XVI PRÉFACE
Et moi, sans partager vos idées ambitieuses (je disais : vos iMusions quelquefois), je vous communiquais mes im- ^pressions au sujet de ce peuple neuf, povo novo^ comme vous rappelez.
Je distingue, vous le savez, entre le Brésilien et le Portugais. Celui-ci, pour moi, n'a été grand que dans le passé, un passé fort éloigné déjà. Pendant sa longue domination sur votre pays, il s'est montré le symbole de la superstition, des préjugés mesquins, de l'oppression, deTégoïsme, de l'immobilité, de l'ignorance, en un mot. Le second, au contraire, me représente l'activité, l'intelligence qui s'éveille et qui cherche sincèrement la vérité ; les nobles, les généreuses aspirations se manifestant au milieu de tâtonnements inévitables. Je ne suis que juste, en déclarant que, dans mon opinion, les travers et les vices des Brésiliens leur viennent des orgueilleux conquérants de leur belle patrie, et que leurs qualités leur appartiennent en propre.
Il est incontestable qu'ils subissent encore l'influence funeste d'un état de choses qui a disparu; qu'ils n'ont pas entièrement repoussé les stupides préjugés, les erreurs ridicules et les traditions mauvaises qui leur ont été léguées. Pour celui qui les a étudiés consciencieusement, il est tout aussi évident qu'ils luttent avec courage, afin de sortir de la voie ténébreuse où ils se sont engagés, à la suite des oppresseurs. Le génie étroit, indolent, vaniteux de la vieille métropole a laissé son empreinte dans les mœurs et dans les institutions. Cela est vrai, et c'est ce génie malfaisant qui sert de but à mes
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sarcasmes. Mais parmi les hommes qui dirigent Topinion publique il en est beaucoup, et, à leur tête, je place le jeune Empereur Dom Pedïo II, qui nourrissent la volonté ferme de se dégager des entraves du passé et de marcher avec le siècle. Ainsi que vous le déclarez en si bons termes, cher docteur, ce peuple neuf poursuit V œuvre de sa transformation^ les yeux tou/més vers la France et l'Angleterre — ces deux phares lummeux placés pa/r Dieu au front de Vhumamté.
Vous me pardonnerez donc mes critiques, Senhor Pacheco da Silva, en faveur du sentiment qui les a inspirées.» De plus, vous répondrez à ceux qui calomnieraient mes intentions en votre présence, qu'il n'est pas Vennemi du BrésU, Técrivain qui veut secouer l'apathie du Brésil, et qui le provoque franchement, durement, si vous voulez, mais justement, toujours, aux réformes réclamées par l'état de nos mœurs.
Et vous aussi vous me pardonnerez le ton vif, mais fidèle de mes tableaux, excellente femme que je ne désignerai ici que par son harmonieux prénom; vous, sacrifiée étant jeune fille, ainsi que votre sœur, par un père ignorant et égoïste, et enfermée dans le couvent d'ijuda.
Pardonnez-moi donc, Dona Théodora, ou plutôt, Maman Dor; ainsi que nous vous appelions, et soyez bénie, malgré votre susceptibilité un peu farouche, pour les marques touchantes d'intérêt que vous avez prodiguées à ma compagne malade, et à mon enfant nouveau-né.
Mon esprit traverse souvent les mers; il vole vers
XTin PRiFAGS.
cette rue do Hospido que vous habitezi qrirituel doo tear;et aussi vers cette petite maison du Versailles brésilien — San-Christovâo, — où vous vivez avec votre vieille mère, Dona Theodora. Je ne pourrai jamais ou* blier ce pays, tant à cause des tribulations sans nombroi des cruelles déceptions, des souffrances inouïes que moi et les miens y avons endurées, qu*à cause de vous, natures délicates et choisies, et à cause de mon enfant et de sa mère qui y sont nées.
Je me rappellerai surtout, en pensant au Brésil, le bienveillant accueil que j'y ai reçu, et ma femme avec moi, de S. M. Dom Pedro II, chaque fois que nous avons été admis à Fhonneur de Tentrenir. Le souvenir de cet accueil ne s'éteindra jamais en moi. Il m'impose de plus l'obligation, aujourd'hui que je publie la première partie de mes notes, de respecter rigoureusement la vérité des faits, de tenir compte des circonstances au milieu desquelles ils se sont produits, de ne point imiter, enfin, ces écrivains fantaisistes ou moroses qui, entraînés par leur imagination ou égarés par leur mauvaise humeur, se jettent dans une exagération qui ôte toute autorité à leur parole.
Ce devoir sera rempli.
Paris, juin i862.
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