‹ Le budget du Brésil; ou, Recherches sur les ressources de cet empire dans leurs rapports avec les intérêts européens du commerce et de l'émigrationChapitre 4 sur 26 · DE LA COLONISATION · texte numérisé non relu

DE LA COLONISATION

Depuis la découverte du nouveau monde jusqu'à la Gn du xvni* siècle, d'innombrables théories se sont attachées à définir le meilleur système de gouvernement et d'exploitation des possessions d'outre-mer. L'Espagne, la France, l'Angleterre, le Portugal et la Hollande, fournissaient aux publicistes les exemples et les résultats divers de leur politique coloniale.

Tandis que ces États cherchaient à fortifier leur puissance en Europe par une expansion de domina* lion dans des contrées lointaines, et à s'enrichir de leurs produits, les troubles de religion, ainsi que les tendances d*innovations sociales, firent naître au milien des peuples une autre impulsion vers l'Amérique. Les sectaires s y établirent avec autant de variété dans leurs procédés d association qu*il s'en trouvait dans les croyances religieuses et dans les idées de gouvernement.

Le génie, le fanatisme et les plus aveugles utopies ont pris part à cette agitation remarquable. On y trouve les huguenots avec Villegagnon et Coligny, Gustave Adolphe et Oxenstierna, les puritains, William Penn, Geoi^es Fox, Barclay, Zinzendorff et les frères moraves, Rapp, Bimeler et Robert Owen, chacun déposant

dans son entreprise le principe qui lui avait mis les armes à la main ou les doctrines dont il s était fait le prédicateur.

Une nouvelle initiative d'émigration, qui sera un des caractères du xuf' siècle, se manifesta en Europe dès que la paix lui eut été rendue. Le malaise physique et lattraction des espaces vinrent remuer les populations agricoles; elles allèrent se répandre dans F Amérique du Nord en faisant devancer les siècles à son défrichement, à sa puissance et à sa prospérité.

Ainsi la diversité des systèmes, des exemples et des résultats d'établissements dans des contrées nouvelles, se montre à côté de la diversité des époques, des races, des régions et des climats. Devant cette vaste confusion, la pensée s effraye d'avoir à reconnaître les meilleurs procédés de colonisation pour en former un système de pratique générale dans les conjonctures du Brésil. L'extension de son territoire et la prévision d'obstacles innombrables qui peuvent y être recelés, semblent devoir créer autant d'incertitudes qu'il en naît de la variété des expériences des siècles passés. Toutefois ces deux immensités se resserrent nécessairement dès qu'on abandonne les théories pour la recherche des moyens d'application immédiate.

Ainsi, sur le sol du Brésil, le climat et la condition présente des choses arrêtent à de certaines limites l'entreprise de la colonisation par des Européens. D'un autre côté, le tableau de l'émigration agricole vers l'Amérique du Nord et de ses travaux se détache

LES RICHESSES LATENTES. h,}

des faits analogues des siècles précédents. On y trouve on événement régulier dans sa marche. Il a pris naissance sous les yeux des contemporains, et il se développe chaque jour avec des succès prodigieux.

Les incertitudes disparaissent devant ce grand exemple. Ou le Brésil doit renoncer à devenir la terre d*adoption d'une partie des Européens qu'entraîne le mouvement d expatriation , ou il doit trouver les moyens de leur assurer les conditions d'établissement qui leur sont faites dans l'Amérique du Nord. D'autres expériences les ont précédées ; elles ont subi l'épreuve du temps, et enfin elles sont une œuvre des bons instincts de l'homme. II faut donc reconnaître comment procède la colonisation chez les Américains en vérifiant par quels moyens on doit tenter d'arriver an même résultat.

L*histoire des émigrants européens dans les régions qui se trouvent aujourd'hui sous la domination des États-Unis de l'Amérique du Nord, montre les colons procédant à leur établissement, tantôt par l'occupation aventureuse, tantôt par lassociation de secte ou de spéculation, tantôt sous Tinfluence d'attraction des agglomérations d'expatriés du même pays

Par les garanties de ce dernier moyen, Témigration agricole qui, depuis un quart de siècle, se répand dans tes États-Unis, régularise son mouvement et diminue les épreuves des premières années de sa nouvelle existence.

c L^établissement par agglomération est un système

< naturel et bienfaisant, produit par les circonstances « de la situation de Témigrant aux. Etats-Unis, et non t par les déductions d'une théorie formée loin des

< bois. Dans une localité déserte, il faut créer lassoc ciation du travail. Dans un pays d'indépendance

< individuelle, Tagglomération n'absorbe ni Tindi- « vidu ni son ouvrage ; elle le tient à la portée du t mouvement des affaires ; elle Thabitue à la langue,

< aux coutumes et à la pratique des institutions de « la pairie adoptée. L'émigrant riche est secondé par « les pauvres ; ceux-ci sont protégés.

c L'établissement par agglomération n'a pas eu <{ d'inventeur. Un homme peut se perdre en tâtonne- « ments, sans avoir approché de la situation qui s'a- « daptait le mieux à ses intérêts. Les masses laissées « à elles-mêmes se dirigent par des instincts droits. « Pour juger de la situation des émigrants aux Ëtats- « Unis, c'est l'émigration allemande qu'il faut suivre. a Elle est assez considérable; on peut lui demander <( des résultats généraux et permanents dans le pré- « sent et dans l'avenir. »

t La méthode dont il est ici question n'a pas varié « depuis le temps de William Penn jusqu'en 18i5. u L émigration norwégienne , ayant à passer par les (i épreuves de Témigralion allemande , suit ses pro- ^ cédés. En principe, on doit les croire avantageux ; a en fait, ils ont subi une longue expérience.

t Les agglomérations d'Allemands se forment toutes « de la même manière. Les émigrants s'unissent en

parli avant de s embarquer. Ils décidenl en quel lieu se fera rétablissement. Les lettres de ceux qui les ont précédés, ou l'avis des compatriotes qu'ils rencontrent en débarquant et des sociétés de protection, servent à les éclairer. Le parti s'arrête ensuite dans une de ces villes de Tintérieur qu'on a décrites comme entrepôt des émigrants qui gagnent leur destination. Les plus expérimentés vont reconnaître remplacement désigné, et, s il paraît favorable, rachètent au bureau terrien, car les Allemands croient que les terres fédérales doivent être préférées aux autres, parce que le titre présente plus de garantie. Les terres achetées se répartissent en proportion du capital de chaque émigrant. C'est le premier avantage de 1 agglomération. Le domaine fédéral ne se vend point par fraction moindre de 10 acres au prix de 50 piastres Beaucoup demigrants ne possèdent pas cette somme à la fin du voyage, et cette étendue de terre ne leur est pas indispensable pour s'établir. > [Recherclies, p. 109] € La conclusion des recherches faites sur les divers ■ systèmes d'établissements des émigrants aux Étatsu Unis se présente naturellement : l'agglomération u des Allemands est le procédé le plus avantageux, c Lorsqu'un habitant du continent de l'Europe veut t émigrer aux États-Unis, s'il appartient à une nation

> dont les émigrants ont formé des ^établissements en I Amérique, il doit se diriger vers ces points. S'il

> prend l'initiative de Tentreprise, il lui faut des com-

« pagnons pour partir d'Europe, et un emplacement « saiubre et fertile, déterminé d'avance, pour s'éta- « blir aux États-Unis. Les colons doivent y rester « voisins les uns des autres, comme ils étaient dans « le village natal, entre Téglise et lécole. Alors rémi- < gration devient un simple déplacement^ et elle cesse « d*étre, comme autrefois, un temps d'épreuve pour t toute lorganisation morale » [Recherches, p. 1 46.)

L'établissement par agglomération est donc le résultat de toutes les souffrances et de toutes les ressources de l'expatriation.

C'est le moyen le plus simple et le plus efficace de diminuer le labeur de l'entreprise et d'en trouver les avantages avec le plus d'abondance et de célérité. L'agglomération épargne la vie et le temps de 1 émigré, en hâtant et en étendant son bien-être.

Aussi voit-on dans l'Amérique du Nord toute Témigration prospère dirigée par cet instinct. Le bon sens, en face des réalités de la situation d'un Européen au milieu des forêts ou des savanes, a prévalu sur les combinaisons les plus ingénieuses des théoriciens réformateurs ou spéculateurs. Entre ces systèmes, les uns ont succombé à l'épreuve. Le premier coup de cognée qui devait en commencer l'exécution en a commencé la ruine. D'autres ne se sont soutenus qu'eu phénomènes accidentels par la propre excentricité qui devait les emprter avec la génération dont ils représentaient l'idée religieuse ou les doctrines sociales.

LES RICBESSES LATENTES. -iT

Il est aisé de reconnaître les causes de ces résultats dans l'Amérique du Nord. Par leurs caractères, les faits y deviennent des règles d'application générale pour tous les pays oii l'Européen, apportant les mêmes nécessités, se trouve aussi dans une position analogue à celle des émigrants au milieu des Américains.

« L'établissement en communauté est mauvais; il ne résulte pas des conditions faites à l'émigrant par les États-Unis, mais des traditions nées des persécutions politiques et religieuses du xvi* et du xvn* siècle. Les principes de nivellement et de socialisme de l'Europe au ivui'' siècle et dans le temps actuel s'y mêlent également, i [Recherches, p. 74 ) f( En 1682, William Penn débarqua sur les côtes de l'Amérique. Depuis cette époque jusquen 1845, entre le versant des Alleghanys et les bords du Missouri, les associations en communauté ont été amenées aux États-Unis par l'exemple des expériences religieuses et sociales de Penn près de la Delàware. » [Recherches, p. 75.) " Lorsque Penn et les sectaires qui le suivirent se réfugiaient en Amérique, les pèlerins delà Nouvelle- Angleterre persécutaient les dissidents du puritanisme avec autant d'aveuglement qu'il y avait eu de fanatisme dans les proscriptions de la vieille Angleterre. Les colonies de New- York et de Virginie reconnaissaient seulement l'Église anglicane «< Les doctrines et les croyances de l'émigrant sont aujourd'hui en sécurité. Il ne Itii faut plus une situa-

« tion exœptionnelie pour les protéger Ce sont les

« intérêts matériels que le système d'établissement

« doit assurer. Or, sous ce rapport, les communautés

« nuisent à Témigrant.

€ Aux Etats-Unis, le travail est cher, les vivres et

ff la terre sont à bas prix La communauté prend le

« travail de I émigrant, qui a beaucoup de valeur, et

« elle lui donne des vivres, qui n'en ont pas.

< Dès que la situation matérielle a été assurée, les « intérêts du travail doivent être combinés avec les a prérogatives de Témigrant devenu citoyen améri- » cain. Chez une nation dont le gouvernement tend « sans cesse à s'appuyer sur le suflfrage universel, la « théorie politique doit être le perfectionnement de «( l'indépendance physique et intellectuelle de Tindi- « vidu. Aussi, le plus amer grief des Américains « contre les étrangers dans la dernière élection du H président, porte-t-il sur ce qu'ils vinrent aux réu- « nions électorales en masse, mus par les passions et « les intérêts de quelques chefs qu'ils suivaient sans « les comprendre.

< Par l'effet de la loi du domaine fédéral, tout ci- • toyen peut se composer un patrimoine pour cin- « quante piastres. Les enfants ont des écoles. L'action « des institutions américaines, tendant au perfection- « nement de l'indépendance individuelle, est favorisée « par les ressources offertes au travail. Aux Etats- « Unis, le travail représente un capital et non un € revenu. L'Américain ne travaille pas pour gagner

LBS RICHESSES LATENTES. 59

« sa subsistance, mais une position indépendante.

< Ijorsqu*il la possède, il veut l*élendre. Ce sentiment

< existe depuis les derniers rangs jusqu'aux premiers, « dans toutes les industries et dans toutes les profes- « sions.

c Lowell, Pittsburg. Cincinnati et la société amé- « ricaine sont inintelligibles sans cette clef.

€ Une communauté qui absorbe Tindividu et son

< travail, est une institution fondée sur des théories

< européennes d'une application dangereuse. Quand « on la transporte aux États-Unis, on y crée une ano-

< malie physique et sociale. C'est vouloir composer

< de la lumière au lied de proQtet* du soleil. > [Recherches, p. 77.)

L'association par actions n a pas moins de mauvais résultats que la communauté.

c Tout système d'entreprise par actions suppose 4 soit des chances défavorables dont les risques s'al- « légent en les divisant, soit une exécution difficile à

• laquelle un petit nombre peut participer, tandis que « le capital d'un grand nombre est nécessaire.

a 11 n'y a pour rémigraul aucune, raison d*étro ac- « tionnaire dans son entreprise au lieu d'être pro- « priétaire, sans restriction ni intermédiaire, du ler- « rain qu'il doit cultiver.

< Dans un pays ou la terre la. plus fertile peut être

• choisie par section de 40 acres à 6 fr. '66 c l'acre, 4 oii les vivres sont à bas prix et les communications « faciles, l'entreprise de rétablissement n'a de risque

'^ OU de difQculté que quand elle prend de grandes

« proportions. Ainsi, la nécessité d'acquérir une vaste

« étendue de terre exposera Témigrant à n avoir dans

« le lot qui lui toaibera en partage qu'un sol médiocre

« ou mal situé. Les bonnes terres du patrimoine de

•< l'association devant donner une compensation pour

<t les mauvaises, Témigrant qui les reçoit doit payer à

a l'association une prime qull ne paye pas au gou-

« vernement, dont les prix sont uniformes.

< Un autre risque des associations par actions existe

« dans les dépenses d'administration. En principe

a rémigrant ne doit payer que quatre choses : le

« voyage, la terre, le matériel d'établissement et sa

« nourriture en attendant que la ferme produise. Or,

« la situation des États-Unis permet aux émigrants

c d'obtenir de bons résultats pour ces quatre points

« fondamentaux, à l'aide de leurs propres ressources.

« Les dépenses accessoires de l'administration sont

« un impôt.

c Quand donc les émigrants participent à des so-

< ciétés par actions pour se protéger contre les risques

« de l'émigration , la société est elle-même l'origine de

« ces risques.

« L'entreprise de l'émigrant aux États-Unis n'est pas

• une opération difficile pour laquelle il lui faille ob-

« tenir des capitaux à crédit, car, dans ce pays, le

a bas prix de ta terre et des vivres, la fertilité du sol

c et la simplicité des procédés de l'agriculture, font

« du travail manuel le capital le plus considérable de

LES RICHESSES LATEiNTES. 61

Topération du dérrichcment. Il ne faut ni engrais, ni attirail dispendieux. Cest le caractère distinclif des terres incultes de Touest. Les bruyères, les landes, les marais et les terres sèches de TEurope ne peuvent pas leur être assimilés. En Europe, le défrichement ne peut être tenté que par les capitalistes. Aux États-Unis, un pauvre est à même de Feutreprendre, s'il sait manier une cognée et conduire des bœufs.

€ Le travail de Témigrant est avant tout un travail domestique. Il se divise dans la famille pour laquelle il est un lien ; les espérances qu'il crée font l'énergie et la persévérance dont l'entreprise dépend.

« L'association par actions ajourne au moment de la liquidation le solde des intérêts de chacun, et l'incertitude, qui est pour tous la conséquence de ce genre d opérations, ajoute aux charges du labeur quotidien. Il n'y a pas d'exemple d'associations pareilles qui n'aient été compromises par les difficultés de l'administration, par les dissensions intérieures, par une liquidation ruineuse pour les émigrants.

€ Les réflexions qui précèdent ne s'appliquent qu'aux entreprises agricoles de l'émigration européenne répandue dans les États-Unis. D'autres contrées sont organisées physiquement d'une manière toute différente. Les Européens peuvent y rencontrer des obstacles et des dangers qu'ils ne surmonteraient

< pas sans les ressources de l'association par actions. > [Recherches, p. 93.)

Mais le Brésil n est pas dans cette situation exceptionnelle : il doit donc prendre pour des vices radicaux l'insuffisance et les périls que l'expérience des États-Unis attache aux associations par actions et aux communautés. Ce n'est point avec ces systèmes qu il favorisera le développement de la colonisation. Toutefois le sort de Témigrant qui s'isole pour s'établir est encore plus à plaindre.

« Dans les villages du Luxembourg et de la Lor-

< raine, tout homme qui se sent le courage de passer a la mer se croit en état d'émigrer. Il part avec un

< peu d'argent, sans direction et sans la connaissance •«. de la langue du pays qu'il va chercher. A larrivée, « ses voyages, ses acquisitions sont autant de mea sures fausses ; les illusions s'effacent et le capital « s'épuise. Les maladies causées par un travail mal « dirigé ou par le climat laissent bientôt Témigrant ti sans énergie. Alors il s'arrête sur le dernier terrain « qu il a acheté et son sort est fixé. Il n'y a plus de <« chances favorables que pour ses enfants.

« Ce sont ces Européens qui forment la classe mal-

« habile et souffrante de l'émigration proprement dite.

« Les malheureux que les navires brémois et irlandais

« débarquent annuellement par milliers, et qui en-

« combrent les grandes villes^ les hospices, les prisons

u et les maisons de refuge, les ouvriers et les artisans

« sans ouvrage et sans argent, continuent aux Etats-

LES RICBESSES LATENTES. Gô

K Unis la détresse dont ils ont apporté ) habitude,

< tandis que ie petit propriétaire qui émigré pour

< tenter la fortune aux. Éiats-Unis et qui s y ruine, a « perdu la situation, supportable peutr^re, qu'il avait « dans son pays pour se faire un sort misérable à

<^ l'étranger Les exemples de détresse sont innom-

« brables dans cette classe d*émigrants. Ils peuvent

« être constatés presque à chaque pas.

c Lorsque la famille est fatiguée de chercher sa

« demeure, elle s'arrête pour acheter, au milieu des

€ Américains, une ferme épuisée, d'un accès difficile,

< ou dans une situation malsaine. L'acquisition ab-

< sorbe le capital, et le sol est sans ressources Telle « est la marche suivie par cette catégorie d'émi- « grants.

f On ne doit pas hésiter à conclure que TËuro- « péen, placé sans expérience au milieu des Améri*

< cains dont il ne connaît ni la langue, ni les habitudes, « est exposé à tous les genres de misère. Il lui faut à i tout prix la protection d'une agglomération. ^(Recherches, p. iOo,)

c Des Belges, des Anglais, des Irlandais, des Suédois, des Italiens et des Français ont été lobjet des observations qui autorisent cette conclusion. Les Européens qui se proposent de chercher une de* meure dans les défrichements de l'Amérique doivent posséder les qualités de la population des défrichements. Il faut ntianier la hache et conduire la charrue. L'Amérique est un pays d'égalité absolue,

6i LE BUDGET DU BRÉSIL.

(t oii Ton périt par tout ce qui distingue de ceux dont « on ne peut pas être indépendant.

< Pour éviter cet isolement, les émigrants riches ff comme les émigrants pauvres n'ont qu'un moyen, « c'est de s'établir au milieu d'émigrants de leur « propre pays. Mais l'existence qu'ils y trouveront ne < répondra pas aux espérances qu'ils avaient formées « en Europe. L'ouest des États-Unis n'est pas un re- « fuge pour les fortunes tombées : c'est un pays ou- € vert aux travailleurs. » [Recherches, p. 108.)

Ainsi, le but des efforts du Brésil pour installer rémigration européenne sur son territoire est bien marqué. Ce n'est pas à l'expérience des systèmes nouveaux qu'il doit recourir. Il lui suffira d'organiser dans ses régions les plus propices quelques centres de défricheurs. Par une initiative rapide et complète de son gouvernement, il doit donner aux émigrants les résultats du temps, de la ruine des mauvaises théories et des souffrances de nombreuses générations dans l'Amérique du Nord.

I^ première tâche de cette grande entreprise doit être de reconnaître la direction qu'il faut donner aux émigrants et les localités de leurs agglomérations. Quant à ces derniers points, c'est seulement sur les lieux qu'ils peuvent être déterminés. Mais le climat, la configuration et les cours d'eau du Brésil , suffisent à montrer clairement les voies qu'exige Témigration . Ses intérêts' et ceux du pays s'unissent dans une entière solidarité

Après des siècles de variations pour le gouvernement et la mise en valeur des contrées d'outre-mer, on a vu comment les résultats de l'expérience écartent la confusion et les incertitudes, et ne laissent qu un procédé d'établissement devant 1 imitation.

A son tour, l'immensité du Brésil se resserre pour renfermer dans le tiers environ de son étendue la découverte des bonnes conditions du séjour et du travail des Européens.

En effet, le 1 6* degré est sur le sol du Brésil une barrière que Témigrant ne doit point dépasser en allant vers le nord ; et même au sud du 1 6* degré, jusqu'à la limite des provinces de Saint-Paul et de Sainte-Catherine, le littoral ne peut pas être sa demeure.

L'empire se divise donc en deux régions : celle du midi, ^ale à un tiers du territoire, devient le champ de l'émigration ; celle du nord réclame pour son défrichement un système que le contingent européen doit seconder, mais à l'exécution duquel il ne peut point participer.

C'est dans la région méridionale que se trouvent concentrées aujourd'hui les forces du pays.* La capitale, le développement du commerce et de la production agricole, la population moins disséminée, le climat plus tempéré par la latitude et par l'élévation du sol, tous ces avantages assurent la prépondérance au midi dans le développement des destinées du Brésil . Mais cette suprématie de richesses et de puissance

pourrait devenir une force d'absorption, agissant sur le reste du pays pour 1 affaiblir et pour le réduire au démembrement .

A cette cause de péril d'anciennes propensions fédératives se joindraient avec les rivalités provinciales, et les souffrances inhérentes à Téloignement de Taclivité centrale du pouvoir.

C'est le cœur de lempire qui doit fonctionner dans la région du midi ; et pour lui faire accomplir son expansion de forces, il lui faut des moyens proportionnés à retendue des régions qui doivent s'animer de son mouvement.

Rio-Janeiro, résidence du souverain et métropole commerciale, exerce une puissance d'attraction qui fait sa richesse. Mais dans sa position extérieure, sans passage vers le centre du continent, les effets de diffusion lui manquent; Rio absorbe et ne rend pas. Magnifique comptoir d'une colonie, ou capitale d'une fédération, elle ne suffît pas aux exigences de rayonnement qui sont imposées à la capitale de la monarchie américaine pour maintenir la cohésion de toutes ses parties.

Ce n est pas laccès à la mer qui manque au Brésil, puisqu'il a un littoral de trente-six degrés, mais la vitalité pour ses régions inculles. Avec sa vocation agricole, il voit s'ouvrir l'ère du défrichement comme de la mise en valeur de toutes ses ressources avec sii destinée de grande nation .

Dans Rio, l'ancien monde, avec les intérêts et les principes de sa civilisation, a servi d'appui aux com-

LES KICHESSBS LATRNTBS. 67

meDcemcnts de lempire, qui devint ainsi un État essentiellement européen , rapproché des avantages de TAmérique. Le temps est venu pour le Brésil d'occuper la position inverse.

La monarchie, fortifiée sur un point du littoral, s est affermie et a résisté aux convulsions des provinces. Mais elle ne semble pas pouvoir y maintenir sa capitale sans se détourner des vrais éléments de sa puissance.

Une métropole intérieure serait au milieu des ressources de l'avenir américain, comme Rio s*est trouvé dans les ressources de lancien monde et des siècles passés. Ce sont ces intérêts qui apparaissent en décrets du destin pour soumettre le Brésil à la politique de Pierre le Grand, en demandant une œuvre diamétralement opposée à la sienne dans une situation diamétralement contraire.

Le déplacement de la capitale du Brésil n*est pas un problème nouveau. (Panorama, 1844, p. iGb.Epicos brasileiros,i8lo,p. 406. Mémorial organico,i 8 id-iSbO, anonyme.) Mais un tel projet peut paraître chimérique, au milieu de ses difficultés et de ses obstacles. Rio a, de son côté, la force du fait de son existence et de la prescription qui s'assujettit les peuples comme les individus. C'est un héritage que doit entourer le respect du passé dans la mémoire des contemporains et de la postérité.

Malgré cette résistance, 1 avenir peut amener l'exécution d'une entreprise qui semble impossible aujour-

d'hui. La foDdation d'une métropole intérieure reste dans les exigences de la configuration géographique et des grands intérêts de la monarchie. Il faut donc poursuivre la recherche des voies qui peuvent y conduire.

Au sud du 1 6' degré, limite extrême de lexpansion des Européens vers le nord, quatre cours d*eau rapprochent leurs sources et celles de leurs tributaires pour prendre ensuite des directions opposées vers rOcéan. Ce sont le Paraguay et leTocantins au nord, le Saint-François à l'est et le Parana au midi.

Le Paraguay et leTocantins forment, avec le Parana, la première ligne du grand système de communication intérieure entre le nord et le sud.

La seconde est établie par le Paraguay et les affluents de la rivière des Amazones. Celle-ci ne sera sans doute atteinte que bien tard dans l'avenir par le défrichement et la civilisation. Mais sur la première, l'impulsion énergique des progrès de l'empire peut amener les enfants de la génération présente.

Entre les extrémités du Brésil, il n'y a d'autres liens que la navigation maritime, et les contrées du centre restent isolées. Comme il a été démontré ailleurs, il faut qu'une puissance suprême devance les résultats de la marche du temps, en forçant le mouvement du littoral à pénétrer dans le continent par toutes les issues praticables, pour y créer une adhérence vivifiante, en y répandant la population et le travail, la consommation et la production. L'accomplissement des

destinées du Brésil dépend de courants intérieurs parallèles à rOcéan ; Rio Janeiro et Para doivent s'unir par l'activité du continent, comme les unit aujourd'hui l'activité maritime. La carte du Brésil met ces considérations en évidence.

Les eaux qui favorisent Taccès des régions centrales ne possèdent pas les avantages des fleuves de T Amérique du Nord. Le haut Parana, le Saint-François et le Paraguay ont des rapides et des chutes. Mais leurs vallées s'ouvrent naturellement aux movens de surmonter les obstacles de la navigation.

Ainsi, lorsqu'on face de Timmensité du Brésil, on recherche la direction que doit recevoir la marche de rémigration européenne, les grands intérêts de l'empire, le climat de latitude et d'élévation du sol, et enfin le système des eaux indiquent comme premier point la région qui s'étend jusqu'au 1 6° degré entre les sources du Paraguay, du Saint-François et du Parana. C'est l'emplacement qui s'offre à une métropole intérieure au milieu des ressources et des exigences du nord et du sud, de l'est et de l'ouest. H faut y fonder un entrepôt de l'avenir en y établissant une grande agglomération européenne ; et le moyen d'y réussir est d'acheminer les émigrants vers celte contrée avec des agglomérations secondaires, échelonnées convenablement, afin qu'elles se protègent en proportion de leur distance du littoral.

Mais ce n'est pas dans cette seule direction que les Européens doivent s'établir au Brésil.

Déjà l'émigration allemande s*est ouvert l'accès de la province de Saint-Paul ; elle fait des tentatives dans la province de Sainte-Catherine, et elle possède un centre bien consolidé dans celle de Rio-Grande du Sud.

LES RICHESSES LATENTES. 7 i

Ed suivant chacune de ces trois attractions, rémigration marchera dans les voies que lui traçaient ses propres intérêts et ceux du pays.

Cest, en effet, dans les deux provinces du midi que le climat est le plus propice aux Européens, et le Brésil y demande des émigrants pour protéger sa frontière la plus faible par une population bien attachée au sol.

La province de Saint-Paul touche au Parana. Des agglomérations à sa limite du nord s'appuieront sur les établissements de la région centrale en renforçant leur diffusion et leur attraction à Tégard de Toccident et du midi.

Dans les deux provinces de Sainte-Catherine et de Rio-Grande, l'élément européen doit se mettre en possession de l'exploitation agricole pour en éloigner l'esclavage. Dans la province de Saint-Paul, moins tempérée, il lui enlèvera les travaux que le climat ne loi réserve pas.

En sorte qu'au sud du 1 6* degré, on peut croire que tout Européen viendra créer le principe d'une tendance de la race africaine à s'épancher vers les régions équatoriales de l'empire. C'est avec sa propre population que le Brésil doit exploiter ses provinces du nord. Le contingent européen ne peut travailler que dans le sud ; mais en s'y concentrant, il déplacera au profit du nord une partie de la population brésilienne et de la race africaine esclave ou libre.

Il faut voir par quels procédés ce système de l'emploi des émigrants recevra la meilleure application.

Les mesures qui peuvent garantir un bon établissement des Européens au Brésil, se confondent avec les sécurités et les faveurs dont la population décidée à s'expatrier doit éprouver l'influence en cherchant sa direction vers le nouveau monde .

Ainsi, avant de suivre Témigrant dans les forêts du Brésil, il est nécessaire d'examiner comment Tattraction brésilienne doit arriver en Europe et quel doit en être le caractère.

Ce n'est pas en Europe, mais au Brésil même, que rintervenlion du gouvernement impérial peut agir avec efficacité sur Témigration européenne pour l'attirer vers ses domaines incultes. Le système de recrutement direct par des agents officiels implique le nom et la responsabilité de l'État dans des opérations équivoques ou des affaires ruineuses. En général, il n'amène aux ports du Brésil que des artisans médiocres, imbus de dangereuses doctrines, des mendiants et des vagabonds dont le chiffre seul satisfait aux clauses des contrats, et aux calculs de la connivence des agents et des armateurs ou de leurs préposés.

C'est à la confiance de la saine population agricole que le Brésil doit s'adresser par le crédit des principes et des bienfaits de ses institutions, par les mesures de protection de son gouvernement et par les bons procédés du système de l'installation des colons.

Quand ces divers titres à la confiance des Européens seront bien manifestes, l'impulsion de l'expatriation vers le Brésil deviendra une propension régulière, dont

le leiiips développera le» progrès en proportion de sa marche.

Mais, si de telles conditions manquaient, l'émigration ne prendrait le chemin du Brésil qu à Taide des efforts extraordinaires de quelques entreprises particulières, ou entraînée accideuiellement par quelque séduction de spéculateurs ou de recherches d'aventures.

Hors de Tempire, et dans les pays à courants d'expatriation, le gouvernement impérial a donc une initiative assez limitée. L'intervention de ses agents con-^ sulaires doit entraver le recrutement des colons dans les dépôts de mendicité, et parmi les repris de justice ou les vagabonds. Elle doit faire connaître : 1 "" la loi des terres publiques ; 2" les règlements du système de colonisation sous les auspices du gouvernement, et rindication des contrées d'établissements en activité ; S"* la loi de naturalisation : i"" la loi de la location de services ; 5" les règlements de la police des navires employés au transport des émigrants, et dont la stricte exécution doit être sanctionnée sévèrement à l'arrivée au Brésil ; G"" la loi de douane et les faveurs accordées aux émigrants, ainsi qu aux navires qui les amènent ; et 7" les ports ouverts spécialement à lémigration et les mesures de protection qu'elle est assurée d y trouver.

Dès que Fémigrant touche le rivage du Brésil, le gouvernement a trois principaux devoirs à remplir à son égard :

I" Vérifier si le transport a été fait suivant les

règlements ; 2° défendre l'étranger contre son inexpérience et les exactions, et 3° diriger sa marche.

Rio- Janeiro, Santos, Paranagua, Desterro et Portalègre sont les cinq ports auxquels aboutissent les voies des principaux centres de Témigration dans l'intérieur du pays. En laissant toute liberté à l'industrie privée, un régime de primes et d'exemption de tonnage devrait favoriser l'arrivage des émigrants sur ces points du littoral. Ce serait d'abord une garantie contre les abus de confiance des maîtres de navire, qui, suivant leurs convenances, déposent souvent les passagers dans des ports éloignés de la destination pour laquelle ils s'étaient embarqués. Secondement, en se concentrant à l'arrivée, les émigrants se protègent plus aisément soit par la sollicitude de l'autorité, soit en s'appuyant les uns les autres. Il leur est enfin plus focile d'arriver au but, puisqu'ils se trouvent à Feutrée de la voie oii l'intérêt de l'Européen, comme l'intérêt du pays, demande qu'ils s'avancent.

Les premiers moyens de défense que l'émigrant réclame en débarquant sont : une autorité spéciale chargée de ses affaires en général, et un comité de protection formé des résidents étrangers sous les auspices des consuls.

Au moment de l'arrivée, les principales tribulations de l'émigrant sont : l'exécution des engagements contractés pour son passage, le logement temporaire en quittant le navire, le choix de sa direction vers l'intérieur, et l'acheminement.

C'est pour ces difficultés que le comité de protection doit loi venir en aide.

Mais il fout constater ici, en tribut de justice auquel le Brésil a droit, que les dangers de Fémigrant lui viennent principalement de la dernière classe de ses propres nationaux établis dans les ports, et qui Tentourent de pièges pour en faire la victime de leurs extorsions.

Cest ce qui existe aux États-Unis. Contre les maux que rémigrant trouvait ainsi après les fatigues, les périls, les maladies et le découragement de la traversée, et à la veille de commencer le voyage de son établissement, la charité devait s'émouvoir. L autorité trouvait nécessairement des entraves officielles pour sa sollicitude à Tégard des étrangers. D'ailleurs, c'était par des mesures préventives que la compassion pouvait devenir efficace. Elle y réussit en détournant rémigrant de l'attraction de ses nationaux de la dernière classe par la confiance dans la protection de ses nationaux les plus considérés.

< Les souffrances de l'étranger pauvre, et les pièges qui circonviennent toutes les catégories d'émigrants après le débarquement, ont engagé les plus respectables maisons irlandaises, allemandes et anglaises de New- York à former des sociétés pour protéger leurs compatriotes. Philadelphie avait pris l'initiative de cette œuvre de charité. En 1 781 , un acte de la législature de Pensylvanie donna la charte d'une société de protection des Allemands. L'acte fut re-

nouvclé en 1810. A Baltimore, les résidents allemands ol irlandais ont fond*; deux sociétés philanthropiques d'émigration.

< L'association allemande de New- York date de 1 soi. Elle fut incorporée pour vingt ans. ëd 1 835, un nouvel acte de la législature lui garantit 9a charte pour un temps illimité. Tous les membres sont Allemands de naissance ou d'origine allemande. I,' agent reçoit les demandes de secours et les transmet à un comité de charité. Il se rend à liord des navires chargés d'émigrants; il s'informe de la condition et des projets de chaque individu et ' donne des conseils.

t Les Irlandais reconstituèrent leur société de pro- ' lectioQ le 23 mars 18i1. Ils suivent la même I marche que celle des Allemands.

• Ce fut seulement en 18ii que les Anglais de [ New- York donnèrent à une association le soin de [ veiller aux intérêts de leurs compatriotes qui ont [ émigré. Dans son programme, la société anglaise de 1 proteotioQ s'engage à protéger les passagers anglais 1 contre les fraudes en leur indiquant de bons l(^ei ments en ville, de bons moyens de transport pour ' le voyage à l'intérieur, et une bonne direction pour ' arriver à leur destination.

( Au moins une fois par an, ces associations pu- I blient des rapports en forme de manifestes adressés I aux émigrants Des conseils arrivent de celle ma- !' nièrc au milieu des populations de l'Europe qui se

LES KICUESSES LATENTES. 77

i préparent à émigrer Les sociétés ne cessent pas

I d'avertir les classes dénuées de ressources, tes arti-

( sans vieux, inhabiles, chargés de famille, que les

I États-Unis ne peuvent pas leur offrir d'asile certain.

» Elles détournent également de toute idée d'émigra-

I tion les jeunes gens qui comptent s employer en

' qualité de commis ou d'écrivains dans les grandes

I villes commerciales de TUnion.

ce L'action bienfaisante des sociétés de protection

•< s'exerce à l'égard des deux catégories de l'émigra-

*f tion par des moyens distincts. On conçoit que des

t secours en argent seraient une prime à l'émigration

■ européenne des pauvres. C'est donc par exception

■ et dans des limites fort restreintes que les étranf gers reçoivent des subsides de la part des sociétés .

■ Lorsque l'émigrant complètement pauvre a été admis <i par la municipalité, il tombe à la charge de la R charité publique.

« Les émigrants qui n ont pas assez de ressources « pour gagner l'intérieur du pays tâchent de vivre par leur travail dans la ville de débarquement. Les sociétés font trouver de l'ouvrage aux bons journaliers. Des entrepreneurs de travaux publics, des industriels éloignés des ports du littoral de TAtlantique, se mettent en relation avec les agents des sociétés pour recevoir des ouvriers et des gens de métier. Bon nombre d'émigrants sont placés comme domestiques sur la recommandation d'un associé Les jeunes gens sont mis en apprentissage; ceux

qui sont habiles dans quelque métier, tel que celui de bottier, de tailleur, de menuisier, de serrurier, trouvent par l'entremise des sociétés quelque crédit I pour s'établir.

( La partie de l' émigration qui ne se fixe pas dans les villes du littoral fait uae halte dans le port de débarquement, soit pour se reposer des fatigues de la traversée, soit pour régler les préparatifs du reste de son entreprise. Elle 'doit voyager à l'intérieur ; elle doit s'établir.

c Les laverniers et les logeurs s'emparent des émi-

granls pendant leur s^our temporaire dans la ville

de débarquement : ils sont d'une extrême rapacité.

On doit aux Américains cette justice de reconnaître

I ici que cette industrie est exploitée principalement

: parlesétrangers. Ils parlent lalangue des émigrants,

isolés au milieu d'une ville inconnue, et ils leur

: servent d'interprètes. Le premier soin des agents

de chaque société de protection est d'avertir les

I passagers du danger qui les attend dans ces mai-

( sons et de leur indiquer des logements plus sûrs.

I Mais les étrangers se défient quelquefois de ces

1 agents, et vont se faire dépouiller par les laverniers.

t Ceux-ci sont de connivence avec une classe de fri-

[ pons qui se chargent du transport des émigranls à

[ l'intérieur. Pendant que le passager se repose des

I fatigues de la traversée, on lui fait signer des au*-

( rangements pour le voyage qui doit le conduire à

« sa destination. Alors Tentrepreneur, dont Topéra-

« tion a été favorisée par celui qui loge Témigrant,

« diffère le départ sous quelque prétexte, pour laisser

< à son complice Toccasion et le temps de commettre c plus d'extorsions. Très-souvent Témigrant qui part 1 de la ville de débarquement, n'emporte que l'argent n nécessaire pour le voyage ; le reste a été volé ou « follement dépensé en réjouissances avec des comc patriotes trouvés en Amérique.

< Lorsque les sociétés de protection parviennent à

< détourner l'étranger des antres de voleurs dont le € port est entouré, elles lui donnent également un « moyen sûr de continuer son voyage.

c L'entrepreneur de transport s'est entendu avec le « logeur pour que Témigrant lui tombe entre les c mains. Le propriétaire de terres vient, à son tour, c combiner les opérations du transport avec les inté- « rets de sa spéculation. Les sociétés de protection H s'interdisent toute opération de ventes de terres, c Elles dirigent les émigrants vers la destination qu'ils c ont choisie, et s'ils manquent de plan pour leur éta- € blissement, les agents leur indiquent les localités « qu'ils doivent chercher de préférence. Toutefois il € ne faut pas croire que les sociétés préviennent la € plus grande partie des abus. » [Recherches, p. 44.)

Ces maux qui se manifestent dans l'Amérique du Nord sont inhérents à tout mouvement d'émigration . En compromettant le sort de beaucoup d'individus, ils rainent un grand nombre d'entreprises au détriment

du pays d adoption. L*intéréi s unit donc à rhumanilé pour imposer au gouvernement brésilien le devoir d'épargner à i'émtgrant tout surcroit des épreuves de son expatriation. Les sociétés de protection dans le port de l'arrivée paraissent être le moyen le plus efficace pour atteindre ce but

Mais ainsi qu'on vient de le voir, elles ne suffisent pas à prévenir toutes les souffrances; elles doivent être secondées dans les ports d'embarquement par la surveillance des gouvernements et aussi par la charité privée. Cette dernière assistance était réclamée en 1844, dans l'adresse annuelle de la société irlandaise de protection de New- York, avec les détails les plus instructifs pour les émigrants et les plus propres à exciter au soulagement de leurs maux. [Appendices

L'intervention des sociétés de protection est rendue plus nécessaire encore à Témigration européenne au Brésil, par le système actuel de Tencouragement donné soit à l'armateur pour le transport, soit aux colons par l'avance des frais de leur passage.

Le gouvernement impérial dispose d'environ 600 mille francs chaque année en faveur de la colonisation, et il les emploie en donnant à des armateurs, ou à des planteurs, une allocation pour chaque émigrant qu'ils amènent au Brésil.

C'est aux services de l'émigrant de rembourser le prêt de la dépense de son passage ; et c'est en garantie de cette obligation qu'il signe un engagement, soit

avant de quitter l'Europe, soit au momeut de débarquer au Brésil.

L'ignorance de l'Européen à Tégard des conditions de travail du pays, et son isolement, ne fournissent que trop d'avantages aux spéculateurs de transport pour faire du passager la victime d'une connivence avec les planteurs, ou ceux qui payent sa dette en échange de ses services.

Dans les ports du départ, comme dans les ports de l'arrivée, la compassion des sociétés doit s'attacher à éclairer les émigrants sur leurs droits, et sur la portée de leurs engagements.

Car la plus mauvaise conséquence de ce système est d exiger une loi bien rigoureuse pour sanction.

Cest la nécessité qu'a subie le gouvernement impérial en réglant par la loi du 1 1 octobre 1 837 [ajipendice F) les formes et l'exécution du contrat de la location des services de l'émigrant.

Par la force des conjonctures du pays qui favorisent l'indépendance et la désertion des travailleurs, la loi des services devient sévère et peut constituer la servitude temporaire du débiteur par la nature des obligations qu'il a contractées.

La loi du 1 1 octobre 1 837 n'est pas seulement la garantie des engagements privés; elle donne à l'État une sécurité pour le remboursement des avances que ses emprunteurs doivent acquitter en employant les bras des émigrants.

Ce n'est donc pas contre l'exécution des clauses do

cette loi qu'il faut s'élever, mais contre le système dont elle dérive nécessairement avec toutes ses rigueurs.

En attendant labandon du système, les sociétés de protection doivent veiller à ce que les colons ne prennent point des engagements ruineux. Mais il est probable que le mode d'encourager le transport des émigrants sera bientôt abandonné. Les États-Unis ont fait une longue expérience des iniquités dont les contrats sont Torigine. L'opinion publique les a répudiés. Les tribunaux eux-mêmes s'efforcent toujours d'échapper à la lettre de la loi, pour trouver dans les faits une probabilité d'équité à leurs sentences favorables à l'étranger.

Un des hommes d'État les plus éminents dont s'honore le Brésil, le vicomte d'Abrantès, après avoir apprécié en Europe et au centre de l'Allemagne les conditions de sécurité qui doivent agir sur l'impulsion de l'émigration, et les moyens de succès de son établissement dans l'empire, s'est prononcé en ces termes contre le système dont la loi du 1 1 octobre 1 837 est la sanction :

< Il est évident pour moi que le Gouvernement et c les vrais amis de la colonisation doivent absolument

< écarter le moyen d'offrir le passage avec obligation c de remboursement. Dans mon humble opinion, le € crédit de deux centsmillions (environ 588 , 000 francs) a voté jusqu'à présent pour le payement de passages « avec obligation de remboursement, serait plus avan -

< tageusement appliqué à l'indispensable dépense de

là

LfiS RICHESSES LATENTES. 85

l'arpentage et de la division des terres à exposer immédiatement en vente sur quelques points du litu toral de Coritiba (Saint-Paul) , du continent de Sainte- Catherine, et de Rio-Grande du Sud, et dans quelques parages accessibles des autres provinces. J'ose affirmer que la première portion de terre qui, principalement hors des tropiques, sera mise en vente, comme il se pratique aux États-Unis, trouvera des acheteurs en Allemagne et sera immédiatement occupée par de bons colons. Â ce premier essai il devra en succéder d'autres ; et dès que le succès des colonies agricoles sera connu en Europe, nous pourrons compter sur une permanente émigration de bras libres vers nos provinces. »

Mais pour arriver à ce système, le seul qui embrasse toutes les nécessités de lempire, Tintervention du Gouvernement est indispensable, afin de hâter un tel progrès de l'émigration môme avec les moyens imparfaits ou vicieux mis en usage jusqu'à ce jour.

A l'égard de l'émigration, le Brésil se trouve dans une de ces positions transitoires d'épreuves et d'incertitudes auxquelles il faut tenter d'ouvrir une issue à l'aide des propres conjonctures qui les caractérisent. La politique de colonisation que l'autorité du vicomte d'Abrantès vient recommander au gouvernement impérial, est la pratique de l'émigration aux États-Unis dans ses deux faits fondamentaux : le régime de la vente des terres et la dépense de l'expatriation de l'émigrant pauvre avancée par Témigrant riche.

Ce dernier résultat s attache à raggloméralion qui maintient entre les émigrants les rapports de leur village en Europe. Ils règlent le compte de leurs obligations en restant dans une entière indépendance des exactions et de loppression que leur valent des engagements pris, soit avec le Gouvernement, soit avec des planteurs.

De quelque côté donc que cette grande question s examine, par ses difficultés comme par ses ressources, elle mène à lagglomération. G est le fait que le Brésil doit se hâter de montrer au monde, quel qu en doive être le prix, et malgré Timperfection des moyens disponibles ou praticables en ce moment. G est pour en compenser les défauts que les moyens de protéger I emigrant ont été indiqués.

Il y aura toujours des souffrances dans l'expatriation. Nul individu ne peut y entraîner un individu sans s'exposer aux malédictions des pleurs et du désespoir ; elles latteindront du fond des solitudes pour reprocher à ses conseils la ruine des forces et le sacrifice irréparable des ressources du passé et du présent aux espérances d'un avenir perdu.

Mais à côté de l'inclination souvent imprudente de rhomme isolé, s'élèvent les impulsions générales dont la cause échappe au contrôle humain, tandis que la direction lui en reste accessible. Ici la responsabilité de l'initiative disparaît. Sans provoquer le fait de lemigration, un gouvernement le tourne avec moralité à son profit, et les efforts individuels peuvent s'associer

à la même tâche en s inspirant d'un spectacle de souffrances pour secourir des maux présents à Taide des moyens les plus efficaces à leur égard comme à Tégard de l'émigration dans les temps futurs.

Fonder des agglomérations n'est pas une entreprise nouvelle pour le gouvernement brésilien. Sous le règne du roi Jean VI, un décret du 16 mai 1818 sanctionna une convention par laquelle Sébastien Nicolas Gachet, agent du canton de Fribourg, s'était engagé à fonder au Brésil une colonie de cent familles suisses, en recevant cent piastres espagnoles (533 francs) par individu âgé de plus de trois ans, pour le transport des personnes, des effets, des ustensiles, des meubles et des instruments de travail.

Les avantages accordés à la colonie étaient : 1 ** le passage payé ; S"" les frais de voyage jusqu'à l'établissement ; 3*' des logements temporaires ; 4 ' des terres en toute propriété, des bestiaux et des semences conformément à un tableau proportionné au nombre de personnes de chaque famille; 5 un salaire de 160réaux (94 centimes) par jour et par tête pendant la première année et de moitié pendant l'année suivante, mais avec imputation de la valeur des ouvrages faits pour chaque colon ; B"" trois prêtres, un médecin, un pharmacien, et un vétérinaire qui devaient venir avec la colonie, étaient salariés par TÉtat; 7' le roi devait bâtir et orner une église ; 8° les colons étaient naturalisés par le fait de leur arrivée ; 9" pendant dix années la colonie était exempte de service militaire et de

toute charge personnelle ou foncière, elle ne devait payer que Timpôt du quint de Tor ; 1 0° la police devait être attribuée à une garde formée des colons âgés de dix-huit à quarante ans.

L'exécution de la convention de Gachet amena d*abord au Brésil trente familles suisses. Le Gouvernement les établit à trente lieues au nord-est de Rio- Janeiro, dans cette partie de la chaîne de montagnes du littoral qui a pris le nom de Morro Queimado. La colonie fut appelée Nouvelle-Fribourg. Il lui vint d'Europe environ 2,000 émigrants de tout âge. Six années plus tard, en 1 824, le Gouvernement fonda une autre colonie de 1 22 Allemands, dans la province de Rio-GrandeduSud. L'impératrice Léopoldine lui donna son nom et la prit sous ses auspices.

En 1845, les forêts de Gorrego Secco, situées dans les montagnes d'Estrella et dépendantes du domaine privé de S. M. l'empereur dom Pedro II, furent divisées en lots qui devinrent le patrimoine d'une population d'émigrants allemands d'environ 2,000 âmes. Une résidence impériale s'éleva au centre des vallées que les défricheurs ne tardèrent pas à ouvrir dans toutes les directions. Le progrès de la colonie justifia bientôt le nom de Pétropolis qu'elle avait pris dès son agreste commencement.

Quels qu'aient été les moyens d'organisation des colonies de la Nouvelle-Fribourg, de Saint-Léopold et de Pétropolis, l'initiative du Gouvernement a fondé trois agglomérations importantes. Les abus et les souf-

frances qui se sont attachés à remploi des procédés, peuvent se corriger dans le présent et pour l'avenir. Le but atteint est aujourd'hui laflaire importante à considérer.

En réunissant les plus nombreuses garanties du bien-être des émigrants, l'agglomération devient un centre d*attraction pour l'Europe et de diffusion pour le Brésil. Par la force des choses, l'agriculture est sa première occupation, et les premières conditions d'heureux résultats extérieurs et intérieurs sont des espaces fertiles dans une latitude favorable au travail des Européens.

Afin déjuger de la situation des émigrants en Amérique, il faut d'abord faire la part de leurs moyens de subvenir aux nécessités de l'existence, puis rapprocher leur position de celle qu'ils avaient dans l'ancien monde pour eux-mêmes et en perspective pour leurs enfants.

La Nouvel le-Fribourg et Pétropolis ont une population qui possède les moyens de vivre et d'arriver au bien-être en proportion de l'aptitude des individus. Mais en satisfaisant à cette première partie des résultats qui leur étaient imposés, ces deux agglomérations se trouvent devant d'insurmontables obstacles comme centres d'attraction européenne et de diffusion américaine.

Le territoire de la Nouvelle-Fribourg a peu d'étendue; il se resserre entre les escarpements des sommets de la chaîne du littoral et les plantations qui font ar-

river la culture du café jusqu a la limite extrême de la température tropicale sur le versant des mêmes montagnes. Le sol en est d ailleurs stérile et froid. Les émigrants qui avaient quelques ressources se hâtèrent de chercher d'autres terres dans le voisinage. La plupart s enrichirent en devenant planteurs avec des esclaves. L'établissement agricole de la colonie ne fit point de progrès. Rapproché d'une ville, il eût prospéré par la culture maraîchère et par les produits de ses petites fermes. Toute son activité se trouve concentrée dans un bourg dont le climat salubre et les sites pittoresques attirent, pendant la saison des chaleurs, les propriétaires des plaines voisines et les habitants de Rio de Janeiro. La Nouvelle-Fribourg possède un bon lycée et une église. La communauté protestante que comprend sa population a un pasteur et un local pour le service religieux. Toute cette colonie n'a pas plus de 2,000 âmes. C'est le nombre des émigrants qui Font fondée, il y a trente ans. La classe à laquelle ils appartenaient, pour le plus grand nombre, et les relations qui se conservèrent longtemps entre les familles divisées par l'expatriation, étaient des circonstances bien favorables à Tinfluence d'attraction européenne de la NouvellorFribourg. L'espace et la fertilité lui manquèrent. Elle pouvait appeler quelques artisans, quelques petits capitalistes en retraite ; mais il lui était impossible de former un centre d'émigration et une agglomération de point d'appui pour des Européens nouvellement arrivés.

Les voies de communication et leffet des progrès généraux du pays pourront apporter à ce bourg la prospérité modeste d une ville intérieure, heureusement située, et jouissant d'une température européenne au milieu d'une région tropicale.

Aujourd'hui, on ne devrait y voir qu'une ruine sur le passage de la grande entreprise de la colonisation brésilienne, si Témigrant n y avait pas trouvé pour lui-même des résultats suffisants. Les matériaux et le travail de la mise en œuvre font penser au voyageur arrêté devant ce monument, à peine debout, qu'il eût rempli sa destinée complète, s'il eût été élevé dans un autre lieu.

G)mme colonie agricole, Pétropolis rencontre des obstacles qui ont fermé l'avenir de la Nouvelle Fribourg. Les vallées de la chaîne d*Ëstrella sont plus étroites que dans le Morro Queimado. Les pentes y sont plus roides. Si le sol de Pétropolis est moins froid, il se lavera plus vite par les pluies tropicales, lorsque les versants auront été mis à nu. Hors des limites du domaine impérial, Texpansion de Pétropolis est arrêtée par des plantations que l'esclavage a mises en valeur, et dont les terres sont inaccessibles aux émigrants.

Pétropolis n'est donc pas un centre de colonisation. Telle n'a pas été la pensée de l'entreprise. C'est une ville fondée en une fois dans les forêts primitives. Le palais d'été du souverain et les chaumières des ouvriers européens, les casernes, l'église, l'hôpital, les écoles, les ponts, les hôtels, les magasins se sont élevés

Page 1