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CHAPITRE II

De Charlemagne à la fin du XIV* siècle (814-1305).

Article I. — Les transformations du Bréviaire Romain pendant les ix® et x* siècles.

Les Francs, tout en acceptant la liturgie romaine, ne tardèrent pas à y apporter des modifications ; ils transformèrent le Rosponsorial, changèrent le système des leçons, augmentèrent les textes liturgiques.

1. Transformation du Responsorial. — Nous avons dit un mot de Tœuvre d'Âlcuin sous Charlemagne. Ce liturgiste trouva des disciples et des imitateurs.

Sous Louis le Débonnaire, c'est Amalaire de Metz^ qui se rend à Rome pour étudier les offices, s'instruire sur l'ordre et les règles à suivre dans leur célébration : on lui dit qu'un exemplaire de l'Antiphonaire romain a été apporté à Corbie ; Amalaire de retour en France, ne se donne pas de repos qu'il n'ait étudié cet Antiphonaire ; il y trouve des différences avec celui qui avait été apporté de Rome à Metz sous Chrodegand ; de leur confrontation naît un nouveau texte auquel Amalaire ajoute quelques particularités. Non content de ce premier travail^ notre liturgiste publie bientôt son livre de EcelesioBtieis officiis oix il parle des différentes parties de l'office, puis son de Ordme Antiphonarii, nouvelle combinaison de l'Antiphonaire romain avec l'Antiphonaire de Metz : les modifications y sont parfois faites sans trop de scrupule, mais on y trouve de bons renseignements sur l'origine des répons et antiennes, sui* les deux offices de nuit à Rome pour certaines fêtes (nous parlons ici de ce qui concerne le Bréviaire (1).

De son côté, un chancelier de Louis le Débonnaire, Hélisachar, abbé de Saint-Riquier, puis de Saint-Maximin de Trêves, se donne beaucoup de peine pour corriger ou remplacer les répons de l'Antiphonaire ; la difficulté qui l'arrête, c'est qu'on ne récite pas ces répons de la même façon en Gaule et à Rome ; tandis que dans la capitale du monde chrétien, on répète le répons tout entier après le verset, en Gaule, la reprise se fait après la première moitié du répons ce qui donne parfois des rapprochements étranges, du genre de celui-ci :

A Rome : af. Tu es Peirus * ait Dominus ad Simonem.

— f . Eeee sacerdos magnus qui in diebus suis fflacuit Deo»

Reprise : Tu es Petrus...

(1) Pour plus de détails : voir le Dictionnaire d'Archéologie chrétienne et de Liturgie, au mot Amalaire, I, col. 13'i3.

En Gaule : nf. Ta es Petrus * ait Dominus adSimonem.

— t. Ecee sacerdos magnus qui in diebus

suis placuit Deo,

Reprise : ait Dominus ad Simonem.

Hélisachar, cherchant à saisir le sens de ce qui était chanté, trouvait insupportables de tels rapprochements^ il y voulut remédier par des corrections. Àmalaire, qm loue cette œuvre, se montre cependant plus conservateur ; il garde ce qui était traditionnel et antique, puis introduit des versets ou répons qu'il emprunte aux anciens livres romains ou messins, il choisit dans l'Evangile quelques morceaux qui semblaient convenir aux antiennes, les ajoute aux pièces romaines, modifie çà et là l'ordonnance, complète enfin le tout par quelques offices de saints propres à l'Eglise de Metz.

L'œuvre d'Âmalaire rencontra des oppositions assez vives. Agobard, archevêque de Lyon, n'est pas tendre pour notre correcteur ; sans le nommer, il le désigne suffisamment dans son livre de Divina Psalmodia. Puis, il estime que lui aussi, à l'exemple du pape saint Grégoire le Grand, peut bien améliorer l'office divin en l'adaptant aux usages de son Eglise. En conséquence, il rejette certains psaumes, qu il appelle psaumes plébéiens, supprime des compositions poétiques, exclut ce qui n'est pas pur extrait de l'Ecriture Sainte (principe dont l'hérâsie protestante et janséniste abusera étrangement). Dans son autre ouvrage de Correctione Aniiphonarii, il reprend et développe la thèse de l'emploi exclusif de l'Ecriture Sainte, retranche ce qu'il appelle des superfiuités, des légèretés et môme des choses approchant du mensonge et du blasphème. Il va plus loin encore contre Amalaire, dont il prétend censurer les interprétations mystiques dans son livre Contra libros IV Amalarii (1).

Malgré tout, la réforme d'Amalaire se maintint, à Metz Œabord, puis dans la plupart des Eglises en deçà des Alpes. Au xii® siècle, les coutumes gallicanes avaient

(1) Diciionnairê d'Arehéologie chrétienne et de Liturgie : Agobard, I, col. 971.

pénétré jusque dans la Ville éternelle : ainsi Tintroduction du chant de l'Eglise romaine dans Tempire franc eut comme conséquence le changement du texte dans une partie considérable du Responsorial romain.

2. Le système des leçons modifiée — La trop grande étendue des leçons ramenait plusieurs fois par an les Epîtres de saint Paul ; on songea à placer ces Epitres dans le cycle de Tannée, de façon qu'elles ne se présentassent qu'une fois au premier. nocturne. Toujours à cette même époque des Carolingiens, on désira pour la fin des Matines une homélie sur l'Evangile, de même qu'on avait au second nocturne des commentaires autorisés et des sermons des Pères sur les écrits de TAncien Testament. Parmi les travaux de revision et de codification qu'Alcuin avait entrepris sur la liturgie, on s'accorde à ranger un Homéliaire ou choix de morceaux des Pères sur l'Evangile qui se lit à l'office (1).

Le premier Ordo Romanus accuse cette tendance pour Rome, et VOrdo Romanus XI la constate explicitement. Ainsi s'exprime le chanoine Benoit auquel on attribue ce dernier Ordo: « Nous lisons à Rome, à Saint- Pierre et à la cour papale, pour les dimanches de l'Avent et du Carême» au troisième nocturne, deux leçons de Epistola (S. Pauli), c'est-à-dire la septième et la huitième, puis comme neuvième, une homélie sur l'Evangile du dimanche. Mais à Pâques et aux grandes fêtes, excepté la Pentecôte, on lit au troisième nocturne, TEvangile en entier et une homélie sur cet Evangile(2). »

Paul Diacre, moine du Cassin et historien des Lombards, fut chargé par Charlemagne de faire un recueil de leçons pour toute l'année et pour chaque fête : il donna donc deux volumes contenant non seulement des Sermones pour le deuxième nocturne et des Homillœ in Eoangehum pour le troisième, mais aussi, parmi ces dernières, des commentaires sur les Epitres de saint Paul.

Die cette œuvre de Paul Diacre, comme aussi d'un

1) Item. Aîcuin, I, col. 1077.

2) Migne. P. L., lom. LXXVIII. Ordo I, col. 958, Ordo XI. col. 1027

LB BftéVIAIRB ROMAIN

passage d'Hildemar et des Ordines Romani I et XI déjà cités, il résulte que, de saint Grégoire le Grand à Innocent III, on lisait le dimanche, au troisième nocturne, la plupart du temps TEvangile avec une homélie, et souvent de plus ou l'Epître du dimanche ou quelque extrait des Epîtres de saint Paul avec commentaire. Depuis Charlemagne, et les homélies, et les leçons du premier nocturne ont subi une légère modification : les Epîtres de saint Paul paraissent non plus comme auparavant au troisième nocturne des dimanches et des jours de fêtes pendant l'année, mais aux endroits (][ui leur sont assignés encore actuellement dans l'année liturgique, du dimanche dans l'octave de la Nativité au dimanche de la Septuagésime (1). La lecture de l'Epître qui pendant longtemps (à Rome peut-être jusqu'à Innocent III) était demeurée en usage aux Matines avec l'homéue sur l'Evangile, disparut aux grandes fêtes, dès le vu® siècle, et peu à peu aussi à tous les dimanches et jours de fête.

3. Textes liturgiques accrus. — Par suite des incursions des barbares Lombards, Sarrasins, Normands, bon nombre d'églises et de tombeaux de saints aux environs de Rome furent détruits (vu® au ix* siècle), d'autres furent menacés d'un pareil sort ou grandement endommagés par les inondations, tempêtes, tremblements de terre. Les papes s'efforcèrent de restaurer les sanctuaires détruits ou transportèrent les reliques des saints dans des lieux sûrs à Rome même ; En Allemagne et en France eurent lieu aussi de nombreuses translations de corps saints. C'est ce qui amena un çrand nombre de fêtes d'un intérêt local d'abord, puis adoptées dans le calendrier universel durant la période suivante. — D'un autre côté, par reconnaissance pour les Francs, on adopta à Rome quelques-uns de leurs usages ; le Liber Pontificalis nous en donne un exemple quand il dit que sous Léon III (f 816) les jours des Rogations, depuis longtemps en usage en Gaule, furent introduits à Rome. Intendance ;

(1) Voir Coutumes de Clunu. — Migne, P. L. tom. CXLIX, col. 613» •t Jean d'Avranches. Mtgne P. L. tom. CXLVII, col. 43.

s'accentua encore sous Louis le Débonnaire et sous Charles le Chauve.

On aime à voir l'influence qu'exercèrent sur les papes romains du xi* siècle deux princes fort intéressés aux matières de liturgie : d'une part, notre pieux roi Robert obtint qu'un répons composé par lui fût chanté à l'office dans l'église de Saint-Pierre de Rome ; l'usage qu'on en fit en France se maintint jusqu'au xviii® siècle; d'autre part, saint Henri, empereur d'Allemagne, venu à Rome pour son couronnement, s'étonne que le Credo ne soit pas chanté à la Messe (dimanche 14 février 1014), alors que ce Symbole était chanté, le dimanche, dans toute la chrétienté occidentale, en dehors de Rome ; il obtient lui aussi que, pour l'édification des pèlerins qui affluaient à la Ville éternelle, le Credo fût inséré dans le formulaire de la Messe.

Art. II. — LOffiee Liturgique, de saint Grégoire Vil (1Ô73) à Innocent 111(1198).

L'office romain a-t-il réellement une histoire pendant ce laps de temps, et même à partir de Charlemagne, c'est-à-dire pendant près de quatre cents ans ? Il semblerait que non d'après r//ïVoi>e du Bréviaire Romain de M. Batiffol. On lit en eff'et à la page 142 : « L'office romain, tel qu'il était constitué à Rome du temps de Charlemagne, se maintint à Rome même dans l'usage des basiliques, sans modification sensible, à travers les X® et XI* siècles, et jusqu'à la fin du xii® ». Un peu plus haut, page 1^, le môme auteur nous dit à propos d'un décret de saint Grégoire VII : « L'office romain du vin® siècle était encore à Rome, au xi® siècle, intact ; et les liturgistes se sont trompés qui ont voulu voir dans le décret de saint Grégoire Vil une réforme réglant à nouveau et fixant l'office, alors qu'il ne faisait que confirmer l'usage du viii® siècle. »

Quels sont les liturgistes visés dans ce passage, M. Batiffol nous le dit dans un article du Bulletin critique (13® année, 1®^ janvier 1892, p. 12) : « Dom Guéranger croyait à cetU prétendue réforme ; mais il n'en a pas donné une seule bonne preuve, et j'en ai cherché

vainement dans Tarticle de D. Baumer consacré à cette même question. »

Vuilà donc deux auteurs pris à partie par Mgr Batiffol qui ne partage pas leur avis sur la question posée, et qui le dit sans ambages. — D. Guéranger n'est plus là ]{)Our se défendre (peut-être du reste, déférerait-il en partie au sentiment de son contradicteur). Il crut, dans ses Institutions liturgiques {iom, I, p. 281. Edit. Palmé 1880), pouvoir caractériser ainsi l'œuvre de saint Grégoire VII : « Ses travaux... eurent pour objet la réduction de l'office divin... Saint Grégoire VII abrégea Tordre des prières et simplifia la liturgie pour l'usage de la cour romaine. Il serait difficile aujourd'hui d*assigner d'une manière tout à fait précise la forme complète de l'office avant cette réduction : mais depuis lors, il est resté, à peu de chose près, ce qu'il était à la fin du XI® siècle. »

D. Baumer, après l'exécution sommaire qu'on vient de lire, crut devoir reprendre l'étude de la question ; voici comment il formule sa réponse (1) : « Si D . Gué-

pratique i

trompe aussi lorsqu'il déclare l'office stationnaire et ne subissant pas de modification du ix® au xii® siècle. »

Le sentiment de D. Baumer sur le point qui nous occupe peut se ramener à ceci : Lie Bréviaire Romain reçut pendant le laps de temps dont parle M. BatifTol, un développement et des transformations auxquelles saint Grégoire VII contribua pour sa part. Les preuves alléguées par son contradicteur paraissent plutôt faibles au savant bénédictin ; celles que lui-même apporte se réduisent à un simple exposé de l'histoire de l'office : en voici le résumé.

Tout d'abord, ce que dit M. BatifPol, p. 120, du décret de Grégoire VII montrant une ordonnance des Matines identique à celle décrite par Âmalaire, vers 830, ne

(1) Histoire du Brée, Rom,, II, p. 5.

LE BREVIAIRE ROMAIN b^

prouve rien... La vérité est que les Matines décrites par Âuialaire, les Matines prescrites par Gn^goire VII et les Matines du Bn^viaire Romain d'aujourd'hui sont une seule et même chose, en ce qu'elles ont, aux jours de férié, douze psaumes et trois leçons ; aux fêtes, neuf psaumes et neuf leçons ; le dimanche^ dix-huit psaumes et neuf leçons. — Ce que nous avons dit précédemment montre assez qu'il peut y avoir d'autres éléments dans le Bréviaire.

En réalité les références de l'Antiphonaire au Responsorial de Saint-Pierre au xii^ siècle, qu'on invoque, prouvent plutôt que pour cette église de Saint-Pier re i 1 y a eu des modifications analogues à celles qu*opérèrent Helisachar et Amalaire (voirplus haut p. 63-64). M. Batiffol lui-même appelle la pratique, non romaine, des suffrages aux offices des Laudes et des Vêpres^ une nouveauté que présente l'Antiphonaire de Saint-Pierre. — Le témoignage d'Abélard qui est ensuite invoqué ne favorise pas la thèse de M. Batiffol, car Abélard touche à une (question qu*on pourrait appeler un problème dans rhistoire delà liturgie et qui consiste à expliquer les efforts sans cesse renouvelés vers l'uniformité dans le rite, et la difficulté toujours renaissante de la réaliser. En parlant des Ordinea Romani du xii* siècle M. Batiffol, fait une confusion entre les cérémonies et Vof/ice ou le texte de Y office. Encore que, là où le cérémonial ne fut pas changé, l'office ait pu rester le même, on n'a nul droit de conclure de l'identité des cérémonies à l'identité de l'ofBce, quand il existe des raisons de croire qu'il s'est produit des modifications intrinsèques dans le texte de la prière. En réalité, l'histoire des modifications du cérémonial romain a dépendu de facteurs tout autres que celles des transformations de l'office, nous voulons parler des absences fréquentes et prolongées du pape et de la curie en dehors de Rome ; mais c'est une question qu'on ne peut traiter ici dans tous ses détails.

Il faut donc, remarque D. Baumer, envisager et expo* ser d'une autre fdçon l'histoire de l'office durant la période qui nous occupe. — 1. Avant saint Grégoire VII

les transformations politiques et religieuses qui suivent immédiatement les splendeurs carolingiennes aident à saisir l'histoire de la liturgie à cette même époque. On ne peut nier que les souverains carolingiens et ceux de la dynastie des Othons exercèrent une influence décisive sur la formation de certains rites : cette influence venait de leur prédilection pour les grandes fonctions liturgi<][ues, de leur estime pour la puissance civilisatrice de la liturgie catholique. Qu'on suive d'un peu près les événements religieux, politiques et sociaux de Rome ; on y remarquera que l'Eglise romaine, aux x® et xi® siô* clés, estdans un étatde mort et de tristesse; que, pendant ce temps, l'Allemagne et la Bourgogne ont une activité intellectuelle et une vie religieuse intenses ; à Rome, dans les premières années du xi* siècle, les princi[)ales basiliquessont presque désertes aux jours des solennités ; les offices si symboliques et si profonds du vendredi saint sont accomplis « d'une manière irrespectueuse, et remplacés par un office mutilé et défiguré ». Le tableau est du pape Jean XIX lui-môme en 1026.

Alors se fait sentir un vif désir d'améliorer la célébration du service divin : en cette même année 1026, le moine Guy d'Arezzo est mandé à Rome, une bulle du pape remplace par un plus digne cérémonial la triste célébration des offices de la semaine sainte : tout cela, sansdoute, pour préparer le couronnement de l'empereur Conrad, épargner à celui-ci la surprise de son prédécesseur saint Henri lorsqu'il avait assisté à l'exécution des rites sacrés. Une chose est sûre, c'est que le texte et le plan de l'Antiphonaire de Guy d'Arezzo devaient avoir pour conséquence l'introduction de nouveautés à Rome, plutôt que le maintien du aiatu quo traditionnel : cela résulte de ce que Guy dans sa restauration du vieux chant authentique admit des « enrichissements » sous forme de séauences et de tropes, fort en honneur dans ce temps-là . Il y eut ainsi à Rome une restauration

3ui devait atteindre son parfait épanouissement et evenir un fait palpable pour tous sous le pontificat de saint Gr^oire Vil. — 2. En réalité le moine Hildebrand, devenu pape (1073), se souvint de la réforme de 1026,

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dont il avait sans doute été témoin, se convainquit que, pour purifier TËglise du levain teuton et restaurer sa primitive magnificence, il importait de rétablir l'ancien rite romain et dirigea de ce côté une partie de ses soins. L'inconvénient, comme au temps de saint Grégoire le Grand, venait surtout du fardeau des longues Matines (Vigiles) : on avait cherché à le rendre plus supportable. C'est ainsi qu'on introduisit dans quelques églises de Rome la coutume de ne r^^citer que trois psaumes et trois leçons (1). Grégoire VII saisit l'occasion du premier synode de Carême qu'il tient en 1074 pour s'opposer à cette pratique nouvelle ; ordonne qu'on reprenne la pratique, en partie décrite par Amalaire (pour les jours ordinaires de férié, douze psaumes et trois leçons ; pour les jours de fêtes, neuf psaumes et neuf leçons ; pour les dimanches dans l'année, dix-huit psaumes et neuf leçons. Concession est faite de ne réciter que trois psaumes et trois leçons pendant les octaves de Pâques et de la Pentecôte, où 1 administration du Baptême demande beaucoup de temps). Au synode du Carême de 1078, saint Grégoire VII supprime un autre abus en contradiction avec la véritable tradition de^ l'Ëglise romaine, qui consistait à célébrer les Quatre- Temps dans la première semaine de mars, la deuxième de juin, la troisième de septembre, la quatrième de décembre. Grégoire blâme cette coutume qui n'est appuyée sur aucune autorité et établit une fois pour toutes que la première semaine de Carême et la semaine delà Pentecôte seront celles des Quatre-Temps : sa décision est fondée sur la pratique des pontifes ses pvé" décesseurs telle que nous la font connaître les notices du Liber Poniifiealis,

C'est du même esprit que s'inspire Grégoire VIT quand il supprime la liturgie mozarabe, et décide que les fêtes des papes romains martyrs seront célébrées comme doubles, dans toute l'Eglise. Ainsi ce pape, tout occupé qu'il fut par les problèmes les plus graves, par une poUtique d'une étonnante portée, a eu le loisir et le

(1) M. BatiffoÙ p. 156. donne en note un passage de saint Pierre Dainien où cette coutume est signalée.

repos d'esprit suffisants pour se consacrer aux détails de la liturgie ; la restauration liturgiq^ue de Rome a été un élément de sa politique générale ; il a travaillé à la résurrection des usages romains contre l'invasion des nouveautés venues de l'étranger. — 3. Après lui, se continue la lutte contre le pouvoir séculier, mais ses successeurs immédiats, clunisiens ou bourguignons, plutôt que romains, ne cherchent plus autant la régénération de Rome dans la liturgie et la discipline. Rien d'étonnant, dès lors, que quelques années plus tard, vers 1140, Abélard nous dise que l'ancien Ordo romain de l'office n'était plus observé que dans la seule basilique du L^tran, tandis que toutes les églises avaient adopté un oflBce « modernisé » : témoignage important d'après lequel nous voyons aussi que^ dès ce moment, l'omce de la chapelle papale à l'intérieur du palais de Latran différait de l'omce delà grande église patriarcale, basilique du Latran attenante au palais. D'un cérémonial rédigé par le chanoine Benoit, avant 1143, il ressort qu'on augurait bien du nouvel ordre de choses provoqué par le retour dlnnocent II à Rome ; il faut dire, en effet, qu'à partir d'Urbain II les papes et leur cour furent souvent en dehors de la Ville éternelle, aue, dès lors, les divergences s'accentuèrent entre le rite ae la chapelle papale et l'office de la basilique du Latran. Le cérémonial du chanoine Benoit devint promptement inutilisable ; on doute qu'il ait servi plus d'un an, pour l'exécution de l'office de la curie. — En exil, on n'avait plus de règle fixe (fondée sur le temps, le lieu, la tradition) pour les fonctions papales : à Rome même, l'absence du pape devait amoindrir l'autorité et l'importance des rites célébrés « sans pape » et leur influence sur les autres Eglises. Désormais, c'est Tusage de la curie (Consueiudo capeUœ papfdia) qui va faire loi pour une fonction papale, de la curie qui ne se trouve plus à Rome mais là où séjourne le pontife. Vainement, pendant un séjour des papes à Rome, de 1187 à 1198, voudra-t-on faire entrer le cérémonial de TE^lise romaine dans le cadre des anciennes traditions (ôrdo Romanua XII écrit par le cardinal Gencius sous Cèles-

tîn III) (1) ; le rite de la chapelle papale s'est constitué à côté et va devenir le facteur prépondérant dans l'histoire du Bréviaire Romain.

Art. III. — Le Bréviaire Romain au XIII® et au xiv* siècle.

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