CHAPITRE PREMIER
Le Concile de Trente et le Bréviaire de saint Pie V.
ARTICLE L — Préparation de la réforme du Bréviaire.
1. Qiiignonez (1). — A la fin de la seconde partie, nous avons vu quel sort attendait, en définitive, l'œuvre du cardinal Quignonez. Nonobstant Tenthousiasme avec leq^uel elle fut reçue dans certaines régions, elle ne pouvait durer ; car selon la remarque de Dom Guéranger, il lui manquait les conditions essentielles à toute réforme sérieuse de la liturgie : « 1) Ce n'est point une forme liturgique durable que celle qui a été improvisée pour satisfaire à de jprétendues exigences littéraires ; — 2) la réforme de la liturgie, pour durer, a besoin d'être exécutée non par des mains doctes, mais par des mains pieuses et investies d'une autorité franchement compétente ; — 3) on doit se garder de Tesprit de nouveauté, restaurer ce qui se serait glissé de défectueux dans les anciennes formes et non les abolir ; — 4) abréger n'est point précisément réformer en matière de liturgie, sa longueur n'est point un défaut aux yeux de ceux qui doivent vivre de la prière ; — 5) lire lîeaucoup d Ecriture Sainte dans l'office n'est pas remplir
(1) La « H. Bradshaw Society » de Londres dont le but est de faire revivre les anciens textes liturgiques, vient de publier un nouveau travail du docteur Wickham Legg : The Becond recension of Quignon'ê breo.
toute l'obligation de la prière sacerdotale ; — 6) il n'y a pas de fondement à la distinction de l'office public et de l'office privé ; car il n'y a pas deux prières qui soient à la fois pnère officielle de l'Eglise. Légitimement absent du chœur, le clerc doit néanmoins se tenir uni à ses frères en récitant avec eux ce (j^u'ils chantent en union avec lui (1). » — Pourseconvamcrequele Breoiarium Sanetœ Crueis ouvrait la porte à un particularisme dangereux, il n'y a qu'à voir comment les Gallicans aux xvii^ et xviii^ siècles adoptèrent les idées de Quignonez et en subirent l'influence (2).
Ce n'est pas à dire que ces idées fussent toutes à écarter ; dans la critique qu'il en fait, le théologien espagnol Jean d'Arze reconnaît que le projet du cardinal de Sainte-Croix avait du bon ; la relation adressée au concile de Trente, en vue d'une révision du Bréviaire, et ultérieurement le rapport de la commission instituée par Pie IV et Pie V exprimèrent en des termes différents ce que Quignonez disait au début et à la fin de sa lettre à jPauHII. — Il n'y a pas à revenir sur les observations de Jean d'Arze, « s'il en est de moins fon* dées et qui ne prouvent rien pour vouloir trop prouver, si même quelques considérations sont poussées jusqu'à l'outrance déclamatoire, il y a telles pages de ce mémoire qui sont animées d'une sincère et vivante éloquence (3). »
La publication de Quignonez eut pour résultat d'amener plus promptement une réforme dont tout le monde reconnaissait la nécessité. Jean d'Arze trace, à grands traits, le plan de cette réforme quand il émet le vœu qu'à l'avenir les rubriques soient disposées d'une façon plus claire, l'ordonnance entière du Bréviaire simplifiée, les légendes revisées, ainsi que les offices du dimanche et ceux de la férié, les leçons empruntées aux Saintes Ecritures ; — que l'on conserve néanmoins toutes les
(1) D. GuÉRANGBR. IfittUuUons liturgiques, tome I, p. 378-3791 Edit. Palmé, 1880.
(8) « Il y eut aussi des affinités, non voulues mais trop réelles, entre l'œuvre du cardinal Quignonez et l'esprit de la Réforme. » Batipfol : Histoire du Bréviaire, p, 230.
(3) Mgr Batiffol : Histoire du Bréoiaire Romain, p. 229.
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parties essentielles de VOrdo ofjicii observé jusque-là ; — que l'œuvre enfin soit entreprise par des hommes experts, savants et pieux, accomplie après mùr examen et sérieuses délibérations.
2. Les Théatins et Caraffa. — Ces hommes étaient déjà trouvés ; dans le silence de leurs cellules, ils avaient commencé un travail qui avait reçu la bénédiction du Souverain Pontife et devait, plus tard, servir de base au projet de réforme. Parallèlement aux essais entrepris par Ferreri et Quignonez, une autre tentative s'élaborait sous le patronage du pape Clément VII (1523-1534). Celui-ci avait donné Tordre au fondateur de la Congrégation des Théatins, saint Gaétan de Thienne, et à son confrère Jean- Pierre Caraffa (le futur Paul IV) de faire un plan d'amélioration du Bréviaire ; le bref porte la date de 20 février 1529, et un bref antérieur (24 juin 1524) accorde aux-dits religieux de se servir, au chœur ou dans la récitation privée, du Bréviaire corrigé par eux, afin qu'ils apprennent mieux par la pratique ce qui convient ou ne convient pas.
L'œuvre qui en sortit, due surtout à l'application de Caraffa, mit de côté les homélies d'Origène et d'autres analogues, remplaça les rubriques par d'autres, mieux ordonnées et plus claires, éclaircit surtout les rubriques de l'Avent, jusque-là passablement obscures^ abrégea notablement Prime du dimanche. On y réglait en particulier que lorsqu'un autre office tombait un jour de dimanche, la commémoraison de ce dernier ne devait jamais être omise. Enfin, Caraffa donnait des homélies de saint Léon le Grand aux deux offices de la Croix, attribuait à l'office de sainte Agnès le sermon de saint Ambroise, tiré du IP livre de Virginihus^ à celui de saint Thomas de Cantorbéry le récit abrégé de son martyre, remplaçait par d'autres hymnes plus harmonieuses celles de la fête de la Transfiguration et de la Sainte-Trinité fl).
* Le travail se neurta à des di fficuUés, dues notamment aux hésitations de Clément VII, qui, dans sa circons-
(1) Consulter Bolland. Acta Saneiorum, Augutii, iom» lï, diê 7,ii. 50.
pection, voulait toujours entendre de nouveaux conseils avant de donner une décision. Un peu moins d'espoir encore fut laissé aux auteurs de cette réforme, quand à Clément VII ils virent succéder Paul III, sous le pontificat duquel parut le Breoiarium Sanciœ Crueis, puis Jules lit auquel Caraffa, fatigué de ces délais, aurait, dit-on, demandé de ne plus réciter l'ancien office pour s'accommoder du Bréviaire de Quignonez (ce qui paraît peu croyable). Il serait plus juste de supposer qu'il avait demandé, avec la dispense de l'ancien Bréviaire, l'autorisation de se servir de sa composition personnelle ou d'un exemplaire corrigé par lui.
Mais Caraffa, devenu pape sous le nom Paul IV (1555-1559), reprit son travail avec l'aide de ses conseillers fidèles, et joignant la pratique à la théorie, récita avec eux son office réformé dans sa chapelle privée. Peu après son intronisation, il fit défense aux autorités ecclésiastiques de Rome et aux nonces de l'étranger d'accorder à l'avenir des privilèges pour l'usage du Bréviaire de Quignonez : de fait, à dater de 1556, il ne parut plus à Rome d'autre édition du firemarium Sanetœ Crueis. Paul IV mourut avant d'avoir pu achever et publier son Bréviaire réformé : un acte de ce pape, relativement au calendrier, doit être mentionné ici : le 14 janvier 1558, il prescrivit en consistoire solennel, et sur un rapport de Guillaume Sirleto, que désormais, outre la îfôte de la chaire de saint Pierre célébrée le 22 février, on fêterait aussi la Cathedra romana au 18 janvier. Cette fête existait d(^jà, on la trouve mentionnée dans des manuscrits du vni^ siècle et même du vu® et depuis longtemps les auteurs ont cherché, sans trop de succès^ à expliquer la coexistence de ces deux solennités sous une même rubrique : Cathedra aaneti Pétri (1).
(1) On ne s'arrête plus maintenant à la mention m Antiochia da 22 février, bien qu'elle noU toujours au Martyrologe: ces mnts ne furent ajoutés qu'à panir du vni* siècle, à mesure qu'on perd-ût le souvent nies raisons qui déterminèrent l'iustitutton de cette double solennité. Sre- \srenson, de Rossi, pensent que de ces deux fêtes, celle du 18 janvier rappelait un souvenir historique, l'arrivée de saint Pierre à Rome, tandis que celle du 22 février célébrait le fait de la Primauté confé-
3. La question au eoneile de Trente* — Ce saint Concile, dans les circonstances (|ue nous venons de rappeler, ne pouvait pas négliger la question du Bréviaire, d'autant plus qu'elle était nécessaire pour la correction du Missel : cependant il ne Tétudia dans ses détails au'en terminant ses travaux (1562-1635). A la cour d'Allemagne sous Ferdinand I^, successeur de Charles>Quint, on avait préparé un plan de réforme du Bréviaire, qui devait être communiqué au Concile. Après unreprocne au pape PaulIV, qui s'était occupé seulement de quelques fêtes de saints, tout en ayant promis une réforme considérable, on demandait avec insistance a plus de piété et de dévotion dans la célébration de l'office, puis l'examen attentif et la correction du Bré« viaire ». Il faudrait surtout « retrancher tout ce oui s'y était glissé de déplacé et d'apocryphe, abréger les prières trop longues et en réduire le nombre... Il serait beaucoup mieux de ne réciter que cinq psaumes avec dévotion et plaisir, que tout le psautier avec dégoût et ennui. » (V. Martène et Durand : Veterum scripiorum... eoUeetio, tom. VIII, fol. 1426).
Heureux temps, où les princes temporels se souciaient d'assurer la digne célébration des saints offices et croyaient rendre les plus grands services à leurs peuples en leur assurant le bénéfice d'une prière pieusement récitée 1 — Les légats du concile ne présentèrent pas au synode cette pièce telle qu'ils l'avaient reçue ; mais ils en firent des extraits oui pussent servir de base à des délibérations plus développées.
Puis on informa les envoyés impériaux que la revision du Bréviaire serait soumise à la commission de l'Index : mais il ne fallait pas s'attendre à voir déprécier le rite traditionnel de l'Eglise romaine en usage
rée à saint Pierre par Jéatts-Christ et reçue en héritage par les Pontifes romains. Mgr Dachesne (Origines du culte chrétien, p. 267-2G8> émet le sentiment « que la fôte liu 22 février tombait souvent en carême, et comme dans les pays gallicans on estimait l'observance quadragésimale incompatible avec les solennités en l'honneur des saints, on se tira de cette difficulté en avançant la fôte au 18 janvier. » Les deux solennités en ce cas, auraient eu le même objet et môme» après llnconvénient disparu, on les aurait conservées*
depuis Grégoire VII et amoindrir l'office divin par la diminution du Pensum servituiis imposé au clergé (1).
De son côté^ la cour de France (Charles IX ou sa mère et les Etats Généraux) se faisait représenter à Trente i)ar le cardinal de Lorraine, Charles de Guise : celui-ci insistait fortement, auprès des Pères du Concile, sur la nécessité d'épurer le service divin, de retrancher les superstitions et de revoir les prières et les cérémomies. — Saint Charles Borromée avait envoyé aux légats un promémoire de l'évêque espagnol d'Huesca avec Tordre d'appeler l'auteur à Trente, d'y discuter avec lui sur les décisions à prendre : cet évéque se plaidait de voir le Bréviaire de Quignonez supplanter le ëréviaire Romain dans un grand nombre des églises d'Espagne.
Les légats prirent aussitôt l'affaire en main, et dès le 23 novembre suivant (1562J, ils envoyèrent au Pape Pie IV et à son secrétaire d'Eftat^ le cardinal Charles Borromée, un plan de décret qui fut bien accueilli à Rome : on leur répondit qu'il fallait mener à bonne fin une pareille résolution. — Mais des discussions orageuses sur la primauté papale et l'origine de la juridiction épiscopale firent ajourner pour un temps la Question du Bréviaire ; celle-ci fut reprise au milieu de l'année 1563 et l'on convint de nommer pour la revision de l'office divin une commission qui prendrait pour base les travaux de Paul IV. Nous n'avons pas de renseignements précis sur cette commission, u est permis de supposer qu'elle n'était autre que la commission de l'Index, supposition confirmée par le fait suivant:
Earmi ceux qui, à Rome, prirent part aux travaux de i correction du Bréviaire, il s'en trouva trois ayant appartenu à la commission de l'Index, savoir : Leonardo Marini, génois et dominicain, archevêque de Lanciano, plus tard évoque d'Albe ; Muzio Calinio, archevêque de Zara, un des membres les plus actifs du Concile ; Egidio Foscarari, dominicain, né à Bologne,
(1) Lettre de saint Charles Borromée du 7 novembre 1562 aux Jt^gats.
évèque de Modène, où il fut pour un temps injustement, emprisonné pour cause d'hérésie, remarquable par sa grande chanté. — A côté de ces trois personna^, ngurait un Anglais, Thomas Goldwell, évèque de Saint- Asaph, qu'il ne faut pas confondre avec le moine du même nom : il appartenait à la congrégation des théatins, fut nommé évèque de Saint^A^aph, privé de son diocèse sous la reine Elisabeth; après le Concile de Trente, il fut vicaire général de saint Charles à Milan, maître des cérémonies papales^ enfin f^ous Grégoire XIII prit une part active à la revision du Martyrologe.
La Commission n'avait pas terminé ses travaux, nue deux courants s'établissaient dans le Concile au sujet des réformes liturgiques i.les uns voulaient l'unité et l'uniformité complètes dans toute l'Eglise, les autres donnaient la préférence au rite des diocèses particuliers et lui reconnaissaient comme une sorte de privilège. Vu l'impossibilité de parvenir à une entente et la nécessité de procéder avec calme en une pareille matière, le Concile, dans sa vingt-cinquième session, décida de s'en remettre au jugement du Pontife romain après lui avoir envoyé les actes relatifs â cette question (1) : ce ne fut pas, il est vrai, sans quelques vives oppositions, mais ta plupart des Pères jugèrent sainement que, comme il s'agissait de reviser et corriger la liturgie, Rome était le seul endroit où l'on put entreprendre cette œuvre ; de l'avis de tous, la litur^e romaine avait le pas sur toutes les autres et devait servir de type et de règle pour tous les pays de l'Occident.
Art. il RéaUsaiion de la Réforme du Bréciaire.
1, La commission de Rome et ses travaux . — 1. La Bulle de saint Pie V, Quod a nobis^ nous fait connaître
Îue Pie IV, ayant reçu les actes de la commii^sion du bréviaire (vers la fin de 1563), appela à Rome la commission elle-même et lui adjoignit queluues nouveaux membres : quels ils furent, on n^pu jusqu ici le dire d'une façon certaine. — Pie IV meurt en 1565 ; Pie V lui
m Décréta SS. ConcUU Tridentinl, eem. XXV, de ReformatioM i De Indice... Brevlario. '
succède, confirme la commission dans tous ses pouvoirs et Taugiuente encore de quelc^ues membres sur lesquels nous ne possédons que de maigres détails. Nous dirons ici ce qu'on sait confusément des sept ou huit personnages qui prirent part aux travaux de la commission du Bréviaire, de concert avec les quatre prélats de Trente, mentionnés -plus haut.
Ce furent le cardinal de Trani, Bernardin Scotto(ou Scotti),théatin, évèque de Plaisance, qui paraît avoir été le président de la congrégation, au moins pendant quelque temps ; Guillaume Sirleto, un des plus savants hommes de la cour romaine, âme de la commission qu'il présidait en l'absence du précédent ; le latiniste élégant Jules Poggiani, qui travailla à la composition littéraire de la plupart des légendes ; le chanoine de Saint-Pierre, Curtio de Franchi ; Vincenzo Masso, théatin, réputé pour sa science de l'histoire ecclésiastique ; Messer Accurzio, sur lequel nous n'avons rien de précis ; Antonio Caraffa, né à Naples, neveu de Paul IV, créé cardinal par Pie V, protecteur des Olivétains chez lesquels il fit refleurir les études scientifiques et rétablit la discipline régulière ; Ponce de Léon, qui ne prit pas directement part à la commission, mais fut utile aux travaux de ses membres par ^a correspondance avec Sirleto. C'est lui qui en particulier proposa :
a) qu'on tint compte de tous les saints nommés au canon de la Me8S(>, des di)cteurs grecs et latins, de tous les fondateurs d'ordre, des deux princes de la Scolastique, saint ThomHS d'Aquin et saint Bonaventure, et aussi de quelques saints d'Espagne, comme »aint Isidore et ses frères, saint Léandre et saint Fulgence ; —
b) Qu'au propre du temps, on eût des leçons régulières ou (]uotidienne3 tirées de la Sainte Ecriture avec indication du livre où on les prenait ; — e) Q«ie pour les homélies ou sermons des Pères, on eût soin d'indiquer, chaque fois, l'ouvrage ou le sermon auquel étaient empruntées les leçons : il trouvait des difficultés de criti(][ue dans les offices de sainte Catherine, dt^ l'apôtre saint Siinon souvent confondu avec saint Siméon, premier évèque de Jérusalem, des deux apôtres saints Jac-
ques, de saint Cyprien. Ainsi, onze ou douze membres au moins prirent part aux travaux accomplis à Rome pour la revision du Bréviaire.
2. Impossible de suivre ces travaux dans le détail : qu'il nous suffise de donner les principes et les lignes générales de la méthode sur lesquels trois documents peuvent nous renseigner : le Bréviaire lui -môme, tel quil fut publié en 1568 ; la bulle Quod a nobis, mise comme préface en tête de toutes les éditions (elle se trouve au commencement du volume de la partie d'hiver) ; un rapport italien ou Promemoria, sous forme de lettre, composé par un membre de la commission, vraisemblablement Marini, archevêque de Lanciano, et adressé à un cardinal de ses amis.
Ce qui domine tout, c'est une idée fondamentale diamétralement opposée à celle de Quignonez : Rien d'essentiel ne doit être retranché de l'ancien Bréviaire romain. Il n'y a pas à créer un nouveau Bréviaire, mais à ramener à son état primitif celui qu'on possède, tout en tenant compte du changement des circonstances : qu'on ne voie pas de divergence de texte entre l'office public et l'office récité en particulier, parce que l'office doit toujours être récité au nom et sur l'ordre de l'Eglise et à la place du peuple chrétien, de l'humanité, de la création entière ; il est et demeure essentiellement public, lors môme que le prêtre ou le religieux le dit seul dans le silence d'une cellule. Par là seulement se pourra conserver la continuité de la tradition chrétienne dans la liturgie, sans modification essentielle, encore qu'il y ait eu développement et progrès comme dans tout corps vivant. Tel est le principe sur lequel s'appuie constamment la commission, comme le montrent les fréquentes déclarations de son président Sirleto : c'est ce qui fait qu'on se mit à compulser les plus anciens manuscrits, à étudier les éditions imprimées des antiphonaires, bréviaires, psautiers, lectionnaires, responsoriaux, hymnaires, sacramentsdres et ordines des plus importantes églises de Rome et de la Bibliothèque vaticane , on les prit pour base des corrections, en
maintenant toutefois le rite réglé par de récents canons.
Comme nous allons le dire en exposant le contenu du nouveau Bréviaire, la commission s'attacha à corriger les légendes des saints ou leçons du second nocturne, à faire un choix plus judicieux dans les emprunts aux œuvres des Pères, à mettre une grande réserve dans Pacceptation des fêtes de saints pour ne pas restreindre outre mesure l'office du dimanche et l'office férial : elle ne s'est pas crue liée par tous les travaux préliminaires de CaraflTa. comme on peut le voir par l'office de sainte Agnès où elle plaça une nouvelle légende.
2. La publication du nouveau Bréviaire. — 1. La bulle Quod a nobis est du 9 juillet 1568, et se trouve, avons-nous dit, dans toutes les éditions des Bréviaires, ordinairement au commencement de la partie d'hiver dans les exemplaires en quatre volumes. Elle expose en substance les motifs qui ont déterminé Rome à intervenir pour la publication d'un texte officiel de la prière publique, les travaux qui ont été entrepris pour en assurer la correction ; enlève le bénéfice de toute autorisation au Bréviaire de Quignonez et à tout autre Bréviaire qui ne peut se prévaloir de deux cents ans d'existence ou d'une approbation expresse du Saint- Sièçe. Quant aux Eglises qui présentent des coutumes vraiment antiques, on laisse la liberté à l'évêque et au chapitre d'adopter le nouveau Bréviaire, après entente commune. Toutes les autres Eglises devront prendre le Bréviaire de saint Pie V, dans les délais fixés ; savoir : à Rome, un mois après la publication ; dans le reste de rita,lie, au bout de trois mois ; dans tous les autres pays de la catholicité, après un délai de six mois. Suivent les règlements relatifs au mode de promulgation, à l'autorisation d'imprimer, à la défense d'apporter des changements.
2. Le contenu et l'ordre du nouveau Bréviaire : Les préliminaires donnent le moyen de prévoir et calculer à t'avance la date de la fête de Pâques et des autres fêtes qui en dépendent ; les mêmes tables peuvent servir aussi à déterminer la date des événements passés : les corrections apportées alors dans les supputations du
calendrier et les calculs astronomiques ne furent pas heureuses ; Terreur qui avait cours par rapport au calcul du cycle de la lune fit placer faussement les Nombres d'or et le jour bissextile ; en voulant y remédier par le déplacement du Nombre d'or, on ne fit qu'aggraver le mal ; on ne remarqua pas non plus que Tannée Julienne était en retard d'environ dix jours. L'inconvénient devait disparaître bientôt (1582), aprôs la réforme du calendrier sous Grégoire XIII.
A. Vient ensuite b calendrier. On y tient compte de la place à laisser pour l'office férial, afin de procurer le plus sauvent possible la récitation hebdomadaire du Psautier ; Dom Guéranger pense ^u'on voulut aussi réserver des jours libres pour les saints des âges suivants. Le fait est qu'avec le nouveau calenarier, la moitié de Tannée se trouva libre : pour les fêtes de Notre-Seigneur : Noël, Circoncision, Epiphanie, Semaine de la Passion et Semaine Sainte, Pâques, Ascension, Pentecôte, Fête-Dieu (avec leur octave et leur vigile) ; pour les fêtes de la Sainte Croix, de la Transfiguration, de la Dédicace, et pour l'office du dimanche et de la férié. L'autre moitié de Tannée était laissée aux fêtes de la Sainte Vierçe et des Saints. On comptait environ soixante fêtes ooubles, comprenant les mystères de la Sainte Vierge tels que nous les célébrons aujourd'hui (excepté celui de la Présentation au temple), les fêtes des Apôtres et des Evangélistes, les fêtes des saints, un peu moins nombreuses qu'à Theure actuelle ; car certaines solennités, comme celles des saints Joachim, François dePaule^ Bernardin, Antoine de Padoue, Louis de Toulouse avaient été radicalement supprimées, d'autres, de doubles ou semi-doubles, étaient devenues de simples commémoraisons ou tombaient d'un degré, comme, par exemple, saint Nicolas, saint Thomas de Cantorbéry, saint Hilaire^ saint Bonaventure ; d'autres enfin n'existaient pas encore.
Il y avait de trente à quarante semi-doubles, et trente- , trois commémoraisons ou fêtes et offices simples. Quelques-unes de ces dernières étaient placées à des jours
OÙ l'on célébrait déjà la fête d'un autre saint, comme par exemple^ au 11 novembre, jour de saint Martin, la commémoraison de saint Mennas, martyr ; d'autre part, différentes fôtes^ comme la Nativité et l'Assomption de la Sainte Vierçe, la Nativité de saint Jean Baptiste, la fête des saints Pierre et Paul, la fôte de saint Laurent et la Toussaint avaient uneoctave, durant la moitié de laquelle il n'y avait pas d'autre fôte de saint. Pour les fêtes et offices simples, l'office était en mmde partie emprunté au Psautier ; on lisait une ou deux leçons tirées de la vie du saint, on récitait une collecte en son honneur ; on arrivait ainsi à plus de deux cents jours réservés chaque année pour l'office férial. On eut soin que les offices des saints, ordinairement réduits aux leçons du deuxième nocturne, n'eussent ni hymnes ni antiennes propres.
Dans certaines éditions du Bréviaire de saint Pie Vy le calendrier avait été placé après les rubriques générales ; il les précède maintenant dans toutes les éditions.
B. Ces rubriques générales constituaient alors une nouveauté ; il n'y avait pas dans les anciens Bréviaires des instructions aussi détaillées embrassant l'office tout entier: elles furent rédigées d'après un Dlrectorium dioini officii^ édité en 1540, par l'observantin Louis Giconiolano et approuvé par Paul III — Depuis leur insertion au* Bréviaire, ces règles ont été corrigées et augmentées sous Clément VIII et Urbain VIII(1602 et 1635) ; elles viennent de subir une transformation, sous Léon XIII, en ce qui concerne la translation des fêtes et les offices votifs cui libitum de chaque semaine : à ces exceptions près, elles sont restées ce qu'ellesétaient en 1568. « C'est un fait unique dans l'histoire des législations, remarque D. Guéranger, depuis bientôt trois siècles qu'un tribunal a été établi à Rome, sous le nom de Congrégation des Rites, pour dirimer toutes les difficultés d'application ou d'interprétation des rubriques, tant du missel que du Bréviaire Romain, après plus de six mille consultations et réponses qui ont été imprimées, il est inoui que les juges aient été
obligés de s'écarter du texte de la loi dans les arrêts qu'ils ont rendus (1). »
En trente-sept titres, les rubriques du Bréviaire traitent de Toffice en général et de ses degrés, des parties, c'est-à-dire des heures, qui le composent, puis des éléments de ces mômes heures. Qu'on nous permette ici une petite digression seulement à propos du degré des fêtes ; dans tout le cours de ce résumé on trouvera des renseignements suffisants sur les diverses parties des heures et leurs éléments. C'est à partir du viii® siècle, que les fêtes des saints s'étant multipliées, on établit une distinction dans les degrés de leur solennité : la plupart furent simplement rappelées à Prime dans la lecture du Martyrologe ; parmi les autres, il y en eut dont on fit une courte mémoire à Vêpres et à l'office de nuit, Commemoraiio ; d'autres, considérées comme simples, eurent une ou deux leçons tirées de la vie du saint, puis une collecte, quelques antiennes et des hymnes ; les plus dignes reçurent un office particulier, qui était ou semi-double ou double. Apartir du xiv^et du xv*» siècle, à Rome et ailleurs, on commença à célébrer les fêtes simples à la façon des semi-doubles ; c'est-à-dire qu'on leur donna neuf leçons et trois nocturnes, et que^ dans le cas de concurrence avec d'autres fêtes plus dignes, on les transféra au premier jour libre, même d'une année à une autre. Le Breoiarium Pianum remédie à cet inconvénient, en supprimant ou abaissant d'un ou deux degrés un certain nombre de fêtes, comme nous l'avons dit, puis en décidant que les fêtes simples ne seraient plus transférées, que leur office serait de préférence celui des fériés tel qu'il est au Psautier^ que leurs leçons seraient une légende de la vie du saint et surtout la Sainte Ecriture. Il en est encore ainsi de nos jours, comme on peut le voir aux numéros 3 et 26 des rubriques générales.
La principale raison qui fit, avant le Concile de Trente, multiplier les offices doubles ou semi-doubles au ' détriment des simples, était, qu'au cas d'un office fé-
<1) IititiUaianM lUurgiquêê, I, p. 371-S72.
rial ou simple, on devait, àTofficedu jour, joindre celui des défunts, le petit office de la Sainte Vierge et, de plus, à certains jours, les sept psaumes de la pénitence ou les quinze psaumes graduels, avec un grand nombre de prières additionnelles (1). Pour ne pas allonger l'office par le rétablissement des fêtes simples et des fériés, il fut décidé qu'on supprimerait l'obligation de ces parties accessoires. Elles restèrent annexées au nouveau Bréviaire, comme prières de dévotion ou comme obligatoires m ehorOy suivant la coutume des divers lieux, monastères ou chapitres, seulement le premier jour libre de chaque mois, les lundis d'Avent et de Carême, à certaines vigiles et aux Quatre-Temps (voir les rubriques générales, n® 37, et les rubriaues particulières qui précèdent ces divers offices à la nn du Bréviaire Romain). Les longneH prières fériales ne seraient plus désormais récitées aux Petites Heures ni à Matines, mais seulement à Laudes, à Vêpres et à Prime, durant l'Avent, le Carême, aux vigiles et aux Quatre-Temps : Complies, Tierce, Sexte et None ne conservèrent comme pnères, pour les offices simples, que deux versets avec le Pa^er noster (le Credo^ en plus, pour Complies), (voir rubriques générales, n. 34). — Un autre changement heureux concerne les octaves (ou solennité d'une fête prolongée pendant huit jours). Depuis le xiu^ siècle, ces octaves s'étaient extrêmement multipliées. Le Breoiarium Pianum supprime celles des fêtes franciscaines (saint François, samte Claire, saint Antoine de Padoue, saint Bernardin, saint Louis de Toulouse) ; celles des fêtes de la Conception et de la Visitation (à cause de l'Avent et de l'octave des saints Pierre et Paul). Il établit ensuite la règle générale suivante : a j Pour les fêtes du Seigneur, il y aura comme octaves spécialement privilégiées, celles de Pâques et de la Pentecôte, excluant toutes autres fêtes ; comme octaves simplement privilégiées, celles de Noël, de l'Epiphanie, de la Fête-Dieu, n'admettant dans le courant de la semaine aue quelaues fêtes d'un rite élevé (encore celle de l'Epiphanie aevra-t-elle les exclure, sauf autorisation du Saint-Siège pour la fête (1; Voir plus haut, page 75.
110 LE BRÉVIAIRE ROXfAIN
du Patron) ; enfin celle de TAscension, comme octave simple ou non privilégiée : le jour octave (ou huitième) qui suivra ces fêtes sera fête ou office double, à moins au'on n'y célèbre un mystère particulier comme celui de la Circoncision ou de la Samte-Trinité.
Le dimanche qui arrivera dans l'intervalle sera m modum octaoœ, comme semi-double avec une oraison^ des antiennes et des versets, à Magnificat et à Bene-dietus, une homélie de TEvangile, des capitules des petites Heures, des leçons spéciales au premier et au deuxiènle nocturne ; les six jours durant l'octave seront célébrés comme semi-doubles ou simples, tantôt excluant les autres fêtes et n'admettant de mémoire qu'à partir du quatrième jour quand elles seront privilégiées, tantôt ne cédant leur place qu'à des fêtes de l'^ et de 2^ classe comme par exemple l'octave de l'Ascension. — b) Pour les fêtes des saints qui auront une octave, on pourra, pendant cette octave, célébrer un office double avec mémoire de l'octave ; le huitième jour sera double, le dimanehe dans l'octave n'aura m prières ni suffrages. — Pendant le Carême, il n'y aura pas d'octaves. En général, les dimanclMS auront leur oflice célébré selon le rite semi-double, céderont le pas à une fête double où l'on fera mémoire du dimanche ; mais ceux de l'Avent, de la Septuagésime, du Carême jusqu'au dimanche in albis seront privilégiés et n'admettront pas de doubles. (Voir rubriques générales, n® 7 et n® 4.) — Comme particularité relative à ces rubriques générales {p? 13, 15, 16, 17), il est intéressant de noter ici que vAve Maria y parait pour la première fois, avec l'addition du Saneta Maria, Mater Dei, ora pro nobis^ etc. Aux xui^ et xiv« siècles, on ne récitait que la première partie jusqu'à fructus ventris tui ; au xv" siècle, on ajouta le mot Jésus ; et c'est sous cette forme que les Bénédictins de Lorraine, en 1503, décidèrent de joindre la Salutation anffélique au Pater noster à toutes les heures canoniales. La forme actuelle parait en certains Bréviaires, du moins en France, dès le début du xvi« siècle ou la fin du xv® ; saint Pie V la consacre
ici officieUement et l'impose à toute l'Eglise pour le commencement et la fin de l'office, le commencement des petites Heures et de Vêpres.
C Le Psautier, dans le Bréviaire de saint Pie V, reçoit peu de modifications quant à la distribution et au texte. — L'ordonnance ancienne y est conservée excepté poiir Prime : chaque dimanche, avant le psaume Beati Immaeulati (118®) on récitait six autres psaumes^ |isaumes 21 à 25 et le psaume Confite" mini (1 17') (1) ; désormais ces psaumes seront distribués entre Prime du dimanche et des cinq premiers jours de la semaine, de façon que, si l'on excepte le samedi, on ajoutera un psaume à chaque jour (voir le Bréviaire Romain : Dominiea ad Primam et In feriali ofjieio ad Primam).
Pour ce qui est du texte (2) ou de la version des psaumes, on s'en tint généralement au Psalterium Gallicanumy tandis que le Psalterium Romanum fut conservé à Saint Pierre de Rome, à Saint-Marc de Venise et à Milan. L'ancien texte fut maintenu pour les pièces de chant proprement dites, comme antiennes et répons, à cause de la difficulté qu'il y aurait eu à changer les mélodies. Sur le désir exprès de Pie V, la commission, pour empèclier la prononciation fautive du latin, marqua d'un accent la syllabe accentuée dans les mots à plusieurs syllabes.
D, Le propre du temps. — L'année liturgique dans le Breviariurn Pianum conserve sa disposition et son caractère essentiel ; on y distingue toujours trois grands cycles : 1) Le temps de l'A vent, de Noël et de TËpiphanie ; 2) autour de la grande fête de Pâques sont groupés les mystères qui précèdent et ceux qui suivent, depuis la Soptuagésime jusqu'à l'octave de TAscension ; 3) enfin vient la Pentecôte avec les fêtes subséq uentes et le temps qui suit jusqu^à l'Avent ; les semaines et jours liturgiques se succèdent, comme dans les Bréviaires anciens. La grande transformation porte sur les leçons
(1) Voir plus haut, page 49.
(2) Voir plus liant, pages 46-47.
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8oit de la Sainte-Ecriture, soit des légendes, soit des homélies.
a. Sainte-Ecriture : il est tenu compte du principal désir de Quignonez : les Matines ne se réciteront jamais sans une lecture des Saints-Livres, soit de l'Ancien, soit du Nouveau Testament. Dans les offices à neuf leçons, les trois premières seront empruntées à la Sainte- Ecriture suivant les indications de la solennité, ou du commun, ou du jour qui se rencontre : dans ce dernier cas, le passage prend le nom d'Ecriture occurrente. Dans les offices à trois leçons, à l'exception des feriez majewres et des jours de Pâques et de la Pentecôte qui ont un évangile propre avec une homélie, ces leçons, ou les deux premières, seront encore de l'Ecriture. — L'ordre que l'on observait dans la lecture des livres de la Bible, conformément aux prescriptions du Corpus jurù eanonici est maintenu ; ainsi l'on commencera au dimanche de la Septuagésime par le livre de la Grenèse. « Il n'y eut, dit D. Guéranger (1), que les Paralipomènés (2), Ësdras et Baruch, pour lesquels il ne se trouva pas de place : mais le choix des passages fut fait avec tant de goût et de précision, que l'on peut dire de leur ensemble u'il donne un aspect des Saintes-Ecritures égal à celui u Bremarium Sanetœ Crucis où l'on promettait la lecture annuelle de la Bible ; promesse qui n'est cependant pas remplie. »
La variation de la fête de Pâques donnait lieu â un nombre plus ou moins grand de dimanches entre l'Epiphanie et la Septuagésime et entre la Pentecôte et l'Avent; on établit alors l'office, pour plusieurs dimanches, que l'on pourrait intercaler, selon les besoins, avant la Septuagésime ou avant le temps de l'Avent, en y plaçant au premier nocturne soit la continuation des Epltres de saint Paul, soit la continuation des Prophètes : ces dimanches furent appelés intercalaires. La double récitation des Matines pour une même fôte, si tant est qu'elle existât encore, fut définitivement supprimée.
Q.)InitituL Utargigaes, l, p. 4t6.
(S) lia sont oep«ndaiit employés pour l'office de la Dédicace.
p. Légendes : C^est sur ce point que porte le chanj^ement le plus saillant dans le texte de l'ancien Bréviaire. Si la commission n'a pas fait disparaître des pièces auxquelles la critique historique des âges suivants mieux informée trouve encore à redire, elle a néanmoins éliminé beaucoup de récits apocryphes parmi lesquels il s'en trouvait d'inconvenants ou même d'indignes. Après délibérations sérieuses, elle décida d'extraire, des biographies particulières ou des recueils qu'elle possédait, les passages les mieux établis et les plus caractéristiques et elle les revêtit d'une forme convenable. Elle ne crut pas devoir nommer les auteurs de ces biographies ou recueils, sauf pour ce qui est emprunté à saint Jérôme et à saint Grégoire le Grand, parce qu'elle estima que le nom du pape sous lequel le Bréviaire était publié pouvait offrir une garantie suffisante et qu'elle avait apporté la plus attentive application pour la rédaction définitive. Ce ne fut que plus tard, sous Clément VIII, qu'on chercha à désigner plus exactement les sources. Quignonez avait contribué à rendre claires les légendes des saints ; la commission de Pie IV et de Pie V ne fit pas difficulté d'utiliser ces matériaux : quatre-vingt-quatre de ces légendes furent soumises à différents examens, considérablement allongées après une comparaison attentive avec les sources et corrigées ; plusieurs reçurent une forme nouvelle. H s'ajgissait de favoriser la piété, d'extraire des Biographies les passages les plus édifiants et de les couler dans un moule unique qui conserverait le caractère et le style liturgique. Les légendes ne devaient pas être trop sèches, ni trop monotones, mais assez étendues et offrant de la variété ; l'évêque de Modène, iEgidio Foscarari et l'habile latiniste Poggiano résolurent ce problème.
Y. Homélies et passages des Pères: Les anciens Bréviaires renfermaient déjà de ces homélies et sermons des SS. Pères : Paul IV, dans son travail de revision, en substitua de plus appropriées en lieu et place de celles qui lui paraissaient « peu convenables ». La commission put se contenter de l'œuvre accomplie par ce Pontife sans y apporter de changement essentiel. D. Guôranger
LE BRàviAIftB ROMAIN 8
croit pouvoir dire que le choix est fait « pour l'ordinaire avec un discernement supérieur. S'il est quelques passages empruntés à des livres que la critique moderne a reconnusapocryphes, il faut se rappelerque cette science ne faisait alors que de naître^ et que les grandes et correctes éditions dont nous jouissons aujourd'hui n'existaient pas. Un homme impartial n'oserait reprocher à Baronius et à Bellarmin les taches de ce genre qu'on remarque dans leurs immortels écrits (1). D. Morin ne pense pas différemment quand il dit dans un article de la Revue Bénédictine (1892, page 270, Les leçons apocryphes du Bréviaire Romain)^ que « lors de la réforme sous saint Pie V on veilla en général à supprimer dans le Bréviaire tout ce qui n'était oas sûrement authentique », que l'œuvre sans nul doute pouvait être perfectionnée et qu'elle le fut en effet sous les successeurs de saint Pie V d'une façon assez satisfaisante, car « les magnifiques éditions dea bénédictins de Saint-Maur n'ont rejeté parmi les apocryphes qu'une partie relativement minime des pièces admises sous Clément VIII par Gavanti. » Malheureusement « dans la plupart des offices ajoutés récemment au Bréviaire, on ne semble pas avoir apporté autant de soin à ne choisir en fait de sermons et d homélies que des pièces authentiques. » Et D. Morin apporte plus d'une preuve de cette dernière assertion dans laquelle il est permis de voir un hommage indirect rendu au J3r6rûiriam P/anum. Nous verrons plus loin quelles critiques en ont été faites.
3. Il nous reste à dire pour le moment quelques mots des avantages procurés par la publication de saint Pie V. Le monde cathoUque se plut à les reconnaître : d'une façon générale, la satisfaction fut la note dominante, on vit dans cette œuvre un moyen efficace de faire cesser les plaintes, au sujet des désordres qui régnaient dans la liturgie de l'office. — L'ordonnance du Bréviaire était considérablement simplifiée *, le Psautier de la semaine, l'office du temps, la lecture de l'Ecriture Sainte s'y trouvaient mieux réglés, le choix des
(1) InftUutions UUcrgiques, tom I. i>. 410
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lectures bibliques comme celui des homélies pouvait être considéré comme heureux ; à l'exception de quelques-unes, ces homt^lies sont de vraies perles de la littérature patnsiique, de même que les leçons de la Sainte- Ëcritiire donnent un bon abrégé du livre qui est en lecture. Les hymnes, antiennes, répons, versets et oraisons sont, à Texception de quelques offices de date récente, essentiellement les mêmes que ceux des hymnaires, antiphonaires, psautiers, responsoriaux et sacramentaires du viii% du ix« ou du xni® siècle (1). Ce fut donc là une a œuvre de conservation » ; elle maintint la tradition de mille ans et au delà et satisfit en même temps dans une certaine mesure aux exigences des temps modernes. Assurément quelques points sont à changer, comme les longs offices des dimanches, péni* bles pour des ecclésiastiques chargés du ministère des àmes^ certaines légendes qui manquent de critique, certaines lectures tirées des Pères qui pourraient être mieux choisies ; mais ce ne sont là que des questions de détail. L'ensemble est une œuvre excellente, incomparable ; et c'est l'hommage que lui rendait en 1836, alors Su'il était encore pasteur protestant, le futur cardinal [ewman : « Il y a, disait-il, tant d'excellence et de beauté dans les offices du Bréviaire, que si des controversistes romains le présentaient à un protestant, comme le livre des dévotions romaines, ils feraient naître indubitablement dans son esprit un préjugé en faveur de Rome, à supposer cjue le protestant fût d'une candeur moyenne, sans parti pris, et qu'il ignorât l'ensemble de la question (2). »
La bulle de publication se termine par un ordre exprès donné à tous et à chacun des patriarches, archevêques, évêques, abbés et autres prélats des Eglises « d'introduire ce Bréviaire dans leurs églises... faisant disparaître les autres bréviaires, même établis de leur autorité privée... et elle leur enjoint, tant à eux qu'aux autres prêtres, clercs, séculiers et réguliers... auxquels
(1) Voir ToMMAsi. P. L., tome LXXVIII.
(2) Tracté for the time, a* 75 ; the roman breoiary, p. 1.
68t imposée l'obligation de dire ou psalmodier l'office, d'avoir soin de le dire ou psalmodier, tant au chœur que dehors, suivant la forme de ce Bréviaire. x> Est éteinte l'obligation de réciter, à certains jours, l'office de la Sainte Vierge et des Morts, les psaumes de Ja pénitence et les psaumes graduels, afin de donner plus de zèle au clergé pour la récitation du Bréviaire réformé ; des indulgences sont accordées à ceux q|ui, désormais, auront la dévotion de continuer ces pratiques. Les offices et prières en question formeront un supplément dans les nouvelles éditions, a Rome, conclut D. Guéranger, ne pouvait pas appliquer au grand mal de l'anarchie liturgique un remède à la fois plus efficace et plus discret (l). »