kilomètres
Il faut encore additionner la navigation du Tiéte, du Tibagy, du Piracicaba, du lvahy,du Piquiry, du Iguassû, et d'une infinité d'affluents des deux rives de l'immense Paranâ, qui, sous le nom de Rio-Grande, pénètre jusqu'au cœur de la province de Minas, et entrecroise ses affluents avec le San-Francisco, la Méditerranée Brésilienne, qui, lui-même, rivalise en affluents navigables à vapeur, avec les plus beaux fleuves du Brésil.
Nouveaux ports de commerce. — La côte maritime du Brésil a 7.920 kilomètres d'extension. Aucun pays ne possède une aussi Longue et une aussi belle façade sur l'Océan Atlantique.
L'Océan brésilien est le vrai Océan Pacifique et Tranquille. Les tempêtes et les naufrages y sont très rares. Ni fogs, ni brumes, ni icebergs, ni glaciers flottants. Les ports du Brésil sont ouverts et francs pendant toute l'année ; la plupart, à toute marée, à toute heure du jour et de nuit.
Tout le monde sait que le port de Rio est le chef-d'œuvre de la nature en fait de ports de mer. Décrire la baie de Rio, c'est faire un cours complet de ports de mer. Rade foraine, rade interne, avant-port, arrière-port, tout, absolument tout, y a été fait par la nature avec une majesté, une grandeur et une beauté sans pareilles.
Les ports de Bahia, de Santos, de Paranaguâ et de Antonina, de San-Francisco, sont à peine inférieurs au merveilleux port de Rio.
Depuis Cabo-Frio jusqu'à Santa-Catharina il y a une infinité de rades, de baies, de canaux maritimes abrités, qui sont aussi admirables par leur pittoresque et par leur beauté que par leurs avantages économiques et techniques.
Actuellement on compte 42 ports de mer sur la côte du Brésil.
Mais nous travaillons pour doubler et pour décupler même ce chiffre.
Les ports du Brésil sont vraiment les ports de toute l'Amérique du Sud, depuis les Andes jusqu'à l'Océan. La plupart des territoires des Républiques de Venezuela, de Colombie, de l'Equateur, du Pérou et de Bolivie exporteront et importeront les produits d'Europe et des Etats-Unis par les ports de l'Amazone, qui est vraiment une prolongation de l'Atlantique.
Nous aurons des chemins de fer interocéaniques, allant de l'Atlantique au Pacifique. Le beau port de Bahia sera relié à
Cailâo, le premier porl du Pérou; le superbe port de Rio Bera relié à Cobija, le seul port de Bolivie, et aux ports du oord du Chili. Il faut marcher directement de Test à l'ouest, des ports de Bahia vers le Sàn-Francisco ; des ports de San-Paulo vers le Paranâ : des poils de Santa-Catharina et du Rio-Grande vers l'Uruguay.
Quand la locomotive sera arrivée à ces grands fleuves, le problème des communications de la zone centrale du Brésil sera complètement résolu. Alors il faudra marcher vers les Andes, pour se mettre en communication avec les voies ferrées, qui seront déjà sur les hauts plateaux du Pérou, de la Bolivie et du Chili.
Dans ce bel avenir, on aura perdu même la mémoire du barbare esclavagisme. On fera le commerce avec l'Afrique, qui nous peste en face ; nos arrière- neveux iront au continent de l'or, Ses diamants et de l'ivoire payer La dette de gratitude du Brésil à la race qui a travaille, pendant trois siècles, pour la richesse et la prospérité de leurs ancêtres. Pour accélérer ce glorieux avenir nous demandions, dès 1804, la création de nouveaux ports de commerce sur la cote du Brésil, et des ports francs sur les affluents de PAmazone et sur les rives brésiliennes de l'Uruguay et du Paraguay. On sait bien que tous les grands ports de commerce d'Europe ont été des ports francs : Liverpool, Hambourg, Marseille, Livourne, Trieste, etc., etc., et que Michel Chevalier conseillait incessamment des ports francs pour civiliser et enrichir l'Algérie.
Immigration. — L'immense zone centrale du Brésil sera peuplée : directement par les affluents de l'Amazone et par les affluents du Paranâ et du Paraguay brésilien ; indirectement par le surplus de l'immigration des provinces de Minas, de San-Paulo et de Paranâ. Il y a souvent parmi les immigrants des gens qui ont la passion du Far-West, qui veulent toujours marcher vers l'occident, qui sont avides de voir les fameuses forets et les belles prairies du Sertâo du Brésil. Même à présent, on rencontre des Allemands, des Italiens, des Français, des Belges, voire même des Danois et des Suédois, dans les derniers villages et sur les routes de Goyaz et de Mal to-Grosso. L'immigration commencera, à Matto-Grosso, par les beaux plateaux de Maracajû et par la vallée de TAquidauana, si poétiquement décrits par Tauxay ; à Goyaz, par les plateaux des Pyreneos, des montagnes de Santa- Martha, du Estrondo, de Tabatinga, etc., etc., et par les belles
collines, qui bordenl V iraguayaetle Tocantins. Il faudra toujours utiliser los Qeuves el l<is rivières navigables, les routes qui
marchent, selon le mol de Pascal; il faudra construire des plank-roads et des tramways, en attendant les chemins de fer et 1rs locomotives.
C'est à Goyaz, c'est à .Matto-Grosso, qu'on devra incessamment réaliser les nouveaux principes de Centralisation agricole et dte Centralisation industrielle. Le café, le tabac, le cacao, le sucre, etc., etc., devront être toujours exportés tout préparés pour la vente en détail et pour la consommation immédiate. Ainsi les immigrants de Goyaz et de Matto-Grosso obtiendront des revenus aussi forts que s'ils étaient établis dans les provinces maritimes du Brésil. Les fabriques de fer, de coton, de cuirs, etc., jouiront des meilleures conditions pour la production et pour la consommation.
A présent, nos chemins de fer marchent bravement vers le Far-West du Brésil. Nous ferons grandement et rapidement comme aux Etats-Unis. Rien n'est impossible à un pays qui reçoit une armée de 150.000 immigrants tous les ans. Le capital suit l'homme et l'homme suit le capital. Hommes et capitaux chercheront à l'envi le pays fertile et tranquille, le pays préparé pour tous les progrès. On demande souvent à ceux qui font la propagande en faveur de l'immigration :
— Est-ce que vous ne craignez pas que votre pays devienne allemand ou italien? — Pas du tout... Pas le moins du monde... Il faut méconnaître la force d'assimilation que possède le Brésil, pour avoir des craintes aussi puériles... Nos colons allemands en 1866, au temps de la guerre du Paraguay, se sont empressés d'envoyer une batterie d'artillerie à l'armée brésilienne. L'autre jour, un Allemand, revenu de Berlin, nous disait : — « Je vous avoue que j'ai trouvé mes anciens compatriotes bigrement (sic) barbares... »
L'expérience a été faite aux États-Unis. Les Allemands. les Irlandais, les Anglais s'y trouvent partout, jusqu'au ministère. Nonobstant, qui oserait dire que les États-Unis sont allemands, sont irlandais ou sont anglais?... La vérité est qu'ils sont américains. Ils ont été européens ; aujourd'hui ils ne sont que Yankees.
Il en sera de même au Brésil. Quelques jours après son arrivée, l'immigrant sera déjà Brésilien....
Mais, vraiment, quel est l'immigrant qui, ayant joui de nos institutions et de nos habitudes si bonnes, si simples, si tran-
quilles, voudra se rejeter dans l'affreux tourbillon européen de baïonnettes, de canons, de cuirassés, de mélinites et de roburites?!!...
Qui donc, après avoir traité avec notre empereur et avec nos princes, si obligeants et si aimables, voudra retourner en Europe pour subir la morgue humiliante des rois et des aristocrates, et voir dil près les horripilants contrastes de la misère et de l'opulence ?
Il faut dire et redire des histoires d'immigrants pour qu'on puisse en Europe comprendre l'Amérique.
J'étais, le 5 juin 1873, sur VOeeanic, un superbe bateau à vapeur de la White Star Line, et j'arrivais à New-York. Sur le pont du paquebot, je regardais La foule immense des immigrants irlandais qui se pressaient à l'avant. Un vieux monsieur était tout près de moi, en proie à une commotion profonde. Je le regarde, toul donné lime dit d'une voix encore coupée par l'émotion :
— 11 y a vingt ans, j'arrivais ici... non en paquebot à vapeur et en première classe, comme aujourd'hui... Mais là-bas... comme ces pauvres Irlandais... en navire à voile... entassé sur le pont avec les autres... A présent... Dieu bénisse les États-Unis!... Et il fondit en larmes...
Voyez-vous!... C'est ce sentiment sublime de gratitude, qui fait V américanisation de l'immigrant, bien mieux encore que toutes nos lois de grande naturalisation et dénationalisation...
Oh ! Bien sûr ! Nous n'avons pas la moindre crainte des immigrants. Nous sommes sûrs qu'ils seront des Brésiliens aussi dévoués que nous-mêmes. Et nous sommes encore plus sûrs que le Brésil n'aura pas son pareil sur la terre quand il sera arrivé à s'assimiler les meilleurs éléments ethniques de l'Europe, épurés dans le Struggle for life pendant des siècles, et passés par le grand creuset de l'émigration au-delà de l'Océan.
Oh ! Il n'y a pas à en douter. Le monde ira infiniment mieux quand L'Europe comprendra l'Amérique. Si, devançant les siècles, l'Europe consentait à envoyer en Amérique ses six millions de soldats, transformés en immigrants ; si des navires cuirassés on faisait des paquebots transatlantiques, l'humanité serait bien vite transformée. Malheureusement l'humanité n'a pas encore évolué assez pour éliminer les individus qui ont les instincts barbares de la guerre et du sang, de la violence et de la mort... Que ceux-là n'émigrenl pas au Brésil...
Nous avons été élevés, pendant quarante-huit ans, par un
empereur savant et bon, qui a aboli la peine de mort, la torture, tes peines barbares et l'esclavage... Victor Hugo Ta comparé à Rfarc-Àurèle... C'est Numa Pompilius qu'il devait dire... Il a fondé au Brésil le culte de la science et des arts, le culte du beau en tout et partout... Il n'est satisfait et content que dans les écoles au milieu des enfants; dans les académies au milieu des hommes îence ; dans les salons au milieu des artistes ; dans les fabriques au milieu des industriels; dans les chantiers et dans les ateliers au milieu des ouvriers... Il aie mépris du luxe et de l'ostentation... Il aime la simplicité et la modestie... Il a compassion de la vanité des aristocrates...
L'orientation humanitaire et altruiste de la nation brésilienne lui a été donnée par lui et par sa fille, à jamais célèbre par son courage, par son héroïsme et par son dévouement.