‹ Le Brésil en 1889Chapitre 8 sur 147 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

est venu à Paris, non pas pour rechercher la vaine satisfaction de récompenses honorifiques, mais pour nouer plus solidement les liens qui rattachent à l'Europe, pour ouvrir de nouveaux débouchés à ses matières premières, et surtout pour donner confiance à tous ceux qui seraient prêts à le choisir pour leur nouvelle patrie, à y porter leur travail ou à y faire fructifier leurs capitaux.

Pour être Américains du Sud, nous n'en sommes pas moins Américains, c'est-à-dire pratiques.

Mais par une coquetterie de nation libérale et latine le Brésil n'a pas voulu se présenter à Paris, au moment du centenaire delà Révolution française, sans lui apporter une preuve évidente de son respect véritable pour les Droits de l'Homme et de ses progrès dans la liberté, comme il l'avait déjà fait en 1867.

En effet, en 1867, le Brésil entrait à Paris en annonçant qu'il ouvrait le grand fleuve de l'Amazone aux pavillons de toutes les nations amies. En 1889, il y vient en montrant son drapeau vert et or d'où a disparu la tache noire de l'esclavage. Il y apporte une Bastille détruite, et l'affranchissement de plus d'un million d'hommes. Il y apporte une Révolution faite d'hier, et qui, elle, n'a fait verser que des larmes de reconnaissance.

En 1867, le Brésil, jeune encore, n'ayant pas même un demi-siècle de vie autonome, ne donnait que des espérances : il se présentait comme un État qui compte sur l'avenir pour réaliser les longs espoirs et les vastes pensées. Ces espérances, les réaliserait-il jamais? Ces promesses, les tiendrait-il un jour ? Son avenir, de quoi serait-il fait? — Il vient aujourd'hui apporter sa réponse.

En effet, depuis cette époque, si rapprochée de nous, cependant, il a conquis sa virilité; il a accompli tout ce qu'on attendait de lui : et ce n'est pas sans une certaine fierté qu'il peut exposer le fruit de ses efforts.

Le gros public ignorait alors presque entièrement le Brésil, ou, du moins, il considérait comme une quantité des plus

négligeables cet empire presque aussi vaste à lui seul que l'Europe Continentale. 11 circulait môme encore à notre endroit de vieilles histoires qui nous reléguaient au rang de certains insulaires fort peu avancés en civilisation. Malgré de savants travaux publiés sur quelques-unes de nos régions et sur différentes productions de nos contrées, nous demeurions aussi inconnus que méconnus. Les livres des voyageurs, qui nous avaient visités, restaient enfouis dans les bibliothèques, ou n'étaient consultés que par un petit nombre de curieux. On faisait un succès à certain pamphlétaire qui avait saisi et exhibé nos ridicules avec autant d'ingratitude que d'esprit. On nous confondait dédaigneusement avec les colonies. On ne connaissait guère du Brésil que le Brésilien d'opérette, la fièvre jaune et les serpents à sonnettes. Quant à son histoire, quant aux merveilleuses ressources qu'il renferme, on s'en préoccupait assez peu. L'Amérique du Nord était tout et se recommandait à tous les esprits. Quiconque aurait parlé d'émigrer au Brésil, eût été pris pour un original ou pour un chimérique découvreur de nouveaux mondes.

Les choses ont bien changé depuis. Nous avons été vulgarisés. On s'est occupé de nous. Le Brésil a conquis l'attention. Il a beaucoup fait parler de lui dans les journaux, dans les ouvrages de toute sorte. Il a môme créé des sociétés d'études. Grâce à toute cette publicité, grâce aussi aux Brésiliens qui traversent la mer tous les ans pour venir en Europe, on sait qui nous sommes, ce que nous valons et ce que nous voulons. On sait que nous n'habitons pas aux antipodes, mais à quelques jours de l'Europe, et qu'on peut nous venir voir sans qu'il en coûte beaucoup et de la manière la plus confortable du monde. Nous commençons, enfin, à être un peu plus connus que tel petit pays des Balkans dont la presse européenne décrit avec complaisance les révolutions tapageuses.

Ce progrès nous honore, car il est en grande partie notre œuvre. C'est le Brésil qui a révélé le Brésil au monde. C'est

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