CHAPITRE II
Epoque postnioéenne.
L'époque, que l'on vient de parcourir rap' ^ment, a montré comme une première ébauche de ia prière publique dans l'Eglise : Mgr Duchesne (1) ne veut voir que des prières essentiellement privées dans ces supplications distribuées de façons un peu différentes dans le cours de la journée. De quelque nom qu'on les appelle, ces réunions, à des jours déterminés de la semaine, ou à l'occasion de fét^s ou anniversaires de martyrs, nous sont attestées par des témoins autorisés de la tradition chrétienne la plus reculée. Il nous faut maintenant assister à l'élaboration de l'office divin, qui s'opérera lentement et comme par degrés. Ce développement ne manque pas d'analogie avec celui qui va du Symbole des Apôtres au Symbole de Nicée ou de Constantinople : il semble que dès ce moment la loi de la supplication sert à déterminer la loi de la croyance. Toutes deux auront leurs progrès d'abord sous Tinfluence des Eglises particulières, puis ensuite sous l'action prépondérante de l'Eglise Romaine et de ses Pontifes.
Nous sommes encore à une époque où tonte liberté d'action est laissée aux Eglises particulier s pour la détermination de Toffice et le choix d(5s formules. Il faut suivre l'Eglise d'Orient et 1 Eglise d'Occident dans l'appoint quelles apportent pour la constitution des heures, mais tenir compte d'un facteur puissant : l'influence du monachisme qui prend alors une plus grande extension dans l'Eglise.
(1) Origine» du culte chrétien, p. 493.
16 LE BRE lAIRE ROMAIN
I. — Qaelle fut en général Tintervention des moines dans les développements de l'office ? Mgr Batifrol(l) va nousledireen quelques mots : « Les chrétietr en devenant plus nombreux n'étaient pas devenus plus fervents ; ils négligeaient même la synaxe du dimanche, à la grande tristesse de saint Chrysostome. » Les ascètes et les cierges, qui, dés le berceau du christianisme, consacrèrent leur vie au service de Dieu, se réunirent pour la première fois en communauté sous le père des cénobites, saint Antoine (vers 305^. Le fait produisit, en Orient d'abord, puis en Occiaent, un mouvement considérable : les mornes ne créèrent pas l'office divin ou Opus Dei, mais pouvant lui consacrer plus de temps, « ils l'organisèrent avec amour en un tout bien ordonné et caractéristique » . Puis, à cette époque, « les plus émineiits et les plus influents des évèques sortaient de l'état monastique, ou vivaient en rapport intime avec les moines b, nouvelle explication de l'influence de ces derniers sur la formation de l'office. A Jérusalem et dans les églises des Saints-Lieux, nous dit la Peregrinatio S, Svloiœ (2), les moines et de pieux laïques célébraient l'office de nuit. Le reste du peuple ainsi que les prêtres et les diacres ne prenaient part à cet office qu'à certains jours, tandis qu'ils assistaient quotidiennement aux prières du matin et du soir, Laudes et Vêpres, qui dataient des temps apostoUques. Le même ouvrage mentionne seulement comme heures canoniales: Matines (ou vipiliœ noeiurnœ\ Laudes (hymni matuiini eum luee) Tierce, Sexte, Noneet Vêpres (Lueernare). Prime et Complies n'existent pas encore. — L'influence du monachisme s'étendit en Occident, grâce à saint Athanase qui donna des récits détaillés sur la vie de saint Antoine et sur les monastères fondés par saint Pacôme à Tabenne, récits qui firent sur les Romains une impression profonde. Ajoutons que les paroisses n'étant pas fondées et les évèques emmenant avec eux, dans leurs visites, le clergé de leurs cathé-
(1) Hiêtoirg du Bréo, Rom., p. 15.
(S) Peregrinatio S. Sylotm, journal de voyage d'une vierge espagnole nommée Ethéria. ({ui visita les Saints-Ueux vers S85-388«
drales. faisaient remplacer ce clergé, pour Toffice de la cathéarale, par des moines empruntés aux monastères voisins.
Ces quelques considérations nous expliquent la part d'influence qu'eurent les moines dans 1 organisation de l'office divin. Les documents relatifs à cette influence sont nombreux : c'est en Orient surtout qu'on les rencontre au IV® siècle, et il faut renoncer à les citer dans un résumé succinct ( on les trouvera tout au long dans D. Baumer, tom. I, p. 109-169).
IL En Orient. — Pour faire connaître l'état de l'office divin, vers la fin du iv^ siècle, essayons de résumer la partie aes Institution» de Cassien (1) et la Peregri^ natio S. SyloicBj déjà citée ()lus haut.
1 . Cassien a écrit deux principaux ouvrages : Insti" iuiions et Collations. C'est dans le premier des deux qu'il donne des renseignements très détaillés et très précis sur l'office divin et la prière canoniale des Orientaux. Cet ouvrage contribua pour une lar^e part à transporter en Occident les usages de TOrient avec l'ordonnance de Toffice qu'on y récitait, il importe donc d'en donner ici une rapide esquisse. D'après Cassien : A) Chez les moines d'Egypte, on faisait deux réunions chaque jour pour la prière en commun : Vêpres et Vigiles nocturnes (ou Matines). Dans chacun de ces offices, on chantait douze psaumes et on disait deux leçons, l'une de l'Ancien, l'autre du Nouveau Testament. Le samedi et le dimanche, comme aussi durant le temps pascal, les leçons étaient tirées du Nouveau Testament (Actes ou E()!tres pour la première. Evangile pour la seconde). Suivant une légende, l'indication du nombre douze aurait été donnée par un ange. Après chaque psaume^ ou même division de psaume, qu'un seul
(1) Sur CoêKien, voir D. Baumbr, I, p. 136-137. — Dict. Tkéol. Vaeant-Mangenot, II, goI. 1823. On ne s'accorde pas pour déterminer le lieu de sa raissance qui arriva vers 360 : fl reçut une éducation très soignée, entra jeune dans un ctoitre de Bethléheni, visita les monastères de Palestine et d'Egypte, vint à Constantinople, puis à Rome, et enfin à Marseille où D fonda deux monastères (d'hommes et de femmes) et mourut vers 435. — Ainsi, il peut servir de témoin pour l'Orient et pour l'Occident.
frère chante et que les autres écoutent, tous se lèvent et médilent mentalement. Puis ils s agenouillent et le prêtre qui préside récite une prière ou collecte, au nom de tous. Le Gloria Pairi se dit, non après le psaume, mais après l'antienne, le douzième psaume est toujours un de ceux qui dans le Psautier est pourvu de VAUeluia, Les moines égyptiens récitaient en particulier, dans leurs cellules, ce qui correspond à nos Laudes, et n'avaient pas d'autres heures précises, pendant le jour, mais ils employaient leurs journées à une prière accompagnant le travail, fi*^ Chez les moines d'Orient (Palestine, Mésopotamie, Asie mineure) on avait d'autres coutumes, a) Il semble que l'office de nuit était plus long, quoique Cassien ne s'exprime pas clairement à ce sujet. Cet auteur parle simplement des Vigiles, le vendredi soir pour le samedi, et dans la nuit du samedi pour le dimanche, dit qu'on serait allé jusqu'à y réciter dix-huit, vingt, trente psaumes et même davantage. Il est au moins permis de supposer que lés Matines ou Vigiles du dimanche se composaient de dix-huit psaumes et de neuf leçons (empruntées : trois à l'Ancien Testament, trois aux Epitres, trois à l'Evangile). Puis il y avait des antiennes, répons, courtes prières (les unes intercalées entre les psaumes, les autres placées à la fin). L'office du matin (ou Laudes) était uni aux Vigiles et on y récitait les psaumes 50, 62, 89, 148-150. — h) Durant la vie de Cassien, dans le monastère de Bethléhem, se produisit un changement qui eut comme conséquence la création d'un nouvel office analogue à celui de Prime : après la célébration des Nocturnes, les religieux rentraient dans leurs cellules pour s'y reposer un peu ou se livrer en silence à la méditation. Les négligents abusèrent de cette liberté donnée pour prolonger leur repos et leur sommeil jusqu'à l'heure de Tierce. Un office fut donc créé pour les tenir en éveil et marquer le commencement du travail : trois psaumes et des prières furent récités, et l'on eut ainsi 1 heure de Prime, distincte des Laudes ou Matines. Ce fait remonte à l'an 390 ou môme
« L'expression matutina solemnitas de Cassien désigne rheure de Prime et non, comme on l'a sou\ent rc^pété, l'office des Laudes. » Entre autres preuves qu'on en apporte, il faut noter que Cassien signale l'heure dont il parle, c omme spéciale au couvent de Bethléhem ; il n'en était pas ainsi de Laudes ni des autres heures, alors communes à des contrées entières ; deux textes qu'il dit être chantés à cette matutina solemnitas, appartiennent au Ps. 62 lequel était précisément l'un des trois réservés à Prime.
« Ainsi dans les Instiiuta, livre III, ch. 3, les heures du jour, la nuit non comprise, s'élèvent au nombre de cinq : Prime, Tierce, Sexte, None et Vêpres. Si les mêmes Instituta^ livre 111, ch. 4, indiquent sept offices quotidiens, c'est qu'ils ont en vue lejour de vingt quatre heures, et qu'ils entendent ajouter aux cinq offices précédents, les deux offices de la nuit : Nocturne et Laudes. Avec cette manière de compter, non seulement il n'est plus requis d'ajouter Complies, mais encore il est impossible d'y penser (1). » — e) Cassien parle de Tierce, Sexte et None en divers endroits, et montre que Tordonnance de ces heures n'était pas uniforme : dans certains monastères, il y avait trois psaumes à Tierce, six à Sexte et neuf à None ; toutefois la coutume la plus répandue était de réciter trois psaumes à chacune de ces heures. Le dimanche, on supprimait les petites heures parce que les psaumes chantés pendant la Messe et la communion paraissaient une compensation suffisante. 11 ne paraît pas que le verset : Deus in adjutorium meum intende servît alors de prélude aux offices : Cassien n'en parle que comme d'une sorte d'oraison jaculatoire que les moines zélés formulaient pour entretenir en eux Tesprit de prière, se préserver des tentations et du relâchement. — d) Au sujet du Lucernaire ou des Vêpres, tant recommandé dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, Cassien rappelle l'ordonnance mosaïque sur le sacrifice du soir : (Num., c, 28) — (Ps.
(1) Parooirb : Reeue d'Histoire et de Littérature reUgieuêes, aoDée 181^. Art. Prune et Complies, — p. 462.
140, V. 2) ; il remarque qu'il faut considérer cet office comme ayant un rapport étroit avec la cône du Seigneur et avec la mort de Jésus sur la croix : « C'est, dit-il, une action de grâces pour l'établissement du très saint sacrifice de la Messe, un mémorial de la Rédemption. » Mais il ne dit pas combien de psaumes et quels psaumes on y récitait. — ej Le R. P. Pargoire (1) estime <][u'on ne feixX penser à l'heure de Compiles ^uand on ht les Institutions de Cassien, quoique D. Plameaitcru pouvoir le dire, que D. Baumer n'est pas plus autorisé à dire que saint Benoit a introduit Compiles dans l'office. A son avis l'heure de Compiles comme distincte de Vêpres était connue et pratiquée en Orient vers 360, et il apporte en preuve la 37*^ question des Grandes Règles de saint Basile. Le grand législateur monastique y énumère les moments propres à la prière ; après en avoir fini avec Vêpres et avant d*en arriver au Nocturne, il parle d'un office intermédiaire en termes explicites ; cet office ne peut être que l'airo&ticvov, partie de l'office crée qui se récite immédiatement après le repas du soir, ranalogue des Compiles latines. Saint Basile v Indique comme obligatoire la récitation du psaume 90 ; donne comme motif de cette heure le besoin d'obtenir de Dieu un repos tranquille : ce oui s'accorde bien avec ce qu'exprime notre hymne : Proeul recédant somnia et noetium phantasmata.
En concordance avec ce témoignage et pour preuve que les Compiles étaient connues avant saint Benoît on peut alléguer encore un passage de la vie de saint Hypace écrite entre 447 et 450 par Callinîque, où il est question d'une heure canonique intermédiaire entre la prière des flambeaux et la pnère de minuit, c'est-à-dire les Vêpres et le Nocturne. — Hypace est de beaucoup antérieur à saint Benoit, puisqu il mourut en 446 octogénaire, son entrée dans Ja vie religieuse datait de 386. A sa mort, il gouvernait un monastère dans la banlieue de Constantinople, et il est à croire qu'une fols en usage
(1) Dans l'artlote déjà cité» et au mot Apodeitmon du DietionncUre d'Archéologie chrétienne et de Liturgie» l, col. 2579 et suiv.
parmi les moines de la capitale, Theure de Complies se répandit peu à peu dans TOrient tout entier. — « Il semble, ajoute le P. Pargoire, ()ue les Grandes Règles nous mettent en présence d*une innovation, car TOrient monastique d'avant saint Basile ne parait pas avoir connu Complies. »
Mais revenons à Cassien : il y a assurément des lacunes dans son exposé. Ainsi, il ne nous dit pas quelles étaient les prières récitées entre les psaumes et à la fin des psaumes, bien qu'alors les antiennes fussent déjà connues (1) : On voit néanmoins se dessiner dans son œuvre le plan des différentes heures (excepté Complies) qui composeront le Bréviaire Romain.
2. Sylvia, ou plutôt la vierge espagnole Etheria^ va nous dire, dians sa Peregrinatio^ ce qu'était au iv« siècle le service eucologique quotidien dans Téglise cathédrale de Jérusalem, l'il/ia8^a«/8. D'après la sainte voyageuse : A) Les jours de la semaine, il y a les Vigiles et les Laudes ; vers une heure et demie du matin, moines et vierges, laïques hommes et femmes se réunissent pour la psalmodie, antiennes et répons, ornison à la fin de cha<|[ue psaume. Au point du jour, ce sont les Matu- Uni ymnî ipouv lesquels l'évoque arrive avec son clergé : il y a alors une oraison pour tous, une commémoration de certains noms, un renvoi des catéchumènes, puis l'oraison, la bénéoiction et le renvoi des fidèles. L'assemblée est congédiée lorsque le jour a paru. (Tierce n'était pas célébré en communauté à Jérusalem, sinon en carême). A la sixième heure, c'est-à-dire vers midi, se fait une nouvelle réunion des fidèles : on dit les psaumes et les antiennes jusqu'à l'annonce de l'arrivée de l'évèque, celui-ci récite une oraison, bénit les fidèles et lorsqu'il se retire on lui baise les mains (comme on l'a du reste pratiqué le matin). On célèbre None entièrement comme Sexte. A la dixième heure (c'est-à-dire quatre heures du soir), moment que nous appelons Lucernaire, la foule revient à TAnastasis, la lumière est prise dans la grotte où une lampe brûle nuit et jour. On chante les
(1) Voir plus bas page 25.
psaumes du soir (plus longs qu'à Sexte et à None) avec les antiennes, Tévêque paraît... conclut en disant la prière pour tous, bénit et renvoie les fidèles qui viennent encore lui baiser la main. Une station avec prières se fait à la chapelle où sont conservés les grands morceaux de la sainte Croix. Il est déjà nuit lorsque Toffice se termine.
B) Le dimanehe. — C'est alors la foule entière, aussi nombreuse qu'ailleurs, le jour de Pâques, ç[ui se réunit, pour les Vigiles ou Matines, hors de l'église, dans un endroit où il y a des lampes allumées. On chante des psaumes antiphonés et après chaque psaume ou chaque antienne et répons, il y a une oraison. La coutume veut que les portes du Lieu saint ne soient pas ouvertes avant le chant du coq. Alors l'évoque arrive, on ouvre la basilique où mille lumières étincellent (Les prières qui ont précédé ne paraissent pas avoir d'autre but que d'occuper les fidèles avant le commencement de l'office (1). Alors, prêtre, diacre, clerc inférieur dissent successivement, chacun un psaume et une oraison, on apporte l'encens, Tévéque se lève, reçoit le livre des Evangiles, entre dans la grotte et y lit le récit de la Résurrection. La foule éclate en rugissements, au souvenir de tout ce que le Sauveur a souffert pour nous. L'Evangile terminé, révoque se rend à la chapelle de la Croix où la foule l'accompagne. Là on chante un psaume, une oraison, l'évoque donne la bénédiction aux fidèles et les renvoie. Les monazontes et de pieux fidèles retournent à l'Anastasis pour y célébrer lus Laudes, psaumes antiphonés, jusqu'au jour. Ainsi, il n'y a pas de célébration solennelle des Laudes le dimanche, comme cela a lieu en semaine.
La Messe se célèbre avec cette particularitéque, parmi les prêtres qui y assistent, ceux qui le désirent prennent la parole, et c'est après eux tous que parle Tévêque : les prédications se prolongent jusqu'à la 4® et même la i5^ heure (10 et 11 heures) et alors le saint sacrifice est célébré. Pour le Lucernaire, il s'accomplit le
(1) D« Cabrol, étade sur !a Peregrinatio 5. SyMœ, page 51 •
LB BRÉVIAIRE ROMAL\ 23
dimanche comme les autres jours de la semaine.
CJ Ëthéria parle ensuite des fêtes ; il serait trop long d'en donner ici la description d'après son récit.
Voici maintenant les conclusions que D. Baamer déduit de ce document (I, p. 1€8-169) et qui ont quelque intérêt pour les origines du Bréviaire.
« P A Jérusalem, vers la fin du iv<* siècle, on célébrait cinq heures canoniales : Vigiles, I^udes^ Sexte, None et Vêpres. Comme sixième heure on avait Tierce en carême.
« 2^ Comme fêtes pendant Tannée, on célébrait l'Epiphanie (naissance et manifestation de N.-S ) Ie6 janvier ; Présentation de N.-S. et Purification de Mane, le 15 février ; Pâques avec les fêtes qui précèdent (et qui duraient huit semaines) ; Ascension et Pentecôte, enfin la Dédicace, puis la fête de l'Invention de la Croix, le 14 septembre. Il est aussi question de fêtes de Martyrs (dans la description du Carême), mais aucune n'est nommée en particulier.
« 3^ Les pnncipales fêtes : Epiphanie, Pâques, Dédicace, Invention de la sainte Croix, étaient célébrées avec octave.
< 4^ On chantait des psaumes avec antiennes, des oraisons, des répons et d'autres hymnes; on lisait des leçons des Saintes Ecritures, Ancien et Nouveau Testament. A la fin des Matines du dimanche, l'évêque chantait l'Evangile de la Résurrection.
« 5® Le peuple et le clergé assistaient â ces Matines du dimanche, â celles du vendredi pour le samedi et à quel<)ues autres, tandis que, pendant la semaine, les Matines n'étaient célébrées que par les moines et les gens pieux et par quelques prêtres ou diacres qui récitaient des oraisons ou collectes.
« 6^ Les antiennes, oraisons, leçons, psaumes, répons et hymnes étaient appropriés au mystère de la fête ; ce qui paraît â la pèlerine d Occident si neuf et si intéressant qu'elle y revient sans cesse.
< On doit voir là le début de l'emploi et de l'application des mystères de l'année dans Tofnce et dans la liturgie de la Messe, qui auparavant, et â ce moment
encore en Occident, avaient toujours les mêmes prières et les mêmes chants. »
IIL— En Occident : 1^ Voyons maintenant ce qu'était la prière liturgique en Occident au commencement du V® siècle. Tertullien et saint Cyprien nous ont donné quelques renseignements pour l'Afrique au iii^ siècle * après eux vont s'introduire dans les formules de prières des éléments importés d'Orient : le chant antiphoné et les hymnes. ^ A) Saint Hilaire de Poitiers écrit que, de son temps (vers le milieu du iv« siècle), Laudes et Vêpres se célébraient en Gaule, que vraisemblablement aussi l'on récitait les Vigiles à certains jours (1). •— Saint Jérôme et saint Isidore disent de ce même saint Docteur qu'il avait composé des hymnes à l'instar de celles des Églises grecque et syriaque.
B) Mais ce fut principalement saint Ambroise qui introduisit en Occident le chant antiphoné, les hymnes et un degré plus élevé dans la célébration des Vigiles ; l'usage, parti de Milan, s'étendit aux autres Eglises, et cette cité illustrée par son grand évéque devint comme un centre de formation et oe richesses liturgiques : il ne faut pas s'étonner de cette influence à une époque où les Eglises particulières avaient toute latitude pour introduire de nouvelles formules de supplication. — Il n'est pas sans intérêt de rappeler dans quelles circonstances mémorables saint Ambroise fut amené à modifier la composition et l'exécution des saints offices. — Saint Augustin, qui fut témoin du fait, Ta raconté au Livre de ses Confessions (2). On était aux jours de la semaine sainte de 385. Milan était agitée par suite des revendications des ariens. Le dimanche des Rameaux (6 avril), saint Ambroise accom{)lissait les fonctions sacrées dans une magnifique basilique, nouvellement construite, que la Cour réclamait avec une autre église, la Basilique Portienne, pour y faire célébrer le culte arien. Aux injonctions ae la Cour, le saint Evéque répond par un refus, et comme il redoutait que son peu-
Ci) Comment, sur les ps. 64 et 118. — P. I.., tom. IX, col. 420, S50. (2) Uv. IX, ch. 7. — P. L. tom. XXXII. col. 770.
pie. indigné des usurpations ariennes, n'en vint à de factieuses extrémités, il le réunit dans la principale église de Milan^ comme un général qui veut rester maître du terram. Le dimanche et les trois jours qui suivirent, il demeura avec son peuple dans la basilique contestée, entourée par les troupes impériales. C est alors que, pour remplir les heures longues et pleines d'angoisses, saint Ambroise introduisit dans romce le chant des psaumes alterné en deux chœurs, avec antiennes et versets, et plusieurs hymnes composées par lui. Il emprunta cet usage aux Eglises d'Orient.
L'innovation s'étendit bientôt à toute l'Italie, et à Rome même, comme l'attestent le prêtre Paulin de Milan, saint Augustin, le pape saint Célestin l^^ dans un discours synodal, l'évèque Faust de Riez dans une de ses lettres : elle va se perpétuer désormais et s'implanter pour toujours dans le Bréviaire Romain, elle mérite donc d'arrêter quelques instants notre attention.
VAntiphone (1) (qui répond, qui renvoie le son) est un chant exécuté alternativement par deux chœurs, déjà connu dans le drame païen. A quel moment précis fut-il mis en usage parmi les chrétiens, il parait assez difficile de le dire. Si l'on en croit l'historien Socrate, saint Ignace, second évéque d'Antioche, aurait introduit dans l'Ëglise le chant alternatif, mais la pratique n'a point laissé de traces jusqu'au début du iv^ siècle. Entre tes années 348-358, pour contrebalancer l'influence des hérétiques ariens, que l'évèque d'Antioche, Léonce, combattait mollement, deux membres d'une confrérie d'ascètes, Flavien et Dioscore, eurent l'idée d'associer le peuple chrétien à leur office, c'est-à-dire au chant du Psautier pendant la nuit. A l'imitation de ce qu'on pratiquait dans les Eglises de langue syrienne, ces ascètes, au lieu de laisser au lecteur le récit du psaume, le confient aux fidèles partagés en deux demi-chœurs alternatifs, puis tous se réunissent pour chanter un refrain unique. La doxologie Gloria Patri fut assu-
(1) Pour plus de détails, cf. Diction. d'Archéol. chrétienne et de Uturffie par D. Cabrol, tom. I, col. S282 et auiv., 2428-2430, au mol Antienne (Liturgie). — Antioche (Liturg.)
rément un de ces refrains. Saint Basile, dans son traité de Spiritù saneto nous atteste que la formule était connue de son temps, avec de petites variantes (1). Arius voulut d'abord substituer cette autre : Gloria Pairiper Filium in Sptritu Saneto ; paroles qui, en soi, n'ont rien d'impie, mais qui cependant furent rejet<*es à cause du sens qu'on leur donnait et de l'intention qu'on avait en les employant. C'est donc pour combattre l'arianisme que la doxologie ordinaire : Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, se répandit et prit dans la liturgie une place si importante : on la rencontre à partir de cette époque dans les Eglises d'Antioche, de Jérusalem, de Constantinople. On mettait ainsi sur les lèvres des fidèles une formule théologique coupant court à toute dispute. Théodoret {Hist. eeeL^ n, 19) raconte à ce sujet un trait de Tévêque Léonce dont on vient de signaler les fluctuations : voyant l»^.s clercs et le peuple partagés entre deux formules : Gloria Pairi et Filio et Spiritui Saneto, d'une part : Gloria Patri eum Filio in Spiritu Saneto, d'autre part, il s'arrangeait de manière que ses fidèles ne l'entendissent chanter que la finale : in sœcula sœculorum. Amen, — Faut-il faire remonter à saint Ephrem (f 363) et même à Bardesane d'Edesse (154-222) l'origine de ces doxologies ? La tentative jusqu'ici n'a abouti qu'à une hypothèse — D. Leclercq, au mot Antienne (Liturgie), donne un fragment de Théodore de Mopsueste d'après lequel il faudrait conclure à une origine syriaque, de sorte que l'œuvre de Flavien et Dioscore se serait bornée à des traductions du syriaque en grec. D'autre part, les Canons d'Hippolyte prescrivent comme doxologie des oraisons Gloria tibi Patri et Filio et Spiritui Saneto in sœeula sceeulorum, Amen (2).
<1) Nuper precantl mihi cum populo et utronue modo glor{fioatiO' fient abtoloênti Deo ao Patri in i brdum cum Filio una cum Saneto Spiritu, intérdumper FUium in Saneto SpirUu-^ P. G., tom. XXXII, coi. 72.
(2) Voir Dictionnaire d'Arehéologie chrétienne et de liturgie, aux mots : Ariena : roi. 2816 : Aniiuche (liturgie d') eut , 2iJ0 , > «.tienne, liturgie, col. 2281» Paléographie musicale tom. VI, introduction, p. 18-19. " ^
C'est dans cette môme vue de combattre l'influence néfaste des ariens, ardents à vulcaniser leurs erreurs par des chants populaires, que saint Ambruise forma également les fidèles à chanter des h^-mnes où Torthodoxie trouvait son expression : il composa lui-m/^me de ces hymnes, en moindre nombre peut-être que celles qu'on lui attribue. Les auteurs qui Tiuiitèrent dans la suite voulurent sans doute se recommander de son nom ou s'appliquèrent à reproduire la forme qu'il leur avait donnée (1).
C) Saint Ambroise célébrait donc dans l'église, de concert avec le peuple fidèle, l'offlce des Vigiles ; il nous parle aussi des Laudes matutinœ et des heures du jour ; nous sdvons d'ailleurs que les hymnes de Vêpres, de Tierce et de None (vraisemblablement aussi celle de Sexte) sont de lui. D'autres attestations concernant la célébration de l'office existent pour l'Occident à cette même époque : ainsi saint Jérôme est riche en détails sur les formes liturgiques de son temps, particulièrement dans ses Lettres et ses opuscules contre les hérétiques. Contre Vigiiantius il dut prendre la défense de la celé* bration des Vigiles. A l'illustre et pieuse matrone Lseta il recommande expressément de prendre sa fille avec elle lorsqu'elle ira à l'église, la nuit ou le soir^ pour assister aux Vigiles solennelles ; il parle de la prière du matin, des 3®, 6* et 9* heures auxquelles la jeune fille doit assister comme un soldat du Christ, puis du sacrifice des Vêpres. Ses lettres à Eustochium, Rusticus et Démétrius font mention d'un Ordo Psalmorum et oratîonum, puis des heures canoniales supposées connues, auxquelles chrétiens et chrétiennes ne négligent pas de prier. Ce sont : la prière de la nuit (Vigiles,) la prière du matin (Laudes), Tierce, Sexte, None et Vêpres (2).
dj Saint Augustin lui aussi est un témoin irrécusable, authentique de l'existenco des différentes heures pour la prière en Occident, au commencement du v® siè-
(1) Dictionnaire et Archéologie chrétienne et de Liturgie, art. : saint Ambroise hymnographe, l, col. 1317.
(2) Saint Jérôme, P. L., tom. XXII, col. 909, etc., tom. XXHI, col. 347.
28 LE BRËVIAIKB ROMAIN
cle : de plus il nous atteste ce fait qu'il n'y avait pas encore pour l'Eglise latine d'ordonnance uniforme concernant le rite et qu'on laissait aux évèques de chaque diocèse ou au moins, aux métropolitains unis à leurs suffragants, une grande latitude pour établir et régler l'office divin : à condition de maintenir certains pomts de tradition apostolique, ils pouvaient se conformer aux ijesoirjs des temps, des lieux ou des personnes. Dans son livre des Confessions (liv. 5,ch. 9), le saint Docteur nous raconte que sa pieuse mère sainte Monique se rendait à l'église, deux fois le jour, pour y entendre la parole de Dieu et réciter ses prières. Dans son grand ouvrage de la Cité de Dieu (liv. 22. ch. 8), il parle des Vêpres comme d'un exercice quotiaien, s'exprime de façon à faire comprendre qu'on y récitait des prières, qu'on y chantait des hymnes et des psaumes (1).
E) On éprouve plus d'embarras pour dire ce qu'était à Rome la pratique de la prière : des attestations précises, au sujet du pape saint Damase (366-384) auquel on attribuait l'ordonnance des psaumes telle qu'elle est au Bréviaire Romain, ont été contestées ; il est néanmoins de tradition constante que saint Damase a porté des ordonnances liturgiques, ce qui doit s'entendre vraisemblablement des heures canoniales, aussi bien que des autres points de la liturgie ; saint Jérôme atteste qu'en 380 et 390 il existait plusieurs heures canoniales à Rome ; dès 383, saint Damase introduisit dans la liturgie de Rome un psautier corrigé, désigné depuis sous le nom de Psalierium Romanum ; c'est aussi sous son pontificat que la psalmodie an ti phonique se serait implantée à Rome. Bref, à l'aide d'un ensemble de données indirectes, il n'est pas téméraire de conclure que saint Damase opéra une réglementation de la liturgie romaine, comme saint Ambroise le faisait pour Milan (2).
Mçr Duchesne ^3) nous permet de déduire a poste^ riori l'existence d un usage romain, quand il dit que la
<1) Cf. P. L., tom. XXXII. col. 714 ; tom. XLI, col. 765.
(2) D. Baumbr, I. p. 199-205.
(3) Onginen du culte chrétien, p. 83.
liturgie de Rome était en usage dans l'Afrique. Nous pourrons bientôt établir une autre preuve indirecte en nous appuyant sur la Régie de saint Benoît.
2^ Pendant les v^ et vi® siècles, nous ne trouvons pas encore en Occident un travail d'ensemble sur l'office divin : il eût été d'ailleurs difficile de faire ce travail puisque les données manquaient, que l'autorité du siège Apostolique n'avait pas mis son empreinte sur un Orao que les évèques, avons^nous dit, pouvaient modifier suivant les besoins de temps, de lieux et de personnes ; il n'existait pas alors comme aujourd'hui de Codex unique renfermant les prières et les chants, et auquel on pût se référer. Il y a donc lieu^ comme précédemment, de chercher des indications disséminées, dans les Pères et écrivains ecclésiastiques du temps, dans les décrets de quelques conciles ou même d'empereurs romains, dans les usages liturgiques de la Gaule et de l'Italie donnés occasionnellement par Cassien, enfin dans les statuts monastiques.
A) Pères et écrivains ecclésiastiques : D'après la vie de sainte Âfélanie la Jeune, il n'y avait que six heures canoniales : les Nocturnes, Matines, Tierce, Sextc, None et le Lucernaire (Vêpres). Prime, introduit vers 400 d'après Cassien, semble encore confiné dans les monastères ; il n'est pas' Question de Compiles. Les renseignements isolés de Sidoine Apollinaire, Fauste de Riez et Gennade ne fournissent aucun nouvel éclaircissement.
B) Les décisions conciliaires de cette époque (Agde, 506 ; Tarragone, 516 ; Ëpaone, 517 ; Agaune, entre 515 et 523 ; Orléans, 541 ; Tours, 567) témoignent des efforts tentés pour introduire avant tout l'unité dans la Liturgie et pour se modeler sur l'Orient et sur les usages de Rome (ceux-ci existaient donc alors).
Un important oiécret de l'empereur Justinien, rendu vers 530, ordonne que dans tout l'Orient et TOccidcnt, dans toutes les églises auxquelles un clergé était attaché, on réciterait chaque jour solennellement TOfficc de nuit, les Laudes et les Vêpres. D'autre part, Grandc«jlas et Thomassin s'efforcent d« prouver que déjà à cctt»î
époque prêtres et clercs inférieurs étaient tenus à la récitation privée de l'office s'ils ne pouvaient assister à la célébration solennelle faite à l'église ; dispense était accordée pour les leçons, car on ne pouvait porter sur soi les gros manuscrits des Saintes Écritures ou des homélies des saints Pères, tandis qu'on pouvait dire, par cœur, psaumes, hymnes et prières plus courtes.
C) Cassien, qui déjà nous a renseignés sur l'office des moines d'Orient, nous éclaire encore sur le développement que l'office prend en Occident. Les moines, suivant les usages orientaux, récitaient une prière après chaque psaume ; en Gaule, on se prosternait alors, puis on récitait beaucoup plus de psaumes qu'en Egypte ; quoique le psaume fût chanté par un seul, tous les assistants chantaient à la fin le Gloria Patri ; l'office de nuit (ou Nocturnes) se récitait tous les jours ; les Matines ne le suivaient pas immédiatement... Toujours d'après Cassien, on avait, en Occident, Matines (entendues ici dans le sens de Nocturnes), Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None et Vêpres, du moins dans les monastères. C'était l'usage général. Les préfaces que cet auteur a données, soit à son livre de Instiiutione Cœnobiorum, soit à ses Conférences^ montrent comment les coutumes égyptiennes prirent pied en Gaule, y devinrent populaires et s'y propagèrent (1).
D) Statuts monastiques, — a) Saint Césaire d'Arles (mort en 542). qui avait été moine à Lérins, nous fait connaître les progrès de l'office monastique et de l'office du clergé séculier aux v« et vi« siècles ; il nous montre que pour les moines l'office divin s'était accru démesurément par l'addition d'une foule de psaumes, leçons et prière», aux différentes heures mentionnées plus haut. Par la vie et les discours de ce saint évoque, on voit également que la prière des heures canoniales fut répandue dans le clergé séculier et devint populaire chez les laïques ; lui-même ordonna que, dans l'église de Saint-Etienne d'Arles, on célébrera^*' tous les jours solennellement les offices de Tierce, Sexte et None, de
(1) CA88IBN, de itutiU CcMob. p. L., tom. XLIX, col. 132, etc.
sorte que les pénitents et antres laïques pussent y assister, il ne fît célébrer Prime que les jours do dimanche», de fêtes et le samedi.
bj Quelques détails sont fournis aussi par saint Grégoire de Tours. Son livre de Cursu Stellarum, découvert récemment, nous apprend qu'on calculait, s^uivant certaines étoiles et constellations, l'heure à laquelle devait commencer l'office de la nuit aux difiTérentes époques de l'année, et le nombre des psaumes qu'on y devait réciter. Ainsi, il y avait une grande liberté pour les Vigiles, un minimum seulement était prescrit quant au nombre des psaumes et quant aux leçons. Cet auteur ne donne pas d'autres détails sur la composition de l'office de nuit et la manière de le célébrer. On voit, dans ses autres ouvrages, que durant le v^ siècle, aux jours où il n'y avait pas eu de Vigiles pendant la nuit, le peuple se réunissait le matin ponr les Laudes dont les parties essentielles étaient en Gaule comme en Italie, au temps de Cassien, les psaumes Miserere, Benedieite, les trois derniers psaumes, 148-150. Il n'est point question de Prime ni de None, et rarement de Vêpres (indiquées comme office de nuit, parce qu'elles se célébraient durant la première veille (1).
ej DWeloppementde l'office par les moines d'Occident. Il faut, en terminant cette période de l'histoire du Bréviaire, signaler chez les moines orientaux (Egypte, Palestme, Mésopotamie et Syrie) deux tendances très distinctes qui s accusent également en Occident : ces deux tendances se traduisent dans les usages rituels, dans le nombre de psaumes, prières, leçons récitées à l'office. Cassien reconnaît que les austérités des Egyptiens avaient besoin d'être mitigées pour convenir aux natures occidentales, et tandis que les moines irlandais, par leur esprit ascétique et mystique, se rapprochaient de l'austérité égyptienne, Tltalie et Rome «^inspiraient plutôt des '«iages de la Palestine. Ainsi s'établit, au VI® siècle, en Occident un double courant, ayant poui
(1) Pour les V et vr siècles, voir plus de détails dans D. Baumer I, p. 206-2.3.
principaux représentants d'une part saint Columban, et de l'autre saint Benoit. Le premier règle que « pour Toffice nocturne on chantera dans les nuits courtes d'été, douze psaumes, et lorsque les nuits deviennent plus longues davantage, les samedis et les dimanches au moins dix-huit, la plupart du temps trente-six. En hiver, aux jours de la semaine, trente-six pour les Vigiles ; aux Tcocwuxtot du samedi et du dimanche, soixante-quinze (1). » L'ordonnance de l'office ou Psalterium per nebdomadam, empruntée par saint Benoit à la pratique de l'Eglise romaine, à l'Eglise de Milan et à d'autres Eglises d'Italie, s'inspire des cinq principes que nous résumons d'après D. Baumer {Hîsi, du Bréo. Rom.^ I, p. 243-245) : «) On doit réciter au moins une fois par semaine le Psautier en entier, c'està-dire les cent cinquante psaumes avecantiennes, prières correspondantes et les cantiques de l'Ecriture ^u'on récitait habituellement... p) Pour l'offîce de nuit, le nombre sacré de douze psaumes, par nocturne, ne devait être ni dépassé ni diminué (abstraction faite néanmoins des prières initiales et finales : ps. 3®, 94®, 50® et les cantiques). De môme pour l'office du jour on récitera douze psaumes, trois dans chacune des quatre petites heures... y) Pour laisser le temps nécessaire aux travaux, on doit choisir pendant le jour des psaumes courts ou des parties de psaumes (les octonaires du ps. 118) ; en été, à l'office des Matines, après minuit, on supprimait les grandes leçons propier breoitatem noctium,.. Les dimanches et jours de fêtes, où aucun travail ne pressait, on récitait en entier le grand office avec de longues leçons... ^) En toute chose, la discrétion doit tenir le sceptre... Le soir, il n'y aura point de long office... e) Chaque heure doit former un tout bien ordonné, uniforme... c'est pourquoi les longs psaumes seront divisés en deux parties égales par un Gloria Pairi ; le psaume 118 sera divisé en 22 octonaires et le psaume 1 J6, quia parcus est^ sera réuni sous un seul Gloria Patri au psaume 115.
Cî) neguXa S. Columbani, cap. VIT. P. L., tom. LXXX, col. 212.
Pour le reste, quand le but et la disposition de son [nstitut ne demandaient pas T abandon des usages existants^ saint Benoit eut toujours devant les yeux Tofficc romain, et c'est dans ce sens qu'il faut entendre, non seulement les mots : Sieut psallit Ecelesia Romana du chap. XIII de sa R^gle, mais beaucoup d'autres prescriptions qu'il donne relativement à Toffice.
Si dans la Règle de saint Benoit nous avons le plus ancien et le plus complet schéma des heures canoniales qui se rencontre dans l'histoire de l'Eglise chrétienne, il nous est permis de penser que le saint patriarche, le composant au centre de l'Italie, dans le voisinage immédiat de Rome, s'appuya, du moins dans la substance, sur un usage déjà existant, connu de lui et des personnes de la contrée.
Une chose est certaine : dans les premières années du vin* siècle, un témoin contemporain remarque, dans un traité sur les diverses ordonnances réglant l'office de son temps, que le Cursus de saint Benoit avait la plus grande analogie avec le Cursus romain (1) : Ce dernier existait donc, et la preuve, tout indirecte qu'elle soit, vient à Tappui de ce qui a été dit plus haut.
JV. — Coup'cVœll d'ensemble sur la première période,
A la fin du vi« siècle : 1^ Les fêtes de Notre-Seigneur étaient Noël, l'Epiphanie, Pâques et la Pentecôte. L'Ascension n'est pas nommée explicitement par saint Paulin au IV® siècle ; c'est seulement un peu plus tard que l'on commence à trouver des témoignages positifs en faveur de l'existence officielle de cette fôte. La Pèregrinatio Sylviœ nous signale, il est vrai, le quarantième jour après Pâques comme ayant sa vigile le mercredi : mais il est curieux de voir dans ce document aue les vigiles da l'office se célèbrent à Bethléhem dans l'église de la Nativité, alors qu'on avait près de Jérusalem une église construite sur le lieu môme ae l'Ascension au mont des Oliviers. En réalité, la Peregrinatio fait entendre que le mystère de l'Ascension, à Jérusalem, se célèbre le
(1) D. Baumbb, I, p. 261-26?.
Lt BRÉVIAIRE R0-:AIN 3
même jour que la Pentecôte. La date qu'il convient d'assigner à cette fôte est vraisemblablement le premier quart du iv® siècle, car la fête qui se célébrait en 380 ne
{)araît pas à Etheria d'institution récente, et c'est à 'époque que nous venons d'assigner que furent bâties les églises de Jérusalem et que commencèrent les pèlerinages. Même il faudrait dire d'après une interprétation sérieuse qu'il y a dans le concile a'Elvire de l'an 300 une attestation en faveur d'une fête célébrée le quarantième jour après Pâques.
En tout cas, il est certain qu'au iv® siècle l'Ascension avait pris rang parmi les grandes fêtes du Sauveur (1).
2° L'année ecclésiastique comprend trente-trois fêtes célébrées à peu près partout (voir le tableau dans Dom Baumer, I, p. 272) ; puis un certain nombre de fêtes locales particulières.
3° L'office canonial, dans son développement, a subi une influence décisive venue d'Orient : cette influence s'exerce parades règles émanées d'une double tradition égyptienne et palestinienne.
L office nocturne (appelé Vigiliœ) qui, dans la primitive Eglise, était une exception de caractère monacal, revendique, après l'Edit de Justinien, une place à côté des vieux et vénérables offices de Matines (les Laudes actuelles) et des Vêpres, prières du matin et du soir : non seulement l'office de nuit fut adopté par tout le clergé et même par le peuple chrétien, mais les heures du jour devinrent en partie un élément ordinaire de l'office public. Dans les cathédrales où les chanoines n'étaient pas établis et où le clergé était absorbé par le ministère des âmes, pour ne point interrompre la célébration de l'office, on faisait venir les moines et les clercs des différents monastères et églises du diocèse.
La Règle de saint Benoît nous met en présence d'une transformation nouvelle de l'office monastique : elle abrège l'ancien office, fait des emprunts à l'usage romain alors existant, puis organise le tout d'après les besoins du cloître. Elle fait ainsi du pensum canonique
(1) Dictionnaire d'Archéologie chrétienne et de Liturgie : Ascen- ' sion. — D. Cabrol. Etude eur la « Peregrinatio Etheriœ », p. 122*123.
ce joug suave et ce fardeau léger, qui sans aucun doute sont devenus une règle aussi pour l'office du clergé séculier d'Occident. En un certain sens, on peut appeler saint Benoit a le créateur du Bréviaire occidental », comme on Ta appelé le patriarche des moines d'Occident.