‹ Le budget du Brésil; ou, Recherches sur les ressources de cet empire dans leurs rapports avec les intérêts européens du commerce et de l'émigrationChapitre 12 sur 26 · PROTECTION DES EMIGRANTS · texte numérisé non relu

PROTECTION DES EMIGRANTS

Circulaire de la Société irlandaise d'émigration de New- York au peuple de l'Irlande.

Ifew-York, le 39 février I8U.

Concitoyens,

La période de l'année choisie ordinairement par les personnes qui se disposent à émigrer dlrlande aux États-Unis, approchant de nouveau , le comité de la Société de Témigra • tion irlandaise, en conformité de la résolution adoptée les deux années précédentes, croit qu'il a le devoir impérieux de publier cette année une nouvelle adresse à ses concitoyens.

L'irréflexion et l'imprévoyance qui poussent vers les États- Unis des milliers d'Irlandais de la classe la plus pauvre, abandonnant trop souvent les modestes moyens de bien-être de leurs vieux foyers pour la trompeuse espérance d'améliorer leur sort, nous obligent à renouveler nos avertissements contre une démarche qui, étant faite inconsidérément, peut imposer aux infortunés exilés la misère et le dénûroent à un degré

qui, trop lard, se révèle irréparable, sans remède. Il y a des personnes trop disposées à s'imaginer que si une fois elles ont le pied aux États-Unis, leur marche doit être ascendante et leur carrière à l'abri des vicissitudes. Mais ce résultat est rarement atteint, excepté par ceux qui possèdent les conditions exigées pour le succès. L'Amérique n'est pas la place des simples aventuriers. Un homme , pour réussir ici , doit être propre à quelque occupation lucrative. Il ne devrait pas venir sans un but déterminé, et, quelle qu'en soit la nature, il devrait avoir les moyens d'arriver lui-même à la position la plus favorable A sa réalisation.

Un bon artisan , un bon ouvrier, possédant les ustensiles nécessaires à l'exercice de son mélier ou de la vocation, manquent rarement d'occupation. Un agriculteur praticien, disposantd'un capital modéré, peut facilement trouver une bonne ferme, ou, s'il est doué d'entreprise^ quelques centaines d'acres qui rendront promptement cent pour cent de tout placement fait avec une ordinaire circonspection.

Les ouvriers de ferme ne devraient pas s'aventurer aux États-Unis, si, après avoir payé leur passage, ils ne peuvent pas disposer de quelques livres sterling pour leur permettre de gagner l'intérieur du pays immédiatement après leur arrivée. Lorsqu'ils viennent sans quelque argent, ils sont souvent exposés à de pénibles épreuves. Leur inhabileté les prive ordinairement de toute chance d'occupation dans les grandes villes. Nombreux sont les exemples de tels infortunés qui, après avoir épuisé la libéralité de la bienveillance des individus, furent réduits à recourir à la charité publique de nos grandes villes pour obtenir une précaire subsistance.

Buralistes, instituteurs, et les individus qui comptent trouver des emplois de commis chez les commerçants, ou dans les magasins des négociants, sont invariablement trompés. 11 vaut mieux pour eux de supporter des privations dans leur

pays que de courir le risque à peu près certain de les rencontrer ici.

Si tous ceux qui se disposent à émigrer considèrent attentivement les exigences que nous avons signalées, beaucoup de misères individuelles seront prévenues, et nous n'aurons pas la calamité annuelle de voir des centaines de nos semblables, doués d'aptitude physique et intellectuelle, dépérissant à la fleur de l'âge par la complète impossibilité de se procurer les plus misérables moyens de subsistance.

Ce pays se relève rapidement de la prostration sur laquelle nous avons appelé l'attention l'année dernière, et dont le fait a été un des principaux points de notre manifeste. De grands ouvrages d'utilité publique qui avaient été interrompus sont à présent en voie de continuation. Les intérêts agricoles et manufacturiers du pays sont dans une condition prospère, et toutes les branches de l'industrie participent à l'influence régénératrice du retour de la prospérité dans les deux grands laboratoires de la richesse nationale. Cependant , malgré ces attractions, et nous ne sommes pas disposés à les rabaisser, rémigrant d'entreprise doit considérer qu'il doit s'arrêter et se soumettre strictement aux exigences que nous avons marquées pour sa direction. Si une perverse présomption l'entraîne à se défier de nos avis et à les rejeter, lorsque, poussée par une bienveillance désintéressée, notre expérience les propose à son accueil, le désappointement qui pourra s'ensuivre sera un sujet d'amers reproches à se faire.

Notre Société n'est pas une société d'aumônes. Nous ne disposons d'aucunes ressources pécuniaires. Donner de salu* taires conseils à nos compatriotes; les protéger contre la fraude et les exactions ; les diriger vers les régions où il y a le plus de probabilité d'un emploi pour leur aptitude, et d'occasions pour un placement avantageux; assurer contre toute perte l'envoi des fonds que les émigrants irlandais font pas-

ser, avec un sentiment qui les caractérise si éminemment, à des parents âgés et pauvres, telles ont été les fins dont Taccomplissement a institué la Société irlandaise d'émigration. Qu'elles ont été fldélement remplies, la preuve s'en trouve dans la donation libérale que la Société a reçue de l'autorité municipale de la ville, et dans l'approbation sympathique qui résulte de l'appui de beaucoup de nos plus respectables concitoyens.

Les cruelles exactions qui, avant l'existence de la Société, se commettaient sans cesse à l'égard des émigrants, arrivent rarement à présent; et lorsqu'elles sont tentées, si elles sont connues de la Société, leurs auteurs sont invariablement signa* lés, et s'il y a des preuves, ils sont amenés devant les tribunaux.

Les membres du Comité exécutif affirment avec conGanee que toutes les mesures de prévention et de réparation, dans les limites de leurs attributions, ont été accomplies de ce côté de l'Atlantique. Ils sont poussés à présent à faire un appel public à la bienveillance et à la philanthropie des amis de l'émigrant et de la justice ; aux amis de l'humanité en général, dans leur patrie chérie, afin d'organiser des sociétés ou quelques moyens pour protéger leurs compatriotes qui émigrent contre les exactions atroces et les vilenies sans pitié dont ils souffrent dans le port de Liverpool. Par les facilités que présentent la régularité des départs et les bons emménagements pour les passagers d'entre-pont, les paquebots qui naviguent entre New-York et Liverpool obtiennent une préférence méritée sur tous les autres transports. Mais les emménagements d'entre-pont à bord de ces navires sont ordinairement accapa* rés par des courtiers qui tirent le plus de profit possible des passagers. Des individus respectables se sont engagés dans cette espèce d'affaires; mais il en est d'autres qui, endurcis contre toutes les impressions dont est susceptible le cœur de

rhomme, outragent toute décence et toute humanité dans leur traitement des passagers.

Des émigrants irlandais , dont la traversée avait été payée d'avance par des amis ou par des parents en Amérique, ont été souvent retenus à Liverpool des semaines entières après répoque marquée pour le départ, et des navires d'occasion étaient frétés pour cet objet. Il est aussi arrivé nombre de fois que ceux qui avaient assuré leur passage pour certain port ont été embarqués sur des navires destinés pour un port trés-éloigné de celui de leurs désirs. Par exemple , des personnes qui s'attendaient à débarquer à New- York ont été embarquées pour Boston, Philadelphie ou Baltimore, et réciproq.uement. A Tégard de ceux qui ont peu de ressources, c'est un cruel artifice, une espèce de vol gratuit; et cependant il a été commis par de malhonnêtes courtiers ou armateurs pour échapper à l'engagement ou à la somme à forfait qu'impose notre loi municipale en compensation de la charge d'entretien des étrangers pauvres.

La concurrence entre les courtiers de Liverpool est tellement grande, qu'il a été trouvé avantageux d'engager des recruteurs de passagers. Les créatures employées à cet usage sont ordinairement d'insignes vauriens qui ont la coutume de pratiquer les plus abominables tromperies à l'égard des émigrants sans défiance et crédules. Malheureux qu'ils sont! Au moment même d'abandonner leur terre natale dans les circonstances les plus propres à exciter la sympathie et la commisération, ils ont été dépouillés du peu d'argent qu*ils avaient, en croyant que les souverains et autre monnaie anglaise n'avaient pas cours ici; au moyen de cette infâme ruse, en échange de leur argent et de leur or de bonne qualité, ils ont souvent reçu des billets faux, ou de banques américaines qui avaient failli depuis longtemps. Ce n'est qu'un petit nombre des extorsions commises. Les émigrants sont exposés à beau-

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coup de préjudices révoltants pour lesquels , dans leur position , sans amis , sans appui , ils ne trouvent pas de moyens de réparation. Le gouvernement britannique, nous le savons, emploie des agents pour surveiller leur embarquement ; mais la manière insuffisante dont les salariés du gouvernement accomplissent ordinairement leurs devoirs est trop notoire pour exiger des commentaires.

Le bureau de l'émigration irlandaise est situé n» 62, Goldstreety et avant que les émigrants quittent leur foyer, ils doivent être avertis de s'y présenter dès leur arrivée. Noos donnons cet avis seulement comme mesure de précaution, car un agent de toute confiance est employé par la Société pour aller à bord de tous les vaisseaux qui amènent des émigrants dès qu'ils entrent dans le port. L'adoption d'un plan semblable pour la protection de. ceux qui disent un dernier adieu à leurs parents, à leur famille, à la demeure de l'enfance, aux tom* beaux ou reposent leurs pères, nous la recommandons vivement et avec affection aux philanthropes de l'Angleterre et de l'Irlande.

L'esprit de cette époque, le progrès de la civilisation, l'extension du christianisme au xix^' siècle, nous inspirent l'espoir de voir écouter notre appel pressant.

En conclusion nous réclamons respectueusement du clergé irlandais qu'il répande dans son troupeau les informations que contient cette lettre; nous comptons qu'à l'aide de la presse irlandaise elle recevra une publication étendue.

Signé par le Président et les Secrétaires.

Avis publié dans le courant du mois de novembre 1848, par la commission d'émigration de l'État de New-York,

« La législature de TÉtat de New-York , frappée de l'augmentation rapide de Témigration au port de New-York, et considérant les intérêts importants qui s'y rattachent, a établi une commission agissant sous l'autorité de TÉtat, et chargée d'exercer une surveillance générale sur ce qui concerne les émigrants. Protéger l'émigrant contre les ruses et la déloyauté des personnes avec lesquelles il doit nécessairement se mettre en rapport k son arrivée , est un des principaux objets des soins de la commission, et, en conséquence, les soussignés ont été réunis en comité pour faire connaître un grand et fréquent abus pratiqué à l'égard de l'émigrant , même avant qu'il ait quitté l'ancien continent.

c Le nombre de passagers arrivés dans ce port depuis le commencement de cette année est à peu prés de 160,000, et l'on peut croire que 130,000, au moins, se sont rendus dans les parties éloignées du pays, à l'ouest, et que la somme payée ici pour leur passage s'élève à plus d'un demi-million de dollars. Comme on peut le supposer, beaucoup de personnes s'occupent du transport des émigrants ; les individus ou compagnies emploient une foule de commis ou serviteurs nommés coureurs d'émigranis {emigrant'runners)^ qui vont au-devant du nouvel arrivant , soit à bord du navire qui l'amène , soit

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immédiatement après son débarquement, dans le but de le conduire à Tun des établissements de transport pour lequel ces coureurs agissent respectivement. Les ruses employées pour évincer un concurrent et s*assurer de Témigrant seraient amusantes si elles ne se pratiquaient aux dépens d'un étranger inexpérimenté et confiant, et il n'est que trop vrai qu'une somme énorme d'argent est annuellement perdue par les émigrants ; par suite des tours et des faux renseignements des coureurs, dont plusieurs sont du même pays et parlent le même langage que l'émigrant lui-même.

« Depuis pou, le champ d'opérations de ces coureurs d'émigrants ne s'est plus borné à cette cité ; il s'est étendu en Europe. Quelques-uns d'entre eux y ont été envoyés d'ici par des offices de transport; d'autres ont été engagés sur les lieux mêmes; d'autres enfin ont commencé et continué ce genre d'affairespourleur propre compte et sous leur responsabilité; mais tous n'ont en vue que le même objet , c'est-à-dire d*ex^ ploiter l'émigrant. lis se donnent généralement le nom d'agent de quelque bureau de transport, et cherchent à gagner l'émigrant qui a l'intention d'aller plus loin que New- York, en lui faisant croire qu'il est de son intérêt de payer, avant de quitter l'Europe, son passage jusqu'au lieu même de sa destination définitive.

« Il est bien connu que des émigrants arrivent fréquemment dans les ports de mer de l'Europe sans avoir assuré leur traversée sur l'Océan, et que, ne trouvant pas de navire prêt à les prendre à bord , ils sont obligés d'attendre une occasion pour poursuivre leur voyage, ce qui leur occasionne une «iépense considérable. Il arrive aussi que, même lorsqu'ils ont arrêté leur passage avant de partir pour le lieu d'embarquement, ils subissent des délais et sont exposés à des charges qu'ils ne pouvaient prévoir. Ceux qui se disent les agents des établissements de New-York pour le transport des émigrants

profitent de ces circonstances pour engager l'émigrant à prendre son passage depuis ce port jusqu'au lieu de sa destination ; on lui dît qu*à moins de faire ainsi, il court grand risque d'être retenu ou de payer des prix exorbitftnts.

« Ces allégations, ainsi que toutes les allégations semblables, ne sont pas vraies, et tous ceux qui y ajoutent foi et qui agissent en conséquence seront certainement trompés.

« Il n'y a que deux routes d'ici vers l'ouest; Tune par la ▼oie d'Albany et Buffalo, l'autre par la voie de Philadelphie et de Pittsburg, et, vers ces places, il y a, pendant toute l'année, plus d'un transport par jour. Il n'est jamais difficile de partir de New-York, et les établissements qui se chargent du transport des passagers, sont tellement nombreux que la concurrence empêche que les prix soient exorbitants ou élevés. Le voyageur ne sera jamais exposé à des extorsions, s'il a soin de ne faire aucun arrangement avec le premier venu et s'il se donne la peine de chercher à quel office il pourra s'adresser avec le plus de sûreté et d'économie.

< Il arrive toujours que ceux qui prennent en Europe un billet de passage pour une des places de Tintérieur de l'Amérique, payent plus, et généralement beaucoup plus, que ceux qui les prennent ici. Les agents en Europe qui vendent ces billets, doivent y trouver un bénéfice; que ce soit peu ou beaucoup, ce bénéfice doit être ajouté au prix régulier du passage, et c'est l'émigrant qui le paye; il est parvenu à la connaissance de la commission, que la différence de prix s'est élevée parfois jusqu'à trois dollars par personne. Mais, ce n'est pas tout, et il n'est pas rare que ces billets de passage ne valent absolument rien. Ils portent le nom d'offices qui n'ont jamais existé, ou qui ne sont respectés nulle part, ou bien l'office dont ils portent le nom, se trouve fermé et ne doit probablement plus être rouvert, ou bien encore les émigrants sont adressés à des établissements qui refusent de reconnaître

Tagent qui a fourni les billets, et, dans tous les cas, les émigrants perdent l'argent que ces billets leur ont coûté.

< Il est à espérer que la présente publication attirera l'attention qu'elle mérite. Il serait satisfaisant pour les commissaires, et tout A fait dans Tintérét des émigrants, que les gouvernements en Europe voulussent prohiber un commerce semblable. A tout événement, les commissaires ont la confiance que les émigrants se tiendront pour avertis, et que dorénavant ils ne prendront plus d'engagement pour leur transport dans l'intérieur de l'Amérique avant d'être débarqués ici.

ic A leur arrivée à New- York, ils ne devraient prêter l'oreille à aucune représentation ni contracter aucun engagement sans avoir obtenu préalablement l'avis des commissaires de l'émigration, de la société des émigrants de la nation à laquelle ils appartiennent ou de leur consul.

« En outre, lorsqu'ils s'informeront soit des commissaires, soit de la société, soit du consul, ils devront prendre garde de ne pas se laisser mener ailleurs. U y a des individus qui ne se feraient pas scrupule d'agir ainsi à Tégard d'un étranger. Si rémigrant, par exemple, demandait à être conduit à l'agence de la société allemande, celui auquel il s'adressera lui répondra qu'il en est l'agent, ou qu'il y conduira l'étranger, et, au lieu de cela, il le mènera dans un lieu où il sera certainement trompé.

< Règle générale ; si l'émigrant est invité à prendre son passage, ou s'il doit payer l'avis ou le renseignement qu'il demande, il peut considérer comme certain qu'il n'obtiendra pas ce qu'il désire, et il doit faire attention si le nom de la personne de l'office qu'il cherche est inscrit à la porte de la maison qu'on lui désigne. Tous les consuls étrangers, ainsi que la commission des émigrants, ont des enseignes à la porte de leur office; celui de la société allemande est situé, rue

Greenwich, n' 95 ; celui de la société des émigranls irlandais, Spruce-street, n* 22, et celui des commissaires de Témigration dans Fun des édifices publics de la Cité situé dans lePark.

« Enfin nous remarquerons que , si Témigrant se trouve dans une situation telle que son départ immédiat de New- York soit nécessaire et qu'il n'ait pas le temps de demander des renseignements à Tun ou à l'autre des lieux indiqués, il doit avoir soin de ne pas prendre son passage pour toute la distance qu'il a à parcourir, mais seulement jusqu'à la première station sur la route, soit Albany ou Philadelphie. Il ne doit pas oublier que le passage d'ici à Albany est de 50 cents, et d*ici à Philadelphie, de deux dollars 25 cents par personne, et rien de plus.

« Les commissaires espèrent que cet avis sera bien reçu et qu'on le suivra avec toute la confiance qu'il mérite, comme étant donné par des personnes qui n'ont d'autre intérêt en vue que le bien-être des émigrants; qui connaissent parfaitement les affaires , et qui agissent , non comme personnes privées, mais sous l'autorité et la surveillance du gouvernement de l'État. »

{Suivent tes noms des membres de la commission.)

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