CHAPITRE PREMIER
crement instruit et édairé, mais d'une ënerg;ie et crunc probité à toute épreuve. ICn proie aux tendances les plus anarchiques, le pays semblait toucher à une dissolution sociale : Tordre public était incessamment menacé, et les factions brisaient à plaisir les derniers liens de subordination et de hiérarchie. Feijô fit résolument téte à cette situation menaçante; il comprima avec fermeté les efforts de Tanarchie, et il n*hésita pas, tout en restant inébrantablement dévoué aux doctrines libérales, à s'efforcer de rendre au pays la paix et la sécurit<'' par des mesures illibérales au premier chef. Ce contre-sens patriotique devait accroître la confusion et multiplier les obstacles. Le moment vint où Feijô comprit peut-être qu'il ne pouvait jjarder plus \onfjtenips le pouvoir, et <ju il était hii-niciue un obstacle à IVcuvre d'apaisement qu'il avait entreprise. 11 se démit de ses hautes fonctions , et, par un sentiment d'abnégation qui rhonore, il dési(;na comme ministre de l'Empire (Intérieur^, devant exercer provisoirement la régence, un des chefs de l'opposition modérée qui Favait obligé à se démettre, Pedro Aniujo Lima , aujourd'hui marquis d'Olinda.
La nation confirma ce choix, et l'élection d'Âraujo Lima aux fondions de régent définitil assura le pouvoir aux maius du parti conservateur.
Dès cette époque, on sortit des aventures, et les ministres dont le régent s'était entouré s'attachèrent
à relever le principe d'autorité, à calmer les passions et à asseoir la sécurité publique sur les haa» d*iiD gouTemement réfpilier. L*aeuTre était anez avancée quand FEmpereur fut déclaré majeur et prit l'exercice du pouvoir suprême, le 23 juillet 1840.
L'époque (jies ré(5ences a été pleine d'agitations et de troubles. Ce n'étaient que des séditions locales, mais, par kiir fréquence, par leur intensité, quelquefois par leur durée, elles prenaient le caractère d'un mal (général, d'une calamité publique. Tous ces désordres sont à peu près oubliés aujourd'hui, et il nen reste guère cbns le souvenir des Brésiliens que quelques dénominations, qui ont survécu. Aussi mentionncrai-je à peine les rébellions qui ont éclaté dans les provinces du Para, des Alagoas, du Maranbam et de Rio Grande do Sut
Les trois premières n'avaient ni cause ni but politique, mais elles accusaient d'autant plus la faiblesse du gouvernement, qu'elles n'étaient, à vrai dire, que des actes de brigaiidage, entrepris dans une pensée de pillage et d'assassinat Quelques populations semi-barbares de l'intérieur se ruèrent sur le» capitales et sur quelques grantls établissements pri* vés, pour les mettre à sac. L'effort social eût dà. sufBre pour prévenir ou au moins pour châtier immédiatement ces entreprises de sauvages; mais la société, ne se sentant pas protégée par le gouverne-
GHAPITHE PREMIER. 43
.wiMdatf toudiait à M duiolutioD, et l'audace pou^ mât tout La r é j pu ta A cm fut lente , d'autant plus que
le succès av^it encouragé les bandits et grossi leurs rangs.
L'kttorrectiioii de la provinoe de Rio Grande do Sul eut un caractère plus sérieux, cl elle a laiaié
assez longtemps des traces, non clans la province méme^ très-calme aujourd'hui et très-Uevouee au gouvernement de rEmpereur,iiiaisdans les rapports du Brésil avecles Etats limitraphes de laPlata. Les insurgés, mattres de la petite ville de Piratinim, y installèrent le si('[;e d'iiu gouvernement républicain. Cette manifestation, fomentée et appuyée tour à tour par Rosas, déjà gouverneur de fiuenos-Ayres, et par Ica cbefis de bandes ipii entretenaient la guerre civile dans TÉtat oriental , se i^erpétua pendant plusieurs années sans que l'idée démocratique , (ju'elle prétendait implanter au Brésil , gagnât un pouce de terrain. Le gouvernement se bonia d*abord à faire observer les rebelles par un corps de troupes , puis il essaya de les réduire ptr un dc\eioppcment de forces assez considérable. Le but n'était pas encore atteint quand l'Empereur prit les rênes du gouvevnemcnty et sa sage modération mit seule un terme à cette longue ccbauflburée. Peu après son avènement au trône, don Pedro II proclama une amnistie générale en faveur des insurgés de Hio Grande do Sul. Ceux-ci abdiquèrent de très-bonne grâce un
ii LE BRÉSIL.
rôle aussi contraire à leurs instincts qu'à leurs intérêts y et prirent place au nombre des plus fidèles serviteurs de la monarchie. Il y a quelques années, le fils d*un de leurs principaux chefs résidait à Paris , où il remplissait les fonctions de secrétaire de la légation brésilienne; et ceux qui l'ont connu et aimé, ceux qui regrettent sa mort si prématurée, «avent si la forme républicaine pouvait avoir gardé quelque charme pour ce brillant jeune homme aux mœurs tout aristocratiques.
Les débuts du règne de iT.mpereur ne pouvaient pas être tout à fiait exempts d agitation et de troubles. On ne passe pas sans transition du désordre à l'ordre-, mais aussi un pays se discipline d autant mieux i[u ii a plus longtemps souffert du mépris de la rè|;lc.
Ën 1841, les Chambres avaient voté une loi qui réorganisait Tadministration de la justice criminelle
et la police. Une autre loi, non moins urjjente et non moins salutaire, avait ibrtiBé le pouvoir impé* rial, en rétablissant le Conseil d^État, vigoureux instrument de gouvernement, qu'une loi du temps de ia réfjence avait supprimé. Ces mesures législatives devinrent Toccasion d'un acte de rébellion à main armée dans deux provinces.
Quelques chefs du parti libéral, appartenant aux provinces de Minas-Geraës et de SAo-Pàulo , avaient protesté contre ces lois , qu'ils tenaient pour incon*