Les successeurs d'Urbain VII f jusqu'à la An du
rUrbain VIII (
xvn" siècle, — Le Bréviaire romain d Urbain VIII est resté jusqu'à nos jours dans ses grandes lignes ; nous devons indiquer brièvement ici comment il s*est enrichi sous ses successeurs. — Innocent X semble s'être préoccupé de garantir la célébration régulière de l'office dominical et ae rendre plus fréquent le retour des jours de férié, pour au'on pût réciter souvent endbre le psautier entier durant Vannée : à part la fête de sainte Françoise Romaine (9 mars) qu'il créa du rite double, les autres fêtes qu'il étend à toute l'Eglise sont semi-doubles; savoir saint Ignace de Loyola, sainte Thérèse et saint Charles Borromée. La fête de sainte Claire devient double ad libitum.
Alexandre VII établit la fête de saint François de Sales et en compose lui-même la collecte ; élève la fête de saint Charles Borromée au rite double, celle de saint Philippe de Néri au rite semi-double de précepte ; introduit au calendrier, avec le même rite, samt Pierre Nolasque, saint Bernardin de Sienne et saint François
Xavier ; et comme semi-doubles ad libitum, saint André Corsini et saint Thomas de Villeneuve.
Sous Clément IX et Clément X, nous trouvons élevées au rite double les fêtes de saint Philippe de Néri, saint Nicolas de Tolentino et sainte Thérèse ; établies comme semi-doubles de précepte les fêtes de sainte Monique et saint Pierre Célestin et plusieurs autres qui étaient auparavant semi-doubles ad libitum. Alors aussi apparaissent les nouvelles fêtes de saint Vincent Ferrier, saint Raymond Nonnat et saint Rémi (semîdoubles ad libitum). Clément X surtout enrichit le Bréviaire de nouveaux saints : il élève la fête de saintJoseph au rang de double de 2® classe, établit comme double celle de sainte Elisabeth de Hongrie, fait doubles (obligatoire, l'office des Saints Anges gardiens) les offices des saints François Xavier, Nicolas, Pierre Nolasque, Pierre martyr, Catherine de Sienne, Norbert, Antoine de Padoue, Claire, Cécile, Eustache et ses compagnons, Bruno; il en introduit d'autres, semi^ doubles et obligatoires pour toute l'Eglise, comme les saints Raymond de Pennafort, Venance de Camerino, Marie-Madeleine de Pazzi, Gaétan de Thienne, Pierre d'Alcantara, Didace ou Diego ; — enfin comme semidoubles ad libiium, saint Canut et saint Wenceslas. Les fêtes devenant peu à peu prépondérantes, il fallut que l'office du dimanche (sauf en Avent et en Carême) leur cédât souvent le pas, et la semaine se trouva si bien remplie par les fêtes transférées, que la récitation du Psautier devint la plupart du temps impossible. Innocent XI institue la fête du saint Nom de Marie, élève au rite double ou semi-double un certain nombre de fêtes : ainsi font, après lui, Alexandre VII et Innocent XIl.
Art. il — Eoobdiona liturgiques accomplies en dehors de Rome, et principalement en France.
Pendant que le calendrier, sous chaque Pape qui se succède, s'augmente de quelque nouveau saint et qu'une nouvelle réforme du Bréviaire par l'autorité des Pontifes se prépare ainsi dans un avenir plus ou moins éloigné , en France s'accomplit une déviation dont les
conséquences se feront sentir jusqu'au milieu du XIX® siècle. Il y a quelque intérêt à en dire au moins quelques mots dans une histoire générale du Bréviaire Romain car, au sentiment de M. Batiffol, elle nous montre « ce qu'il y a A^ incomplet , mais aussi A^exeeln lent dans l'œuvre de saint Pie V, de Clément VIII et d'Urbain VIII 9. Elle nous explique en môme temps la tentative de Benoît XIV pour une réforme qui n'aboutit pas.
1. De fait, la liberté que saint Pie V laissait, dans une certaine mesure, pour le mode d'adoption du nouveau Bréviaire avait produit de bons résultats en France ; jusqu'à Louis aIV, le Bréviaire Romain y fut tttiu comme le Bréviaire modèle. On se rappelle comment l'Archevêque de Paris avait fait reviser et corriger l'ancien Bréviaire parisien (voir plus haut pagel21). Vers 1650, grâce au zèle des archevêques qm s'étaient succédé depuis Pierre de Gondy, le Bréviaire Romain et le Bréviaire Parisien paraissaient identiques : le Parisien était prescrit pour le chœur, mais on était libre pour la récitation privée. Les Sulpiciens prirent le Romain, saint Vincent de Paul enseignait qu'il était mieux de suivre le rite diocésain. Mais, au cours déià avancé du règne de Louis XIV, deux courants antireli- ([ieux. Gallicanisme et Jansénisme, naturellement multiples et nuancés de mille fa^^ns, se font jour : la part excessive accordée à la puissance séculière dans les affaires religieuses crée le Gallicanisme lequel trouvait bon de rendre l'Eglise de France entièrement indépendante de Rome, en quoi il fut bientôt puissamment aidé par le Jansénisme, aux théories prétendues originales et pures, doué d'un esprit de cntique excessif et d'une insuffisance qui ne voulait rien entendre aux remontrances. Sans points de contact l'un avec l'autre, ces deux courants trouvèrent néanmoins moyen de s'unir dans une antinathie commune contre Rome et la tradition liturgique (1). Il faut l'avouer, Grallicanisme
(1) On trouve expoaés tout an long, dans D. Gnéranger, an toma II daa JnêiUutionM Uturgiqutê» l'hlatoira at la prooèa da oaa réformas gallicanea du Bréviaira Romaia»
LE BRÉVIAIRE ROMiUIf 137
et Jansénisme surent tirer parti des progrès qu'avaient fait faire à la critique sacrée Baronius et Bellarmin d'abord, ensuite Thomassin et Mabillon.
Dans les trente dernières années du xvii* siècle, on commença à parler d'une réforme liturgique dans les diocèses qui avaient des livres particuliers : en réalité la partie des Bréviaires propre aux diocèses était loin de présenter une exécution en rapport avec les récentes découvertes historiaues et littéraires. En 1678, l'archevêque de Vienne, H. de Villars, ouvre une voie plus large aux novateurs, en faisant modifier les légendes, remplacer, par de nouvelles pièces toutes tirées ae l'Ecriture, les anciennes antiennes et les anciens répons grégoriens. En 1680, sous le patronage de François de Harlay, archevêque de Paris, parait le nouveau Bréviaire iMBu*isien, autrement célèore que celui de Vienne ; on a pris à tâche de retrancher du Bréviaire c les choses supei^ues ou peu convenables à la dignité de l'Eglise, d'en faire disparaître ce qu'on y aurait introduit de superstitieux pour n'y laisser <}ue des choses conformes à ta dignité de l'Eglise et aux institutions de l'antiquité. »
Les caractères d'une telle réforme paraîtront aisément suspects pour peu que l'on considère l'entente des réformateurs avec l'école janséniste sur les trois points suivants : diminuer le culte des saints, restreindre en particulier les marques de dévotion envers la Très Sainte Vierge^ comprimer l'exercice de la puissance des pontifes romains.
2. Mais ce n'était là qu'un commencement. Il y aurait beaucoup à dire sur le Bréviaire de Cluny, auquel travailla Claude de Vert sous le patronage du cardinal de Bouillon et dont Santeuilfutrhymnographe : nous avons hâte d'en venir à l'édition du Bréviaire parisien, de 1736, dit Bréviaire de Vintimille. Les Jansénistes avaient poussé l'audace jusqu'à préparer un corps de liturgie nationale, flattant le mauvais goût littéraire de l'époque, exagérant les reproches que la critique historique pouvait adresser aux anciens livres, faisant ressortir enfin les avantages d'un ofBce moins long à réciter. Leurs idées se font jour dans le Bréviaire
d'Orléans, publié par le cardinal de Coislin en 1603, composé par un élève de Port-Royal, J.-B. Lebrun Desmarettes : l'évèque prétend que dans sa réforme du Bréviaire « il a fait choix des cnoses les plus propres à louer Dieu et à l'apaiser, en même temps qu'à instruire les clercs de leurs devoirs... Nous avons jugé, ajoute-t-îl, qu'il ne fallait rien admettre dans les antiennes, les versetset les répons, qui ne fût extrait des livres saints ». — Bientôt, parait, en 1720, un ouvrage sous ce titre : Projet d'un nouveau Bréviaire, dans lequel l'office divin, sans en changer la forme ordinaire, serait particulièrement composé de l'Ecriture Sainte, instructif, très court, avec des observations sur les anciens et nouveaux Bréviaires.
L'auteur était Frédéric Foinard. ancien curé de Calais, qui ne tarda pas à joindre l'exemple au précepte en publiant un Bréviaire exécuté d'après son plan (1726). L'année suivante, le docteur Grancolas, dans son Commentaire du Bréviaire Romain, donne ua chapitre spécial sur le projet d'un nouveau Bréviaire. Ainsi, pour ces hommes et leurs imitateurs^ il s'agit de donner, disent-ils du moins, une liturgie à une église qui n'en a pas ; et, prodige assez étrange, pour opérer cette grande révolution, les évèques français du xvm* siècle se constituent sous la dépendance de simples prêtres qui se sont érigés en législateurs de la liturgie. Et quelle sera cette nouvelle liturgie îFoinard se charge de nous le dire : il doit y. avoir la proportion suivante entre les fêtes du christianisme : une classe supérieure des fêtes de' Notre-Seigneur, dans la(]uelle n'entre aucune fête soit de la sainte Vierge, soit des autres saints ; la sainteté du dimanche est telle qu'il ne
S)urra désormais céder son office qu'à une solennité de otre-Seiçneur, il sera privilégié, même à l'égard de l'Assomptioa et de la Toussaint ; durant le Carême, on retranchera^ toutes les fêtos des saints même celle de FÂnnonciatiun (Grancolas, plus tolémnt, daignait admettre l'Annonciation et même saint Joseph). — On introduira de nouvelles /êtes de martyrs, divisées suivant les diverses persécutions : d'ailleurs, beaucoup
de fêtes de saints seront rabaissées d'un degré, même de deux ; d'autres n'auront qu'une simple mémoire et encore dans certains lieux seulement ; il n'y aura plus de fêtes d'invention ou de translation de reliques. C'est ainsi que pourra s'opérer efficacement la préférence de l'office de la férié sur celui des saints. — Puis, pour éviter l'ennui, l'office sera de la même longueur, aux fériés et aux fêtes ; on diminuera autant que possible le nombre des fêtes à neuf leçons. — Le caractère social disparaît du Bréviaire, par l'élimination du Dominun vobiseum, des invitatoires répétés, des répons brefs, du Jubé Domne henedieere, et Tu auiem Domine miserere nobis,,, Benedieamus Domino; il semble qu'on veuille proscrire absolument toute forme plurielle. — Avant tout, il faut un Brévieûre très court ; Foinard va même jusqu'à proposer l'établissement de fêtes à six leçons. — Et, tout ce bouleversement, il prétend l'appuyer sur ce fait que saint Grégoire le Grand, au VI® siècle^ écrivit à saint Augustin, ap6tre de l'Angleterre qu'il le laissait « libre d'admettre dans le service divin, les coutumes soit des Gaules, soit de toute autre église, si leur fusion avec celles de l'Eglise romaine pouvait faciliter et confirmer la conversion de» Anglo-Saxons » •
Ces utopies eurent pour première conséquence de ramener la liturgie (autrefois monument de la Tradition) à la condition dUine composition humaine, que chacun juge et modifie, selon son goût. Sans diocèse ni paroisse, Foinard composa un Bréviaire suivant les idées^ émises et lui donna le titre de Breoiarium eeclesiasti* eum (1726). Dès lors, se lancèrent dans le parti d'une nouvelle création liturgique bon nombre des diocèses de France, comme Sens, Rouen, Orléans, Paris (où le Bréviaire du cardinal de Noailles prépara les voies à celui que devait bientôt autoriser rarchevêque de Vintimille) etc..
Ce dernier prélat, pour doter son Eglise d'un nouveau corps d'offices^ s'adressa au P. Vigier, oratorien, qui se fit assister par l'acolyte Mesenguy et par Ch. Coffin, un simple laïque, principal du collège de Beauvais et
janséniste déclaré : ce dernier se chargea de composer les hymnes. Le nouveau Bréviaire parut, en 1735, avec une lettre pastorale du prélat. Tout, ou presque tout y était nouveau ; on y avait même enchéri sur les haridiesses du Bréviaire de Harlay contre le culte des saints, principalement contre la dévotion à la Sainte Vierge, puis on avait cherché à y infiltrer les erreurs du temps fiur les matières de la Grâce, avec prudence toutefois et précaution. Les principes de Foinard et Grancolas y «ont appliqués (1) ; le dimanche a la prérogative d'exclure toutes sortes de fêtes, sauf celles qui ont dans l'Ëglise le premier degré de solennité ; même prérogative est accordée au Carême, la solennité joyeuse des fêtes ne s'accordant pas avec le jeûne et la salutaire tristesse de la pénitence ; on récitera les psaumes de la férié à toutes les fêtes, sauf celles consacrées aux martyrs ou à la Sainte Vierge ; enfin, innovation plus notable, les psaumes sont divisés de façon à pouvoir assigner des psaumes propres à chaque férié et même à «chaque heure en coupant ceux qui seraient trop longs : ainsi le Psautier pourra presque toujours être lu en entier dans l'espace d'une semaine (2). — Le calendrier «st allégéd'un certain nombre de fêtes qu'on y sup{)rime, comme celle de la Chaire de saint Pierre à Antioche, un certain nombre d'octaves, etc. ; ou (jue l'on réduit à des mémoires, comme saint Georges, saint Martin pape, saint Sylvestre ; — « L'hymnaire y est non pas supprimé, mais renouvelé et développé : Santeuil et Cofnn en font les principaux frais, enctiérissant sur les délicatesses littéraires des Jésuites d'Urbain VIII et mêlant, à leur inspiration pK>étique, de trop manifestes réminiscences de VAugusiinug. » Les légendes des saints sont marquées au sceau de la nouvelle critique, les autres leçons et les répons sont fournis uniquement par l'Ecriture Sainte. Citons enfîn un dernier trait qui montre
(1) Voir Batxffol : HUtoirê du BrMaire Romain, p. ^2 et tiiiv.
(1) Pttot-ètn est-il bon de rappeler ici qae ce dernier point ne ooottitue pae ce qu'on peut appeler une innovation ; dés le vi* siècle* saint Benoit s'en inspirait dans sa Règle poar la disiiibation du Psautier. — Voir plus haut, p. S2.
comment on voulait rabaisser l'autorité apostoIi(jue du Saint-Siège : l'Invitatoire de la fête de la Chaire de saint Pierre (on n'en célébrait plus qu'une) était non plus : Tu es Pastor ooium, mais Caput eorporis Ecele^ siœ Dominum, venite, adoremua.
Plus de cinquante diocèses de France adoptèrent ce Bréviaire de M. de Vintimille tout en y faisant parfois Quelques légères modifications. Il y eut pourtant, de ci ae là des réclamations de la part du clergé ; mais en certaines régions on se rabattait sur de nouvelles conceptions qui s'écartaient tout autant du Bréviaire Romain. À Rouen, par exemple, le docteur Urbain Robinet, voulant arrêter le progrès du Bréviaire de Vigier et Mesenguy, en profite pK)ur donner au public ses idées sur un plan de liturgie. « Sur les principes
généraux, dit D. Guéranger, c'est toujours la même octrine, toujours la manie de refaire le langage de l'Ëglise à la mesure d'un siècle en particulier et des idées d'un simple docteur; l'Ecriture Sainte admise comme matière unique des antiennes, versets et répons ; La réduction du Bréviaire à une forme plus abrégée... Ces réserves une fois faites, il faut reconnaître dans Robinet un de ces honnêtes catholiques qui subissaient la loi de leur siècle, et qui tout en voyant clairement
u'on devait embrasser avec soumission les jugements
u Saint-Siège sur les nouvelles erreurs, ne comprenaient pas également que c'était un mal de se séparer de l'unité et de l'universalité en matière de liturgie. » Dans le nouveau Bréviaire de Rouen, les hymnes étaient de la composition de Robinet (il l'emporte sur Cof6n comme hymnographe, sous le rapport de l'onction autant que sous celui de l'orthodoxie), le Psautier est divisé en la manière du nouveau Bréviaire de Paris ; les antiennes et les répons sont toujours tirés de l'Ecriture Sainte ; le choix des leçons, tout en dénotant dans> l'auteur une rare connaissance de l'Ecriture Sainte, est empreint d'une bizarrerie inconnue jusque-là : aucun compte n'y est tenu du canon de saint Grégoire VII
ui détermine l'ordre de lecture des livres de la Bible.
n seul exemple en donnera l'idée, dans les six semai-
nés après l'Epiphanie on trouve Tobie, les Actes des Apôtres et Job. D'autre part, souvent au second nocturne des dimanches, on rencontre des passages de la Bible plus ou moins parallèles à ceux du premier nocturne ; au troisième nocturne, ce sont les Ëpitres des Apôtres ; on ne trouve les homélies des saints Pères que dans la neuvième leçon. Enfin les doubles mineurs sont réduits à six leçons ; c'est l'idée assez étrange de Foinard mise en pratique. Ce Bréviaire, irréprochable d'ailleurs au point de vue orthodoxe, n*eut qu'une fortune médiocre, c'est à peine si trois ou quatre diocèses l'adoptèrent.
3. Sur tant d'innovations dont le xviii* siècle fut rempli en France vient se greffer un épisode liturgique du plus haut intérêt : c'est l'accueil qui fut fait à la légende de saint Grégoire VII. Les aximirateurs de ce grand pontife, une aes gloires de l'Ordre bénédictin, sont nombreux ; on compte parmi eux des saints, comme saint Pierre Damien, saint Anselme de Cantorbéry ; des historiens, comme Baronius et Bellarmin ; des papes, comme Benoit XIV. Il fut canonisé en 1584 par Grégoire XIII, d'une canonisation équipollente, comme on en pratiquait à cette époque ; Alexandre VII ordonna de célébrer son office dans les basiliques, le plaça au Bréviaire des Bénédictins et Cisterciens, narmi les saints confesseurs ; enfin Benoit XIII, par un décret du 25 septembre 1728, étendit son office à toute l'EgUse, en lui donnant une oraison propre et de nouvelles leçons au deuxième nocturne. Rome voulait sans doute sauver ainsi de l'oubli le nom vénérable d'un héros de l'humanité en qui on saluait « le vengeur de la civilisation Je conservateur des libertés publiques aussi bien que des libertés ecclésiastiques » ; peut-être aussi avait-elle Quelque intention « de pourvoir à son honneur outragé dans la Déclaration du Clergé de 1682 et dans tout ce qui s'en était suivi en France ». Toujours est-il eue les Gallicans conçurent une vive horreur pour la puolication de cette légende ; on prétendit qu'elle était contraire aux vérités révélées ce lesquelles enjoignent aux papes comme aux autres individus de la société, la sou-
mission à l'autorité civile ». On vit jusqu'à des évêques s'élever contre la légende de saint Grégoire VII ; les parlements s'émurent et parlèrent d'arrêter la publication, distribution et exécution des brefs pontificaux. L'archevêque de Paris osa bien écrire au pape pour le prier «c de fermer les yeux sur cette affaire, parcequ'il lui avait fallu beaucoup de courage pour ne pas prohiber l'office par un mandement ». Les plus modérés, comme Mgr d'Haïlencourt, évêque de Verdun, n'osant pas contester la sainteté de Grégoire VII, supposaient que le Pontife avait fait pénitence de son péché, car, disaient-ils, quelles que pussent être les fautes de l'empereur Henri IV d'Allemagne, le pape n'était pas en droit de lui enlever la couronne, ni de délier les nœuds sacrés qui attachaient ses sujets à son service. L'assemblée générale du clergé, en 1730, prend la résolution d'empêcher le culte de celui qu'elle ose appeler Grégoire VII ; le parlement menaçait déjà de soulever une nouvelle tempête, lorsque le pacifique Fleury calma les esprits ; puis « par un ordre du Roi » fit enlever l'affaire aux magistrats pour qu'elle fût traitée comme question de droit devant le Conseil d'Etat. On l'y laissa dormir : mais la France jusqu'à la fin du xviii® siècle, ne prit aucune part au culte que le monde rendait à la mémoire de saint Grégoire VII.
4. Les conséquences de cette manie de liturgies particulières et de Bréviaires diocésains furent cr imposer silence à l'Eglise pour donner la parole à des docteurs sans autorité, de rompre le lien d'unité qui jusque-là avait mis la même prière sur les lèvres des ministres sacrés et de placer la liturgie en France dans une situation fausse dont nous avons eu plus particulièrement à souffrir à Tépoque de la Révolution : Le fait suivant en donnera une idée (1) : En 1798, une rude captivité réunissait dans la rade de Rochefort neuf cents prêtres, nobles confesseurs de la foi. On réussit à introduire dans leur prison quelques Bréviaires et ces
(1) Nous rempruntons à D. Baumer ; tome II de son Histoir$ du Bréoiaire, p, 333-331.
Êrêtres se faisaient une joie de pouvoir réciter ensemble i sainte psalmodie, grâce à ce pieux présent. Mais, déception amére, les Bréviaires réunis représentaient autant de diocèses qu'il y avait d'exemplaires, et, par suite, toute récitation, toute prière en commun parut impossible. Ce fait a été raconté par l'abbé Ménochet, vicaire général du Mans, qui survécut aux épreuves de la captivité. De pareils inconvénients devaient bientôt se faire universellement sentir : après que la nouvelle circonscription de 1801 eut bouleversé les anciens diocèses et réuni autour d'une cathédrale cinq, six ou sept parties différentes d'anciens évêchés, il arriva souvent que, dans un môme diocèse, une demi-douzaine de Bréviaires et de Missels disputaient la prééminence à la liturgie du chef-lieu épiscopal.
5. Un tel bouleversement ne se fît pas sans soulever des protestations à Rome. Ainsi Clément XII (1730- 1740) exigea a que M. de Vintimille fît un mandement pour rétracter son Bréviaire, qu'on j corrigeât quelques antiennes et quelques répons, qu'on retranchât les hymnes du sieur Coffîn, appelant. »
L'archevêque ne consentit â rien ; la première édition épuisée, on parla d'en faire une nouvelle ; le nonce demanda au carainal de Fleury que a cette édition fût .corrigée conformément aux remarques qui avaient été envoyées de Rome ». Cependant, en 1743, Benoit XIV •successeur de Clément XII, depuis 1740, fît savoir au nonce « de ne point insister sur le mandement de rétractation, de se borner à faire adopter les corrections
Sue Clément XII avait demandées. » La longanimité u Pontife ne servit de rien et la seconde édition du Bréviaire de Vintimine parut semblable â la première. Ce que nous avons àdiremaintenantexplique pourquoi Benoit XIV ne crut pas devoir se montrer aussi exigeant que son prédécesseur : « Versé profondément dans la connaissance des usages de Tantiquité, ce Pontife, dit D. Guéranger (1), ne vit pas avec indifférence la modification grave qu'avait subie le calendrier du Bréviaire
(1) InttittUionê UUtrgiquM, II, p. 468.
Romain, depuis l'époque de saint Pie V. Les fériés se trouvaient diminuées dans une proportion énorme par l'accession de plus de cent offices nouveaux ; le rang de doubles assigné à la plupart de ces offices, entraînait de fait la suppression d'une grande partie des dimanches. D'autre part, cet inconvénient avait été exploité par les novateurs français : devait-on continuer à laisser subsister un prétexte à l'aide du(j[uel ils avaient rendu tolérable à bien des gens leur divorce avec les livres romains t Le Pontife commença par nrendre une résolution à laquelle il se montra fidèle aans tout le cours de son pontificat de dix-huit ans : ce fut de n'ajouter aucun nouvel office au Bréviaire : il attribua, il est vrai, à saint Léon le Grand le titre de docteur, mais ce saint pape était déjà au Calendrier romain depuis de longs siècles... Puis il projeta une réforme du Bréviaire. » Comment cette revision fut conduite et pourquoi elle n'aboutit point, nous allons essayer de le dire en résumant M. Batififol (1) et D. Baumer (2).
Art. IIL — Tentative de réforme du Bréviaire Romain sous Benoit XIV*
Frappé de voir que le Bréviaire Romain avait perdu de son antique simplicité, persuadé que les savants et les amis de l'antiquité ecclésiastiaue lui sauraient gré de son entreprise, Benoît XIV. dès le début de son pontificat, songe à une réforme du Bréviaire, consulte à ce sujet le promoteur de la. foi Valent!, lui expose son plan et, finalement, établit une Congr^^tion pour étudier les questions difficiles et préparer tous les éléments du projet (1741). Les membres ae cette première congrégation étaient : le secrétaire de la Propagande, Philippe- Marie Monti ; le secrétaire du Sacré-Collège, Nicolas Antonelli ; un chapelain du Pape Dominique Giorgi.
(1) Hitioire du Bréviaire Romain, p. 276 et suiv. Cet auteur a eu la bonne fortune de parcourir le dossier de la Congrégation instituée par Benoit XIV pour la réforme du Bréviaire et d^xposer, le premier, Thistoire de ses travaux.
(2) D. Baumbr : Hutoirê du Bréoiaire, tom. II, p. 372 et suiv., indique ses sources, les mêmes qui ont servi à M. BatifTol, savoir Roskovany, CœtibcUus et Breo, tom. V ; le Rapport de Valenti, les Analeeta juria pontijloii de 1885, et en plus le Codex XIV de la Bibliothèque du monastère de Saint-Paul-bors-les-murs.
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On leur adjoignit les théologiens : Sergîo, secrétaire de V Inauisiiion ; Baldini, consulteur de la Congrégation des kites ; Galli, chanoine réçulier de Latran. Azzoguidi, des Mineurs conventuels. Le Pape voulut que Valenti fût secrétaire de la Congrégation.
En principe, tous furent d'accord pour reconnaître la nécessité d'une revision et d'une amélioration du Bréviaire : mais comment procéder et par où commencer ? Pour s'éclairer àce sujet, les membres de la congrégation durent étudier deux mémoires que Benoît AlV leur avait communiqués : l'un est écrit en français, l'autre en Italien, ils figurent au Rapport de Valenti, mais n'ont pas été publiés jusqu'à ce jour. Le mémorandum italien réclame une « simple expurgation » ; distinguant entre les pièces essentielles (comme sont le nombre. Tordre, le partage des heures canoniales, les nocturnes, l'ordre des antiennes, des leçons, des collectes) et les formes accessoires (telles que le calendrier, le texte des leçons, répons et antiennes), il convient que les premières sont difficiles à changer, à moins qu'on ne veuille détruire le caractère du rite romain ; par contre, il est d'avis que les secondes auraient toutes besoin d'une réforme. Le mémoire français est beaucoup plus radical : à son grand regret, il découvre dans le Bréviaire de nombreuses erreurs qui ont échappé à la diligence des correcteurs anciens et que la critique historique avait cependant signalées ; u constate que, dans la répartition des psaumes, il en est qui reviennent fort souvent dans la semaine, tandis que d'autres ne sont presque jamais récités, que les plus longs s'accumulent dans les offices des dimanches et des fêtes, jours où les prêtres sont déjà suffisamment occupés par le ministère ; il trouve beaucoup d'antiennes et de répons qui n'offrent aucun sens à l'esprit, aucun aliment au cœur, et, souvent, s'accordent mal avec l'office où on les récite. En ce qui concerne les fêtes, il remarque beaucoup trop de doubles parmi les saints récents, tandis que les saints anciens étaient seulement de rite semi-double ou simple ; enfin la fréquence des fêtes doubles a l'inconvénient d'éliminer presque totalement l'office dominical qui est pourtant consacré à honorer les mystères de la vie de Notre*
Seigneur. — Il est à penser, concluait le mémoire, que beaucoup d'évêques ont vu là un prétexte plausible d'abandonner le Bréviaire Romain et d'adopter des Bréviaires diocésains, pour le malheur et la perturbation de la liturgie.
Les idées, exprimées dans les deux mémoires trouvèrent des partisans parmi les membres de la Congrégation. Les uns voulaient que Ton discutât d'abord la question de la distribution des psaumes, et trouvaient plausible celle qu'on avait adoptée dans plusieurs églises de France. Les autres faisaient remarquer qu'il fallait se défier des nouveautés, que la distribution romaine était antique et ne pouvait être abandonnée à la légère ; que d'ailleurs la tâche des consulteurs était, non pas de créer un nouveau Bréviaire, mais de corriger celui qui existait ; que^ pour le moment, il fallait réserver la question du psautier et discuter avant tout le calendrier (nombre et ordonnance des fêtes). Cette proposition fut adoptée à l'unanimité.
Pour opérer la correction, il importait de savoir quelle avait été l'idée maîtresse dans les réformes antérieures, notamment dans celle de saint Pie V. Valent! produisit un document, retrouvé par lui, et qui exprimait nettement la pensée des Pères du saint Concile de Trente et des Papes Pie IV et Pie V. Aux xv« et XVI® siècles, pour se soutraire à la lourde charge de l'office férial (1), on en était venu à assimiler les fêtes simples aux fêtes semi-doubles et doubles et l'on transférait ces fêtes simples à un autre jour libre, quand elles se rencontraient avec un dimanche ou avec une autre fête : le résultat fut qu'on ne récitait pres(jue plus l'office férial en Carême, que les lectures prescrites de la Bible ne se présentaient plus que fort rarement, que la récitation des cent cinquante psaumes pendant la semaine devenait impossible â cause de la répétition des mêmes psaumes au Commun des Saints. Voilà pourquoi saint Pie V avait supprimé le privilège des fêtes simples, interdit leur translation, supprimé l'obligation d'autres
(1) Nous avons dit plus haut d'où provenait cette surcharge.
prières (sauf celles des prières fériales pour l'A vent et le Carême), imposé au moins deux leçons sur trois, tirées de l'Ecriture Sainte. Depuis 1568 jusqu'en 1741, le nombre des fêtes doubles et semi-doubles s'était élevé de 138 à 228. Le chiffre des fêtes mobiles de l'année étant de 36 environ, il restait à peine 90 jours libres pour l'office dominical et férial, encore fallait-il tenir compte des fêtes concédées aux églises, diocèses ou ordres religieux. La situation étant en 1741 ce qu'elle avait été en 1568, il fallait donc maintenant comme alors procéder à une réduction ou simplification du calendrier.
La commission délibéra sur les fêtes qu'il conviendrait de supprimer. Parmi les fêtes de Notre Seigneur, il y en eut une, l'Invention de la Sainte Croix au 3 mai, que l'on fut sur le point de supprimer ou d'unir à celle du 14 septembre ; une autre, celle en l'honneur du saint Nom de Jésus^ ne trouva pas grâce devant les consulteurs^ elle était récente (étendue à l'Eglise universelle seulement depuis 1724, par Innocent aIII), dès lors la commission en demanda la suppression. — En ce qui concerne les fêtes de la Sainte Vierge, tout en conservant les fêtes antiques et indiscutables de la Purification, Annonciation, Assomption, Nativité, on songea à substituer le terme de Pausatio^ Dormiiio ou TVa/isttus à celui d'Assomption, puis à supprimer l'octave des deux dernières : on n'en fit rien cependant ; on réserva la question de savoir quel serait le deçré de ces deux octaves. Des consulteurs étaient d'avis qu'on supprimât l'octave de l'Immaculée Conception, mais comme lessentimentsétaientpartagés, on décida de s'enremettre à Benoit XIV . Il fut décidé que le décret de saint Pie V éliminant la fête de la Présentation de Marie serait remis en vigueur, mais plus tard la question fut reprise. Les autres fêtes du saint Nom de Marie, du Saint Rosaire, de Notre-Dame de la Merci, de Notre- Dame du Mont-Carmel, des Sept Douleurs, des Fiançailles, du Patronage, de la Translation de la Sainte Maison de Lorette, de l'Attente du divin Enfantement ne trouvèrent dans la Commission que de tièdes défenseurs ; parce qu'elles faisaient tort à l'office dominical
on pensait pouvoir les supprimer. — Quant aux fôtes des saints Anges, celle du 8 mai en Thonneur de saint Michel, paraissant faire un double emploi avec celle du 29 septembre que Ton conservait, fut supprimée. Quoi-
3ue d'institution récente^ la fête des saints Anges gariens fut conservée parce qu'elle rappelait aux prêtres et aux fidèles l'attention de la divine Providence et les excitait à demander le secours si nécessaire de ces protecteurs célestes.
Il y eut de nombreuses et longues discussions au sujet des saints confesseurs. Pour ceux de l'Ancien et du Nouveau Testament, nommés dans les saintes Ecritures, comme les Machabées {V^ août), saint Joseph, saint Joachim et sainte Anne, on décida de maintenir leurs fêtes, tout en souhaitant néanmoins d'unir en une seule fête le souvenir de saint Joachim et de sainte Anne pour avoir un dimanche libre ; on ne fit aucune difficulté sur les deux fêtes de saint Jean-Baptiste, sur les fêtes des Apôtres et Evangélistes, y compris saint Barnabe, sur la fête des saints Innocents ; la fête de sainte Madeleine serait maintenue, celle de sainte Marthe réduite au rite simple. Vint ensuite la question des fêtes secondaires en l'honneur des Apôtres; on accepta sans peine le maintien des solennités do la Conversion de saint PauL de saint Jean devant la Porte latine, de saint Pierre es liens ; il fut (question de réunir les deux fêtes de la Chaire de saint Pierre, on n'en fit rien cependant, eu égard aux ordonnances de Paul IV et aux rsusons alléguées alors par Sirleto. Par contre, la commémoraison de saint Paul au 30 iuin ne serait célébrée que dans les églises du vocable de ce grand Açôtre. On maintiendrait distincts les trois anniversaires des dédicaces des Basiliques romaines, le Latran, Saint-Pierre, Saint-Paul, mais la fête du 5 août au lieu de s'appeler Sainte-Marie aux Neiges porterait le titre de Dédicace de Sainte-Marie. — Les difficultés allaient se multiplier pour les saints en général : sur quel principe s'appuierait-on pour supprimer ou conserver une fête ? L^ letssitude s'en mêlant, des tiraillements se produisirent, il devint presque impossible de réunir les
membres pour former une session. Sur les instances^ du Pape, quelques-uns continuèrent leurs travaux parti-' culiers, on parvint à se réunir le 15 juillet 1742. Valenti proposa de maintenir les fêtes que le P. Guyet jésuite, dans son Horiologiay dit être célébrées dans toute l'Eglise. La proposition fut remise à plus tard : pour le moment il s*agissait de s'entendre sur les principes, et Ton établit les huit règles suivantes (1) : 1^ maintenir tous les saints dont le nom figure au canon ae la Messe ; 2) tous ceux dont les fêtes sont mentionnées dans les anciens sacramentaires romains ; 3) ne point éliminer les saints dont on possède les Actes authentiques ou un éloge fait par quelque Père, à condition qu'ils aient un culte constant ; 4) maintenir les saints papes dont le culte est ancien ; 5) de même les saints docteurs ; 6) de même les saints fondateurs d'ordres ; 7) maintenir aussi quelque saint représentant chacune des nations de la chrétienté ; 8) éliminer tous les saints ne rentrant pas dans un des sept cas précédents, à moins que la dévotion de l'Eglise universelle ou quelque raison particu* lièrement urgente n'engageât à en décider autrement. Les mois d'août et de septembre furent consacrés à compulser les anciens sacramentaires et calendriers : le soin de résumer ce travail fut confié à Galli qui employa l'automne à la confection du calendrierréformé. Le nombre des fêtes supprimées est au moins de quatrevingt-quinze (2), parmi lesquelles beaucoup de simples et beaucoup de celles qui se trouvaient en Appendice dans le Bréviaire. — Ce n'était là qu'un catalogue ; pour qu'il devint un véritable calendrier liturgique, il fallait statuer sur le priviièce attribué aux fériés du Carême, et autant que possible à celles de l'Avent ; on proposa de supprimer ou transférer les fêtes tombant en Carême, exception faite pour l'Annonciation, saint Joseph et la Chaire de saint Pierre. On convint de
(1) Voir R08K0VANT, p. 586. — AnaUcta JurU ponUf.^ p* 523.
(S) Nous ne jwuvons les énumérar id : elles occupent toute une page dans M. Batifpol, 290-291, et dans D. Baombr, II, S84-385. — Voir Appendice, col. V.
ne pas toucher aux distinctions des rites de fêtes établies par Clément VIII et Urbain VIII^ pas plus Qu'aux rubriques générales et à la table de concurrence des fêtes ; mais il fallait encore déterminer le rite des fêtes conservées ; on fut d'accord de maintenir le rite de double de première classe à dix fêtes, les six fêtes de Notre-Seigneur, l'Assomption, saint Jean Baptiste, saint Pierre et saint Paul, la Toussaint ; il y aurait vingirsept fêtes de seconde classe ; douze doublesmajeures ; vingt-trois doubles-mineures ; vingt-sept semi-doubles. Le nombre des simples était porté à soixante-trois et il y aurait vingt-neuf saints dont on ne ferait mémoire qu'aux Vêpres et à Laudes, de plus chaque église fêterait, du rite double de première classe, l'anniversaire de sa dédicace et la fête de son titulaire ou patron.
Le calendrier fut mis sous les yeux du Pape qui témoigna de sa bienveillance et demanda à l'examiner : c'est du moins ce que rapporte Valent!. En réalité, Benoit XIV fut mécontent, comme le prouve M. Batiffol en publiant une lettre du Pontife, du 7 juin 1743, au cardinal de Tencin. De cette lettre, il résulte que le pape eût souhaité donner satisfaction à la critique pointilleuse du temps en donnant un Bréviaire « dans lequel tout sera tiré de l'Ecriture Sainte, laquelle contient beaucoup de choses sur les mystères dont l'Eglise célèbre la fête, sur les saints apôtres et sur la Sainte Vierge. On suppléera par les écrits non contestés des premiers Pères à ce que l'Ecriture Sainte ne fournira pas . Quant aux autres saints, qui ont place aujourd'hui dans le Bréviaire, on se contentera d'en faire une simple commémoraison. » Nouveauté dira-t-on, a mais cette critique nous parait bien moins importante que celle par laquelle on nous reprocherait de faire lire au nom de l'Eglise des faits ou apocryphes ou douteux. Or, avec quelque habileté que le nouveau Bréviaire fût composé, cette critique serait inévitable (1). )»
Les membres de la première commission n'avaient
0) Corresp. de Rome, tom. 792, page 21.
donc pas répondu aux desseins de Benoit XIV. Pressé de différents côtés, le Souverain Pontife consentit à ce qu'une commission de cinq cardinaux (Gentili, Silvio Valenti, Monti, Tamburini et Bezozzi) révisât le projet. Luigi Valenti serait le secrétaire de la congrégation cardinalice. Dans une première session, les membres tombèrent d'accord sur 1 acceptation du calendrier proposé par les consulteurs ; cependant il fut convenu qu'on prendrait l'avis du cardinal Tencin, personnage influent en France et pouvant fournir le moyen le plus efficace pour faire accepter la réforme dans ce pays. Mais la consultation devait prendre du temps ; en attendant la réponse, on s'occupa de la distribution du Psautier : les nouveautés introduites en France sur ce point avaient trouvé des partisans en Italie, mais les consulteurs furent unanimes à affirmer une fois de plus que la distribution romaine du Psautier était antique et ne devait pas être abandonnée. Pour donner plus de poids à leur opinion, ils décidèrent de fouiller encore les bibliothèc[ues et les archives romaines : Galli résuma ce travail de recherches dans un mémoire dont la conclusion fut qu'aucune des distributions admises maintenant en France, ou proposées ailleurs, ne pouvait être préférée à l'antique aistribution romaine : ce fut aussi 1 avis de la commission.
On s'occupa ensuite de régler la translation des fêtes, mais sans parvenir à une entente. Sur ces entrefaites, le bruit s'était répandu (]ue Benoit XIV se souciait peu de la correction du Bréviaire : pour dissiper ce bruit, le Pape nomma un nouveau consul teur, Lercari, qui revenait de France et oui était secrétaire de la Propagande. Puis il invita consulteurs et cardinaux à tenir séance devant lui, le 29 septembre 1744.
Benoit XIV parla lui-môme de la nécessité d'une réforme et de la méthode à suivre : nécessité, car on en était venu à peu près au même point qu'avant le concile de Trente ; pour la méthode, le Pape approuvait la résolution de ne point toucher à la distribution du Psautier ; admettait la distinction des rites, les huit regiM 4u'un avait ponées puor Tadmiftiion des saints ;
mais il voulait en ajouter une neuvième : Les saints du calendrier, ayant été canonisés, les uns avant Alexandre III par le consentement universel de l'Eglise, les autres après Alexandre III par décret solennel de canonisation, d'autres par le seul fait que les papes avaient prescrit à l'univers un office en leur honneur, il importait de ne pas confondre ces trois ordres, mais de déterminer ce qui convenait à chacun. Le Pape les encouragea ensuite à examiner, corriger, remplacer môme les parties du Bréviaire, chacune prise à part ; à se partager le travail mais à le discuter ensemble.
On se remit à l'œuvre après les vacances d'automne : l'examen du lectionnaire ne suscita qu'un petit nombre d'observations ; celui des antiennes, répons, quelques doutes seulement. En somme l'Office du Temps était hors de cause. Un consulteur ayant proposé de remplacer la lecture de la leçon brève de Prime par la lecture de quelque canon de concile, le Pape mis au courant fit savoir aussitôt à la commission qu'il s'agissait non pas d'une innovation, mais d'une réforme du Bréviaire. Vint le Propre des Saints ; un consulteur proposa un nouvel office (antiennes et répons mieux appropriés) pour la fête de la Conversion de saint Paul ; par respect pour le passé, cet Office ne fut pas agréé, on ne crut pouvoir remplacer que l'homélie. Ce ne fut pas sans peine que le secrétaire de la commission parvint à présenter le résultat des travaux accomplis jusqu'au 22 juin 1746 : un spécimen du Bréviaire réformé pour les six ou sept premiers mois de l'-année, accompagné d'un mémoire motivant les changements proposés. Le Pape très satisfait demanda le prompt achèvement de ce travail pour la seconde partie : l'œuvre était terminée à Pâques de 1747. Il ne manquait plus que la décision définitive de Sa Sainteté.
La commission s'est montrée respectueuse des éléments antiques du Bréviaire comme sont la distribution du Psautier et l'Office du Temps ; par là elle se sépare nettement des litur^istes gallicans. Elle entend travailler en conformité avec le Concile de Trente et saint Pie V, donner plus de clarté à la pensée qui les
avait guidés, c'est-à-dire empêcher que les fêtes des saints trop multipliées ne portent préjudice aux offices des dimanches et des fériés : il semble que pour réaliser ce but, les principes solides, le critérium et le tact lui ont fait défaut, le maintien de certains saints ne répondait guère aux besoins de la dévotion universelle quoiqu'ils eussent une antiquité respectable, et Ton pouvait déplorer l'élimination de saints vraiment populaires dont le seul défaut était d'être moins anciens. La commission a mis beaucoup de soin et de scrupule pour purger de toute erreur le texte même du Bréviaire ; de nos jours peut-être on serait plus conservateur dans la rédaction des légendes historiques; mais elle semble avoir abandonné son purisme vers la fin de ses travaux, ainsi dans le Commun des Saints, elle maintint des antiennes dont l'authenticité n'était pas prouvée.
Pourquoi Benoît XIV n'a-t-il point ratifié le projet qui lui était présenté ? M. BatifiPol a prouvé, par la -correspondance du grand pape, qu'il était animé d'un «aint zèle pour la réforme du Bréviaire (1). Mais habitué à tout faire par lui-même, il ne pouvait admettre l'idée de s'approprier le travail d'autrui ; il voulait que l'édition du Bréviaire fût entièrement son œuvre. Il en fit donc son travail personnel : mais, écrit-il en 1755 ■à Peggi, « il y faudrait un peu de temps ; or, on n'en trouve pas aisément, ou si, par aventure on en trouve, •on sent alors tout le poids des ans et des infirmités 9. L'année suivante, la question du Rituel grec s'achève, le tour du Bréviaire va venir : mais les attaques de goutte s'aggravent, les affaires l'accablent, il lui reste peu de loisir pour ce travail (ju'il voudrait pourtant bien préparer et polir ; car, écrit-il encore le 16 avril 1748, « la tâche est dure et le siècle est difficile à contenter ». Trois semaines après, la mort vient interrompre son travail (4 mai 1758).
(1) Lettres de BenoU XIV ao cardinal Tencio, dans M. BatifToI, Hiêtoirê du Bréoiairê, p. 819.