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CHAPITRE III

Le Bréviaire Romain depuis la fin du XIV^ siècle jusqu'au milieu du XVP.

En terminant Thisjoire du Bréviaire Romain pendant la seconde époque, il nous faut examiner rapidement les conséquences liturgiques du grand schisme d'Occi-

dent et les tentatives de réforme qui précédèrent le Concile de Trente.

Art. I. — Conséquences liturgiques du grand schisme,

I. — Liturgie en général. — Les résultats du grand schisme furent déplorables pour la liturgie: comme nous venons de le dire, celle-ci ne trouvait plus à la cour pontificale d'Avignon un déploiement digne d'elle. Lorsque la chrétienté fut partagée en deux obédiences, les solennités liturgiques d'Avignon présentèrent parfois un tableau ridicule ; on pourrait s'en convaincre en lisant, par exemple, dans les Gesta Benedicti XIII (1), le récit de la célébration de la Chandeleur: encore Pierre de Lune fut-il un de ceux qui, pendant cette malheureuse époque, attacha le plus d'importance à l'observation des prescriptions liturgiques. — A Rome même, les choses n'allaient pas beaucoup mieux. Le chapitre 167« de VOrdo Romanus ^ y donne à entendre que les cardinaux étaient très récalcitrants et qu'il n'était pas facile de les faire participer aux cérémonies de l'office divin, lors(][u'une ordonnance du pape ou du maître des cérémonies ne convenait pas aux illustrissimes (2). Le texte, les rites, les formules des prières durent en souffrir ; une décision

Î)apale due à des circonstances particulières étant faciement transformée en loi générale. C'est ainsi que Urbain VI, en 1389, ayant célébré la fête de la DécoUation de saint Jean-Baptiste le dimanche et déplacé, dans ce but, l'office du dimanche, la règle s'établit bientôt qu'une fête, qui avait quelques répons propres, comme celle du 29 août, supplanterait le dimanche {yoir VOrdo Romanus XV^ ch 124) (3). Le caractère spécial de cet Ordo Romain XV est non pas d'exposer les lois et règles du cérémonial de la curie, mais de présenter une série de notes sur la façon dont ce cérémonial était observé sous tel pape, dans telle ou telle circonstance. Précisément parce que Rome ne donnait aucune prescription obligatoire, un grand nombre

(1) MuRATORii Rerum itcUicarum Bcriptores, tom. III, col. 177 etS(M)

(2) Miffne, P. L., tom. LXXVIII, col. 1368.

(3) Migne, P. 1... tom. I.XXVIII. col. 1344.

d'Eglises, tout en adoptant le Bréviaire curial, conservèrent quelque chose de leurs anciens usages et de leurs anciens textes : on introduisit ainsi, dans les cadres du nouvel office romain, les offices de saints nationaux ou locaux, des usages particuliers dans l'office du temps ou dans les fêtes du Seigneur.

II. Finalement, au point de vue de la récitation des heures canoniales du Bréviaire, la situation fut pleine d'incertitudes et de désordres ; personne ne savait plus au juste quelle était la vraie règle et chacun tâchait de se composer un Ordo à sa fantaisie. On tira, d'un édit du pape Clément VI, une nouvelle ordonnance d'après laquelle un grand nombre de saints, dont jusque-là on ne faisait que mémoire^ devaient avoir un office propre, et certaines fêtes pouvaient jouir d'une translation éventuelle (1). On voit ainsi en germe, et même déjà développés, au xv^ siècle, les abus dont se plaindra bientôt le théologien Jean d'Ârze, consulteur du Concile de Trente : 1 énumération sommaire de ces abus dépeint la situation faite à l'office divin :

1. Suppression à peu près radicale de TofSce du dimanche et de l'office férial, si bien qu'il ne pouvait plus être question d'une récitation de tout le Psautier chaque semaine, et que certains psaumes n'étaient jamais récités ou chantés.

2. Accumulation de divers offices, le même jour, ce cjui elTaçait le caractère de solennité précise et gâtait la joie que Ton pouvait prendre aux simples ofl^ces du temps. Qu*on songe que le petit office de laSainte Vierge, l'office des morts, les psaumes graduels ou pénitentiaux suivaient régulièrement l'office férial.

3. Substitution aux lectures de l'Ecriture, de légendes, d'histoires apocryphes et de certains autres textes de valeur très douteuse pour les antiennes, les hymnes et les répons (2).

Sans doute, la multiplication des fêtes de saints ne

(1) Ordo Romanuê XV, ch. 101 et 123. — P. U tom. LXXVIil, col. 1339 et 1344.

(2) Comparer les plaintes de Raoul de Tongres, signalées plus haut, p. 73.

pouvait que tourner au profit de ceux qui récitaient le Bréviaire ; mais les canonisations étant devenues très nombreuses durant ces siècles, comme on le voit par l'étude du Builaire, l'accroissement de ces fôtes dut affaiblir le caractère de l'année liturgique qui est une représentation des enseignements, des souffrances et du triomphe de l'Homme-Dieu.

L'humanisme^ que nous* verrons favorisé par des papes, comme Nicolas V et d'autres après lui, exerça aussi son influence sur l'office canonial et ce ne fut pas toujours pour favoriser la piété ; on en vint à éliminer la beauté surnaturelle des formules, en rejetant l'écorce de chétive apparence sous laauelle elle se présentait ; alors les formules séduisantes aevinrent tout, on ne tint nul compte de ce qui était dessous, on méconnut les rapports du naturel avec le surnaturel, on prit en dégoût la nourriture des Livres saints.

Art, il — Tentatives de réforme qui précédèrent le Concile de Trente.

1 • Efforts des papes. — Dans la seconde moitié du xv« siècle, il semble qu'une ère nouvelle se lève sur Rome pour en faire le centre de la science, de l'art et de la vie religieuse : Les efforts de Nicolas V (1455) tendent à préparer en Italie et dans tous les pays de la chrétienté une résurrection de la véritable vie chrétienne. Cette réforme ne dure pas ; l'entourage du pape par crainte de perdre ses bénéfices si les abus disparaissent, lui suscite toutes sortes d'obstacles. Sous Callixte III et Pie II, on trouve plusieurs cérémoniaires pontificaux qui s'efforcent de recueillir avec soin les traditions d'une époque meilleure et de les maintenir intactes. Jules II (1503-1513^ fut un pape plein de piété, mais embarrassé dans le tumulte des guerres. Léon X (1513-1521) se montra un enthousiaste des idées païennes ; il était à prévoir qu'avec lui tout essai de changements ou de corrections porterait l'empreinte des préoccupations humanistes. Dans ces conoitions, les tentatives d'un Nicolas de Cuse, d'un Domenico de Domenichi n'en sont que plus méritoires : pris d'an

enthousiasme sérieux pour la restauration liturgique, ces personnages proposèrent certaines réformes, tracèrent des plans pour l'observation plus correcte des prescriptions canoniques et avant tout la célébration plus digne des heures canoniales. Leurs tentatives furentsans résultats durables. La sollicitude que Sixte IV avait témoignée pour l'office solennel et le chant liturgique (fondation de la Chapelle Sixtine (1471-1481) n'exerça aucune influence sur le Bréviaire et l'office .

2. Tentatives isolées. — Deux courants, auxquels vint s'en joindre bientôt un troisième, se formèrent pour la transformation du Bréviaire et de l'office^ courant humaniste, traditionnel et du juste milieu ; il faut en dire un mot pour expliquer ce que furent, en ce temps-là, les tentatives de réforme liturgique.

a) L'école des humanistes, représentée par Bembo, Ferreri, Marsile Ficin, Pomponace Bessarion, Léon X, estime que le défaut capital du Bréviaire est sa langue barbare et fruste : l'idéal serait un livre d'office composé dans un latin cicéronien dont les hymnes, autant que possible, auraient l'harmonie des Odes d'Horace. Il faut, dit quelque part Bembo, écarter « maeulam illam jam pertot sœeula illi Aommum ^en^ri (prêtres et religieux^ inustam quod seribendi non ealleat eîegantiam. Aussi quelques membres du haut et du bas clergé avaient-ils commencé, « pour ne pas corrompre leur non goût », à réciter l'omce en grec, les psaumes et d'autres pièces en hébreu. Ferreri entreprit la correction et fit d'abord un nouvel Hymnaire, parce que les hymnes semblaient aux classiques la partie du Bréviaire la plus dépourvue de goût : Léon X, qui l'avait provoquée et encouragée, ne vécut pas assez longtemps pour voir l'apparition de cette œuvre (en février 1525) ; tout y est neuf, rien des anciens chants n'y est conservé ; de mi blés réminiscences rappellent un peu les anciennes hymnes. A l'ancienne strophe :

Ave maris stella est Aoe, superna janua^

Dei Mater aima substituée Aoe beata semita, Ataue semper oirgo celle-ci : Salua periclitantibus Félix eœh porta. Et ursa naviganiibus.

L'auteur se sert fréquemment, avec une naïveté presque incroyable, des expressions, des allusions et des types païens : la Sainte Trinité est appelée, informe numen Olympi; on lit de la Sainte Vierge: BeUuam tristem Phlegethoniis atri inieremisti, superosque nobis coneiUasti, — Il est vrai, qu'à côté de cela se trouvent des strophes splendides où des paraboles et figures de nos Livres Saints, des traits caractéristiques de la vie des Bienheureux, des idées et des dogmes chrétiens brillent comme des pierres précieuses sous la parure de la langue classique. D. Guéranger(l) signale comme particulièrement simple et belle Thymne du Commun des Apôtres et des Ëvangélistes :

Gaudete mundi principes Qui veritaiis dogmate Vita profusa et sanguine Plantastis omnem Eeclesiam.

L'emploi des nouvelles hymnes fut permis par Clément VII pour la récitation privée du Bréviaire. L'Hymnaire annonçait comme prochaine l'apparition d'un Bréviaire rédigé sur un nouveau plan par le même auteur ; les avantages devaient être la brièveté, la commodité et l'absence de toute erreur. Le plau ne fut pas mis à exécution.

6> L'école traditionnelle comptait des hommes pieux, au sentiment profondément reliffieiix et fermement attachés à la tradition liturgique depuis Raoul de Tongrès (f 1401) jusqu'à Burchard de Strasbourg, les Théatins ayant pour principal représentant Caraffa, le futur pape Paul IV, puis Jean d'Arze, dont nous aurons occasion de parler dans la troisième partie. Ces défenseurs des anciens rites, des formes et du texte reconnaissaient volontiers les défauts du Bréviaire à cette époque : surchai^ de fêtes, absence tr<»p fréquente des lectures de l'Ecriture Sainte, des psaumes du dimanche et de la férié, légendes apocryphes et surtout accumu-

(1) InttiUa. liturgiqueê, I, p. 355. Editioo Palmé, 1880.

lation de plusieurs offices le même jour. Mais leur amour du passé était peut-être excessif.

e) L'école du juste milieu eut pour représentants le cardinal François Quignouez, espagnol et çénéral des Franciscains avant son élévation au cardinalat ; Réginal Pôle, Contarini. Sadolet et le bénédictin Grégoire Cortèse, cardinal aepuis 1542. Eux aussi considéraient comme un bien désirable le classicisme et le style poli, la latinité pure et les belles formes, mais plaçaient plus haut la dignité et l'esprit chrétiens.

3. Le cardinal Quignonez et le « Brevîarium Sanctœ CrucÎ8 9, — Plan. — Il faut mentionner ici l'œuvre de Quignonez, parce qu'elle eut une certaine influence sur le Bréviaire édité plus tard par saint Pie V, et, qu'ayant joui d'une grande popularité pendant qiielqnes années, elle fut ensuite rejetée et finalement mise en oubli.

L'auteur du nouveau Bréviaire rompt avec la* tradition et l'antiquité ; on doit noter à sa décharge qu'il ne visait pas à composer un Bréviaire pour l'usage public et pour le chœur. Le résumé de sa préface nous donnera une idée du plan. L'Eglise, y est-il dit, fait au prêtre une obligation de réciter le Bréviaire pour trois raisons : aj pour qu'il soit l'intermédiaire officiel entre Dieu et le peuple ; bj que se préservant des tentations par l'union à Dieu dans ses pensées et méditations, il serve d'exemple aux fidèles ; e) pour qu'il acquière une science compétente et une diction convenable afin de prêcher avec fruit. Quignonez ne trouve plus^ dans les Bréviaires de son temps, la réalisation des intentions de rE>;lise ; il en rend responsable le fond même de ces bréviaires, établit une distinction entre la récitation publique et la récitation privée, prétend que cette dernière est devenue nresque impraticable avec l'ordonnance des bréviaires a'alors : il va donc porter la cognée à la racine de l'arbre, remanier de fond en comble l'œuvre alors existante.

Pour obtenir que tout le Psautier soit récité chaque semaine, que la Sainte Ecriture soit lue une fois ^ar an, au moins dans ses parties princiralrs^ que l'ofnce soit à peu près de même longueur chaque jour, et que

celui du dimanche ne soit pas démesurément long, Quignonez établit : A) Que chaque heure se composera régulièrement de trois psaumes, auxquels on ajoutera les cantiques Benedietus, Magnificat^ Nunc dimittis pour Laudes, Vêpres et Com][)lies. A Laudes, le cantique Benedieite remplacera le troisième psaume. B) Que les psaumes ou parties de psaumes se succéderont à chaque heure et pour chaque jour de façon à ne pas se représenter deux fois dans la même semaine. C) Que les leçons seront réduites à trois ; que les leçons brèves des petites heures, Laudes, Vêpres disparaîtront complètement. Les leçons de Matines seront empruntées, la première à l'Ancien Testament, la deuxième au Nouveau, la troisième pour les fêtes des saints à la Légende ou aux Actes, pour les dimanches, fériés, fêtes de Notre-Seigneur ou de la Sainte Vierge aux homélies des Pères sur TEvangile correspondant et aussi au Nouveau Testament : ces leçons seront considérablement plus longues afin d'assurer pendant Tannée la récitation de l'Ancien Testament dans sa majeure partie, du Nouveau Testament dans son entier, et même deux fois par an la récitation des Epîtres de saint Paul. On fera un choix parmi les légendes de façon à éliminer les pièces dont la véracité est douteuse. D) Ainsi on aura plus de simplicité et moins de surcharge. La différence sera à peine sensible entre l'office du dimanche, l'office fénal et l'office des saints ; il n'y aura d'essentiellement variables quel'Invitatoire, les hymnes de Matines, Laudes et de Vêpres, avec l'oraison et la troisième leçon des Matines (et les antiennes, à partir de 1536). Les psaumes ne changeront jamais, leur choix dépendant uniquement du jour de la semaine. E) Tout le reste, versets, grands et petits répons, capitules (et même les antiennes dans l'édition de 1535), aevra disparaître : on restreindra à quelques jours fort rares la récitation de l'office des morts, de l'office de la Très Sainte Vierge.

Il est à noter que certaines des idées de Quignonez étaient partagées par d'autres : ainsi, Tune des premières autorités de l'époque en matière liturgique,

le Bienheureux Joseph-Marie Tommasi, dans un projet qu'il donna pour un nouveau Bréviaire destiné à Tusa^e privé, fut d'avis que le Saint-Siège pouvait sans inconvénient dispenser le clergé des antiennes et répons, en dehors au chœur : il appuyait son sentiment sur les passages connus des Constitutions apostoliques, d'Ainalaire et de quelques autres auteurs ; passages peu concluants d'ailleurs^ si l'on veut bien considérer qu'avant les v^' et vi<^ siècles, la psalmodie au chœur était très simple, et qu'au temps d'Amalaire, l'impossibi-^ lité de se procurer les livres d'office nécessaires excusait bien des n^ligences.

Le Bréviaire de Quignonez fut appelé Breviarium JSanctœ Crueis parce que son auteur était connu sous le nom de cardinal de Sainte-Croix, étant titulaire de Sainte-Croix en Jérusalem.

Avantages de ce Bréviaire. — La préface en signale trois : ceux qui adopteront cette manière de prier : acquerront la connaissance des deux Testaments par une lecture plus considérable assurée chaque année ; y trouveront une grande simplicité d'arrangement avec une certaine brièveté ; les leçons y sont plus longues, il est vrai, mais il n'y en a jamais plus de trois : on en compte plus de douze dans l'ancien, avec autant de versets et de répons (l'office de la Sainte ViergecomprisJ. L'ordre établi permet de ménager le temps et ae soulager la fatigue ; les deux premières leçons sont disposées invariablement pour toute l'année. Enfin les histoires de saints ne présenteront rien qui offense les oreilles graves et doctes.

Inconvénients du « Breviarium Sanetœ Crueis ». — li'œuvre de Quignonez n'apparaissait d'abord que comme un bréviaire provisoire composé pour la récitation privée : elle n'eut jamais qu'une approbation domestique de la part du Pape ; Paul III dùccorààit la faculté de le réciter, seulement aux clercs qui en faisaient individuellement la demande. Si elle eut un moment de faveur, elle souleva aussi de fortes réclamations.

Dès 1535, année de son apparition, ce Bréviaire,

ayant pénétré en France^ fut rigoureusement censuré par la Sorbonne. La Faculté de Paris à laquelle le Parlement Tavait déféré, trouvait audacieux l'auteur qui supprimait des usages universels et antiques pour les remplacer arbitrairement par d'autres, rompait ainsi radicalement avec la tradition pour donner accès à toutes les nouveautés sur le terrain liturgique.

Ce fut aussi le sentiment de théologiens remarquables, comme Dominique Soto, qui ne vit aucun bénéfice évident à abandonner de la sorte les usages et les pratiques de l'antiquité, qui signala en même temps les graves inconvénients résultant du nouveau Bréviaire : aversion des clercs pour l'office public, dégoût de la prière et négligence dans le service de Dieu, puis dans l'œuvre elle-même désaccord fréquent entre les psaumes et le mystère de la fête : ainsi, par exemple, que la Nativité ou TÂssomption tombent un vendredi, on aura à Matines, les psaumes 21 : Deus, Deua meus, respiee... ; 68 : Salvum me fae, Deus ; 70 : In te speraoi, exprimant les tristesses et amertumes de la Passion, tandis que les mystères sont à la joie et au bonheur. Martin de Aspilcueta, appelé le docteur de Navarre, remarque aussi que, si Qmgnonez tient compte davantage de la Sainte-Ecriture, supprime des légendes sans fondement, écarte le désorare causé par la translation des fêtes, procure plus de temps aux savants pour leurs études, d'autre part, il fait disparaître sans motif suffisant des parties d'une haute importance.

La plus éner^que et, en même temps, la plus décisive condamnation de cette œuvre lui vint du théologien espagnol Jean d'Ârze, consulteur du concile de Trente dont nous avons déjà eu occasion de parler. Avec la Sorbonne et Soto, il reproche à Quignonez d'abandonner témérairement la tradition ecclésiastioue et de contrevenir aux décisions expresses du Saint-Siège. Le but principal du Bréviaire n'est pas l'ensei^ement mais la prière ; parler de brièveté et de simplicité d'ordonnance, n'est-ce pas vouloir faire honte au clergjè et scandaliser le peuple en diminuant ainsi les obligations quotidiennes, alors que les revenus augmentent ; on

sait, d'ailleurs, que les plus zélés, les plus appliqués à leurs devoirs dans la charge des âmes, Tétude ou l'enseignement, trouvent encore bien du temps pour la prière, et récitent, avec une véritable joie de Tàme, les antiennes, les capitules et le reste. Adopter officiellement et universellement ce Bréviaire ce serait enlever à l'office divin son caractère de témoin dogmatique de la plus haute antiquité. Enfin, Quignonez pousse trop loin la critique des légendes, et par un zèle rationaliste, il supprime tout ce qui confine au surnaturel.

On s'étonnera peut-être de voir critiquer de la sorte une œuvre que le Saint Siège avait paru approuver : mais il faut bien remarquer dans quels termes le pape Paul III expliquait ses intentions : « Nous accordons, disait le pape, à tous et à chacun des clercs ou prêtres séculiers seulement (1) qui voudront réciter cet office, de n'être plus tenus à la récitation de l'ancien office qui est maintenant en usage dans la cour romaine ou dans toute autre église... encore chacun d'eux aura~t-il soin d'obtenir du Siège apostolique une licence spéciale pour ce pouvoir faire. » De telles expressions sont loin de renfermer une approbation formelle .

'D'ailleurs, Quignonez, loin de s'en prévaloir, ne dédaigna pas de se disculper devant la Faculté de Paris, convint que son Bréviaire était un livre comme un autre^ destiné à subir la critique du public... C'est ce qui ressort de la préface écrite pour sa nouvelle édition de 1536.

Du reste, son œuvre acceptée avec enthousiasme, dès le début, ne pouvait pas vivre dans l'Eglise : moins de quarante ans suffirent à sa durée Dès 1558 même, le pape Paul IV, sans en condamner Tusage provisoire, décidait qu'il n'y avait plus lieu d'en autoriser la réimpression.

Par l'accueil même qui lui fut fait, ce Bréviaire prépara indirectement la voie à la réforme postérieure

(1) On voit par là« remarque D. Gnéranger, Inatitut. liturgiques I,p. 363, note, qae Rome craignait d'énerver la milice régulière, er Im perriiettant rusage de cet office abrégé, et aussi d'ébranler les traditions antiques qui se conservent dans les cloîtres, mieux (^xnc partout ailleurs.

upérée par saint Pie V. Le Bremarium Pianum n'aurait pu supplanter si facilement les Bréviaires particuliers de chaque pays, province ecclésiastique, diocèse ou monastère, dont un grand nombre pouvaient exciper d'une antiquité de 3(X) à 500 ans, si déjà la forma breois et expedita de l'office de Qui^nonez n'avait supplanté les dits Bréviaires locaux. Mais nous nous réservons d'expliquer, au début de notre troisième partie, comment le Breoiarium Sanctœ Crucis prépara les voies à la réforme opérée aussitôt après le concile de Trente.

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