CHAPITRE PRBlIIER. 3S
très le regret sans fin des situations perdues, qui toucbc <le bien près à la pensée d'une revanche à prendre.
mandat que kd imposaient les cir co psta pces, don Pedro Tartnl complètement rempli? Je crois que non. Ce prince aux instincts généreux, merveilleusement doué pour les choses grandes et hardies, n'avait pas, ce me semble, cette raison calme et froide, qui calcule les détails, qui compte avec les obstacles, et qui par la sagesse et la mesure de ses actes, arrive à la longue à réfréner les passions mauvaises et à ouvrir un Ut régulier aux passions légitimes.
Les révolutions les plus nationales, les plus nécessaires, les plus fécondes pour l'avenir, font toujours payer cher leur venue, Si le progrès est la loi ^ de rhomme, nul progrès considérable ne saurait s'accomplir sans perturbation et sans déchirements, comme pour témoigner de l'infirmité humaine. En rompant ses liens avec la métropole, que trois siècles de servage colonial avaient rivés, le Brésil ne pouvait échapper à la règle commune, et un esprit plus attentif et moînsimpétuenx que oelni dedon Pedro • n*eiit pas préservé les débuts de l'Empire de toute faute et de tout mécompte. Il y avait un trouble iuumiMsr, non -seulement dans les situations personnettes, mais dans les âmes, et la menace venait moins peut-être des intépèis surexcités que des idées. Qu'on se reporte eu effet à cette époque de 1820 à
as LE BRÉSIL.
où tout le midi de l'Europe, l'EspafTne , le Portu- Qàl, ritalie, bàlûsaient, à laide de théories, des Constitutions en Tairqui devaient vivre ce que vivent le» édifices sans base, et qui furent renversées, près* que sans coup férir , par la raison humaine représeutée. proh pu Jor ! par les baïonnetttN de la Sainte- Alliance. Depuis la Révolution française, qui avait vulgarisé ces théories et fourni le fonds commun des idées sur lequel brodaient toutes les Cortès et Constituantes du monde, l'éducation politique n'avait pas lait un pas, et le sublime de l'art était de sacrifier la société à l'individu, sans profit, hélas ! même pour riudividu, car la royauté découronnée et conspuée était impuissante à donner à la nation Tordre et la sécurité sans lesquels ni l'État ni les particuliers ne prospèrent.
C'est le lait de ces théories quavaient sucé, à Técole des Cortès d*Espa(}ne et de Portu^^^al , les plus notables entre les Brésiliens, ceux qui étaient natul'eliement appelés à prendre une part influente au gouvernement de leur pays. D'un autre côté, le Portugal avait légué à sa colonie émancipée toute une caste de fonctionnaires, entre autres tout un pei*80nni'l de magistrats , qui , soit par leurs talents, soit par la notoriété que donne la longue possession des emplois publics, devaient, plus que d'autres, attirer l'attention du peuple, sous un ré{i[ime où Télectiou populaire avait la plus large place. Ceux-là , do-
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minés par leurs habiludes , élaieiit génémlement mal
disposés à réfjard des nouveautés qui prenaient pied au Brésil, et il leur coûtait beaucoup de renoncer à UD état de choses dont ils avaient la pratique consommée.
De là, pour le nouvel empire, deux menaces et deux périls , la contre-révolution et l'anarcliie.
Don Pe(lro 1" avait très-habilement manœuvré entre les deux écueils, quand, par un coup de tète hardi , il avait donné lui-même une Constitution au Brésil. Mais cette Constitution, très-libérale et trèsdémocratique, comme on le verra tout à Theure, exi(]^eait la réunion annuelle d'une assemblée générale formée de deux chambres. L*Ëmpereur, qui sentait instinctivement qu*il allait se créer des difficultés insurmontables, recula tant qu'il put cette ton vocation; mais un moment arriva où tout ajournement devint impossible, et dans Tannée 1827, la première Assemblée législative du Brésil fut solennellement réunie.
Dès lors commença une lutte qui ne devait Hnir qu*avec le règne de don Pedro. Tous les éléments discordants qui agitaient TEmpire avaient leur représentation dans TAssemblée, et les influences contre lesquelles le prince avait si vi{(oureuscmcnt lutté pendant la durée de la Constituante n'étaient ni moins prépondérantes ni moins hostiles. Avec sa nature bouillante et hasardeuse, rEîmpereur n était pas
Si LS BRÉSIL.
homme à nenler, et mtlbeiireiMemeiit le« eonseil-
lers dont il s'était alors entouré, aussi mal façonnés que lui aux exigences parlementaires , n'avaient m rbabilelé mk 1 aiUorilé néoeseaires pour atténuer les difficultés et pour modérer, par des transactioiii Mtes à pro{>os, Tardeur du combat L'assistance malencontreuse du parti portugais, qui se disait protégé par le prince^ parce que le prince protégeait l'ordre public incessammeot .troublé àFoocasîon des Portugais , vkit mettre le comble à Timpopularité de don Pedro 1", qui prit noblement un jjrand parti, lie 7 avril 1831 , il abdiqua en faveur de son fils mineur^ et s'embarqua pour TEurope, où son béroume chevaleresque aUait reconquérir im trône pour sa fille dona Maria da Gloria.
En abdiquant , il désigna pour tuteur à son £ls don Pedro II, son ancien ministre du temps de rindépendance, devenu son plus redoutable adversaire dans le Parlement , José Bonifscio d'Andrada.
Le parti libéral trioinpliait , mais, quoique dans ses rangs figurassent un certain nombre de prétendus républicains y nulle tentative ne fut £site pour changer la forme monarchique du gouvernement.
Le jeune Empereur fut solemiellement acclamé, la nomination du tuteur du prince fut ratifiée. L'assemblée générale désigna , conformément à la Con« stitutîon f une régence de trois membres.
Tous les actes législatifs furent d'abord marqués
CUÀPITRB PBBMIER. M
m com du libcraUniie le plys exagéré et le inohM pratique. On s'efforça de pmfiter de la victoire qu'on av^it remportée, etigarroUantle pouvoir exér cutif et en annihilaDt son action. Des teadancesde xette^époque» une seule a eu des fruits utiles que Favenir devait récolter. Les finances étaient dans une situation déplorable par suite des habitudes de gaspillage que l'imprévoyance de l'Empereur avait laissé s'introduire dans FaïkniBistration. L'Assemblée générale lut impitoyaUement économe: elle ne ftit pas toujours intellifjentc dans ses sévérités: mais si sa parcimonie eut des côtés mesquins, elle prépara en somme» et ce sen son étemel bonneur, ce liel ordre dans la gestion des deniers puUics, et cet équilibre entre les recettes et les dépenses que d'ba-^ * biles ministres ont pu mettre dans le budjjet depuis bientôt dix années, et qui est le levier le plus puissant de la prospérité de l'Empire.
Toute cette première œuvre se fit avec assez d'ensemble et d accord. Mais l'enthousiasme de la victoire s'était calmé, le souvenir des luttes communes s'était ef&cé » et il arriva ce qui arrive toujours après les grandes crises, les vainqueurs se divisèrent : les uns voulant toujours aller de l'avant, rabaisser de plus en plus le pouvoir monarchique et concentrer l'action gouvernementale aux mains d'une assemblée ultra-démocratique^ les autres bien décidés à s'arréler sur une pente Êitale, à regarder autour
d'eux et à favorîger le développement lent et progressif des institutions qui devaient fortifier à la fois le pouvoir et la liberté, deux partis se dessinèrent» qu'on baptisa de ces noms étemellenient inscrils dans les annales des assemblées délibérâmes i^aoaltados et Moderados.
ITn troisième parti se constitua en même temps , formé des vaincus de toutes les époques, et dans lequel se confondaient les partisans encroûtés des idées métropolitaines et les anciens amis de TEmpereur (iécliu. Ce parti du passé (^Restaurador) prit le nom bizarre de Caramuru; c'était le titre d'un jour* nal qui était son principal organe.
Tiraillé par les partis, dominé et annulé par FAs* sciublée générale, le gouvernement fonctionnait mal. Sa propre Constitution aggravait encore sa faiblesse : même dans la limite d'action qui lui était réservée, quelle initiative pouvait-on attendre d*ime régence à trois?
Aussi l'Assemblée, qui avait ninnquc souvent de bon sens et de sagesse, mais qui ne manquait jamais de patriotisme^ n'bésita pas à réformer en ce point la Constitution. Elle décréta qu il n*y aurait ■plus qu'un seul réj<>ent , et qu'il serait nommé par lajnation. Une loi détermina le mode de cette élection et les pouvoirs du nouveau régent. Diégo Antonio Feij6 fut nommé. C*était un prêtre appartenant au parti libéral, bomme roide et opiniâtre, médio*