L'acceptation du nouveau Bréviaire, «* Aussitôt
Îue le Breoiarium Pianum fut publié, le Souverain ontife reçut de tous côtés des témoignages de la joie procurée par cette réforme ; partout on s^mpressa de l'accepter.
En Italie, — Toutes les églises de Rome l'adoptèrent immédiatement ; seule la Basilique Vaticane y mit quelques restrictions, conserva son ancien Psautier Italique, puis les offices des saints Papes et autres saints dont les corps reposaient dans ses trésors. — Parmi les Ordres religieux, dont Rome est la patrie commune, les uns se trouvant, non seulement depuis deux siècles mais depuis près de mille ans, aans l'exception admise par la bulle, conservèrent l'ancienne forme de leur office ; d'autres comme les Ordres mendiants, sauf les Dominicains et les Carmes, réformèrent leurs livres suivant l'office de saint Pie V, qui d'ailleurs n'était que le Bréviaire des Frères Mineurs épuré ; les Franciscains et autres branches de TOrdre de Saint- François ajoutèrent les offices propres des saints de leur Ordre ; les Capucins y renoncèrent pour garantir le plus possible la conformité avec l'office romain. Les orares ae clercs réguliers suivirent sans exception les nouveaux livres, influencés puissamment par les
(1) InêtUutioni lUurgiqueê, h p. 423.
rhéatins. Les Jésuites, suivant la volonté de leur fondateur, devaient garder toujours la forme d'office observée par TEglise romaine ; les autres familles religieuses du môme genre étaient amenées à les imiter
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parisien, ne tardèrent pas à embrasser, en tous lieux, la liturgie réformée. Les religieuses entrèrent dans la même voie.
L'Eglise de Milan (1) était alors gouvernée par saint Charles Borromée ; cet illustre cardinal avait plaidé en faveur de la liturgie ambrosienne pour obtenir qu'elle fût maintenue. Quand le synode diocésain de Milan de 1568 se fut déclaré en ce sens, conformément à la faculté qui lui en était laissée par la bulle Quod a nobia, saint Charles entreprit une revision et une nouvelle édition des livres liturgiques ambrosiens, fit nommer une commission à cet effet ; le calendrier, le psautier (Psalterium romanum), les hymnes furent revus, et la permission obtenue de Rome pour quelques changements. — Le saint cardinal, ayant, un i>eu plus tard, obtenu du pape Grégoire XIII le pouvoir d'introduire ce même nt ambrosien dans les localités du diocèse où il n'existait pas, rencontra de l'opposition dans les deux villes de Monza et de Trévi ; on osa même réclamer contre lui la protection de Rome. Il ne s'en émut en aucune façon, défendit les us^^ de son Eglise et obtint enfin ce qu'il souhaitait, l'uniformité dans son archidiocèse.
Le cas de l'Eglise et de la province d'Âquilée n'était pas le même ; le rit y était rormé d'un mélange de la liturgie romaine avec un certain nombre d'usages et de textes d'autres liturgies. On hésitait à faire la dépense d'une réimpression des Bréviaires qui manquaient ; le patriarche, en conséquence, demanda et obtint du Saint-Siège la permission de se servir du Bréviaire
(1) Pour le Rit ambrosien, voir l'article de M. Paul Lejay, VI, L'année liturgique dans le DiùUonnaire d'Archéologie chrétienne et de Liturgie, I» col. 1893 et as.
Romain, hors du chœur seulement, tant que les Bréviaires du rit d'Aquilée ne seraient pas réimprimés. L'impression ne se fît pas, et dix ans plus tard les livres romains furent définitivement adoptés. — L'Eglise de Côme, du ressort patriarcal d'Aquilée, bien que située dans le duché de Milan, fut obligée, un peu plus tard, par le pape Clément VIII, à prendre le rit romain ; ce qui lui fut aisé, la différence entre le Bréviaire d'Aquilée et le Bréviaire romain étant insignifiante.
On voit par ces quelques exemples comment Rome sut ménager les usages anciens dans l'application des ordonnances de saint Pie V ; celles-ci d'ailleurs ne tardèrent pas à conquérir la presque universalité des Eglises ; chaque année en voyait quelque nouvelle venir se fondre avec les premières dans l'unité d'un môme Bréviaire. Toute l'Italie, sauf le territoire ambrosien, à la fin du xvi^ siècle, s'était conformée aux intentions du Saint-Siège en adoptant les usages liturgiques de Rome.
En Espagne. — La péninsule espagnole suivit cet exemple, nonobstant l'opposition de quelques cathédrales ; grâce à la volonté de Philippe II, prince rempli d'un zèle ardent et consciencieux pour ta foi catholique, les livres romains pénétrèrent dans les vastes colonies qui se rattachaient à cette puissante métropole. Par manière de compensation^ Grégoire XIH accorda aux Eglises d'E<«pagne la faculté de célébrer la fête d'un grand nombre de saints chers à ce pays. En Portugal, on marcha sur les traces de TEspagne. Toutefois dans l'Eglise de Brague, gouvernée par D. Barthélémy des Martyrs, le chapitre métropolitain fit opposition à l'introduction du Bréviaire Romain, à cause de la dépense Qu'occasionnerait l'achat de tant de livres; puis on aiscuta sur le texte véritable du Bréviaire que l'on employait et que plusieurs suffragants avaient modifié ; il fallut s'adresser à Rome pour une nouvelle impression ; l'archevêque profita de cette circonstance pour intercaler des passages empruntés au nouveau Bréviaire Romain et l'adopter ainsi, en partie du moins.
En France. — L'Eglise de France travailla d'abord.
LB BRÉVIAIRE ROMALV IIU
de concert avec le Saint-Sîège, à consolider l'unité liturgique dans son sein. On a vu précédemment ce gue rUniversilé de Paris, au xvi« siècle, pensait des innovations en matière de liturgie et Taccueil qu'elle fît au Bréviaire de Quignonez: quand parurent le Bréviaire (et le Mi^^se^de saint Pie V. elle reconnut d'abord, avec toute l'Eglise de France, leur supériorité sur tous ceux qui étaient en usage dans le royaume. On entendit, en même temps, les conciles provmciaux proclamer la nécessité de 'se soumettre à la bulle Quod a nohis, — Au concile de Rouen, de 1581, il est dit que « les évéques devront procurer l'impression et la correction des livres liturgiques, suivant l'usage des diocèses, conformément toutefois aux constitutions de Pie V, de sainte mémoire, sur le Bréviaire et le Missel romains, publiés et restitués suivant le décret du saint Concile de Trente. » L'exécution s'ensuivit dans les Bréviaires de Normandie imprimésà la fin du xvi^ siècle, comme on le voit par des exemplaires de Bayeux, de IJsieux, d'Evreux, d^Avranches : sauf les saints du diocèse et quelques autres particularités, ils sont entièrement conformes au Romain actuel. — Le concile de Reims de 1583 exhorte les é vécues de la province à examiner les Bréviaires, missels^ livres de prière, et, s'ils les trouvent mal rédigés, ou moins conformes à la piété, de les faire au plus t6i réformer et réimprimer aux frais du diocèse, con form<^ment à l'usage de TEglise romaine, suivant la constitution de Pie V. Et les livres de l'époque témoignent de la fidélité avec laquelle ce règlement fut observé ; on peut citer en particulier ceux d'Amiens et de Noyon. — Le concile de Bordeaux, qui est de la même année, décrète l'adoption pure et simple du Bréviaire et du missel de saint Pie V, attendu la grande pénurie des livres diocésains qu'il serait trop long, trop difficile de corriger et de rM'mprimer. Et il en ordonne Tusage exclusif, en publie et en particulier. C'était aller plus loin que les conciles de Rouen et de Reims cjui avaient du moins sauvé le titre diocésain des bréviaires ; mais dans beaucoup de lieux^ pour éviter des embarras et de la dépense, on adopta l'introduction pure et simple des
livres romains. — Les évoques du concile de Tours, ea 1583, ne font aucun doute de l'obligation où Ton est en tous lieux d'observer la constitution de saint Pie V, bien qu'on ne trouve jusque-là nulle trace d'une promulgation, encore moins d'une acceptation de cette bulle en France ; il est vrai qu'ils se conduisent un peu différemment les uns des autres dans la pratique : ceux de Bretagne ne réservent rien des anciens usages, sinon un propre des saints pour chaque diocèse ; ceux de Tours, du Mans et d'Angers réimpriment leurs Bréviaires sous le titre diocésain avec l'addition ad romani formam. — Les Pères du concile de Bourges sont dans la conviction que la réforme liturgi<|ue accomplie à Rome intéresse tout l'Occident, bien que, comme ceux de Tours, ils se divisent dans l'application du décret pontifical. — Le concile de la province d'Aix est d'avis que, pour utiliser les livres existants^ on les adopte et corrige suivant l'usage romain, aux dépens du clergé de chaque diocèse. A Toulouse, on décide que, « pour établir un accord plus parfait entre les chrétiens^ les heures canoniales seront récitées, tant en particulier qu^en public, suivant la prescription du Bréviaire Romain. » — Enfin, à Narbonne, les évèques disent expressément recevoir la bulle de saint Pie V, et la déclarer promulguée, indiquant et signifiant les peines qui y sont déclarées contre les infracteurs. « Ces huit conciles provinciaux, dit D. Guéranger (1), nous ont fait passer en revue presque toute l'Ëglise de France ; les autres provinces, sans se réunir en concile, adoptèrent des mesures analogues. Lyon maintint le fonds de son office, mêlé de romain et de gallican ; Besançon garda le titre diocésain, à la tète de ses livres où furent conservés beaucoup d'usages narticuliers ; Sens ne fit qu'épurer ses anciens livres, à Vaide de ceux de saint Pie V ; Meaux, Chartres suivirent son exemple ; Vienne garda son ancien bréviaire et n'en donna même pas aédition corrigée. »
A Paris, dès 1583, la chapelle royale adopta l'usage
(l) /iMtOfitibvif Uturgiquêê, h P* 44S-449.
du Bréviaire de saint Pie V. Le roi Henri III avait permis aux presses parisiennes, sur la demande des Jésuites, l'impression du Bréviaire Romano-Pianum^ que le Parlement avait jus(][ue-là interdite. L'évoque Pierre de Gondy profite de la circonstance et manifeste l'intention d'introduire le Bréviaire Romain dans tout son diocèse ; le chapitre métropolitain et la Sorbonne protestent ; Gondy renonce alors à son projet, mais la commission nommée par son prédécesseur pour corriger l'ancien Bréviaire parisien, d'après celui de saint Pie V, s'acquitte si bien de sa tâche que le Bréviaire Romain de 1568 presque tout entier est inséré dans celui de Paris.
« Ainsi fut rétablie, en France, l'unité liturgique ; l'événement eut lieu d'une manière si éclatante qu'il n'est pas d'exemple d'une constitution pontificale reconnue obligatoire disins un si grand nombre de conciles... On voit aussi que ces conçues dépassèrent même dans leur obéissance au Saint-Siège tes limites qu'il avait tracées . Plus d'un tiers de nos églises était en possession d'un bréviaire, romain pour le fond, mais, dep'iis plus de deux cents ans, corrigé, réformé par l'autoiité diocésaine. Les évoques, pour la plupart^ ne firent aucune difficulté d'adopter le nouveau oréviaire purement et simplement ; les autres, de le faire imprimer presque en entier sous le titre diocésstin. Nous ne connaissons guère que L;|^on, dans toute la France, qui retint son ancien bréviaire, et encore ce ne fut pas sans emprunter quelques améliorations au nouveau romain. x>
Angleterre, Allemagne et autres pays. — L'Angleterre était déjà séparée de la communion romaine quand fut édité le Bréviaire réformé de jPie V; elle garda donc ses liturgies qui peuvent se ramener aux trois (ou cinq) principales de Salisbury, York, Hereford^ Bangor et Lifîcoln. Les prêtres et les évèques catholiques qui travaillaient dbns les missions anglaises, et qui avaient été élevés sur le continent, acceptèrent le Èreviarum Pianum.
En Allemagne, Mayence, Constance, Munster^ Prague, Spire, Trêves, Worms, Wurtzbourg conservèrent encore leur ancienBréviaire ; mais bientôt cependant
la plupart adoptèrent simplement le Bréviaire Romain. Il faut en dire autant des diocèses d'Osnabruck, de Minden et d'un certain nombre de diocèses hongrois. Cologne corrigea le sien sur le type du nouveau Bréviaire et fut imitée ensuite par Trêves et Munster.
Dans cet ensemble d'adhésions, il est aisé de partager en deux classes les Eglises qui acceptèrent le Bréviaire publié par ordre de saint Pie V : les unes usèrent de la faculté d'y adapter leurs Bréviaires particuliers moyennant certaines modifications, les autres prirent purement et simplement le Bréviaire Romain. Mais ces <lernières sentirent peu à peu le besoin de maintenir certaines coutumes diocésaines ou d'obtenir des offices particuliers pour les saints locaux, pour les patrons en spéciale vénération. De la sorte, Rome reçut bientôt, de toutes les parties de l'Europe et même de contrées plus éloignées encore, des demandes d'autorisation pour l'office d'une fêle particulière, ou d'approbation pour un Propre des saints diocésain comme supplément anBreoiariumPianum. Lorsque ces offices avaient la <îonsécration de l'antiquité et que dans la forme extérieure ou dans le style et le caractère des légende'«t, des antiennes, des hymnes, des répons et des oraisons, ils ne s'écartaient pas trop de l'office romain, on accordait l'approbation sans difficultés. Ce serait sortir du cadre d une histoire générale du Bréviaire que d'en faire même une simple énumération : il suffit de les avoir signalées.