa-do-Cacadoi\ bourre du chasseur, et classifiée Momordica operculuta, dans la famille des cucurbitacées.

Mais, ayant en vue surtout les immigrants, nous devons leur dire que la chasse au Brésil est une espèce de Circé aux séductions très dangereuses. Ainsi on raconte qu'une bande d'immigrants, arrivée à Paranâ, s'est mise à chasser des perdreaux dans les champs de Curitiba, pendant des mois et des mois, sans jamais finir, et qu'il ne fut jamais possible de les établir sur leurs lots de terre. Aussi, pour la chasse et pour le gibier, faut-il répéter aux immigrants le conseil de Dante : Non raggionar di lor, ma guarda e passa.

Or et Diamants. — Le savant Eschwege a écrit dans le Pluto Brasiliensis: « De tout le Brésil, c'est la province de Goyaz une des plus riches en mines d'or. Ses montagnes n'ont pas encore été fouillées ; tout au plus dans certains endroits en a-t-on gratté les surfaces. Le jour où la population sera plus dense et les Brésiliens plus habiles dans l'exploitation régulière des mines, ils en tireront des profits qui aujourd'hui ne seraient possibles qu'au prix d'immenses sacrifices. » Actuellement nos idées sont tout autres. L'or n'a jamais fait le bonheur d'aucun pays. La recherche de l'or et des diamants pousse au jeu et à la débauche, aux luttes armées et aux crimes. L'or a son ananké.

Ce qu'il faut à l'immigrant, c'est la propriété d'un joli lot de terre saine et fertile, bien arrosée d'eau pure et bien boisée ;

c'esl le travail régulierde tous Les jours ; c'est la tranquillité el la paix ; c'est la vente assurée de ses produits agricoles et industriels ; c'esl le confort chez soi; c'est le doux bien-être en famille, entre sa femme et ses enfants.

Aussi passerons-nous sons silence les histoires de ces barbares chercheurs d'or qui ont traversé, comme an horrible cyclone, les provinces de Goyaz et de Matto-Grosso, en remuant le sol et en déplaçant les fleuves ; — de ces Anhangueras, de ces Hommes- Diables, au dire des aborigènes; — de ces Viradores-de-rio, qui enlevaient les grands fleuves de leurs lits pour en extraire l'or et les diamants ; qui, dans quelques jours, amassaient des centaines de kilogrammes d'or, et qui plus tard finissaient tristement dans la misère et le suicide. Du reste, c'étaient des misérables, qui n'ont légué à l'humanité que l'horreur de leur égoïsme atroce, de leur cupidité insatiable, de leurs crimes et de leurs forfaits à tout jamais abominables....

Fer. — Les minerais de fer de Goyaz et de Matto-Grosso sont aussi riches que ceux de Minas-Geraes. Aux temps de l'exploitation de l'or, on travaillait ce fer pour en faire des outils. Tout le travail était fait au charbon de bois. Le charbon d'Angico (Piptadenia sp., Pitkocolobium gummiferum), fameux bois de la richissime famille des Légumineuses, était le préféré. On produisait, à la même époque, des aciers naturels, des aciers de forge, et même des aciers-poules ou aciers à cémentation. L'excellence des minerais et du charbon produisait des armes et des outils d'une force extraordinaire ; encore aujourd'hui on les préfère, dans le centre du Brésil, au Sertdo, à tout ce qu'on reçoit d'Angleterre.

L'immigration européenne fera ressusciter, à Goyaz et à Matto- Grosso, l'industrie du fer, et certes elle y fera de grands progrès sous l'impulsion de la science et de la technologie modernes.

Bois de Construction, de Menuiserie et d'Ébénisterie. — La flore brésilienne a déjà 22.000 espèces classifiées en 1.000 genres et en 155 familles. Nonobstant on peut dire que la flore de la zone centrale est à peine connue. Aucun botaniste n'a jamais pénétré dans les immenses forets arrosées par le Madcira, parle Tapajôs et par le Xingû. Ces 22.000 espèces sont rigoureusement la flore du littoral du Brésil et des rives de ses grands fleuves. Freire Allemâo, le grand botaniste brésilien, l'homme qui a

mieux connu la flore brésileDne, nous disait toujours qu'il était tout honteux de son ignorance quand il se trouvait en face de l'innombrable forêl brésilienne. Charles Darwin, qui, à peine, a pu voir Bahia et Rio-de-Janeiro, a écrit :

« L'île Maurice est en somme un pays fort agréable, mais qui n'a ni les charmes de Tahiti ni la grandeur du Brésil. »

Ces! vraiment le grandiose qui est le trait caractéristique du Brésil en tout et partout. Territoire, fleuves, montagnes, arbres, toul y est énorme, d'une grandeur vraiment écrasante. La dernière phrase de Charles Darwin sur le Brésil est pleine d'amour et de passion :

« Pendant ma dernière promenade, je tâchais de m'enivrer pour ainsi dire de toutes ces beautés; j'essayais de fixer dans mon esprit une impression, qui, je le savais, devait un jour s'effacer. »

George Gardner s'est fait un devoir de prouver que les forêts du Brésil sont infiniment plus parfumées que les fameuses forets de Ce vlan.

Achille Richard appelait le Brésil : LEden du naturaliste. On sait bien que Martius, l'organisateur de la Flora brasiliensis, a recommandé à ses élèves de mettre sur son tombeau des feuilles des palmiers du Brésil qu'il avait tant étudié et tant aimé.

Dans ces 22.000 espèces classifîées prédominent les grandioses légumineuses brésiliennes, où se trouvent le bois-brésil, le palissandre, le vinhatico, le pau-ferro (bois-fer), les Oleos, et dont les troncs ont des diamètres d'un à deux mètres et s'élèvent à 20 et 30 mètres de hauteur.

Après les Légumineuses, les Rubiacées, riches en matières colorantes et en alcaloïdes de toute espèce ; les Myrtacées, élégantes et parfumées, aux troncs d'ivoire, aux feuilles brillantes, aux fruits délicieux ; les Melastomacées, qui couvrent les forêts de Rio de fleurs violet-rouge, grandes comme des papillons ; les Synanihéracées qu'on rencontre partout, mais qui donnent sur la chaîne maritime (Serra-do-Mar) la fameuse Plasia brasiliensis ou Stiflia chrysantha aux belles feuilles vert foncé, avec des grands bouquets de fleurs jaune or. En orchidées on compte déjà le chiffre énorme de 1.600 espèces ; on découvre tous les jours de nouveaux palmiers, ces princes du règne végétal, — Principes vegetabilàun, — comme disait l'immortel Linné.

.Mais ce qui fait le charme des botanistes, ce sont les lianes, les Cipôs, comme on dit au Brésil, qui vont de branche en branche,

d'arbre en arbre, conduites par la navette mystérieuse d'un tisserand divin. Ces lianes sont des bignoniacées, qui portent la croix do Malle à la section transversale de La tige, et se chargent de fleurs jaunes el rouges d'une beauté indescriptible, ou des Sapins, ou des Malpighiacées, ou des Légumineuses, ou des Ampellidacées ou des Gnétacées, etc., etc. Il y a même une aroïdée qui est une liane: le Cipô-Imbé, classifié Pkilodendron-imbê... ou encore un C issus qui fournit de l'eau sucrée à boire aux chasseurs...

A tout moment, le botaniste s'arrête et dit: Impossible ! Une dicotyledonée chargée de fleurs monocotyledonées.... Une fougère arborescente, grande comme un palmier, portant des fleurs dicotyledonées.... Impossible !...

Tous ces miracles sont faits tout simplement par les lianes et par les épiphytes, qui grimpent partout, qui s'introduisent entre Les brandies et entre les feuilles, et qui s'épanouissent en fleurs, ou se chargent de fruits dans l'exubérance d'une flore au-dessus de toute imagination.

Après des années d'étude, on commence à voir clair dans ce cahot ; on prend des jalons pour se guider; on fait connaissance avec certains arbres, qui sont les caractéristiques de la llore brésilienne. D'abord, on se passionne pour les palmiers, et on apprend à les distinguer de leurs rivales, les fougères arborescentes. Il y a une légumineuse — le Bacurubû, classifié Skisolobium excelsum — qui a en mémo temps l'aspect d'un palmier et d'une fougère arborescente, et qui joue de mauvais tours aux botanistes qui débutent dans la forêt brésilienne.

Les cèdres brésiliens, classifîés Cedrela fissilis, Cedrela brasiliensis. Cedrela vellosiana, Cedrela Glasiovii, etc, dans la famille des Méliacées, parcourent tout le Brésil, depuis l'Amazone jusqu'à l'Uruguay.

Ce sont des arbres superbes, en forme d'énormes bouquets, s'ils sont isoles ; hauts, comme des sapins, s'ils vivent en forêt, quand ils sont forcés dans le struggle-for-life à dépasser leurs rivaux pour avoir le grand air et le soleil direct. Les troncs des cèdres vont jusqu'à trois mètres de diamètre et à 30 mètres de hauteur : un seul tronc peut fournir un canot pour 20 personnes, Le bois, parfumé et satiné, est couleur de rose sèche, et sert pour toute sorte de constructions, pour la menuiserie et pour l'ébénisterie.

Le JatobâoYX ieJetahy excède même les limites du Brésil, et se voit jusqu'aux Antilles: il est classifié Hymena-Courbaril ou

Hymena mirabilis, dans la famille des légumineuses. Le Guarabû, connu encore sous les noms d'Amarante, de Rôxinho, est un bois violet -pourpre, d'une résistance et d'une élasticité extraordinaires, employé de préférence pour les trains d'artillerie. Il appartient aux légumineuses brésiliennes à gros troncs ; il est classifîé Peltogyne guarabû, Peltogyne discolor, Peltogyne confertiflora. Les Louros sont des arbres de tout le Brésil. Ils appartiennent à la famille des Borraginacées qui, en Europe, ne possède que des herbes et des végétaux sans tronc. Il y a une grande variété de Louros, classifîés: Cordia excelsa, Cordia o^coca///ie(Louro-branco, Pau branco de Cearâ), Cordia alliadora (Louro-amarello) ; Cordia frondosa (Frei-Jorge) etc., etc.

La belle famille des Lauracées produit l'infinie variété des Canne lias, arbres qu'on rencontre dans toutes les forets du Brésil, depuis la vallée de l'Amazone jusqu'à la vallée de l'Uruguay. Les Ganellas appartiennent presque toujours au genre Nectandra; la plus célèbre est la Canella-prêta [Nectandra amara), qui est employée avec la Peroba dans toute espèce de constructions sur terre et sur mer.

Les forêts de la Zone Centrale touchent aux forets de tout le Brésil depuis l'Amazone jusqu'au Paranâ: aussi ses bois sont-ils les mêmes que ceux que nous avons déjà mentionnés. Mais les bois de la Zone Centrale, les bois du Sertâo, comme on dit au Brésil, se distinguent par leur parfum et par leur résistance vraiment extraordinaires. Il y a même des essences de bois qi^on ne rencontre, dans toute leur beauté, qu'à Goyaz et à Matto-Grosso. Nous devons, pourtant, augmenter la liste des bois, déjà cites, des suivants :

Aroeira do Sertao, Aroeira, Aroeira vermelha (rouge) ; Urandey au Paraguay; arundeûva dans la province de Baliia, classifîée dans la famille des Térébinthacées; schinus terebentifolius, astronium urundeûva, schinus aroeira. C'est un bois d'une force et d'une résistance admirables. Les paysans du Centre du Brésil disent que personne ri a jamais vu un bois iï aroeira pourri.

V Aroeira est vraiment incorruptible. On dirait que la nature l'a i • réosotée par la térébenthine, qui remplit les fibres et les vases de son tissu ligneux. Il faut des haches et des scies du meilleur acier pour débiter P aroeira.

Gonçalo-Alves, classifîé astronium fraxinifolium, astronium gravcolens, dans la même famille des térébinthacées ; bois précieux que nous avons déjà décrit dans la province de Bahia, et qui

286 LE BRÉSIL i.N 1880.

excelle dans Les forêts de Goyaz el de Matto-Grosso par sa liaute taille, par Le beau moiré de son bois et par son extraordinaire résistance :

Balsamo, Oleo-Bn/sam» Olno-vcniicllio (rouge), Cafnrnrn, l>m'i- Santo (Bois-Saint) ; une des superbes Légumineuses brésiliennes, classifiée myrospermum erythroxylum par Freire Allemâo; myroxy* Ion peruiferum (baume du Pérou). C'est vraiment un bois merveilleux. Il distille une résine, la cabuerieica, d'un parfum délicieux. C'est un produit hors ligne à recommander aux parfumeurs, à Piver, à Lubin, à Atkinson, à Rimmel, à Pinaud,etc.,etc.

Uoleo-vermelko esl employé partout; c'est le bois préféré pour turbines et roues hydrauliques. Dans la province de Goyaz ob l'ait d'oleo-vermelho les chars à bœufs, qui traversent tout le Sertâo du Brésil et viennent jusqu'à Rio. .Nous avons essayé le bois d'un de ces chars patriarchaux ; il gardait sa belle couleur rose et son parfun incomparable, bien plus exquis que le cèdre, le sassafras, le sandale et la cannelle.

.Nous nous bornerons à ne citer plus que le piqui, classilié caryocar brasiliense, caryocar butyrosum^ dans la famille des rhizobolacées, dont les fruits se préparent au riz, et forment an des plats favoris du Sertâo du Brésil. Sur la résistance des bois du Brésil, on pourra consulter l'ouvrage d'André llebouças : Guia para os Alumnos de Engenharia cioil — (Guide pour les élèves du Génie civil), — et surtout l'ouvrage de l'ingénieur brésilien Adolpho José Del Yecchio, qui a étudié la résistance de 108 bois brésiliens.

La Société anonyme de Travaux Dyle et Bacalan a demandé des essais de résistance et d'élasticité, qui ont été faits, à la machine Kirkaldy, au banc d'épreuves de l'État, dans l'Arsenal des chemins de fer belges.

Les conclusions de ces essais sont la consécration de la supériorité universelle des bois du Brésil. Le rapport, daté de Louvain le 6 octobre 1882, dit en conclusion :

« Quant aux bois du Brésil, il faut vraiment les mettre hors de pair; les résultats ont été surprenants. Si on a pu comparer le chêne et Le teak à du fer nerveux et à de l'acier dur, on peut assimiler, avec beaucoup de raison, Yoleo au bronze. C'est une observation que nous avons entendu faire, et qui nous a paru juste. Voici un bois qui ne se rompt que sous une charge de 13 kil. 880 grammes par millimètre carré; ses déformations ne sont réellement presque pas apparentes, et vraiment il ne cède

que devant an effort tout à fait supérieur. Seulement il est un peu lourd, et, sous ce rapport, on peut lui préférer le peroba, qui, proportionnellement à son poids, arrive à donner une forte tension moléculaire. »

En effet le Brésil possède des bois-aciers et des bois-bronzes :

Les bois-bronzes, soumis aux grands efforts des machines d'essai à la presse hydraulique, résistent héroïquement, sans se déformer, jusqu'au moment de la rupture.

Les bois-aciers, au contraire, se conduisent comme s'ils étaient faits de lames élastiques ; ils se courbent dès les premiers efforts et suivent toute la progression des forces fléchissantes jusqu'à la rupture.

Si, par exemple, on prend une lame de genipapo (classifié genipa brasiliensis, famille des rubiacées) on en peut réunir les deux bouts et former un cercle, exactement comme on essayait autrefois les épées des aciers célèbres de Damas, de Milan et de Tolède.

Pendant l'Exposition il sera très intéressant de faire voir la résistance admirable des plus fameux bois du Brésil, savoir :

De l'Acapou {andira aubletii, wacapoua americana).

De l'Angico (dicorenya paraensis) ;

Des Jacarandâs ou Pallissandres {dalbergia, machœrium , etc.).

Des Oleos (myrospermum ; myroxylon).

Des Aroeiras (astronium, schinus).

Des Tapinhoans (silvia navalium).

Des Araribâs (controlabium robustum).

Des Araucarias [araucaria b?"asiliensis).

Des Ipès (Tecomas, bignoniacées).

Des Perobas (aspidosperma), etc., etc.

Agriculture. — Comme la Californie, les provinces aurifères de Goyaz et de Matto-Grosso ont un avenir assuré par l'agriculture et par l'industrie. Nulle part, même au Brésil, on ne trouve des terrains plus fertiles pour le caoutchouc, pour le cacao, pour la vanille, pour le café, pour le tabac, pour le sucre et pour tous les produits tropicaux.

La province de Matto-Grosso a des forêts de caoutchouc, de siphonia elastica ou Hevea Guianensis, de Hevea Brasiliensis, de Hevea discolor, etc., aussi belles que celles des provinces de Para et de l'Amazone. La vanille ^de Matto-Grosso produit de belles

gousses «l'un parfum délicieux, chargées de cristaux d'acide benzoïque.

Le cacao, dans les terres chaudes de Goyaz et Matto-Grosso, donne le même rendement qu'à Paré et à Maragnon.

Les caféyers sont grands comme des orangers, et ils trouvent à Goyaz et à Matto-Grosso la fameuse Terra Rôxa, si recherchée par les agriculteurs de la province de San-Paulo.

Le tabac de Goyaz est peut-être le meilleur du Brésil.

La canne à sucre, dans les vallées de Matto-Grosso, arrive à des proportions gigantesques. Si Ton remonte aux plateaux de Goyaz, aux Pyreneos, à la Serra Dourada^ chaîne des montagnes dorées (car leur talc et leur mica brillent au soleil comme de l'or) à la Serra de Santa-Martha, à la Cordilheira Grande, etc., etc., on se trouve à des altitudes de 1.000, 2.000 et presque 3.000 mètres, climats délicieux, où on cultive la vigne, le blé, toutes les céréales et tous les fruits de France et d'Italie.

C'est cette superposition de climats qui fait du Brésil le pays le plus propre pour l'immigration. La nature y a préparé de vrais jardins d'acclimatation pour les races d'Europe. Les immigrants peuvent commencer par les climats de la Méditerranée, et descendre, peu à peu, jusqu'à arriver aux terrains prodigieux, qui rapportent le caoutchouc, le cacao et la vanille.

Viticulture. — La culture de la vigne et la production du vin sont très anciennes dans la province de Goyaz. L'illustre savant Saint-Hilaire a fait dès 1819 l'éloge des vins de Goyaz par leur excellent goût et par leur fin bouquet. On les envoyait en cadeau aux rois de Portugal dans les temps coloniaux. La vigne donne deux récoltes à Goyaz, si elle est taillée après la première récolte, au mois de février. On y distingue le raisin de la saison sèche, mai à octobre (Uoa-da-Sêcca), et le raisin de la saison des pluies, novembre à avril (Uvadas aguas). C'est le premier qui donne les meilleurs vins ; l'autre est réservé pour la préparation du vinaigre. Dans les forêts de Goyaz et de Matto-Grosso on trouve plusieurs espèces de raisins sauvages. Le raisin appartient au genre vitis, de la famille des ampeliidacées ou vinifères ; près de ci> genre se trouve le genre cissus, que nous avons déjà mentionné à propos du cipô-do-caçador ou liane du chasseur. Le cissus discnlnr et le (issus antarcticus, si connus des biologistes par les expériences de CHARLES Darwin sur la sensibilité de leurs vrilles, ne sont que des espèces célèbres de ce y;v\\vc

botanique. Le docteur Sace a porté dos ceps des vignes natives des forêts de .Matto-Grosso pour des essais à Paris; ces vignes sont des vitis ou des cissus suivant les botanistes. Du reste, révolution et le transformisme ont fait justice à ces infinies questions taxonomiques. Il vaut mieux citer encore un Indigo-Liane (Aniltrepadôr)) c'est-à-dire une belle liane qui produit l'indigo, et qui a été classifîée cissus tinctoria.

On voil donc que botanistes et les viticulteurs ont énormément à faire dans les provinces de Goyaz et de Matto-Grosso.

Tabac. — Le tabac a ses crus au Brésil comme le vin en France. Tous les amateurs connaissent les tabacs de Borba, dans la vallée de l'Amazone, qui est encore préparé à la mode des aborigènes; les tabacs de la province de Bahia, de Gachoeira et de San-Félix, en première ligne ; les tabacs de la province de Minas, du Rio-Novo, du Pomba, de Barbacena, du Sapucahy, du Rio- Verde, du Piumhy etc.; mais ils disent qu'aucun tabac au Brésil n'est supérieur au tabac de Goyaz. La culture du tabac est excellente pour les immigrants-propriétaires. La famille de Timmigrant peut fabriquer immédiatement des cigares etdes cigarettes, et en tirer un magnifique revenu. Le tabac, ainsi préparé, obtient des prix si élevés qu'on l'exporte de Goyaz, malgré les distances énormes, jusqu'à Rio-de-Janeiro.

Bétail. — Les prairies et les pâturages de Goyaz et de Matto- Grosso sont parmi les plus beaux et les plus productifs du Brésil. Malgré la distance, une Compagnie anglaise a préféré les pâturages de Matto-Grosso pour y fonder un grand établissement pour la préparation de viandes, de langues salées et fumées, et de l'Extrait dans le genre de Liébig.

La Compagnie américaine The Para Transportation and Trading Company va faire naviguer sur les Tocantins et sur L'Araguaya des bateaux à vapeur, construits exprès pour transporter le bétail sur les marchés de Para et de la province de LAmazone, car la province de Goyaz est pour le Brésil Central ce que le Périgord est pour la France. N'oublions pas qu'à Goyaz on excelle dans le tannage de peaux de bœufs, de jaguars, de cerfs, etc., et que cette industrie est favorisée par l'abondance de matières tannantes, dans les familles des Légumineuses, des Rubiacées, des Apocgnacées, etc., de l'inépuisable flore brésilienne.

Apiculture. — Les forêts de Goyaz, de Matto-Grosso et de toul le Brésil abondent en abeilles de toute '--pèce et d'une grande variété. Les voyageurs aiment surtout la Mandury el la Jatany, dont le miel garde le parfum des fleurs des orang des myrtacées qui leur onl donné pâture.

Les abeilles d'Europe sont acclimatées très facilement et rapportenl extraordinairement. Nous recommandons de tout cœur l'apiculture aux immigrants. Aux Etats-Unis cette industrie se chiffre par des millions. Du reste, on sait bien que Les abeilles fonl augmenter toutes les récoltes, en transportant le pollen de plaide en plaide c'est-à-dire, en faisantla fécondation entrecroiséet comme on dit en biologie.

Voies de communication. — Pour arriver à comprendre L'admirable réseau de voies de communication que la nature a préparé dans la zone centrale du Brésil , il faut prendre la carte de l'Amérique du Sud et étudier attentivement son système hydrographique :

D'abord, il n'y a nulle part, pas même dans l'Amérique du Nord, des Ûeuves comme l'Amazone et le Paranâ-Plata. Le Mississipi-Missouri est très inférieur à l'Amazone; le Saint-Laurent, même avec ses beaux lacs, ne vaut pas la Plata, enrichie par l'Uruguay, parle Paranâ et par le Paraguay. Les grands affluents de l'immense Amazone convergent vers l'île de Marajô, comme les grandes lignes des chemins de fer français vers Paris. Cette merveilleuse orientation hydrographique se répète, sur une échelle réduite, dans la province de Maragnon, ; ses beaux fleuves, navigables à vapeur, convergent vers l'île de Saint-Louis, où se trouve la capitale de la province.

Nulle part au monde on ne peut voir des fleuves qui semblenl avoir été tracés, comme les chemins de fer de France, par un corps de ponts et chaussées, sur un programme de centralisation économique, financière et administrative parfaitement médité.

Dans le bassin de l'Amazone on parcourt :

Kilomètres

i" De Belem à Manâos 1.720

2° De Manâos à Iquitos (Fleuve Solimôcs) 2.260

3° De Manâos à Santa Isabel (Rio-Negro, Rivière Noire) 780

i° De Manâos à Hyutanahan (Rivière Purûs) 1 .800

.1 reporter 6.560

Report 6. 560

5° De Manâos a Sainto Antonio ^Kio Madeira) 780

6° D«> Belôm à Bayâo (Rio Tocantins) •- 260

T'1 De Leopoldina à Santa-Maria (Tocantins-Àraguaya) 950

Somme 8.550

L'énorme chiffre de 8.550 kilomètres !!. .

11 faut bien remarquer que, dans ce résumé, on ne compte pas la na\ igation :

1° Du Guaporé, affluent du Madeira, qui pénètre jusqu'au cœur de Matto-Grosso, navigables tous deux sur 4.334 kilomè-

2° Du Tapajôs et de ses affluents ;

3e Du Xingù, dont les sources se trouvent tout près de Cuyabâ, capitale de Matto-Grosso ;

4° Des affluents de FAraguaya, comme le Rio das Mortes, qui débouche en face de l'île du Bananal, et qui peut être navigué par des bateaux à vapeur d'un mètre de tirant d'eau.

Il faut encore prendre note que les fleuves du Brésil ont des s doubles et triples de navigation à cause de la quantité énorme d'iles, de furos (canaux entre les îles), d'igarapés (culs-de-sac) qui en font un vrai canevas hydrographique. Ainsi, dans la vallée de l'Amazone, avec un Stem Wheel Steamer, un bateau à vapeur d'une seule roue à l'arrière, on peut aller partout, on peut faire des visites, comme avec un cab à Londres ou un coupé à Paris.

On vient d'organiser, à New-York, une Compagnie, The Para Transportation and Trading Company, au capital de dix millions de dollars pour naviguer le système fluvial Tocantins-Araguaya- Vermelho jusqu'à la capitale de la province de Goyaz.

Cette Compagnie est en connexion avec la The Goyaz Mining Company, qui a acheté les fameuses mines d'or des fleuves Maranhâo et Cayapô en amont de la ville de Goyaz. Ces deux Compagnies se sont chargées aussi de l'immigration sur les rives admirablement fertiles du Tocantins et de l'Araguaya.

Vm singularité du système hydrographique brésilien, qu'on doit bien étudier, c'est que tous les affluents de ses grands fleuves s'entrecroisent, de manière qu'il sera facile dépasser d'un bassin à l'autre par des plans inclinés à l'américaine, par des canaux à point de partage, et même, quelquefois, par des canaux sans écluses dans les grandes vallées.

Nous-même, nous avons étudié, de 1883 à 1884, une de ces extraordinaires Lignes de faîte, qui se trouve tout près de la ville de Oliveira, entre les eaux des derniers affluents des grands fleuves Parané et San-Franciseo.

Au centre du Brésil, au Seftâo, on appelle ces lignes de faîte : Varadouros, parce que on peut passer un canot d'un fleuve à l'autre sans rompre le chargement.

A Mat to-Grosso, le plus célèbre des Vm-adouros est celui du Alegre, découvert en 1733, long de H à 12 kilomètres, par l'entremise duquel on projeté, depuis le ministère du Marquis DE Pombal, de relier les eaux, de la Plata aux eaux de l'Amazone.

En exécutant ce projet on fera du Brésil une immense île, et un bateau à vapeur pourra aller de Para à Buenos-Ayres, en naviguant toujours sur des fleuves, des rivières et des canaux.

Le Varadouro de Camapuan, entre les provinces de Goyaz et de Matto-Grosso, a une étendue de 18 à 20 kilomètres. Il va du Sangpesuga, affluent du Rio-Pardo et du Paranâ, au rio Camapuan, affluent du Coxim et du Paraguay.

La ligne de la Plata à Cuyabâ se divise en deux sections :

1° Montevideo à Corumbâ. . 3.100 kilomètres. 2° Corumbâ à Cuyabâ. ... 800 —

Somme 3.900 kilomètres.

Extraordinaire ligne de navigation de 3.900 kilomètres de longueur, sans compter la ligne du Paranâ, depuis le confluent du Paraguay jusqu'à la cataracte du Guayra ou des Sete-Quédas!... Le système hydrographique du Haut-Paranâ est une des merveilles du Brésil central.

On a déjà étudié les lignes suivantes :

1° Paranapanema à Juru-mirim. .

2° Paranapanema à Salto-Grandc .

3° Paranapanema au Tibagv- • • 4° Paranapanema au Paranâ.

5° Paranâ, Ivinheima et Brilhante.

6° Mogy-Guassû (Porto-Ferreira Pontal)

Somme. . . .

200 kilomètres.

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