CHAPITRE PUEMlEIl
lîOnONS HISTORIQUES ET GJÈOGBAPHIQUES.
Le Brésil seule monarchie an milieu des rjpsliliqaet faispano^américaînes.
— Expérience des deux formes. — Où est le progrés , où est la décadence?
— Débuu difSciles du nouvel Empire. — Départ du roi Jean VI pour le Portugal. — lt»arrccii«agé»érak.<~ProclMiMitMa de riodépeadMce.— Don Pedro I" empereur. — Les frères Andrada. — Leor nip«are une l'Empereur. — Leur oppoailioa daot l'Assemblée. — L AiMtnblée est dia* •oate. — Don Pedre&ii lui-même la Cooititntion , agréée par le peuple et jurée le 25 mars 1824. — Paix avec le Portngil par rinterniédiaire de l'AD^Ieierre. — RecoDnaiuanoe du Brésil comme empire indépendant. — Coeoment l'Angleterre te fiuit payer ses bous offices. «7- Guerre avec Buenos-Ayrea et Montevideo. — Convention prélionnaire de paix du -7 aoi'it 18-28. — Les Brésiliens aliandnnncnl Monie^vidco. — Fâcheux effet de cette guerre. — Désordre dans les finances. — Désordre dans les idées. — Cooire-révolntioneianarebie. — Agitation parlementaire. — Majoritr liostile à PEmpereuT. — Événement du 7 avril 1831. — Abdication de don Pedro I** en laveur de ton fils. — Omnipotence da Parlement.
— Ses tendances ultra-libérales. — Ses goûts d'économie. — Suppression de la régence à trois, du Conseil d'ÉtaU — ÉaUUCilMItion des priiviuees.
— Le piéirc Fiïjo rt'rjeiu unique. — Son caractère. — Son administration. — Sa lutte parlementaire. — Sa démission. — Régence provisoire ^ pois ddfidiive de Pedro d'Araujo-Iiina.-~GowreiiieaieM r^ulîer. DdchratioD do majorité de l'Empereur. — Troubles et rébellions pendant les
régenees. — Provinces de Para , des Alagoat , de Rio Grande do Sul.
Troubles après les régences. — Sâo-Paulo. — Minas Geraés. — Les Stmta Luttas et let Sâ^manmos. — Derniers ddsonhws àtenmwhneo. —
Paix {;éncrale intérieure. — Calme des partis.
L«» provinces de l'Empire. — Maritimes. — Centrales. — Leurs climats.
— leun pradniis. — Diamauts.— Mines d'or, de fer, de charbau. Café, sucre, coton, cacno , < :iouic Iionc , hois iK- irinture et d'ébéuîslerie.
Fo|Milation. — Situation admirable de l'Empire sur toutes les routes menti mes du eommerce enn^péen.
De tous les États iodépendants qui couvrent le vasie continent de TÂmérique centrale et méridlo-
iiale, un seul, le Brésil, est ré(|i par la forme moiiarcliiquc. Pour l'Europe, où les révolutions out soulevé tant (Kidées pleines de périls, rexpérience qui se fait de Tautre côté de FAdantique est donc féconde en enseignements. Dans des conditions à peu près pareilles, sur le même théâtre , et presque à la méuie date, deux populations qui s aiment dautant moins qu elles ont plus dafânités de mœurs et de race , ont essayé deux formes de gouvernement contraires. Le Pérou, le Chili, la Bolivie, le Paraguay, les Provinces Argentines, l'Uruguay, rÉquateur, Venezuela, Guatemala, la Nouvelle- Grenade 9 ont adopté le régime républicain • en se séparant de la métropole. Le Brésil , tout en rompant avec le Portugal, sa mère patrie, a cru plus sage de garder la monarchie , et un rameau de la maison de Bragance a été retenu et greffé sur le sol américain.
Aujourd'hui, après plus d*uh tiers de siècle d'expérience, qu'est-il arrivé de cette double épreuve? Où est le progrès, où est la décadence? où est l'ordre, où est Tanarchie? où est la sécurité , où est l'inquiétude incessante de l'avenir?
8i peu renseignée qu'elle soit des choses de 1 autre hémisphère, l'Europe sait à quoi s'en tenir sur les résultats atteints, et ce n'est ni mon désir ni mon but de rechercher pourquoi et comment la république a si mal réussi jusqu'à ce jour parmi les anciennes
CHÂPITRB PREMIER. 2f
colonies cspa(;iioles. Je puis .nffiriiier cependant, et nui ne me contredira, qu'à J'exception peut-être d*iiii seul État * , mieux prédisposé apparemment aux pratiques anglo-saxomies , et on les bouleversements ont été rares, partout Tépreuve de ces trente dernières années semble démontrer combien la rè(jie i*épublicaine se faisait difficilement agréer par les populations de race latine, que le catholicisme a &çonnées au principe d'autorité. Je pourrais aller plus loin et affirmer qu'avec de tels éléments la république est impossible, et le passé me donnerait raison. Mais Ja Providence a ses desseins secrets sur les peuples, et si elle permet qu* ib se fourvoient, ce n est pas pour les faire éternellement s'agiter dans une voie sans issue. Par des moyens qui échappent aux calculs de l'homme et que Dieu seul connaît » L'Amérique espagnole arrivera, c*estjna ferme espérance^ k accomplir sa destinée et à développer sa richesse dans le travail et dans la paix. Si pénible qu'ait elé et que soit encore le sillon , il donnera un jour sii moisson , d'autant plus riche et. mieux venue qu'elle aura été plus longtemps et plus ardemment désirée.
Mais le Brésil n*a pas eu h chercher sa voie , et depuis la proclaujation de son indépendance, il a
* Le Chili, (jni n'a que paftsafjùrement souFFert de ces liiKcs de ])cr.^onries si f"u;il< s aux républiques hispano-amcriraines, et qui, anjonrcrhui suilout , soiKs rimpiilsion (rnii président paJnote et éclairé, est en pleine voie de progrèî^.
tt LB BRÉSIL.
marcbë d'un pas ferme vers un avenir de jour en jour mieux dessiné de pro^rité et de ^[randeur. Et cependant cpie d'dbelBcles et de périlleux défilés à traverser! Tout d'abord, c'était la guerre avec l'ancienne méuropole, la guerre forcée; car le Portugal ne pouvait renoncer Folonlaimnent à un joyau, parai, et les profits qu'il retirait de m puîssaMe colonie iFaknent Hen Fefifbrt d'une lutte désespérée. Puis vint la guerre étrangère, la guerre avec la Confédération Argentine pour la possession de Montevideo. Puis, enfin, Tagitation intérieurey la guerre des partis, Falklication du prince énergique cpii avait proclamé 1 Indépendance et doté le Brésil d'une Constitution admirable , l'abdication de don Pedro 1% qui, sùr de lavenir pour son jeune fib, tant il comptait, malgré des orages passagers, siv le bon sens et la loyauté de ses fidèles Brésiliens, méditait, dans ses rêves chevaleresques, d'aller rendre un trône à sa fille bien-aimée, Dona Maria da Gloria i C'était poiu'lant chose grave que de laisser un enfant de cinq ans sur un trône fondé depuis neuf années, dans un empire encore tout frémissant de l'effort violent par lequel il avait conquis son indépen- * dance, qui venait de mal conduire et de mal finir une guerre avec ses voisins, et qui, en ce moment même , était livré tout entier aux luttes acbamées des partis. Que de rivalités, ([iit; d ambitions contraires devaient éclater autour de ce pouvoir dont
CHAPITBB PRBMIBR. »
l'exercice devait appartenir aux plus entreprenants et aux plus habiles! La Couttitutioaavait réf^ le modk de régeoce, attribaée à tmm pwon inyM clus pur r^Meniblée {générale ; mais on avait tonte nmon de craindre que trois régents exerçant collectivement lautorité impériale ne parvinssent pas à s enteadre «t n'enlevassent an pouvoir suprême toute m force etsooprestidfe.
Ce n est pas tout : le Brésil est un empire immense, qui se compose de vingt provinces \ trèsinégalement peuplées, mais dont ^pialques-unes aurpaocnt en, ëtadue temtoriale plusiean 4e noo grandes moBareUes d*Europe. Cet empire est baigné par l'océan Atlantique sur un développement d'environ onze cents lieues de côtes, et sur quelques points il pénètre dans les terres jasi|n*à Gini| oenlf lieues de profondeur. Ses provinces ont ém produits et des besoins divers, par conséquent des intérêts peu honio[{ènes : la population même est uu mélange, à doses diverses, des races blanche, noire et rouge. Tontes ces causes, sommairement indi-
* A l'époque (le l'Indcpendance, le Brésil comptait seulement dix-huit provinces. Dans ces dernières années , dcnx nouvelles provinces ont été créées ; celle des Amazones, démembrée de la province du Para , et celle du Parana, dont le territoire a été formé de districts détachés des provinces de Sào-Paulo, de Sainte-Catherine et de Rio Grande do Sul. Voir à lajindu chapitre la nomenclature des provinces.
quées, politiques, gëo[;raphiques ou sociales, rendaient donc, même en temps ordinaire et aux mains vigoureiues d'un homme &it , extrêmement difficile l'exerdce du pouvoir impérial. A combien plus forte raison le trône d*un enfant devait-il être exposé aux plus dangereuses secousses !
En e£tét , les dix années de régence que le Brésil a traversées ont été laborieuses et pleines d orages. Les partis politiques se sont disputé le pouvoir avec acharnement; des rébellions locales ont éclaté; il y a eu des luttes ardentes , des menaces de séparation; mais» en définitive, non-seulement le principe monarchique a prévalu (il n avait jamais été sérieusement attaqué), mais, à travers ces difficultés inouïes, qu aucun autre Etat peut-être n'aurait aussi victorieusement surmontées le Brésil a marché constamment dans la voie du progrès, et il s est
* Le rapproclieuKînt u'csl pas de moi, il a été fait jiar un personnafje fjui < ouiKiissail inerveillcust^meiit bien l'Mun>[)e, l'espi il If plus caliiic et le plus réllérlii cpii ait existé, et dont le nom est une autorité en fait d*; liou sens; je veux parler du duc de Wellington. Le niinisire du Hrésil à Londres parlait devant le vieux duc de la situation de TEmpirc et de la vitalité de ses institutions qui lui avait permis de traverser « SUIS lKMil«verseoient la période si orageuse d'une régooce de dix années. Le .duc médita quelques instanttt, puis, d*nne vois lente et grave et comme pesant ses j)aroles, il répondit : « Onî , TOUS avez mison , ^ous pouvee être 6er de votre-Gon- « stitotion et de votre pays : je ne cannai» pas en Europe un *« État qui aurait résiné à une pareille, épreuve. »