‹ Le bréviaire romain, ses origines, son histoireChapitre 9 sur 30 · Historique de la formation de ce Bréviaire · texte numérisé non relu

Historique de la formation de ce Bréviaire

Un écrivain de la fin du xiv® siècle, Raoul de Tongrès, nous renseigne sur Tœuvre de la chapelle papale ou curie romaine. « Soit sur l'ordre du Pontife, nous dit-il, soit de leur propre initiative, les clercs abrégèrent constamment l'office, et souvent le modifièrent suivant la convenance des cardinaux. » Cet auteur parlait en connaissance de cause, car il pouvait comparer un exemplaire de l'office romain datant du pontificat d'Innocent III (1198-1216) avec le cérémonial de Pierre Âmelius, Ordo RomanusXV, encore employé de son temps dans la chapelle papale (2).

Cette forme de l'office romain dut son succès et son universelle extension à l'ordre récemment fondé des Frères Mineurs qui l'adopta aussitôt. Obligés de se consacrer aux œuvres extérieures, à la prédication et au ministère des âmes, il était tout naturel que ces religieux choisissent un office abrégé : ils adoptèrent donc le Bréviaire de la curie romaine, sauf qu'au lieu du Psautier romain ou première correction de saint Jérôme plus voisine de l'Itala, ils prirent la deuxième correction de ce même Père^ ou Psautier gallican (3). Il leur fallut bientôt en venir à d'autres modifications réclamées par les circonstances. Sur Tordre ou avec l'approbation de Grégoire IX (1227-1241). Haymon, leur général, revit et corrigea le Bréviaire de la curie romame, que Nicolas III (1277-1280), un pape de l'ordre des Frères Mineurs, prescrivit à toutes les églises de Rome. Il semble que l'église du Latran, en dépit de cette prescription, resta fidèle à son ancien office ; car plus tard, le pape Grégoire XI (1370-1378) réglant les statuts du

0} Cet Ordo sa trouve dansMigne, P. L., tom. LXXVIil, ool. 1063-

(3) Mîgne, P. L., tom. LXXVni, ool. 1273 à 1867. (3) Sur le Psautier gallican, voir plus haut p. 46-17.

chapitre des chanoines de Latran, dit « que les membres doivent se conformer au chef, que dans l'église du Latran^ l'office de nuit et de jour doit être chanté selon la rubrique, Tordre ou la coutume de la sainte Eglise romaine ou de la chapelle de notre seigneur le Pape. » C'est la première déclaration officielle imposant VOrdo de la curie comme coutume de la sainte Eglise romaine. Dès lors, et en particulier, à la suite de Texil d'Avignon, l'ancien office de Rome fut tenu pour une chose du passé : l'office selon VOrdo de la sainte EgUse romaine, comme l'appelle saint François d'Assise, ne pouvait plus désormais s'entendre que de la coutume de ta curie. L^histoire de la substitution fut oubliée et à la fin du xiv^ siècle on disait généralement que les seuls Frères Mineurs suivaient VOrdo de la sainte Eglise romaine.

Pour Raoul de Tongres, les Franciscains ont tout bonnement adopté la coutume de la curie ou l'office de la chapelle papale : il le montre en abordant l'examen des faits, et dans son zèle pour le maintien de la pureté liturgique il ne passe rien sous silence de ce qui est important sur ce point. Ses griefs les mieux fondés contre les nouveaux livres franciscains sont les suivants : A) Abréviation, modification ou suppression de leçons ; en place des sermons, homélies et passions des saints, les Frères Mineurs souvent ne lisent mi'un court passage de la chronique de Damase ou du Liber Pontijicalis, — B) Les Franciscains ont toujours neul leçons pour tous leurs saints et pour les jours dans les grandes octaves, jamais ils iront de fête de trois leçons : de là une grande confusion produite par les translations de tant de fêtes qu'ils ont, du reste, arbitrairement élevées à un degré supérieur. — C) Leurorsanisation supprimait presque entièrement la lecture des saints Livres à l'office, les légendes des saints se trouvant réparties en neuf leçons et même à la fin sur les capitules. Ainsi les Franciscains ont renchéri sur la réiorme opérée par la curie romaine, étendant son plan de simplification, abrégeant les leçons jusqu'à les réduire à trois ou quatre lignes ; remarquons toutefois

à leur décharge que régulièrement, sinon toujours, ces Bréviaires aux leçons écourtées étaient réservés pour les voyages ou la récitation privée, parce que dans ce cas, il n'était pas possible d'avoir de grands livres comme au chœur. La multiplication des fêtes à neuf leçons, des jours dans l'octave élevés au rang de fêtes doubles, eut pour résultat de rendre très rare la récitation de l'office férial et de rendre impossible la récitation du psautier entier dans une semaine (1). Si le changement n'atteignait pas le contenu du livre, il modifiait la façon et Tordre selon lesjjuels on récitait l'office : désormais chez les Franciscains l'office récité est pour la plus grande partie limité au commun des saints avec quelques leçons empruntées aux légendes, une partie importante du Bréviaire demeure non utilisée pratiquement.

D'autre part un courant parallèle à ces changements amène un résultat contraire ; on voulait simplifier et réduire l'office romain, on y ajouta bientôt de nouveaux éléments. C'est alors qu'apparaissent les offices subsidiaires, efe Beata Maria Virgine,velDefuneiorum, puis des prières spéciales, comme les psaumes de la pénitence, les psaumes graduels ; enfin des hymnes métriques, desjpetites prières finales comme la Commemoraiio S. Crueis, les Suffragia aanctorum. Les hymnes métriques qui furent en honneur à Milan, au temps de saint Ambroise, c^ue saint Benoit avait prescrites dans sa réglementation de l'office, avaient depuis lors subi un moment de défaveur ; l'Espagne répugna longtemps à les admettre ; elles ne trouvèrent pas grâce dans l'empire carolingien quand l'office romain y fut introduit, et par suite on les vit longtemps proscrites des basiliques romaines, bien que les moines de ces basiliques les conservassent dans l'office de leurs

(1) Jusiqu'au xn* siècle, le mot Octave signifiait, dans le rite romain,

3a'on faisait à l'ofHce du liuitièrae jour une simple commémoraison e la fête ; dans les jours de i'octave (diet infra octaoami, il n'y avait à l'office aucune mention de la fête ou de l'octave. Le Bréviaire Romain nous en fournit un exemple pour sainte Agnès dont la fête se célèbre le 21 janvier et dont le 28 on fait mention seulement à Vêpres, à Laudes et par la neuvième leçon des Matines : les ancien^ livres romains ijortent : Octaoa S. Agnetis»

monastères ; on y revint à Rome, au xii® et au xiii® siècle, quoique d'une façon arbitraire et indécise ; les autres additions signalées, il n'y a qu'un instant, sont presque sans exception d'origine non romaine ; des ordinaires clunisiens, chartreux, cisterciens, elles passent dans les Ordines Romani après la constitution de Grégoire XI (1^70-1378). La piété privée de prêtres et de religieux dévots ajouta encore d autres offices, tels les offices de tous les saints, de la Sàinte-Croix, du Saint-Esprit. Il est bon de le remarquer : ces additions diverses (sauf le Symbole Quicumque et une partie des hymnes) ne sont que des branches rattachées artificiellement et peu solidement au tronc ancien de l'office ; elles ne forment pas une partie intégrante, encore moins un membre essentiel du corps du Bréviaire, elles sont mises à la fin du livre comme un appendice et pourraient en être séparées sans qu'il y eût dislocation des membres du vieux corps du Bréviaire (1).

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