CHAPITRE II
Le Bréviaire Romain, depuis saint Pie V jusqu'à la fin du XVIIP siècle.
Le Breoiarium Pianura ne tarda pas à connaître cec changements que semblait redouter le Pontife qui en ordonna la publication : de ces modifications, les unes
furent faites avec rassentiment des pape:^, d'autres s'introduisirent subrepticement à la faveur d'influences gallicanes ou jansénistes, il en est enfin que les papes eussent voulu apporter, mais qui restèrent à l'état de simple projet. Nous allons essayer d'en donner une idée succincte dans les trois articles du présent chapitre.
Article I. — Modifications apportées par les papes au Brériaire Romain, à la fin du XVr siècle et pendant le XVII'' siècle.
1. Quelques modifications de détail, immédiatement après saint Pie V. — Nous citons, pour mémoire, les additions au calendrier sous Grégoire XIIL Ce pontife permit, en 1573, de célébrer une fête particulière du Rosaire dans les églises qui auraient un autel du Rosaire, et cela en reconnaissance de la victoire de Lépante, puis rendit à l'Ëglise universelle la fête de sainte Anne, à l'instigation même de Sirleto, auquel le désir en avait été exprimé. Mais l'œuvre importante de Grégoire XIII fut la réforme du calendrier Julien que lui-même avait déjà proposée, comme cardinal, au concile de Trente ; par son ordre fut constituée dans ce but une commission d'hommes experts, les savants les plus éminents d'Italie, de France, d'Allemaçne, de Pologne et d'Espagne furent consultés, et, tous les renseignements nécessaires pour une réformeéclairée ayant été pris, le savant pontife ordonna l'introduction du calendrier connu sous le nom de calendrier grégorien. Par ses soins s'opéra également une autre œuvre liée à la réforme du calendrier comme à la récitation du Bréviaire Romain : c'est la revision et correction du Martyrologe (calendrier développé où sont notées les fêtes de l'année chrétienne et dont la lecture se fait chaque jour, au chœur, à l'office de Prime, au moins dans les monastères et ^lises collégiales ou cathédrales).
2. Sous Sixte-Quint et GrégoireXIV(î585'159ï). — Le calendrier s'enrichit encore ; on prépare une édition de la Vulgate et aussi l'œuvre de re vision du Bréviaire qui bientôt va s'accomplir sous Clément VIII.
Les nouvelles fêtes ajoutées sous Sixte-Quint sont
celles de saint François de Paule (2 avril), de saint Nicolas de Tolentino (10 septembre), de saint Pierre martyr (29 avril), de saint Antoine de Padoue (13 juin^, de saint Janvier et de ses compagnons (19 septembre), toutes du rit double ; de saint Diego ou Didace (13 novembre) sans détermination de rit; ajoutons encore la mémoire de saint Placide (5 octobre), la fête des Stigmates de saint François (17 septembre) étendue à toute l'Eglise ; le titre de docteur conféré à saint Bonaventure (14 juillet) et sa fête élevée au rit double, enfin le rétablissement de la fête de la Présentation de la Sainte Vierge (21 novembre).
Sixte-Quint voulut qu'on se servît, pour toutes les parties du Brévisdre, du texte de l'Ecriture, conforme à ta Vulgate qu'il venait de publier. On sait que ce travail d'une particulière importance avait été demandé par le concile de Trente ; dés 1560, une commission avait été nommée dans ce but et s'était mise aussitôt à l'œuvre, les travaux furent lents, mais sérieux, la lenteur même montra les difficultés de l'entreprise et en fît étendre les proportions. Le cardinal Peretti (le futur Sixte-Quint) proposa à Grégoire XIII, qui i^éa cette manière de voir, de donner d'abord une édition critique du texte grec des Septante.. . Ce travail achevé, la commission (dès lors appelée Sixtine parce Qu'elle avait été confirmée dans ses pouvoirs par Sixte-Quint) reprit ses travaux en vue du texte de la Vulgate sous la présidence du cardinal CarafTa ; des manuscrits nombreux furent coUationnés ; le texte corrigé fut présenté en 1589 au pape Sixte-Quint, qui le revisa, régla les passages restés controversés, changea quelques-unes des leçons établies et publia sa bulle jEiernus qui exposait le but et l'histoire de la nouvelle édition. Celle-ci parut en trois volumes, en juillet 1590, peu de temps avant la mort du pape: l'œuvre était défectueuse, on avait négligé d'v mettre à profit les travaux de la commission, il fallut, à l'avènement de Grégoire XIV, reprendre les travaux ae revision portant cette fois sur la Bible sixtine ; Bellarmin fut appelé à donner ses conseils ; puis il fallut attendre le pontificat de Clément VIII
pour avoir une édition correcte, grâce au concours des cardinaux Valiere et Frédéric Borromée, du jésuite François Tolet. L'impression y occasionna encore plus de deux cents fautes ; c'est seulement en 1598 qu'on eut un texte sérieusement corrigé, dont larecension fut définitivement arrêtée par l'Eglise. D'après la bulle de Clément VIII (de 1592 k imprimée en tête de nos exemplaires de la Vulgate, les textes liturgiques, les traités théologiques, les discussions etc., doivent se modeler sur elle comme sur un type officiel.
Pour revenir à l'œuvre de Sixte-Quint enmatiôrede liturgie, il est avéré, d'après des documents originaux contemporains, que la revision du Bréviaire dont on a rapporté le mérite et l'honneur à Clément VIII, remonte à Sixte- Quint. C'est lui qui créa la Sacrée Congrégation des Rites, exclusivement consacrée à la surveillance et à l'entretien de la liturgie (1588). Dès le début de son existence, le pape chargea son préfet Gesualdo de prendre des informations dans les divers pays de la chrétienté pour savoir si les livres liturgiq^ues de saint Pie V, et en particulier le Bréviaire, répondaient aux besoins ou réclamaient quelques changements. Gesualdo écrivit dans ce sens aux nonces des divers pays, on ne sait pas au juste à quelle date.
C'était sagesse : depuis vingt ans que le Breviarium Pianum était en usage, on avait pu s'éclairer, et savoir si le livre était susceptible d'améliorations, s'il en avait besoin ; en même temps^ on ferait droit aux désirs légitimes de quelques églises particulières, conformément aux vues de saint Grégoire le Grand et de saint Pie V,
Dans le courant de 1588 et en 1589, des réponses vinrent de Naples, Verceil, Léon, etc. ; les nonces de Paris, Prague, Cracovie, Venise, Turin, Madrid, Lisbonne envoyèrent de nombreuses observations (critiques très mesurées pour la plupart). Ces pièces prises en considération furent soumises, sous Clément VIII, à la commission de 1592 où le cardinal Baronius joua un rôle prépondérant. — Ce que fit Sixte- Quint, après la réception de ces lettres, on n'a pu
rétablir encore ; peut-être les archives du Vatican donneront-elles un jour quelques éclaircissements à ce sujet : il est probable que le pape, étant sur le point de mourir au moment où les consultations arrivèrent, se borna à nommer une commission pour les travaux préliminaires.
Grégoire XIV reprit l'œuvre entamée ; mais, bientôt sa mort vint suspendre pendant quelques mois le travail de la (Congrégation ; le rapport qui en fut fait vient d'être récemment mis au jour, il jette quelque lumière sur l'histoire du Bréviaire Romain. — En résumé, on décide : 1® qu'on ajoutera au Commun des saints des leçons du 2® et du 3® nocturne pour sept ou huit jours, afin de pourvoir aux offices des patrons ou titulaires qui n'ont pas de leçons propres ; 2? que Ton procédera à l'examen des rubriques générales du Bréviaire, pour les corriger, interpréter, éclaircir, disposer en un meilleur ordre ; 3*^ que l'on parcourra le Propre des saints afin d'y apporter quelques corrections. En conséquence de cette dernière résolution, on examina, dans une suite de séances, les leçons de saint André apôtre, de saint Nicolas, de saint Âmbroise, de saint Melchiade, de saint Damase. L'œuvre interrompue reprit son essor sous le pontife dont nous avons à parler.
3. L'œuore de Clément VIII (1592-1605). — Le cardinal Hipp. Aldobrandini, monté sur le siège de saint Pierre, mena à bonne fin l'œuvre commencée sous Sixte-Quint : c'est à lui que sont dus, entre autres travaux, l'édiiion authentique de la Vulgate actuellement en u^age, puis une nouvelle édition du Bréviaire. La commission qu'il constitua en vue de ce dernier travail, entre beaucoup d'hommes remarquables par leur science et leur piété, comptait Baronius, Bellarmin, Silvio AntonianOj Gnisleri, Gavanti, etc. Le rapport de cette commia^^ion, rédigé par Baronius, a été publié récemment. L'auteur, après mûr examen des critiques venues de divers points, dit qu'il s'est appliqué à élimi* ner plutôt qu'à ajouter, motive les changements qu'il propose et se tient prêt à donner de plus amples explications à la Sacrée Congrégation des Rites. On avait
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^inis ridée d*imprimcr un petit livre renfermant les offices nouveaux, puis les corrections à faire dans les oftices anciens, avec une bonne table à Taide de laquelle chacun pourrait corriger son Bréviaire : Baronius accepte en partie cette idée, c'est-à-dire seulement pour les offices nouveaux, et pense qu'il est préférable de préparer une édition avec toutes les améliorations et tous les changements approuvés, laissant chacun libre d'acheter le nouveau Bréviaire, mais n'autorisant à vendre désormais que le texte corrigé. Ainsi, pensaitr-il^ le but visé serait atteint en quelques années, sans bruit et sans éclat. En faveur d'une nouvelle édition complète, il y a lieu de faire valoir : aj la nécessité de mettre à leur place les nouveaux ofRces qui n'y sont pas encore ; bj le besoin d'octaves de saints pour les églises dont les patrons n'ont pas d'office particulier ; c) ridée de réprimer la témérité de quelques-uns qui, de leur autorité privée, ont inséré dans les Bréviaires des choses fausses ou incertaines, comme on en voit, par exemp'e, dans les leçons de saint Alexis.
La commission, qui délibéra sur ce rapport de Baronius^ se prononça pour le maintien des vigiles de plusieurs fêtes principales, et des offices de la Dédicace des Basiliques, au 9 et au 18 novembre, écarta l'idée (f abréger les nouveaux offices doubles et les offices du dimanche, statua qu'on ferait le moins de changements
Ï>ossible, qu'on se bornerait à quelques mutations dans es hymnes reconnues incorrectes, aiouta les deux hymnes : Fortem oirili peeiore de Silvio Antoniano, et Pater superni numinis de Bellarmin, la première pour le (Commun des saintes femmes nouvellement formé, la deuxième pour la fête de sainte Marie Madeleine. Elle décida de corriger da van âge les Leçons: d'abord, pour le l**" nocturne et les leçons brèves, on adopta la recension de la Vulgate éditée par Clément VIII ; puis, pour les 2® et 3® nocturnes, on supprima quelques sermons et homélie», pour leur en substituer d autres, par exemple un sermon de saint Jean Damascène au 15 août ; un sermon du vénérable Bôde au 1*' novembre ; le De Virginibus de saint
Ambroise reparaît à la fête de sainte Agnès, au 21 novembre, la 4® leçon est empruntée à saint Jean Damascène, etc.. Puis, dans les histoires ou légendes des saints, on fait disparaître certaines affirmations qui semblaient historiquement insoutenables, des expressions j ugées impropres.
Encore y eut-il quelques corrections proposées par Baronius et Bellarmin qui ne rencontrèrent l'approbation ni de la commission ni du pape : telles sont, par exemple^ modification de la légende de saint Alexis, élimination de la prétendue identité de l'Aréopagite avec saint Denys de Paris. Au moins, les efforts de ces savants personnages tendirent-ils à faire formuler ce principe : « Que le Bréviaire Romain est œuvre perfectible. » Par des expressions strictement prohibitives, Pie V semblait avoir éliminé cette formule d'une grande importance ; ces expressions ne sont pas maintenues dans la bulle Cum in Eeelesia publiée par Clément VIII, le 10 mai 1602 ; bulle qui se trouve actuellement encore en tète de toutes nos éditions avec la bulle Quod a nobis; ce qui est expressément prescrit, sous peine d'excommunication, c'est de n'imprimer désormais le Bréviaire Romain qu'avec une permission de l'Ordinaire et sur le type de l'édition vaticane, sans aucune addition, sans aucun retranchement.
^ L'œuvre de Clément VIII en ce qui concerne le Bréviaire s'étend aux rubriques générales dont plusieurs parties sont modifiées, corrigées, ramenées à une forme plus simple. Comme nous l'avons vu tout à l'heure, on créa dans le Commun des saints un Commun des saintes femmes ; l'élévation du rite pour des fêtes que Pie V avait amoindries, la création ae nouveaux offices, amena une nouvelle distinction entre les fêtes doubles. Pie V n'avait admis que trois sortes de fêtes doubles : 1^ Doubles de première classe ; 2^ doubles de seconde classe ; 3° doubles simples per annum ; Clément VIII intercala une Quatrième catégorie, doubles majeures, entre 2 et 3, et plaça dans cette cat^rie les fêtes de la Transfiguration, de l'Exaltation, de la Visitation, de Notre-Dame des Neiges, de la Présentation, de la
Conception de Marie, de PApparition de saint Michel, des deux chaires de saint Pierre, de saint Pierre aux liens, de la Conversion de saint Paul, de saint Jean devant la Porte Latine, de saint Barnabe ; — quelques fêtes furent élevées, d'autres abaissées d'un degré ; une série d'offices nouveaux furent étendus à toute FEglise, dont deux, saint Romuald (7 février), saint Stanislas (7 mai) avec rite semi-double. Lafètedes Stigmates de saint François, créée par Sixte-Quint, fut supprimée. — En somme, il y eut là une impulsion donnée au mouvement qui devait enlever de nouveau la prépondérance à l'office du temps en augmentant le sanctoral: sauf quelaues exceptions, comme Benoit XIV, les successeurs de Clément VIII sont entrés dans cette voie.
Ainsi, avant d'arriver à Urbain VIII, nous voyons Paul V faire reparaître, comme semi-double ab libitum la fête des Stigmates de saint François ; comme double saint François de Paule devenu semi-double sous Clément VIII, ajouter les fêtes de saint Casimir, de saint Norbert, de saint Charles Borromée ; — sous Grégoire XV les saints du xvi® siècle canonisés : Ignace de Loyola, François Xavier, Philippe de Néri, Isidore le Laboureur, Thérèse, Louis de Gonzague, enrichissent le Propre des saints, sauf saint Isidore placé ^ro aliquibus locis.
4. Les modijtcations d'Urbain VIII (1623-1644). — Le poète, ami des arts, qui, avant son élévation sur le Saint-Siège, se nommait MafiTeo Barberini, voulut à son tour faire reviser le Bréviaire. La commission nommée
Ear lui, dans ce but, avait pour président le cardinal .ui^i Cajetan et comptait, parmi ses membres, le jésuite Alciat qui prépara l'histoire du Concile ae Trente publiée après sa mort par le cardinal Pallavicin ; le célèbre annaliste des Frères Mineurs Luc Wadding ; 1g meilleurliturgistedel'époque, le barnabite Gavanti, etc. Les corrections et changements qu'elle fit au Bréviaire (ju'Urbain VIII approuva n'étaient pas de grande importance : elle pensa qu'après les travaux de Bellarmin et de Baronius sous Clément VIII, il ne lui
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restait rien à faire pour donner aux légendes une plus grande exactitude historique ; elle maintint les faits ou détails controversés, mcAlifia des expressions dans quatorze ou quinze de ces légendes. Puis elle revit encore les sermons et homélies empruntés aux Pères, les compara avec les meilleures éditions du temps^ fit les rectifications et additions qu'elle jugea nécessaires. Urbaûn VIII voulut que, pour les psaumes et cantiques, comme pour tous les passages tirés de l'Ecriture, on s'en tînt strictement à la ponctuation de l'édition ae la Vulgate publiée par Clément VIII ; il admit cependant que, pour avoir un point de repère dans les coupures et pauses, on introduisît un astérisque partageant en deux chaque verset du psaume...
Une correction plus importante fut réalisée en dehors de la commission, c'est la correction des hymnes. Futelle principalement l'œuvre des Pères Jésuites Sarbiewski, Strada, Galluzzi et Petrucci auxquels le Pontife s'adressa pour ce travail ? faut-il en attribuer tout l'honneur à Urbain VIII, fort capable de réaliser cette entreprise difficile, comme on peut en juger par les hymnes de sainte Martine et cle sainte Elisabeth de Portugal qu'il composa lui-même et inséra au Bréviaire ? Ce sont là des questions délicates qu'il importe peu de trancher ici. Toujours est-il que l'œuvre a été jugée fort diversement et plutôt dans un sens défavorable. Il y avait, ce semble, une hardiesse excessive à considérer, comme une matière brute, les hymnes d'un Prudence, d'un Sedulius, d'un Sidoine Apollinaire, d'un Venance Fortunat, d'un saint Ambroise, d'un saint Paulin d'Aquilée et d'un Rhaban Maur, et à vouloir les modeler sur le patron des odes d'Horace : on ne peut se défendre encore d'un certain étonnement quand on entend dire à ces réformateurs que le Te Ùeum^ VAve maris Stella sont plutôt des hymnes en prose ; que les hymnes de saint Thomas d'Aquin {Pange Ungua, Saeris solemniis, Verbum. supemum) sont composées dans un rythme étrusque, etrusco rythmo eotnposiii. Ajoutons d'ailleurs que leur mission était plutôt * difficile, car Urbain VIII demandait que l'on conservât
la mesure et le sens de chaque vers, que Ton maintînt le fond des expressions, la couleur particulière des chants qui étaient dans la mémoire de tout le monde. Avec un critique du xix^ siècle (1)^ il n'est pas inutile de remarauer que les Jésuites^ choisis par Urbain VIII, « étaient tes moins aptes et les moins bien préparés à cette tâche difficile », se trouvant, par leur fonction d'éducateurs où ils excellent, influencés nécessairement par les idées prédominantes de l'époque où ils vivent, n'ayant pas l'habitude de réciter l'office au chœur et et ne pouvant guère juger de compositions dont l'appréciation dépend tout autant du chant que de la forme littéraire. Il faut rendre ce témoignage que, respectant les volontés d'Urbain VIII, ils ont touché à ces formules antiques de la prière avec une extrême réserve, la plus délicate circonspection, rendu l'expression plus nette tout en conservant l'onction primitive dans oeaucoup
En neuf cent cinquante-deux endroits, ils corrigèrent ce qui paraissait une faute à leurs yeux (58 dans le Psautier de la semaine, 359 dans le Propre du temps, 283 dans le Propre des saints, et 252 dans le Commun des saints^. Deux hymnes furent entièrement refondues : Tm Christe splendor Patris, de la fête de saint Michel, et Cœlestis urbs, de la Dédicace. La' Sacrée Congr^tion des Rites approuva, le 17 mars 1629, les changements proposés ; tous les prêtres et clercs reçurent l'autorisation de réciter désormais ces hymnes à Toffice ; et par la bulle Divinam psalmodiam qui se trouve insérée à la suite des deux bulles de Pie V et de Clément VIII, le pape Urbain VIII les introduisit dans l'édition officielle du Bréviaire de 1632.
1 Pour ôter tout prétexte au scandale qui pourrait
' résulter de la manière dont les auteurs apprécient cette
œuvre d'Urbain VIII, il est bon d'observer qu'on a tou- I jours vu là un acte disciplinaire : ni dans l'intention
I de l'Eglise ni dans celle d Urbain VIII, cette correction
ne constituait un droit absolument contraire à la con-
<1) PiMONT. Ui Hymnes du Bréviaire Romain, préface.
servation des hymnes anciennes. Le Saint-Siège^ depuis Urbain VIII, n'a mis que peu d'insistance à imposer l'usage des hymnes corrigées. « Il fut impossible, dit D. Guéranger (1), de l'établir dans la basilique de Saint-Pierre, elles s'étendirent rapidement dans les autres églises de Rome, de l'Italie, et même de la chrétienté sauf en France. On rencontre peu d'éditions françaises du Bréviaire avant 1789 dans lesquelles les hymnes nouvelles se trouvent ; encore le plus souvent sont-elles renvoyées à la fin, en manière d appendice... Quaiit aux ordres religieux, ceux qui sont astreints au Bréviaire Romain embrassèrent les hymnes nouvelles excepté toutefois les Franciscains des provinces de France. Les ordres et congrégations monastiaues gardèrent les anciennes. La congrégation de Saint-Maur est la seule oui, après diverses variations, ait adopté la correction d Urbain VIII. Aujourd'hui encore, dans Rome même, les bénédictins du Mont-Cassin, les Cisterciens, les Chartreux, etc., chantent les anciennes hymnes ; elles sont également restées en usage dans le Bréviaire dominicain. »
Pour en finir avec la critique de cette œuvre, disons, avec M. Ulysse Chevalier ^2), que c les Jésuites ont déformé l'œuvre de l'antiquité chrétienne, sous prétexte de restaurer les hymnes, selon les règles de la métrique et du beau langage » ; — avec les meilleurs canonistes, que, tout en respectant l'obligation de réciter ces hymnes au Bréviaire, on peut entrevoir, avec l'agrément du Souverain Pontife, un retour à Tancienne forme qui faciliterait, du reste, l'exécution des mélodies grégoriennes; — avec M. Pimont (3), c que le sens chrétien et la véritable piété ont perdu à ce changement, sans grand profit d'ailleurs pour la poésie rythmique. Qu'on en juge par les quelques exemples suivants :
Dans l'hymne des Vêpres de l'Avent :
(1) InêtUutionê UUtrgiçueê, l, p. 517.
(2) U. CHBVAUBa: UnioerêiU eathoUquê, Vllt, 1891, p. 182 m. (S) Pofoirr, (wyrage déjà cité. Préface.
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A L*ANaEIfNB RÉDACTION
Qui eondolens inieritu Mortis perire stBCulum Saioasii mundum languidum, Donans reU remedium.
Cujus forti potentiœ GeruL euroantur omnia Cœlestia, terrestria Nutu faieniur subdita .
LB8 CORRECTEURS d'URBAIN Vm SVBSTITUENT
Qui dœmonis ne/raudibua Pèrirei orbîs, impeiu Amoris actus, languidi Mundi medela fœtus et.
Cujus poiestaa gloriœ Nomenqu£ eum primum sonat Et eœlites et inferi Tremente euroantur genu.
Dans l'hymne de Laudes au temps pascal :
A L*ANaENNB RÉDACTION
jnie quielausus lapide Custoditur sub milite Triumphans pompa nobili Victor surgit de/unere
Solutisjam gemitibus Et infemi doloribus.
Quia surrexit Dominus Resplendens clamât Angélus.