‹ Le Brésil [microform]Chapitre 4 sur 5 · L ...1 , ulrMT- o^easoirs qui resplendissaient dans le · texte numérisé non relu

L ...1 , ulrMT- o^easoirs qui resplendissaient dans le

panaches <4c mmcuÊM oaeBBoti» h . •

soleU U troupe en armes entourait ks Âdalgos, cie^e au pom au Le. k chevelure découverte, caraa^ sur des âZTJ: à longues minières. Les dames -ventaient sui^^ mules harnachées d'argent, parmi leurs nèpes en co^ a awires, ûui teaaient le parasol et k perroquet. ^ ^"^uHpk qui.ait k, soixante mille âmes, se pressait sons ks larges d«pea«, «»s ks omb«^ à franges de couleur.

Alors le pût du luxe et des arts développa les intelbir««s

X XVm^ skcle. cetle société d'Ouro Prête versait dans k phiksophie. On as««e aême q« « ymfl^ém^ie, iia-

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gédies de Voltaire dès qu'elles y parvenaient en c^ies manû^ crites sur le dos des mules.

L'Encyclopédie conquit là de vifs et de nombreux admirateurs.

Ils aimèrent passionnément la justice et la liberté. On aperçoit au flanc d'une montagne la petite maison où le sous-lieutenant da Silva Xavier, surnommé Tiradentes, recevait 1790 ses fidèles quand ils avaient murmuré du dehors le mot

de passe (( Indépendance du Brésil » et quand le gardien avait répondu : a Mort aux tyrans. »

Ces jeunes philosophes furent arrêtés, jugés à Rio de Janeiro où ils avaient voulu propager leurs espoirs, condamnés par une sentence de peine capitale en 1792. Seul Tiradentes monta sur réchafaud. Sa tête fut envoyée à Ouro Preto, plantée là sur une pique, exposée aux regards des encyclopédistes. ^

Une statue a remplacé ce pilori des idées libératrices. .Et la pensée de la Révolution française n*a plus guère, dans la savante ville d'Ouro Preto, centre des sciences, que des disciples fervéhts.

Les deux Républiques se sont comprises.

£lles unissent aujourd'hui leurs drapeaux. Elles v<mt mêler leurs sangs de libératrices.

La soif de Tor ht la vie spirituelle et scientifique d'Ouro- Preto et détermina, par la suite» dans Ténorme Etat de Minas Geraes, à lui seul plus étendu que F Allemagne, une agriculture complète pour nourrir la population accourue de tous les points cardinaux vers les métaux précieux, les manganèses, le zinc; le diamant, les tourmalines, le fer« L'industrie aurifère né cesse de prospérer.

La mine voisine de Morro Velho compte entre les plus célè- .

bres du inonde. Sa mise en valeur date d*un siècle environ. Une

Compagnie anglaise, depuis 1830, y seconde les travaux des Brésiliens.

Plusieurs, catastrof^es, i*incendie de 1Ô62, Téboulement de 1886, compromirent l'existence de l'œuvre, que l'ingénieur Chaimers a transformée, assurée. Il rassembla sur ce point toutes les

forces nouvelles que le génie du XX^ siècle crée pour les métamorphoses de la matière.

Aujourd'hui dix mille personnes vivent dans ce cirque de monts verdoyants, au cœur de gracieux h^eaux, et dans Yilja -Nova de Lima.

Par un puits où de forts dynamogènes éclairent, ventilent, hissent et précipitent les ascenseurs, je suis descendu verticalement à quinze cents mètres sous le sol, pour m'arrêter dans une large salle blanche que l'électricité puissamment illumine. Deux spécialistes attaquaient le quartz du filon au moyen d'une perforatrice mue par l'air comprimé.

Pouvais-je ne pas compter les deux mécaniciens pourvus de ces pouvoirs miraculeux au pauvre orpailleur du xvr siècle pataugeant, l'escopette sous le bras, dans le rio das Velhas et versant d'une sébille en l'autre un limon trompeur afin d'y trouver quelques paillettes, par hasard, tandis que, près de là, un Franciscain en haillons administrait le camarade moribcmd piqué tout à l'heure par un petit serpent rose, tandis qu'un Dominicain consolait le matelot grelottant empoisonné par le moustique porte-fièvre, tandis que pleurait aussi le père du fils tué par la flèche d'un invisible Indien.

D'une phase à l'autre de cette Içngue évolution, l'intelligence humaine a découvert la géologie, recueilli ses indications logiques, ap{Mis à lire, sur le sol, des avertissements.

La chimie des réactions a permis de soutirer l'or de sa gangue pulvérisée avec lui sous les pilons de naachines fonnidables, nombreuses et coopérantes.

L homme a capturé le mouvement des eaux dans les cascades, l'a guidé sur la turbine, Ta contraint à mouvoir les alternateurs d'où laioudre jaillit esclave, prête à transporter le long des câbles en cuivre sa vigueur, d'atelier en atelier, et au fond des puits où, conduite par la main de Jupiters nouveaux, elle creuse le roc.

Dans cette cité du Monrp Velho maintes et maintes usines fabriquent la plupart des appareils nécessaires à l'extraction comme à F écrasement du quartz grisâtre qui, sur de très longues pentes, à l'abri d'une halle immense, glisse avec l'eau entraînant sa poussière couleur dé cendre, sa poussière très précieuse qui oSje la valeur d'un million par mois environ en récompense cbi

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travail et de Ténergle intellectuelle dépensés. Cette pierre grise que les peifoiatiices arrachent à la profondeur de la terre en aeusant sa matière rocheuse, cette piene grise jetée à la pelle sur les trains de wagonnets que les ascenseurs élèvent, dans lobscur des puiîs, vers la surface, cette pierre grise que, dans vingt halles, les machines concassent, qu'ailleurs les pilons en ligne triturent, cette poudre que Feau emporte SUT les plans inclinés pour le lavage, et vers les grands laboratoires où toute - une chimie secrète en absorbe Toi:, le purifie, le restibie enfin dans son apparence déjà monétaire, cette pierre, cette poudre grise suscitent la vie la plus active en une campagne montueuse, boisée, parsemée de villages à toits rouges, enjambée pai les aqueducs et les ponts de fer, enfumée par ses forges, parcourue par de petits trains poussifs, ornée de villas gracieuses, de jardins et de parcs où l'écrit des ingénieurs se recueille, pense, invente.

Il invente si bien pour diminuer sans cesse les frais d'extraction par l'emploi d'un outillage meilleur que les bénéfices ont toujours grandi, malgré la baisse du rendement à la tonne durant ' une période.

Au temps où le produit fut de 41, les actionnaires touchâîeùl des dividendes siq>érieurs à ceux versés lorsque ce produit était de 50. Maintenant les profits augmentent, car à mesure que Ton creuse davantage en profondeur, le filon livre plus de métal dans 8cm quatrz.

Les trois négresses mélancoliques tassant Tor dans leu»mortiers de fer, au moment de ma visite, comparaient-elles Tépoque actuelle à celle où, importées du Congo et de la Côte d'Ivoire, dans les cales des bateaux négriers, leurs aïeules, sur la rive du torrent, secouaient un tamis plein de fange peut-être aurifère lamassée avec 1 eau ? ^ ^ ^

Affranchies, citoyennes libres du Brésil, instruites dans les écoles comme les créoles, ces Africaines forment une foule d'ouvrières jasant, coiffées de madras.

On les voit autour d*un grand cercle mobile, trier les pierres qui tournent sous leurs yeux, rejeter tels fragments de minerai, X{i96ând>ler les autres poiu l'envoi aux machines. Pendant cette besogne gravement accomplie, les .Africaines semblent avoir la

conscience de participer religieusement à l'énotme effort de Imdustne nationale.

Dans tout le Brésil ainsi les Africains, après une phase d indolence qui succéda fatalement à leur émancipation, reprirent en grand nombre le travail.

Commis, soldats, débardeurs, cochers, serviteurs, gagne-petit dans les villes, manœuvres et ouvriers dans les centres industriels, ^eurs et moissomieurs dans les campagnes, parfois négociants, docteurs, officiers, ils prennent à l'existence active du pays une part toujours accrue.

Certes, beaucoup s'en allèrent vers 1890 dans les bois, au bord des rivières, mener la vie que rêva Jean-Jacques Rousseau pour les hommes. Une vie sans ambition, une vie d'aise au soleil

indigène, une vie de pêche et de aieillettes avec, un ou deux mois dans Tannée, quelque travail cte terrassement sur la voie ferrée, la moins lointaine, afin de réunir les trois les quatre xents francs nécessah-es à Tachât d un petit cheval de vêtements simples, d'outils indispensablès à la famiUe multipliée dans le rancho de branches et de palmes sèches, parmi es poules noires Mais, hormis ces philosophes qui retournèrent à a nature, dans 1 Eden fructueux de la forêt vierge, domaine de tous propriété indivise, combien d'affranchis se décidèrent- pour la baintete du labeur, et parurent, en mille endroits, tels la mme de Morro Velho, associés aux mouvements des machines intelligentes dont ils secondent la création.

Semblables à de fortes cariatides, les Africaines porteuses de corbeUles enfermant les caUloux aurifères, marchent en foule par les cours, les avenues du Morro Velho. Les bras en l'air, la aail e droite, ces filles du Congo apparaissent comme les symbole, du travail ennoblissant.

Les Africaines, les spécialistes anglais de la mine d or. les employés créoles chevauchant leurs petites montures très dociles, es fonctionnaires brésiliens d'une élégance sévère sur leurs mules, es colons italiens venus là pour vendre le produit de leurs fermes es vaqueiros encore Guaranis par les belles chevelures noires el leur souplesse de cavalier* qui. le lasso à la selle, poussent les hoi4>eaittt gras aux c«iies aiguës, nourris dans les sertao. dans la brousse du Nord, toutes ces races humaines défilent enbe les bou-

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tiques des villages où des mulâtresses accortes ayant allongé par des robans leurs petites tresses de cheveux aépus, sourient et vendent des étoffes, des salaisons, de la mercerie, des journaux. Et c'est un exemple de la fraternité qui caractérise la vie du Bréâl.

Tant de peuples ont collaboré, collaborent à soa œuvre. L'accueil de ses habitants a toujours encouragé.

Dès qu'une partie de cet immense continent a été mise en valeur, mille et mille gens survinrent qui développèrent aussitôt la richesse territoriale.

Deux millions d'Italiens cultivent le café dans l'Etat de Saint-Paul. Des milliers de familles polonaises défrichent, au Parana, les terres limitrophes du Brazil Railway dont les Améric cains du Nord et les Français tracèrent la voie à travers les splendides forets de pins araucarias.

Aux gens d'Afrique, l'Etat de Bahia et l'Etat de Pernambuco durent l'opulence des planteurs, les richesses accumulées par la culture du tabac, de la canne à sucre. A Curityba du Parana, des brunes Italiennes, des Russes barbus, des Polonaises sveltes, des Moraves bottés, travaillent côte à c(jte dans les fabriques où les machines d'Europe métamorphosent en allumettes et en bois de charpente la végétation ligneuse de contrées entières.

Ainsi, dans Minas Geraes, les Anglais vouèrent leurs capltaïuc aux gisements aurifères de Morro Velho, tandis que le Français Gorceix organisait dans l'antique citadelle d'Ouro Pieto, une école des mines. Grâce à cette école, les trésors cachés dans les terres de cet Etat furent connus mieux que par les expériences des anciens orpailleurs. Us s'étaient peu à peu lassés devant les mécomptes de leurs tâches, devant les exigences des propriétaires fonciers pour qui le champ soupçonné de contenir un peu de quartz valait à lui seul autant qu'une montagne d'or massif et pur.

Le savant Gorceix a pu dire de Minas Geraes que c'était « un cœur d'or dans une poitrine de fer ».

Le professeur éminent qui lui succède aujourd'hui, un Brésilien, le D' Costa Cena, n'a point changé d'avis. Bien au contraire. 11 est maintenant avéré que 'e massif d'Itablra, nord-est de la même région, peut fournir aux forges du vieux monde le minerai de fer qu elles consomment. Dans ce massif, coulent

LE BRÉSn.

assez de rivières en pente pour que l'on puisse avantageusement capter leur force, la diriger sur les turbines et des alternateurs, susciter ainsi la foudre de hauts fourneaux électriques très pîiissanls. Le minerai s'y transformerait en métal définitif, en acier même.

Le bénéfice industriel serait garanti par la consommation intérieure du Brésil qui, maintenant, importe tout le fer et tout l'acier indispensables à son existence éomomique.

La voie ferrée en construction dans l'admirable vallée du Rio Doce doit relier Itabira et Diamantina. la ville où l'on taille en brillants les cailloux des ruisseaux voisins, au port de Victoria, dont la large baie peut recevoir des flottes marchandes. Ainsi l'importation des machines et l'exportation du métal s'accompliraient de manière facile. En outre, le manganèse, le zinc, les tourmalines, les diamants, qui valent 25 pour cent de plus que leurs pareils du Transvaal, sont, dans Minas Geraes, les objets d'un commerce quotidien en perpétuelle croissance.

L'affluençe des mineurs ayant de siècle en siècle nécessité une culture étendue qui les pût nourrir, l'Etat de Minas Geraes est devenu en même temps, pour l'élevage et les pr^uits agricoles, une région exemplaire.

Le tabac, le café, le maïs, le riz, les céréales alimententabondanunent les quatre' millions d'habitants. Le surplus est exporté dans les Etats voisins par quantités considérables avec 40.000 têtes de bétail renonmié.

C'est en Minas Geraes que fut édifiée, de 1894 à 1897, pour cinquante-trois millions de francs, une capitale neuve : Belle Horizonte.^ Projetée pour cinq mille fonctionnaires, elle abrite aujourd'hui quarante mille citoyens. Ses palais, ses parcs, ses avenues à cinq rangées d'arbres parallèles, ses tramways, ses illuminations électriques, ses théâtres, ses halles, ses marchés pror pices à toutes les négociations àgricoles, ses hôtels, ses banques et ses quartiers de luxe, ses concours hippiques, ses colonies suburbaines de maraîchers italiens, espagnols et portugais, font de cette ville unprovisée un lieu de vie intense servie par tout^ les sciences.

, En quatre ans, pour cinquante millions, la magie propre à l^

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descendance des premiers orpailleurs fit germer, puis s'épanouir cette capitale.

Voilà le dernier chef-d'œuvre de l'élite qui débarqua sur la cote de Porto Seguro, les plages de Sao Vicente et de Rio de Janeiro, dans les premières années du XVI* siècle, en se souve* nant des cierges allumés à Lisbonne durant la messe du dépatt, le 9 mars 1500.

lY

J'ai choisi l'Elai de Minas Geraes pour y marquer les étapes du développement brésilien. Mais j'aurais pu de même vous dire comment d'autres troupes héroïques atteignirent, par ses affluents du sud. le fleuve des Amazones.

Ils surent y naviguer sur les eaux ipfinies dont les crues taillent au cordeau les iorêts vierges des rives, et en font, sur des " centaines de kilomètres, ces avenues de verdures immenses, toutes droites, aboutissant au soleil de l'équateur, à ses splendides éblouissements réfléchis dans le coujs des flots, tantôt jaunes, tantôt noirs, tantôt glauques, où les grands alligators se cabrent pour fuir l'hélice du paquebot, où des îles touffues, mobiles, pleines d'animaux éperdus, courent, tourbillonnent dans les remous, se psécipilent vers l'Océan si lointain.

l'aurais pu vous dire commeni d'intrépides gens s'engagèrent dans les affluents du rio Purus. du Madeira, du Tocantins, dans leurs sous-affluenîs, dans les petites riyières qui s'y jettent, dans les torrents, dans les ruisseaux trop obscurs sous les voûtes de la forêt impénétrable aux rayons du jour, et comment de ces explorations résulte la découverte de l'arbre à caoutchouc, l'hévea, richesse énorme du Brésil septentrional. J'aurais pu vous montrer l'énergie de ces bons Latins apnrlvolsan> des reuples indigènes à type mongolique, cousins des Chinois et des Japonais sans doute, puis s'installant, malgré les fièvres mortelles, au bord de ces torrents sur des pilotis qui supportent leurs planchers de branches et leur§ toit» de palmes pour, à chaque aube, aller fendre l'écorce de l'hévea, pour en récolter, cinq heures plus tard, la gomme, l'agglomérer, au retour, en boules fumées, dont le trafic fit surgur.

sur les rives 4e l'Amazone et de ses tributaires, tant de cités marchandes.

De cet eâort est né Manaos lorsque les villageois de la côte ' Atlantique, ceux du Ceara, du Piauhy, du Parahyba, du Maranhao, pays de brousse et d'élevage aux ressources limitées par les sécheresses périodiques, se furent embarqués sur la mef, eurent ensuite remonté l'Amazone parmi les vols d'aras bleus, d'aigrettes blanches, de papillons roses, en effrayant de leur hélice les tortues monstrueuses parmi tous les grands oiseaux de marais peuplant les rivages du fleuve sans pareil, afin de gagner les dix mille francs annuels du seringuero attentif à recueillir le caoutchouc, dans la nuit de la forêt vierge, près d'un petit torrent

plein d'alligatOTs.

A Manao, ces rudes travailleurs reviennent avec leur pécule,

et fiers d'acquérir prochainement un domaine dans leur pays natal,

mais les tentations de la capitale amazonienne, souvent, les

dépouillent de leur bien aussitôt. . ^

Le grand théâtre qui coûta dix-huit millions à la municipalité, les magasins pourvus de toutes les élégances européennes, les plaisirs des cafés ^mptueux, des conccrU qui se nomment (( Pigalle et Maxlm's », la fréquentation de nymphes cosmopolites et hospitalières, la vie de fête entretenue là par les expéditeurs dé vivres qui nourrissent et abreuvent au moyen de bateaux de rivière tous les camps épars de seringueros, l'extraordinaire animation de cet entrepôt où s'accumule le caoutchouc avant d'être entassé sur les navires d'Europe ancrés devant les docks flottants, tout cela ne manque point d'étourdir le malheureux que la forêt vierge incarcéra deux ans dans ses barrières de lianes.

Démuni de «on gain en quelques semaines, iil retourne vers son campement pour deux années de travail encore.

On n'imagine point l'animation qui se hâte dans cette capitale, dans ses larges avenues bordées de magasins, de maisons à nombreuses et hautes arcades, auprès de sa cathédrale superbe, de son Palais de Justice, sur son port flottant. Chef-d'œuvre du génie civil il monte et descend avec le niveau variable du Rio Negro ; il supporte des machines à charger et à débarquer les marchandises, des w^agonnets aériens passant par-dessus la flotte marchande pour atteindre les navires placés au milieu des eaux

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noues. Les halles, les boucheries spéciales pour la diair de tortue ^ le marché où abordent cent chaloupes de légumes, de fruits, de froissons sont envahies par une multitude indienne, pieds nus, en pantalons et en chapeaux mous, par des domestiques japonais au service des administrations anglaises, par des soldats en uniforme de toile jaune. Quatre- vingt mille gens qui vivent du caoutchouc en boules, de sa vente, de son transport, des bénéfices apportés aux commissionnaires, aux marins, aux bateliers, aux marchands de toutes sortes.

Après une ère de pto^érité intense, la baisse de 1912-1913 déterminée par la concurrence de? plantations asiatiques, a menacé bien des situations, ruiné bien des fortunes ; mais la guene mondiale consommant par quantités inouïes la gomme précieuse, rend à tout ce pays son opulence de naguère.

11 a fallu même augmenter la flotte de transport. Et le cour-, tier qui s'éloigne aujourd'hui de Manaos, à bord du paquebot remuant de son hélice la rivière d'encre peut, sans inquiétude, retrouver les eaux limoneuses de l'Amazone, goûter le repos, trois jours dans les plus sublimes des paysages, entre les rives tantôt lointaines comme celles d*un bras de mer, tantôt proches et fleuries d orchidées que Ton cueille si l'on passe entre deux îles touffues.

Le Brésilien peut admber sans souci les trois plans de la

végétation équatoriale qui s'éîagent sur les monts, au-dessus des plantations de cacaoyers, et l'adresse des archers indiens en canot pour tran^ercer les grosses tortues à coup de flèches sous la siff^ face du fleuve, et l'aspect ancien des villes fondées jadis par les Portugais aux confluents. Bientôt il saluera la magnificence de Belem de Para.

Belem de Para, ses boulevards qu'ombragent les arbres de Téquateur, ses parcs splendides, ses lacs, ses avenues, ses palais, celui des orphelins pauvres, aussi grand c|ue notre Versailles, ses musées ethnographiques, ses ménageries où crient tous les oiseaux de TAmazonas, où s'ébattent les aras de couleurs lumineuses, où s'étirent toutes les espèces de léopards, où luisent dans l'ombre des serpents fabuleux. Belem de Para et ses vieilles églises monumentales grandes comme des quartiers, s<m fameux pèlerinage de Nazareth, ses halles remplies d'une foule tumul-

tueuse vendant des poissons pareils à des lueufis de saine, ainair^ rant au port du marché une flottille de barques bleues à voiles rosés que chargent les fruits et les légumes de mille sortes inconnues.

Dans les banques de Para, les oumnerces développés par l'exploitation du caoutchouc produisent un mouvement de fonds, une activité sans limites auxquels collaborent les forces financières de l'Europe et des Ellats-Unis. .

C'est là qu'aboutissent les ordres des compagnies (ourmssant à tous les seringueros du Para et de TAmazonas, sur trois millions de kilomètres carrés, les bateaux, les aliments, la vêture, les machines, les outils, denrées de luxe, en échange de la goname prise aux héveas dans toutes les régions arrosées par les gros affluents, les rivières, les torrents et ruisseaux tributaires du fleuve non pareil.

Belem de Para est donc une capitale splendide encore créée par Ténergie des Brésiliens au milieu de la flore la plus, fastueuse du globe, au bord du fleuve le plus imposant, et qui» fort loin "au large de TOcéan, atténue la salure de la mer où parviennent ses îles flottantes, ses myriades de voiliers, ses escadres de steamers fumeux, ces paquebots grands comme des cités. Sur Fun d'eux, appartenant au Lloyd Brésilien, il est instractif de longer la côte atlantique du nord au sud.

On quitte Para, toute illuminée par ses astres électriques en même temps qu'un politique de TEtat, le Docteur Loto Sodré. ou le Docteur Lemos ou le Gouverneur Eneas Martins, qu'accompagnent cent corporations diverses, des dames, des jeunes filles très élégantes, des institutrices et des foules blanches, bleues, acclamant leur apôtre le long des quais. Mille canots automobiles, baxques et chaloupes pleines de musiciens, d'orateurs, de fenames enthousiastes, de chœurs diantants, s*accumulent aux flancs du paquebot, comble lui-même de passagers et de familles faisant, à

bord, leurs adieux.

En route, par les espaces de l'Océan, les professeurs, les

étudiants, les officiers de marine, les fonctionnaires, les négociants, leur famille voyagent vers le sud avec leurs singes et leurs oiseaux yfamiliers, leurs coitis, sorte de petits renards apprivoisés.

Les servantes des enfants représentent toutes les races indiennes de l'Amérique latine, les Mongoliques du Rio Purus à

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Fa^ect chinois, les Toupis-Guaranis aquilins et grands du Bié^l méridional, les Caraïbes de l'Amazone oriental et du Tocantins, et telles aux dents taillées en pointe, ce qui leur prête une apparence de férocité dans des visages pourtant affables.

La tendresse de ces jeunes indigènes aux lourdes chevelures noires pour les enfants créoles est touchante à Textrême.

Elle signifie si bien Tunion de l'Amérique ancienne et du Brésil. Ces filles leur taillent en quartier la noix de coco. Elles leur en font boire la liqueur agréable. Elles les invitent à mieux apprécier la couleur de la mer si claire le long des dunes.

Cependant des groupes se sont formés. Les étudiants commentent notre Auguste Comte dont les idées toujours influencent

le monde intellectuel brésilien.

La présence à bord de Thomme politique offre un thème aux controverses les plus élevées sur la perfection des régimes libéraux.

A chaque escale on cmnmente» sous ce point de vue, 4-*hi5toire de l'Etat où les chaloup)es vous conduisent pour quelques heures. Les députés vous reçoivent, et les officiers. Des automobiles vous promènent à toute vitesse par des rues larges le l<»ig des hautes arcades, bleues et blanches, ocres et blanches, entre les Palais de Justice neufs et des forteresses anciennes, entre des couvents et des écoles grandioses, sous les palmes de leurs parcs. Les uns et les autres abritent des fillettes jolies à voir, gracieusement vêtues, habiles à divers métiers, à chanter en chœur des hymnes pénétrants. On voit aussi des garçons athlétiques^ sou** pies, sportifs, et qui apprennent, ^ des li^es français, beaucoup ' de leurs sciences.

Là partout, le culte latin et chrétien de la justice, celui de la liberté qui l'assure, apparaît comme l'idée prépondérante.

Eln accueillant le voyageur de France, on salue rEncyciopédie, la Révoluti<Hi d'où sortit le Bonaparte. Il mit à liens en 1 809, l 'absolutisme implanté dans la péninsule ibérique par 1 'influence de la dynastie autrichienne, maîtresse du Portugal 4vec Philippe II, et qui trente ans y domina.

La chute de ces pouvoirs absolus devant les armées françaises ébranla pour toujours l'autorité royale. Ce qui per«-.

mit, en 1822, à Don Pedro la déclaration d'indépendance,

comme il avait permis en 1810 le soulèvement du Venezuela à l'appel de Miranda débarqué sous l'uniforme de général de la Conwntion qu'il avait porté à la bataille de Valmy.

Dans tous les Etats atlantiques du Nord, Maranhâon dont l'élite intellectuelle est célèbre, Ceara, riche en caoutchouc, Parahyba honoré par son admirable cathédrale franciscaine aux arulejos incomparables, dans leurs ports et leurs capitales on discute sans cesse l'idéal de la liberté. C'est le propos de la vie entière.

Il en est de même, parmi les étudiants de Pemambuco qui vous montrent la vieille cité d'Olenda, puis les progrès accomplis, avant de vous introduire dans le beau palais de l'Ecole de Droit. Nos livres y enseignent. De même, parmi les industriels opulents qui font broyer, dans leurs usines de la province^, la canne à sucre des plantations couvrant les campagnes les plus fertiles. De même parmi les ouvriers de cet excellent port que les ingénieurs français aménagent à l'abri du fameux récif.

De mêipe à Bahia, la ville d'art architectural, où les Africains vivent en grand nombre, a^anchis par les vertus des principes que nos Conventionnels promulguèrent à Saint-Domingue. Ville où s'assemblèrent longtemps les plus riches des planteurs brésiliens en leurs quartiers de maisons claires, de jardins tropicaux protégés par leurs grilles d'argent, de castels enfouis entre les bananiers monstrueux, de cathédrales, de couvents dignes d'êfre décrits par cent ouvrage^ d'esthétique, et proposés en exemple aux architectes de l'avenir. Ville^si proche de nous et que nos touristes peuvent atteindre en quelques jours de traversée sur les meilleurs paquebots du monde, en regardant nager les baleines.

- A la vue de Bahia les passagers du Lloyd brésilien aimait rappeler toute l'évolution de l'énergie nationale. Elle remporta dans cette région ses premiers triomphes économiques. Là fut trois siècles, pour l'Europe, le- marché abondant des épices, du sucre, du café, du tabac, des plantes salutaires.

Cette grande ville tout en façades sur la mer, avec ses milliers de maisons droites, plates, ligne ancienne sur la plage et sur le mont, qu'un ascenseur géant réunit, a regardé venir veirs elle toutes les flottes expédiées par les appétits du vieux continent.

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L'Europe a pris là connaissance du Brésil. Elle lui a mêmeapporté les races laborieuses de l'Afrique, pour augmenter sa production sui un sol étonnamment fructueux, Renier des royaumes et des empires.

Cette prospérité du XVIIl' siècle que ne promet-^lle aux Brésiliens du XX% lorsque se compléteront les outillages de leurs ports, de leurs usines, de leurs voies fenées, lorsque les forces hydroélectriques partout latentes dans les parties montagneuses c|u*arrosent des fleuves, des rivières et des torrents sans nombre auront été soumises aux calculs des ingénieurs, aux travaux des ouvriers. En cet avenir les étudiants, les fonctionnaires, les politiques, ont un ferme espoir. Us voudraient seulement que les capitaux de ces a£Faires ne fussent pas dus à des Allemands mais à des Latins.

Et c'est une prière instante de leur esprit, de leur parole, quand on anive dans le p<Mt de Victoria, en Esperito Santo. A l'intérieur de cet Etat se développe lentement la colonie germanique dont le grand écrivain Graça Aranha sut donner dans son livre (( Chanaan », une évocation si remarquable, évocatrice du péril redouté par les patriotes brésiliens.

Sur cette baie heureuse, entourée de montagnes forestières, et où brillent entre les palmiers, les façades blanches des malsons, des palais, des églises, des monastères, se peut-il que l' Allemand parvienne à régner ?

Se peut-il que ses commerces accaparent cette ville rose et blanche, groupée vers les escaliers à double révolution du palais central, et ce port <ïue défend, au goulet, le roc de la P«|ha, avec, tout en haut, son abbaye du XVI*' siècle, massive, enfermant des salles profondes. De là, le guetteur admire le spectacle bleu de l'Atlantique et les végétations des lagimes, et la chaîne des monts verdoyants. Non. Dans l'Esperlco Santo, la colonie allemande est petite, isolée sans pouvoir. Une compagnie française a mis en valeur la capitale et le port. Le chemin de fer Victoria Minas y doit apporter un jour le minerai de fer pris aux monts Itabira. Certes 11 ne faudrait pas qu'au lendemain de la guerre, les banques allemandes allassent dans ce massif de Minas Géraes et dans ce port de Victoria organiser les usines, les fours électriques, les forges, et Uaiter le minerai, et l'exporter partout comme fer et

acier. Si la politique de l'Entente refuse l envbi des matières premières aux germaniques durant une période, il conviendra de s'opposer à cette manière de frauder l'interdiction là comme

ailleurs. i i- • •

Le paquebot est reparti. Les étudiants et les fonctionnaires

du- Nord discutent les mérites de la littérature nationale. Ils rappellent en vue des côtes où les indiens reçurent les premières caravelles du Portugal, l'œuvre poétique de José Alancar qui chanja la beauté de la race primitive du Guarani. Ceux-ci vantent le drame de Joaquin Nabuco. où le poète chante avec une émotion poignante les angoisses de nos Alsaciens en 1671. Caix-la inp récitent les passages du dialogue entre Ahasvérus et Promethée qu'évoqua le génie de Machado de Assis, et dans lequel apparaissent des beautés semblables à celle suscitées par Flaubert, en son immortelle Tentation de Saint Antoine.

Un autre déclame les pensées de Ruy Barbosa qui sut étonner, en 1907, les diplomates du monde entier réunis à la conférence de La Haye, par la grandeur et la pureté de ses docbrmes sur l'arbitrage international. '

Machado de Assis. Nabuco. Ruy Barbosa, trois noms qui seraient chez les nations les plus affinées de la vieille Europe, trois lumières pour leur gloire intellectuelle.

Il suffit, au reste, d'atteindre Rio de Janeiro, de passer entre le beau rocher, Pain de sucre, et le cap où s é^ève Notre-Dame du.Bon Voyage, de pénétrer avec la houle de 1 Atlantique dans la baie fameuse, de saluer ses trois cents îles touffues le tumulte de leurs commerces et de letirs usines les flottes a i anae. les paquebots de tous les pays créateurs, les

baversant la mer intérieure, pour comprendre 1 intell^ence du Brésil Ah ! cette ville splendide étalée sur l Alpe du Corcovado avec ses jardins de palmiers, de bananiers, de manguiers, ombragéant ses maisons roses, ses maisons bleues, ses nuisons jaun«. devenues, dans lé soleil btense, autant de rubis, de saphirs, de topazes. Quelle œuvre d'art plus beUe,. sur le globe, quecette cité assise entre son Alpe et la mer vivante, que cette cite b^dant de ses parcs, de ses squares, de ses jardins et de ses statues, treize kilomètres d'anses rocheuses, dé golfes arrondis, de criques pittoresque ? Et cela se termine par mie cité de féerie, sur la

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