CHAPITRE PREMIER
Les débats de la formation.
De saint Grégoire a Charlemagne, 591-814.
Article I. — L'action de saint Grégoire le Grand.
1. L'office romain à Pavènement de saint Grégoire le Grand. Cet office existait déjà^ comme la remarque en a été faite précédemment ; et, si nous y revenons encore, c'est pour mieux déterminer l'influence de saint Grégoire sur l'ordonnance de la liturgie, sur la réglementation des heures canoniales en particulier. — Plusieurs papes, et spécialement saint Damase, y travaillèrent avant lui, et ce n^est pas sans raison que saint Benoit, dans sa Règle, parle des éléments de l'office, antiennes, répons, hymnes, comme de j^rties de l'office bien connues au moment où il écrivait. Au début du vu® siècle existaient, dans le voisinage immédiat de Rome, les éléments d'un Liber aniipkonalis et d'un Uber responsoralie complets. Il ne faut donc rien exagérer: « saint Grégoire n'a pas créé l'office romain ; plusieurs papes y ont travaillé ; on pouvait, au vu* siècle, le faire
remonter dans son ensemble, et en tant qu'office, aussi haut que Ton voulait » (1). Comme on a pu le voir dans notre première partie, il est difficile de déterminer l'origine précise qu'eurent dans l'Eglise romaine les éléments mis par saint Grégoire dans un meilleur ordre : on en peut dire d'une façon générale ce que D. Guéranger dit de son Aniiphonaire : « Il en est du chant ecclésiasti(}ue comme de toutes les grandes institutions : la première fois qu'on les rencontre dans les monuments de la tradition, elles apparaissQnt comme un fait déjà existant, et leur origine se perd dans une antiquité impénétrable (2) . »
2. Quelle fut donc l'œuvre de saint Grégoire le Grand relativement à l'office ¥ Bien que nous n'ayons aucun manuscrit de la Liturgie Grégorienne qui remonte à l'époque de saint Grégoire ou même du siècle suivant, nous n hésitons pas à dire après D. Levôque, D. G. Morin et beaucoup d'autres, que saint Grégoire « a recueilli, disposé dans un ordre meilleur, complété, perfectionné et surtout définitivement fixé les chants plus ou moins anciens de la liturgie romaine » (3).
Il s'agit surtout ici de l'Antiphonaire grégorien. D. Morin (4) |uge que la part personnelle de saint Gré-
5:oire est très rigoureusement définie dans le vers suivant ; pse pairum monumenta sequens renovavii et auxit : « Il a pris, comme bases, les productions de ceux qui l'avaient précédé ; puis il les a remises à neuf et enfin il les a complétées par de nouveaux morceaux. » Quoi qu'on ait pu dire, les textes ne manquent pas pour établir et fonder cette assertion : D. Leclercq (Art. Antiphonaire du Dictionnaire (T Archéologie j I, col. 2453 et suiv.) les résume après D. Morin {Revue Bénédictine^ année 1890) et nous fait remonter par un enchaînement de textes
(1) D. LÉvftQUB, dans la Reoue deê que»tioni hutoriquêê, tom.LVI» p. 235, an. 1894, en réponse à M. Batlffol sur l'origine du Liber "esponêoraliê,
(2) iMtUutiofiê hturgiqueês l, p. 163. Cf. ce que nous disons plus haut tp> 25) de l'Antiphone.
(S) D. Lbvëqub. Revue dee questions historiques, loeo citât. (4) Cité dans le Dictionnaire d: Archéologie chrétienne et de LUurgie au mot Antiphonaire, I, ooU 2458.
non seulement à la limite du vm® et du ix® siècle où nous rencontrons un intéressant opuscule édité par Gerbert, mais jusque dans la première partie du VIII® siècle avec un prologue en vers que le pape Adrien I®*' (772-795) fit mettre en tète de TAntiphonaire et qui ne peut être appliqué aux autres papes du nom de Grégoire, puis le témoignage d'Egbert, évoque d'York (732-766), déclarant s'appuyer « sur l'autorité de notre précepteur saint Grégoire, qui l'a ainsi réglé dans l'exemplaire de son Antiphonaire et de son Missel à nous transmis par l'entremise de notre pédagogue le Bienheureux Augustin... » — Enfin, remarque D. Leclercq en terminant (col. 2461), on ne peut passer sous silence un texte demeuré inaperçu dans la controverse soulevée à propos de l'Antiphonaire grégorien. En 732 où le témoignage d'Egbert d'York nous a arrêtés, l'évéque d'Hexham^ Acca, fut contraint d'abandonner son siège qu'il occupait dès l'année 709. Bède était de ses amis, semble-t-fl dès cette époque, et il nous apprend que Acca avait appris le chant d'un certain Maban instruit lui-môme par les successeurs des disciples du bienheureux pape Grégoire au temps où ce Maban habitait le Kent. D'après Bède, le début des leçons de Maban remonte à 720 et le chant qu'il enseignait alors n'était qu'une réforme du même chant dont un long usage avait altéré la pratique. Enfin le même historien Bède i)arlantdePutta, évêque de Rochester (669-676), s'exprime ainsi : Maxime auiem modulandi in Eccleaia more Romanorum, quem a discipulis Beaii papœ Gregorii didieerai peritum. » Bède ne doit donc plus être compté pour avoir gardé le silence sur l'œuvre de saint Grégoire I®** dont il reconnaît l'existence, et l'hiatus entre 604 et 732 se trouve réduit de moitié.
Que si l'on veut recourir maintenant à quelques témoignages internes, dont il faut d'ailleurs user sous cette réserve que nos manuscrits les plus anciens sont de deux siècles postérieurs à saint Grégoire, on remarquera que le texte des morceaux de chant de l'Antiphonaire est emprunté à la version de l'Itala, déià compromise au temps de saint Grégoire, mais abandonnée
presque complètement après lui : notre Antiphonaire n'a donc pas pu être composé dans les siècles qui ont suivi (1). Il faut dire encore avec D. Baumer (I, p. 299- 300) que le v* siècle fut, à Rome comme ailleurs, une période féconde en créations liturgiques ; que les vu* et vm* siècles furent, à ce point de vue, une époque de décadence générale, et que nos prières ont plutôt un caractère de grande envolée et de noble composition : il est donc plus vraisemblable d'en faire remonter l'origine au v* siècle et d'admettre que saint Grégoire les a complétées, perfectionnées, mises dans un ordre meilleur. Ainsi s'explique l'existence d'une tradition grégorienne dont on retrouve la trace vers la fin du vn* siècle et dans les temps qui suivirent : — a Tout, dit Mgr Duchesne (2), procédait alors de la tradition grégorienne : non sans doute que l'on s'abstint d'introduire les modifications nécessaires ; mais môme quand on changeait (juelque chose, c'était toujours l'usage de saint Grégoire que Ton était censé suivre. »
Voici maintenant comment D. Baumer (3) caractérise l'œuvre de saint Grégoire le Grand en matière de Uturgie : t C'est lui, dit-il, qui collectionna les prières et les usages liturgiques de ses prédécesseurs et (}ui assigna à chacun d'eux sa place ; c'est lui, par suite, qui donna à la liturgie sa forme actuelle. Le chant liturgique lui dut son nom de Grégorien, parce a u'il atteignit, grâce à lui, sa plus haute perfection. Les neures canoniales et le formulaire actuel de la Messe reçurent de lui des règles précises. » — Plus loin, D. Baumer convient que la détermination de la part prise par saint Grégoire le Grand offre des difficultés, mais prétend que rétude des origines du Cantatorium, de T Antiphonaire et du Responsorial a une grande connexité avec l'étude du Sacramentaire, et qu'on peut soutenir les points suivants : 1) Vraisemblance d'une codification de
(1) D. Lbglkbgq. Dietûmtuurê d'Arehéolooie chrétienne et de lUurgiê. Aru Antiphonaire. I, col. 2i5<)-2459. (S) Origtnêi du ouUê ohrétien, p. 122, & propos du Sacramentaire
(8) Hintùirt du Bréviaire Romain, tom. I, p. 289 et 301-303.
LE BRÉVIAIRB ROMAIN 41
rAntiphonaire, du Responsorial, comme duSacramentaire, dès avant saint Grégoire ; 2) attention que saint Gréçoûne, dans sa fondation d'une Schola^ a portée sur les livres qui devaient servir à cette Sehola ; 3) application de saint Grteoire à donner à ces livres le caractère de sa personnalité par la réduction ou simplification Qu'il en fit ; 4) attention de ce saint pape à maintenir 1 obligation des vigiles quotidiennes, mais à en faciliter l'accomplissement à son clergé en diminuant la longueur de l'office ; 5) essor de la cantilône romaine du vn^ siècle, expliqué on ne peut mieux par ce £ut que saint Gr^;oire créa la Sehola eantorum. Bref, on peut avoir des difficultés pour établir quelle part précise saint Grégoire le Grand a eue dans la modification et codification des livres choraux de l'office romain ; « mais affirmer d'une façon générale que ces livres ont reçu de ce grand pape ou d'un de ses contemporains une forme qui, plus tard, n'a jamais subi de changement radical et essentiel^ c'est être d'accord avec toute l'histoire de la Uturgie occidentale. »
Art. n. — ^extension territoriale du Rit romain après saint Grégoire le Grand.
1. Avec saint Gr^oire le Grand, le dévelof^ment actif de la liturgie romaine parait avoir atteint son terme, au moins provisoirement : texte codifié, lignes fondamentales du système du chant liturgique étaimes, pour les heures canoniales, comme pour la messe. Les successeura de ce pontife favorisent à Rome la célébration des solennités liturgiques en fondant de nombreux monastères auprès des grandes basiliques et en prescrivant aux moines de célébrer l'office dans les basi- Uaues attenantes (Duchesne, Origines du culte, p. 437). L enthousiasme de nombreux pèlerins qui alors venaient à Rome et y voyaient la magnificence de l'office divin, provoqua la création de ces moyens d'édification cher les peuples nouvellement convertis. Enfin les monastères fondés par les missionnaires du temps, en Germanie, en Flandre, dans les Iles Britanniques, furent des pépinières de la liturgie remano-grégonenne. A Rome,
l'autorité ecclésiastique, et, dans leurs limites respectives, les membres de la Sehola et des monastères s'efforcèrent de maintenir ce qu'avait créé saint Grégoire, d'entretenir et faire progresser ce qu'il avait renouvelé. L'anonyme franc qui, au viu® siècle, décrit VOrdo romain, dans le codex 349 de la Bibliothèque de FAbbaye de Saint-Gall, dit que, le premier, le pape saint Damase aidé par saint Jérôme institua et ordonna VOrdo ecclésiastique de Jérusalem (1).
2. Chez les Anglo-Saxons, le chant des Bénédictins de Rome s'implanta grâce au zèle de saint Benoit Biscop et de saint Wilfrid. Dès 668, saint Wilfrid, charmé par les beaux chants de l'église de Cantorbéry, en obtient deux chantres, Aedde et Aeonan, pour son monastère de Ripon : ces deux chantres avaient été instruits par les disciples romains de saint Grégoire dans toutes les branches de la science et de la discipline ecclésiastiques. Dix ans après, saint Benoit Biscop, en son quatrième voyage à Rome^ obtient du pape Agathon l'autorisation d'emmener avec lui Jean, archichantre de Saint-Pierre et abbé de Saint-Martin, qui devait enseigner le chant à ses moines de Wearmouth : ce qu'il fit en efTet « d'après le rite de l'Eglise romaine et apostolique ». Avant son retour à Rome, Jean laissa à Wearmouth un ordo écrit pour les fêtes de toute l'année ecclésiastique. Nous connaissons ces détails grâce au vénérable Bède (f 735) : Vordo existait encore de son temps ; on le conservait dans la bibliothèque du monastère, et dans le voisinage beaucoup l'avaient transcrit. C'est sans doute ce même chant et ce même ordo que Cantorbéry reçut vers le même temps des envoyés de Rome, Théodore et Adrien. Soixantendix ans après (747V le concile de Cloveshoe décidait qu'aux grandes fêtes ae l'année le chant se ferait à la façon romaine. « Juxta exemplar quod seriptum de Romana habemus Eede» sia. »
L'Eglise anglo-saxonne, fille préférée de saint Gré-
(1) M. Batiffol, Histoire du Bréviaire romain, spécialement donne des fragments de ce document. Voir p. 319 ce qui est dit do pape saint Daniasc.
goire le Grand et fidèle interprète de sa doctrine, portera bientôt son esprit et son influence en Germanie et dans l'empire franc. Mais, dès Tan 716, le pape saint Grégoire II, ordonne à ses légats, dans TAllemagne du Sud, de veiller à ce que toute église possède les serviteurs nécessaires pour la célébration des heures du jour et de l'office de nuit. Le texte de cette instruction montre que dans l'Eglise romaine, il existait une antique ordonnance concernant la sainte Messe, l'office diurne et nocturne, les leçons ou péricopes et enfin la prédication (1).
3) Dans l'Empire franc : L'introduction de la psalmodie romaine et de l'ordonnance romaine de l'office fut apparemment liée à l'influence des missionnaires anglais, et en particulier de saint Boniface, l'apôtre de l'Allemagne, sur la cour franque, à l'avènement de la dynastie carolingienne. Celle-ci d'ailleurs ne tarda pas à entrer en union étroite avec le Siège apostolique : avec l'ambassade aue le roi Pépin envoya à Rome en octobre 753 coïncide le premier acte positif qui concerne l'introduction du chant de Rome dans l'empire franc. Chrodegand, évêque de Metz, principal personnage de cette ambassade, à peine revenu de Rome, impose à son clergé, non seulement le chant romain, mais, dans une certaine mesure, le rite romain lui-même ; le séjour du pape Etienne en deçà des Alpes parait avoir donné une nouvelle impulsion à l'acceptation des coutumes romaines, comme le prouvent les Liores carolins, composés un peu plus tard. — Saint Remedius de Rouen reçoit, entre 758 et 768, un chantre, nommé Siméon, envoyé de Rome pour instruire les moines dans le chant romain. Siméon ayant été bientôt rappelé, Tévéque Remedius choisit quelques moines et demanda à Pépin de les envoyer à Rome avec une recommandation prèssanté. Le pape accueillit la supplique du roi, confia les moines au soin et à la direction de Siméon, jusqu'à ce qu'ils fussent complètement instruits dans le chant romain et la ps€tlmodie romaine. Il ne manque pas
(1) Voir dans P. L., tom. LXXXIX. col. 332.
d'autres traces d'une union étroite entre l'ordonnance de l'office franc et Rome. Vers 787, Charlemagne assure que, grâce au soin et au zèle de son père. Pépin, le chant romain a été établi dans toutes les églises de la Gaule : s'il faut donner à cette affirmation générale quelques restrictions, on conviendra néanmoins que Chanemagne était capable de mener à bonne fin l'entreprise. Il le fit, comme l'attestent les Livres earo- Uns écrits sous sa direction à la date de 790. « Nous avonsordonné, dit-il, que toutes les Eglises qui, jusqu'ici, ont refusé de suivre la tradition du -Siège apostolique pour le chant, devaient adopter avec zèle la coutume romaine. » La môme préoccupation se retrouve dans les Capitulaires.
Parmi les liturgistes de l'époque de Charlemagne, il convient de citer Alcuin : s'il est vrai, comme tout tend à le faire croire, qu'il fut l'auteur de la revision grégorienne pour les Gaules, son influence fut de premier ordre dans l'histoire de la liturgie romaine et des livres liturgiques.
« On assure, dit l'auteur du Micrologue, qu' Alcuin a réuni dans le Sacramentaire les prières de saint Grégoire, auxquelles il en a ajouté de nouvelles, mais en petite quantité, et qu'il a eu soin de désigner par des obèles ; puis, à ces prières il en a réuni d'autres qui sans venir de saint Grégoire, étaient nécessaires pour la célébration des offices divins. »
Deux autres livres d' Alcuin, quoique de dévotion privée, nous renseignent également sur l'histoire de la liturgie générale ; ce sont le De Psalmorum usu et les Officia per ferias. Dans le premier, après avoir indi-
3ué que) usage nous devons faire des psaumes, il donne ix-sept prières spéciales pour différentes circonstances ; dans le second, il attribue à chaque jour un certain nombre de psaumes, prières, versets, litanies et hymnes.^ Là se retrouvent de nombreux fragments d'œuvres plus anciennes. *
Ainsi dans l'œuvre d'uniformité liturgique rêvée par Charlemagne, Alcuin fut l'instrument et trouva la formule sur laquelle se fit l'unité et qu'adopta l'élise
de Rome elle-môme : la liturgie de celle-ci lui revint des Gaules, combinée et arrangée (1).
4. En d'autres pays : A) un document, connu depuis' que^ues années seulement, donne à entendre que, vers le milieu du ix'' siècle, à quelques exceptions près, la liturgie grégorienne de l'Office et de la Messe gardait la prépondérance chez les Latins : c'est une lettre du pape Léon IV (847-855) à un abbé Honorât, vraisemblablement de Far fa, non loin de Rome, Le Pontife se plaint de ce que cet abbé montre de l'aversion pour le chant grégorien et pour la façon de chanter et de lire, réglée et enseignée par Grégoire, tradition que toute l'Eglise occidentale a reçue dans son entier... puis il lui ordonne de s'en tenir à VOrdo réglé par le pape saint Grégoire sans s'en écarter de nouveau et cela sous peine d'excommunication.
B) L'Eglise de Milan demanda à conserver ses privilèges : toutefois, de môme que son rite était sorti du rite romain aux iv* et v* siècles, elle fit encore beaucoup d'emprunts à ce dernier dans le cours du Moyen Age.
CJ Rite Mozarabe : Les plus difficiles questions sur l'origine de la liturgie prédominante au \ij^ siècle dans la péninsule ibérique sont loin d'être résolues. . . On voit par l'envoi que le pape Vigile fit, en 538, à l'évoque Profuturus de Braga de VOrdinarium Missœ, et par l'acceptation de la lettre papale au concile de Braga, en 563, que la liturgie romaine fut en vigueur dans la partie catholiç^ue de l'Espagne et que traqués nar les ariens envahissants, les évoques orthodoxes s adressèrent à Rome comme à la source de l'orthodoxie... Mais saint Léandre se vit forcé d'organiser la célébration des saints Mystères et des Heures canoniales d'une façon qui ne fût pas trop étrangère aux Goths convertis de l'arianisme pour ménager leur foi encore faible ; Isidore de Séville donna à cette liturgie sa forme définitive. Puis des additions suspectes y furent faites jusqu'à ce que le concile de Francfort, en 791, opposa, au
(t) Dictionnaire d'Archéologie chrétienne et de Liturgie, au mot Alcuin, spécialement la conclusion» I, col. 1090.
désordre de TAdoptianisme qui voulait s'appuyer sur les prières du missel mozarabe, l'autorité des livres liturgiq[ues de saint Grégoire le Grand.
Ainsi, depuis la fin du xi® siècle, l'office romain a été en usage dans toute l'Eglise latine : les quelques exceptions à Milan et à Tolède ne font que confirmer la règle.
Art. III. — Développement interne de Voffiee et formation du Bréoiaire Romain.
Les éléments de première main, pour faire cet exposé, manqueront sans doute longtemps encore, tant que n'auront pas été retrouvés les manuscrits des vii« et vin® siècles ; il faut se contenter des indications incomplètes et souvent purement accidentelles des contemporains et de l'état postérieur de cette Liturgie. Nous allons étudier successivement : 1^ La structure de Tof^ce et l'ordonnance des psaumes ; 2® les lectures de l'Ecriture Sainte, le choix et l'ordonnance des autres lectures dans l'office ; 3^ l'ordonnance des fêtes et de l'année liturgique.
P Structure de l'office et ordonnance des Psaumes, -- A) Le texte du Psautier. — Walafrid Strabon (1) (f 849) nous atteste que, de son temps, l'uniformité n'existait pas encore quant au texte des psaumes.
A Rome et en Italie, on suivait la recension du Psautier romain, dont le psaume 94 de l'Invitatoire nous offre encore un spécimen. Ce Psautier est celui de l'Itala, corrigé une première fois par saint Jérôme, et introduit dans la sainte liturgie par le pape saint Damase, vers la fin du IV® siècle (383). Il se répandit de bonne heure en Italie et en Espagne.
Dans les Gaules, grâce à l'influence de Grégoire de TourSy au vi® siècle, prévalut la seconde correction du Psautier faite par samt Jérôme en Palestine en 392, texte plus indépendant de l'Itala, et pour lequel le saint docteur avait mis à contribution les Hexaples d'Origène conservés à Césarée. Ce fut le Psautier gallican qui fut adopté en Allemagne, en Angleterre et môme au IX® siècle en Italie à côté du Psautier romain. Cette
(1) P. L. de Migne. tom. CXIV, col. 952.
divergence durera jusau'au Concile de Trente, après lequel saint Pie V établit partout le Psautier gallican : seule la basilique de Saint-Pierre de Rome conserva l'usage de l'ancien Psautier.
B) Heures de l'office : Les écrivains ecclésiastiques à partir du vn® siècle, les décrétales des Papes et décisions conciliaires connaissent les huit parties de l'office telles que nous les avons vues se former au vi« siècle et considèrent comme la résultante d'une loi fixe leur exécution par les prêtres et les moines. Dans cette période aussi, du moins au début, les Laudes et les Vêpres seules ont une ordonnance et une structure bien précises et bien déterminées. Saint Grégoire le Grand, à ce qu'il semble, n'organisa les petites heures que pour le dimanche : aux jours de la semaine leur ordonnance fut abandonnée au soin des évoques, métropolitains ou abbés. Même liberté était laissée souvent encore pour l'organisation des Matines ; le nombre des psaumes à réciter n'était pas déterminé d'une façon absolue. Âmalaire remarque (1) qu'au ix® siècle, à Rome, si l'on s'apercevait, pendant les Matines, que le soleil allait se lever, on terminait tout aussitôt l'office des Vigiles ou des Matines, quand même tous les psaumes ou toutes les leçons n'auraient pas encore été récités. C'est que les Laudes, office du matin établi canoniquement, devaient commencer à l'aurore. Après le milieu du IX® siècle, les documents de l'époque nous autorisent à penser que l'office des Vigiles est, dans l'ensemble, solidement ordonné et supposé connu.
Pour les petites heures, Prime, Tierce, Sexte, None et Complies, les règlements canoniques laissent encore q^uelque latitude au bon plaisir des autorités ecclésiastiques compétentes. Chrodegang (+ 766) est le premier qui, conformément aux usages des Bénédictins des basiliques romaines, mit en vigueur pour les clercs séculiers la prescription établissant à Prime VOffieium capituli (réunion au chapitre pour lire la Règle, ou, à certains jours, les traités ou homélies des Pères). Les
(1) Deordine Antiphonarii, c. iv. — P. L., tom. CV, col. 1252.
autres parties du Chapitre, c'est-à-dire tout ce qui, dans l'heure de Prime, vient après le Confiteor et constituait la prière de préparation au travail, semblent être une création du ix® siècle. De Tusage de lire au Chapitre un sermon, homélie ou chapitre de la Règle, lorsque l'abbé ou l'évêque ne pouvait lui-même adresser une exhortation, naquit plus tard la leçon brève, laquelle actuellement est, d'ordinaire, le capitule de None. — La leçon brève du commencement des Compiles est née ôlle aussi de la lecture (eollatio) prescrite par saint Benoît dans sa Règle. — Sous Charlemagne et ses successeurs, les fluctuations relatives aiix heures canoniales disparaîtront complètement.
C) Distribution deô psaumes pour chaque jour de la semaine. Voici la division du Psalteriumper hebdoma" dam, adoptée sous Charlemagne par la chapelle impériale d'Aix-la-Chapelle et, conséquemment, par toutes les églises de l'empire franc qui, d'après le capitulaire de 802, devaient se modeler sur la chapelle du palais . Nous voyons, dans les œuvres d'Amalaire, que cette division, est, à quelques exceptions près, concernant Prime, celle du Bréviaire Romain actuel dans le Psalterîum dispositum per hebdomadam. Cette division était également employée à Rome : plus tard, après la simplification opérée pour la chapelle papale, elle se maintint à Paris, passa, de l'usage de Paris, dans les Bréviaires dominicain et carme, — Dans les documents cités, les psaumes et cantiques des Matines, laudes, Vêpres et Compiles sont les mêmes qu'aujourd'hui aux jours de dimanches et de fériés pendant l'année. De même les Preces feriales unies aux psaumes sont demeurées presque identiquement les mêmes à travers les siècles. — En ce qui concerne les Compiles, la forme romaine actuelle de cet office, avec le Nune dimitiis remonte au milieu du vin® siècle, à l'époque de la Règle de Chrodegang, à moins qu'on ne veuille admettre c^ue saint Grégoire le Grand lui-même avait établi la disposition actuelle (1). L'ordonnance de Tierce, Scxtc et
(OAmalairb: De ordine Antiphonarii, c. 7, P-L., tom. CV.cul. 12:9.
None était ce qu'elle est encore de nos jours. Mais pour Prime. Toflfice du dimanche est tout autre que celui des jours ae la semaine. Pour ces derniers, les anciennes règles portent trois psaumes seulement : Ps. 53. Deus in nomine tuo ; avec les deux parties du ps. 118 : 1-16 et 17-32. Beati immaeulaii et Rétribue seroo tuo. ^ Le dimanche on récitait neuf psaumes c'est-à-dire outre ceux qui sont encore en usage aujourd'hui, les cinq qui servent maintenant, du lundi au vendredi, à la place du Confitemini : jps. 21-25 ; ils étaient peut-être dits, antérieurement à l'époque de saint Grégoire^ aux Matines du dimanche, qui alors auraient eu vingt quatre psaumes. — Dés le commencement du viu* siècle, le symbole Quieumque (1), appelé Athanasianum^ paraît avoir été récité à Prime ; car on le voit, dans le psautier d'Utrecht, comme faisant partie de l'office canonial. Saint Boniface, vers le milieu du viii^ siècle, ordonnait en Allemagne sa récitation quotidienne, ou du moins hebdomadaire ; d'autre part, de nombreux témoignages attestent que ce symbole était récité le dimanche à Prime à partir du ix* siècle. — On peut remarquer que, dans cette distribution des psaumes^ les grands jours de fête sont prévus et que, même pour la plupart d'entre eux, il y a un office double. En général, cette distribution des psaumes concorde avec celle du premier Ordo Romanus de Mabillon et avec celle qu'ont publiée Martène et Muratori.
Les Preees feriales des Laudes et des Vêpres se retrouvent ici comme continuation des Supplieationes et Obseerationes ordonnées dans la primitive Eglise par saint Paul. Elles demeurent employées aux viii®, ix^ et X® siècles comme conclusion de l'office, en particulier des Laudes et des Vêpres. Ce sont des prières pour la paix, la sauvegarde aes autorités spirituelles et séculières, toutes les classes des fidèles, la bénédiction des fruits, la conversion des pécheurs, enfin la délivrance des âmes du purgatoire.
(1) D. Morin a établi dans la Science catholique, 15 juillet 1891» q^ue ce symbole date de la fia du v* siècle. — Voir aussi Dictionnaire de Théologie catholique Vacant-Mangenot, tom. I, col. 2178.
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D) Hymnes. On a vu^ dans la première période, comment saint Ambroise introduisit à Milan l'usage de ces chants ; saint Benoît, dans sa Règle, ne leur donne pas d'autre nom que VÂmbrosianum et montre, par ses prescriptions, qu'ils font partie de l'office monacal. A quel moment Rome introduisit-elle les hymnes dans l'office de ses clercs comme partie intégrante Y Au dire d^Amalaire de Metz, il n'en serait pas encore question au commencement du ix® siècle ; mais à partir du milieu de ce même siècle, les hymnes durent être introduites dans l'office des églises de l'empire franc et bientôt après à Rome. Un épisode intéressant tend à prouver ûue l'usage des hymnes existait dès la première moitié du IX® siècle, dans l'office romain. A l'occasion de l'extension de la fête de Tous les Saints à l'empire franc en 835 (elle était déjà usitée à Rome depuis 200 ans) et de sa fixation au 1®^ novembre, fut ajoutée à l'hymne la strophe : Gentem auferte perjidam Credeniium de finihus, paroles qui visent les Normands et les Sarrasins, dévastateurs les uns du nord et de l'ouest des Gaules, les autres du sud de l'Italie.
Walafrid Strabon s'exprime comme A malaire : Rhaban Maur atteste q^ue les hymnes étaient partout en usage dans la deuxième moitié du ix® siècle (1). Il est difficile de déterminer quelles étaient ces hymnes, qui ne se trouvaient pas avec les autres textes liturgiques dans le Psautier, l' Antiphonaire ou le Responsorial, mais étaient renfermées dans des recueils spéciaux : toutefois on peut regarder comme certain que : a) les dimanches d'hiver aux Matines et à Laudes, on récitait comme actuellement encore : Primo dierum omnium et yEierne rerum eonditor ; en été, Noete surgentes et Eeee jam noetis, attribuées à saint Grégoire le Grand ;
— b) les hymnes des Vêpres et des Complies variaient avec les divers temps de l'année ; en hiver, O lux heata Triniiaa; enéXé^Deus ereator omnium, pour les Vêpres ; en hiver, Christe qui lux est et dies, en été et aux fêtes : Te lueia ante ierminum, pour les Complies ; — c) les
(1) Voir dnns Migne P.-L., tom. CLX, col. 159. — tom. CXIV, col. 956
— tom. CVII, col. 362.
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hymmes de Prime, Tierce, Sexte et None étaient, le dimanche et durant la semaine, les mêmes qu'aujourd'hui ; on variait cependant en carême ; — oj pour les Vêpres du carême Audi bénigne conditor ; aux Matines et Laudes des fériés en carême étaient prescrites les hymnes ayant trait au jeune, Eos more doeti mysiico, Jam Chrisie, sol justitiœ. Pendant le temps de la Passion, les hymnes de la Croix étaient les mêmes qu'aujourd'hui, la remarque s'applique aussi au temps de TAvent. Pour les fêtes des saints, il y avait un grand nombre d'hymnes propres qui ne sont plus en usage ; mais les hymnes du temps de Pâaues et oe la Pentecôte, celles des Matines, Vêpres et Lauaes des fériés de Tannée étaient, à l'exception des modifications prosodiques introduites au xvii® siècle, celles que nous avons encore aujourd'hui.
Il n'est pas possible de déterminer quels étaient les capitules et leçons brèves des petites heures : à en juger par la Règle de saint Benoît, on les empruntait à l'apôtre saint Paul ou aux Prophètes ; pour les Laudes l'emprunt était fait à l'Apocalypse ; le tout se récitait de mémoire fl).
Rien n empêche de supposer que, pour les fêtes de Notre-Seigneur et des saints, pour les dimanches privilégiés, les capitules de Laudes, Vêpres, Tierce, Sexte et None étaient empruntés à l'Epître de la Messe ; qu'aux jours des fériés pendant l'année et à certains dimanches, on avait les mêmes capitules qu'aujourd'hui. A ComplieSj on disait, la plupart du temps, le Tu auiem in nabis es Domine encore actuellement en usage,
E) Prières initiales et prières finales. — L'office commençait par le verset Deus in adjuiorium et le Gloria Patri, D après Chrodegang ou ses commentateurs, le psaume 69 qui commence par Deus in adjuiorium, devait être récité en entier, au moins une fuis à Matines, non pas au chœur, mais pendant qu'on se rendait à l'église : déjà au lever on avait dû dire le verset : Domine, labia mea aperies. Pour les autres heures, on
(1) Régula S» Benedicti, ch. xii et xin.
52 LE BRÉVIAIRE ROMALV
suivait l'ordonnance de saint Benoît et de saint Grégoire le Grand, d'après laquelle on ne récite que le premier verset du psaume Deus inadjutorium avec Gloria.
On terminait toutes les heures par Kyrie eleison, les Precea ou CapiteUa, Pater noster et une oraison ; puis venaientlessuffrageset Benedieamua Domino. Souvent, on ajoutait l'office de tous les saints, l'office des défunts, et môme, à partir des x® et xt® siècles, le petit office de la Sainte Vierge : peut-être aussi les sept psaumes de la Pénitence, les quinze psaumes graduels ou, du moins, une série de psaumes ou de prières pour divers besoins.
Le texte des antiennes finales à la Sainte Vierge existait déjà en partie, par exemple, VAve Regina et le Regina eœli {VAlma Redempioris et le Saloe Regina datent du xi® siècle et sont attribuées à un moine de Reicheneau, Hermann Contract f 1054) ; mais ces antiennes ne sont pas mentionnées dans les livres liturgiques, que nous possédons, du viu^ au xi® siècle. Le ttegina eœli seul était chanté à Rome pour Pâques, non pas à la fin de l'office, mais comme antienne aux Vêpres. La pratique actuelle parait dater seulement du xin^ siècle ; alors elle existait dans la chapelle de Saint-^Louis, mais seulement pour Complies. Au xvi*^ siècle, l'antienne finale à la Sainte Vierge fut employée à la place du petit office pour toutes les heures.
L'ordonnance prescrivant de réciter le Pater et le CredOy avant Matines et Prime, puis après Complies, se trouve pour la première fois dans saint Benoît d^Aniane rf821) ; on doit cependant supposer que le Credo avait, aôs le VIII* siècle, une place dans l'office de Rome, soit aux Matines, soit à Prime ou à Complies, car on le trouve dans tous les Psautiers du viii® siècle ou du début du ix«.
2^ Les lectures de V Ecriture Sainte et autres leçons dans l'office.
1. Durant les quatre premiers siècles. La lecture des Saints Livres jointe à la psalmodie dans l'offica public est de tradition juda!q[ue. Notre-Seîgneur consacra cet usage par sa participation active lorsqu'il vint à la synagogue (Luc, iv, 16-30) ; les apôtres adoptèrent ce
rite ; les EpUres de saint Paul (spécialement Coloss., IV, 16 et I Thess., v, 27) attestent que, de bonne heure, on lut dans l'église les écrits du Nouveau Testament.
Pendant les trois premiers siècles, la règle fut de commencer par des morceaux empruntés au Pentateuque et d'y joindre quelques passages des Prophètes et de l'Evangile. Le Pentateuque et les Prophètes étaient pirfois remplacés par un extrait des Epltres apostoliques. Un peu plus tard, on adopta Tordre suivant: passage de l'Ancien Testament, extrait des Actes des Apôtres et Epîtres pauliniennes, Evangile ; ce qu'on pratiquait non seulement pour la sainte Messe, mais aussi pour l'Office ou Heures canoniales. — C'est ce qui se fit au iv^ siècle surtout pour les Matines et les Vêpres : sur semaine, on y lisait deux leçons, une de l'Ancien, l'autre du Nouveau Testament ; les samedis et dimanches, il y avait deux leçons du Nouveau Testament, l'une des EpUres de saint Paul, l'autre de l'Evangile (1). Sur la pratique de Rome, avant saint Grégoire le Grand, nous n'avons aucun renseignement exact qui permette de voir quelles lectures de l'Ecriture on faisait. C'est la Règle de saint Benoit (f 543) qui nous donne, pour l'Italie du moins, les premiers renseignements détaillés et certains sur les lectures faites dans les diverses heures canoniales : Codices legantur in mgilUs tant Veteri» Tesiamenii quam Nooi dioinœ auctoriiaii» ; sed et exposiiiones earum quœ a nominaiissimis et orihodoxi» et eaiholieis PatrïbtAS factœ 8unt (cap. ix). Il n'en faut pourtant pas conclure qu'aucune lecture des Ecritures n'était prescrite avant saint Grégoire le Grand, notamment dans Toffice romain.
Pour les fêtes des Martyrs^ on lisait leurs actes ; mais la célébration de ces anniversaires resta localisée et restreinte au Iahsus depositionis ou Loeua titult pendant les huit premiers siècles (2).
Saint Grégoire le grand (Epist. Lib. xii, c. 24, P. L»
(1) Voir Câssien : Institut. Cœnob. P. L. tom. XLIX, col. 83 et 90.
(2) M. Batiflbl siffnale dans son Hiêtoire du BréoUUre RomcUn uo Ordo ronuMntis publié par Tomraasi.
54 LE DRÉVIAIRE ROMAIN
tom. LXXVIT, col. 1234) témoigne que, deson temps, on lisait à Matines les œuvres des Pères {liomiUœ, commentarli, sermones) ; un Ordo romanus datant de son pontificat ou de celui de son prédécesseur atteste que les lectures de la Sainte Ecriture formaient une partie intégrante du pensum de la prière quotidienne.
2. L'usage de la bénédiction avant les lectures existait déjà au IV® siècle. Le président du chœur qui l'avait donnée au début marquait aussi la fin des leçons par ces paroles : Tu autem (s.-ent. desine ou cessa) auxquelles le lecteur répondait Domine, miserere nobis, et tout le chœur : Deo gratias. Au palais d'Aix-la-Chapelle, c'était par un coup et non par les mots : Tu autem que l'empereur Charlemagne donnait le signal de la fin des leçons, le lecteur récitait lui-même : Tu autem. Domine, miserere nobis, — Le Rituale Eeelesiœ Dunelmensis qui contient des fragments de la liturgie romaine de la fin du vn® aux ix® et x® siècles, renferme diverses formules de bénédictions pour les différents jours de fête, tantôt trois, tantôt neuf ; dans ce dernier cas, pour chaque leçon il y avait une formule de bénédiction particulière correspondant au mystère du jour. — Les absolutions : Exaudi Domine, A oinculis peecato^ rum, n'apparaissent que dans la période suivante.
3. Quel était le texte des leçons ? Nous venons de le dire, dès les premiers siècles, à l'office du chœur, on lisait les Saintes Ecritures, les Actes des martyrs, les écrits des saints Pères : Les moines des iv® et v® siècles avaient, d'après Cassien, aux Matines et aux Vêpres des iours de la semaine, deux leçons plus longues (1 une de 1 Ancien, l'autre du Nouveau Testament) ; le samedi, le dimanche et durant le temps pascal, elles étaient prises toutes deux du Nouveau Testament ; parfois aussi, notamment pour les vigiles du dimanche, il y avait trois leçons. Chez les moines occidentaux des vi® et VII® siècles, en particulier chez ceux des Gaules et de Lérins, il y avait souvent deux leçons à toutes les heures, une de l'Apôtre^ l'autre de l'Evangile. — On peut supposer qu'à partir de la fia du iv® siècle, les leçons de l'Office suivaient l'ordre des lectures ae la
Messe : ce que Cassien rapporte des moines s'accorde avec les indications de saint Chrysostome, de saint AuUgustin sur la raison qui fit choisir pour le temps pascal les Actes des Apôtres et d'autres écrits du Nouveau Testament (1).
Les ordonnances, attribuées au pape Gélase, nous font connaître la pratique de l'Ëglise romaine durant les V® et VI® siècles, en ce qui concerne la lecture publique, dans l'église, des livres des Saintes Ecritures, des Actes des martyrs et des œuvres des saints Pères. S'il faut en croire une lettre, souvent mal interprétée, de Paul Di€tcre à Charlemagne, l'ordonnance des leçons usitées au vin® siècle, spécialement le partage des leçons de l'Ecriture dans l'office canonial, doit être regardée comme l'œuvre de scdnt Grégoire le Grand ou d'Honorius P"" (t 638). Saint Grégoire le Grand a établi sa réforme sur les prescriptions de la Règle de saint Benoit dont il loue l'utilité et la discrétion ; et saint Benoit semble avoir pris pour type l'ordonnance des lectures bibliques faite à la Messe, telle qu'elle était employée au V® et au vi® siècle. Il détermine que, pour les petites heures, comme pour Laudes et Vêpres, on dira par cœur une courte leçon de l'Ecriture. Pour les Matines des jours ordinaires, en dehors de l'été, on dira trois leçons de l'Ancien Testament ; pour les dimanches et jours de fête, il y aura trois sortes de leçons de l'Ecriture : Ancien Testament pour le l®*" nocturne. Nouveau Testament (Actes, Epltres ou Apocalypse) pour le 3® nocturne. Evangile après le Te Deum. Puis des commentaires des Saintes Ecritures par les meilleurs des Pères orthodoxes pour le 2® nocturne. Dans l'office de trois leçons des jours ordinaires d'hiver, on avait pour l'^ leçon le texte de l'Ancien Testament, pour 2® et 3® leçon le commentaire d'un Père. Saint Grégoire le Grand adopta pour ses homélies, Tordre des péricopes de l'Evangile, tel qu'il existait avant lui ; pour l'ofnce, il se basa sur le système de leçons de saint Benoit. Ce système se maintint intact jusqu'à Tépoque de Charle-
(1)S. Chrya. P. G. tom. LI, col. 105. - S. Aug. P. L. tom. XXXV» col. 3019.
magne, comme on le voit d'après plusieurs Ordines Romani des vu®, viii®, ix« siècles ; une légère modification à la Règle de saint Benoit avait été faite pour le 3® nocturne par saint Grégoire lui-même ou 1 un de ses successeurs.
L'influence de la Règle de saint Benoît sur l'office de l'Eglise romaine s'explique aisément par le fait oue, du VII® au X® siècle, les bénédictins ct^lébraient l'office dans presque toutes les basiliques de Rome.
Du rapprochement fait entre les Ordines Romani et l'ordre que nous suivons actuellement pour la distribution des livres de la Sainte Ecriture, il résulte que : .de Noèl à la Septuagésime, les leçons étaient tirées de l'Ancien Testament tandis que le Bréviaire Romain actuel indique les Epitres de saint Paul (les Ëpitres de saint Paul étant alors assignées au 3® nocturne des dimanches) ; de Pâques à l'automne on suit le même ordre aujourd'hui qu'autrefois, sauf cette particularité qu'on commençait les Actes des Apôtres le jour même de Pâques, tandis que nous les commençons seulement le lundi de Quasimodo ; au commencement de l'automne (novembre) où nous avons le prophète Ezéchiel et les prophètes suivants dans l'ordre de la Bible, on lisait
Ï)armi les livres historiques. Job, Tobie, Judith, Esther, es Machabées ; Isale était lu du 1®^' décembre à la vigile de Noël. Les cinq livres de Moïse, Josué, les Juges et Ruth commençaient le 15® ou 12® jour avant la Quadra^ésime, c'est-â-dire le dimanche de la Septuagésime ou delaSexagésime. Dans l'antiquité, l'année nouvelle commençait au l®'' mars. La lecture des premiers livi*e8 de l'Ecriture coïncidait ainsi avec le début de Tannée. — La série était ensuite interrompue par le temps de La Passion et le temps pascal, où des lectures déterminées étaient prescrites : Prophètes et Job pour le temps de la Passion ; Nouveau Testament {pmnia nof>a) pour le temps pascal. — La péricope de l'Evangile du jour était lue entièrement aux Matines romaines, et non pas comme aujourd'hui les premières lignes avec la formule : et reliaua : cet usage parait s'être maintenu jusqu à saint Grégoire VIL
Pour les fêtes des saints, qui pouvaient être célébrées le dimanche (fêtes à neuf leçons, duplicia) ou qui, tombant sur semaine, étaient tenues comme jours solennels, toutes les leçons étaient empruntées à la biographie ou à la passion du saint ; souvent aussi, cela se faisait aux jours où il n'y avait que trois leçons à lire (fesia simplîeia),.. Si les Geaia, Vitœ ou Posstonea ne suffisaient pas pour les neuf leçons, ils servaient seulement pour le troisième nocturne ; pour le premier et le secona nocturne on prenait alors les leçons dans la Sainte Ecriture ou dans les Pères, l^s fêtes de saints ^ui n'étaient pas des solennités ne pouvaient pas régulièrement supprimer entièrement l'office du dimanche, dont on laissait subsister ou trois ou six leçons.
Quant au texte et à l'étendue, les leçons o^mï n'étaient pas de l'Ecriture occurrente, étaient choisies par l'abbé ou l'évêque. De même que le Psautier devait être lu en une semaine, de même la Sainte Ecriture devait être parcourue, une fois par an, avec les commentaires des meilleurs n'entre les Pères ; tel était le principe qui servait de guide et on l'appliquait aisément, étant donnée la longueur des leçons (quinze ou vingt chapitres dans les nuits d'hiver). C'est ainsi que d'après VOrdo Cluntacensis de saint Ulrich, tout Isale était parcouru en dix nuits, l'E pitre aux Romains en trois Matines (1).
3^ Ordonnance des féies et de Vannée liturgique.
La distinction entre le Propre du Temps et le Propre des Saints n'apparaît qu'au xii<^ ou au xiii® siècle : pendant la période que nous étudions présentement, le propre du temps embrasse toute l'année liturgique, même les fêtes à jours fixes (immohilia) en rhonneur de la Sainte Vierge et des saints. ; on les trouve à la suite des dimanches et des principales fêtes, selon les besoins et les commodités.
Les livres liturgiques romains, du viii® au x® siècle, commencent régulièrement par les vigiles de la Nativité (Nono kalendas januarii), ont, à la fin de l'année liturgique^ cinq ou six dimanches ante Natale, les
(1) Voir dans Migne P. L.,tom. CXLIX, col. 644.
jours des Quatre-Temps, et pour dernière fête celle de saint André. — Viennent ensuite l'office pour la consécration de l'Eglise et les Communs des Apôtres, Martyrs, Confesseurs, Vierges (un ou plusieurs). Dans TAntiphonaire de saint Grégoire (manuscrit de Saint- Gall du X® siècle), l'année liturgique commence par la messe du premier dimanche deTÂvent.
On comptait les dimanches : après la Nativité ; — après l'Epiphanie ; — peut-être aussi, mais très rarement, pOBt Cathedram Peiri, de février, puis la Septuagésime (le 70® jour avant le dimanche in albis, octave de Pâques) ; — venaient ensuite les dimanches après Pâques, l'Ascension, la Pentecôte ; après la fête des saints Apôtres ; après les fêtes de saint Laurent, de saint Michel, des saints Corneille et Cyprien, — le dimanche des Rameaux s'appelait Dommica Indulgentiœ.
Une petite divergence est â signaler : pendant que saint Grégoire le Grand, comme on l'admet génércuement, donne quatre dimanches de l'Avent avec Messe et Office propre, des livres gallicans et gallo-romains commencent par quatre ou (cinq) dimanches de l'Avent. Elle vient sans doute de ce fait que les exemplaires reçurent â la longue quelques feuillets supplémentaires sur lesquels on inséra les additions nouvelles sans tenir compte de l'ordonnance primitive.
Il n'y eut pas alors uniformité générale pour la célébration des deux premiers Quatre-Temps. Saint Grégoire VII donnera â ce sujet une règle définitive. Mais, juscju'à ce pontife, les Quatre-Temps du printemps étaient célébrés, dans quelques églises, au mois de mars (Jejunium primi mensisjj et ceux d'été, après le milieu de juin (Jejunium mensis quartî). L'année commençait jadis le premier mars et février (purificateur) terminait l'année. Ainsi chaque trimestre étaitsanctifiéàson début par les Quatre-Temps des l^"^, 4*, 7* et 10" mois. Le samedi des Quatre-Temps s'appelait sabbaium duodeeim lectionum, parce oue la Messe de ce jour était chantée le samedi soir ou clans la nuit après None.
On commence à distinguer, durant cette période, les
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mystères de la Sainte-Trinité et de la Transfiguration par des formulaires de messes et des offices pariiculiers. Pour le premier, un grand désaccord se manifeste, entre le vin* et le xiv« siècle, sur l'office du dimanche qui suit la Pentecôte : était-ce l'octave de la Pentecôte où le mystère de la Sainte-Trinité, ou même le simple dimanche qu'on devait célébrer t L'évèque Etienne de Liège introduisit, verà 920, dans son diocèse une fête et un office particulier qui se répandirent dans l'Allemagne du Sud, furent étaolis à Cluny, bien que le pape Alexandre II (f 1073) eût déclaré que Rome ne l'acceptait pas.
Pour le mystère de la Transfiguration, on trouve un office dans la liturgie mozarabe ; un codex de la Bibliothèque nationale de Paris, manuscrit du xii® siècle, contient un office propre pour cette fête, vraisemblablement composé par Pierre le Vénérable. La fête de l'Exaltation de la sainte Croix date du iv^ siècle, celle de l'Invention, célébrée le 3 mai, est du viii® ou du IX® siècle.
Impossible, dans un abrégé comme celui-ci, d'entrer dans les détails au sujet des fêtes des martyrs et des saints : nous parlerons seulement de quatre fêtes principales en l'honneur de la Sainte Vierge qui furent établies successivement durant cette période. — A) La, Purification, dont les premières traces se trouvent dans le récit d'Ethéria (voir D. Cabrol, Etude sur la Peregrinatio^ p. 77-78) : elle se c^ébrait à Jérusalem par un office propre, non pas le 2 février mais le 15, c'est-à-dire quarante jours après l'Epiphanie ou Noël Orientale (6 janvier). On pense communément qu'elle fut introduite en Occident, au v® siècle, par le pape Gélase, et jointe à une procession aux flambeaux pour supplanter la fête païenne des Lupercales. Les antiennes des Vêpres et des Laudes trahissent une origine grecque et l'époque du concile d'Ephèse. L'indication la plus ancienne de son existence à Rome est donnée par le Liber Pontificalis dans la vie du pape Sergius I*' (687-701). — B) L'origine de la fête de l'Annonciation est assez obscure. Un concile de Tolède en 656 parle de
la difficulté de la célébrer au 25 mars à cause du carême et la renvoie au 18 décembre (Expeetaiio Partus). La fête est certainement plus ancienne ; nous savons que sainte Hélène (au iv® siècle), ayant découvert à Nazareth la maison où Ton croyait que s'était accompli le mystère de l'Incarnation, fit construire une basilique sur l'emplacement ; ce fait entraîne très vraisemblablement une fête que les autres Eglises auront ensuite adoptée. Dans la liturgie se trouvent quelques vestiges qui semblent placer à des époques assez voisines du iv^ siècle, au moins un souvenir de l'Annonciation. Le rouleau de Ravenne, qui est de la première moitié du v« siècle, renferme une dizaine d'oraisons visant directement ce mystère. Pour le jour assigné à cette fête, l'opinion qui semble prédominer aujourd'hui donne le 25 mars comme anniversaire de la mort du Christ et de sa conception. Une difficulté venait du carême pendant lequel primitivement on ne célébrait aucune fête, mais la signification liturgique du carême s'étant effacée, l'Annonciation prit presque partout sa place au 25 mars. Le haut moyen âge, plus sévère, renvoya la fête à l'Avent ; de fait, rAttente du Divin Enfantement au 18 décembre offre dans son office plusieurs traits communs avec le mystère de l'Annonciation. — C) Quant à l'Assomption, la fête a porté d'abord différents noms : Dormitio, pausatio, iransitus B, M, ; celui d'Assomption a prévalu, parce qu'il exprime plus exactement l'objet au mystère (mort de la sainte Vierge, sa résurrection, son entrée triomphale dans le ciel en corps et en âme). L'existence du récit de ce fedt ne prouve pas directement l'existence de la fête : il parait a.ssez vraisemblable que celle-ci prit naissance auprès du tombeau de la Vierge à Gethsémani à la suite des pèlerinages qui conduisaient les fidèles en ce lieu. Le fait qu'à la fin du w^ siècle l'Assomption est célébrée solennellement en Orient et en Occident nous permet de faire remonter son institution jusqu'à la fin du v^ siècle. La date primitive semble avoir été le 18 janvier au moins pour rOccident ; l'empereur Maurice ^582-602) la transporta au 15 août, date où elle est maintenant célébrée.
LE BKÉVIAmB ROMAIN 61
Des hésitations se produisirent à son sujet, mais vers 847, le pape Léon IV la gratifia d'une octave et probablement a'une vigile (1). D) Nativité de la sainte Vierge. « Cette fête, dit Mgr Duchesne {Origines du culte chrétien^ p. 261), est mar(|uée avec les trois précédentes dans le Sacramentaire Gélasien ; elle était donc entrée, elle aussi, dès le vu® siècle, dans l'usage romain : un document contemporain du Concile in Trullo (692) la mentionne au 8 septembre : Elle parait être également d'importation byzantine. — Quant à la fête de la Présentation de Marie au Temple, il paraît démontré qu'elle a pris naissance à Jérusalem, à la fin du vu* siècle : c'est du moins le sentimentdu R. P. Vailhé, dans les Echos c^Orieni^ 1902.
Art, IV. — Quelques particularités dans la célébration de V Office.
Nous venons d'anticiper un peu sur le chapitre suivant. Avant de quitter défini vement l'époque que nous étudions (591-814), disons ce qu'était la structure des heures au ix^ siècle. C'est à peu près la même qu'aujourd'hui pour les antiennes, les psaumes et les répons. Il faut signaler seulement une ou deux particularités : aux Matines de la semaine de Pâques, on ne récitait pas, comme à présent, les mêmes psaumes chaque jour de l'octave, mais on en disait trois chaque jour en suivant l'ordre depuis leps. 1. jusqu'au ps. 18 ou 24. Souvent aux premières Vêpres des grandes fêtes on prenait, d'après Amalaire et Mabillon, les psaumes de b férié du samedi. Aux jours de fêtes qui la plupart du temps se célébraient un jour de la semaine, comme Noël, TEpiphanie, saint Pierre et saint Paul, saint Laurent, l'Assomption, on récitait deux Matines savoir : celles de la férié et celles de la fête ; le premier de ces deux offices était une espèce de vigile compostée uniquement des psaumes de la férié et de trois leçons, il n'y avait pas d'Invitatoire. Un des deux offices de Noël fut plus tard transporté avec quelques modificaiions au
(1) Pour ces deux derniôres fêtes, voir le Dictionn, d'Archéologie chrétienne et de Liturgie anx mots : Annonciation, Assomption.
1^** janvier comme Ofjiciumde B. Maria Virgine ou de Clreumeisione oel Oetaoa Dominij et l'un des deux de TEpiphanie au 13 janvier. C'est ainsi qu^ons*explique comment cet office festival n'a pas d'Invitatoire ; le
Esaume 94 trouve place aux nocturnes. D'après Amalire, c'est seulement de son temps, dans le courant du IX® siècle que l'on commença à distribuer ces offices doubles sur d'autres jours. A Rome, où les chanoines de Saint-Pierre devaient d'abord assister à leur propre office de nuit, et, le matin venu, suivre le pape dans une autre basilique pour célébrer avec lui l'office papal, on dut conserver plus longtemps les offices doubles.
L'exécution des heures au chœur et à l'église prenait un temps plus considérable qu'aujourd'hui à cause de la longueur des leçons et du chant des antiennes ; si les psaumes n'étaient plus, comme primitivement, récités par un seul et les antiennes ou dernières parties du verset répétées par tous, après chaque verset, l'usage subsistait encore d'intercaler ou de répéter une antienne soit après chaque verset, soit après deux ou trois versets. Il faut ajouter encore d'autres usages, comme les encensements répétés, les insertions de tropes et de séquences ; moyens dont l'Eglise se servait pour parler aux sens, élever les cœurs vers les choses d'en haut, donner aux fidèles dans la maison de Dieu comme un avant-goût des joies et splendeurs du paradis.