Séances des 5 et 9 avril
traitement minimum de Tinstituteur. Afin de pourvoir au surcroît de charges qui doit résulter de là, elle fait porter sur les quatre contributions directes les centimes additionnels à la charge des départements et des communes, que la loi de 1 833 avait établis seulement sur les contributions foncière, mobilière et personnelle. Mais cet expédient ne pouvant pas beaucoup ajouter aux ressources propres des communes et des départements, l'accroissement de la dépense resta en grande partie à la charge de l'État. Dans les comptes de l'exercice 1850, les compléments de traitement payés aux instituteurs figurent pour une somme de 3382208 fr. 26 c. En 1851 la rétribution scolaire produisit un peu plus, et la dépense descendit à 3 279966 fr. 92 c. ; mais en 1852, elle s'éleva à 3398289 fr. 84 c, et en 1853 à 3441 097 fr. 44 c.
Le Gouvernement fut effrayé de la progression des charges du Trésor, sans qu'il en résultât un grand bien pour l'instruction primaire : car, dans quelques communes, la diminution de la rétribution scolaire était due à la négligence de l'instituteur qui , ne pouvant espérer au delà de 600 fr., et certain de les obtenir en tout cas , qu'il eût ou non des élèves, ne cherchait pas à accroître, à force de zèle , la population de l'école , c'est-à-dire son travail et sa fatigue personnelle. Afin d'obvier à cet inconvénient, et de répandre un peu d'émulation dans le corps des instituteurs, on imagina de ne plus leur donner de titre avant un stage de trois années^ pendant lequel ils exerceraient en qua-
l. Décret du 31 décembre 1853, Bulletin administratifs t.lV, p. 716 et suiv.
i8H ENSEIGNEMENT PRIMAIRE.
lité de suppléants, et recevraient non pas 600 fr. mais 400 fr. et 500 fr. On promit en même temps aux anciens maîtres des indemnités qui pouvaient élever leur traitement à 700 fr. et à 800 fr. C'est à l'expérience qu'il appartient de prononcer en dernier ressort sur la portée financière de ces dispositions. Si elles devaient être appréciées d'après les résultats des deux dernières années, elles n'auraient pas contribué à la diminution de la dépense, qui s'est élevée en 1 854à 3 449 1 43 fr. 44 c, et en 1855 à 3 439 197 fr. 44 c. Toutefois, il est juste de remarquer qu'en 185'» et 1855 le prix élevé des subsistances et la misère des campagnes ayant éloigné beaucoup d'enfants des écoles, l'État a du payer des sommes plus considérables pour compléter au minimum de 600 fr. le traitement des instituteurs en titre. Mais ce qui paraît malheureusement trop certain , c'est l'état de gêne excessive que les mesures économiques, arrêtées en 1851, ont créé pour un personnel nombreux et digne de bienveillance. Les maîtres qui débutent ne recevant que 400 fr. et 500 fr. au plus, sans qu'il leur soit permis d'ajouter à ces modiques ressources par des travaux accessoires, se suffisent à peine. Ils prennent leur position en dégoût, et dès que le terme de leur engagement décennal est arrivé, plusieurs abandonnent l'instruction publique pour une carrière moins ingrate, comme l'industrie-et les chemins de fer. Il y a certainement là , pour l'enseignement primaire, une cause de décadence et de ruine qui tôt ou tard devra préoccuper de la manière la plus sérieuse tous les esprits sincèrement dévoués à cette noble cause de l'éducation du peuple.
Tandis que les crédits destinés à compléter le traite-
ment des instituteurs s'augmentaient d'année en année, le budget des autres services compris dans le même chapitre subissait sans doute des réductions ; mais la dépense effective constatée dans les comptes fut à peine diminuée, sauf en 1855. Ainsi les subventions aux communes et aux départements , pour construction et réparations de maisons d'école et pour acquisition de mobilier, qui avaient été :
En 1848 de 884 965 fr. 96 c.
S'élevèrent en 1849 à 1 108214 93
En 1850 à 1028196 12
• En 1851 à 989 770 44
En 1852 à 1 101564 59
En 1 853 à 928 000 75
En 1 854 à 992 397 39
En 1855 à 702340 42
La même observation s'applique aux salles d'asile dont la dotation fut portée, en 1849, à 400 000 fr.; en 1850, à 394000 fr., et pour lesquelles, suivant les comptes; il a été dépensé :
En 1 848
232 1 60 fr.
En 1 849
En 1 850
En 1851
En 1852
En 1853
En 1 854
En 1 855
Pour compléter ce tableau des budgets successifs de
TinstructioD primaire depuis un demi-siècle, il faut ajouter aux dépenses que nous venons de parcourir celles qui résultent du service de Tinspection.
C'est en 1 835 , par une ordonnance royale du 26 février*, que furent établis dans chaque département des inspecteurs chargés de la surveillance de tous les établissements d'instruction primaire, y compris les salles d'asile et les classes d'adultes. Cette même année, la dépense figure dans les comptes pour une somme de 134393 fr,, dont 88022fr. 48 c. pour les traitements, et 46370 fr. 52 c. pour les frais de tournée. Dès l'année suivante, la dépense totale s'élevait à 239 395 fr. 48c.; en 1838, à 336 646 fr. 37c.; en 1840, à 399969 fr. 80c.; en 1843, à 499 335 fr. 31 c. Tinstitution avait prospéré ; son utile influence était une des causes qui avait le plus contribué au progrès de Tinstruction primaire. Éclairé par cette expérience, le Gouvernement avait jugé à propos d'accroître le nombre des inspecteurs et de créer dans les arrondissements un corps de sous-inspecteurs. Lorsque les fonds nécessaires demandés successivement aux Chambres, eurent été alloués, le «ervice se trouva organisé de la manière suivante par l'ordonnance du 30 décembre 1 842 » :
Pour le département dp la Seine, deux inspecteurs
au traitement de , . 3000 fr.
Un inspecteur-adjoint au traitement de. 2600 Un sous-inspecteur au traitement de. 1600