II. C
simultanément à côté des palmiers et des fougères, sans aucune des transitions habituelles des ouvrages de la civilisation .
 cet ensemble de travaux vint s ajouter la construction des chemins intérieurs et d'une route qui unit Pétropolis au littoral par des rampes dont la hardiesse leur a valu le nom de Simplon du Brésil.
Les émigrants ont trouvé leur pain dans ces ouvrages considérables. Le défrichement du lot de forêt qui joignait la chaumière était réservé pour les moments perdus. Ce terrain n'avait d'autre importance que celle du jardin dans le village européen et du champ dans le domaine conununal.
Les ressources que la fondation de Pétropolis a ouvertes aux familles d'ouvriers européens, se continueront par la prospérité de la nouvelle ville. Cet avenir ne peut pas lui manquer. Hors de la température du littoral, elle a pris possession du seul emplacement d une résidence d'été dans le voisinage de Rio de Janeiro. Elle occupe les gorges des montagnes d'Estrella qui sont le passage de la grande voie de communication entre la capitale et les régions de Minas, de Goyaz et de Mato-Grosso. Au sommet des chemins de l'intérieur et des pentes du littoral, elle est un entrepôt où la nature force à rompre charge les deux mouvements des rapports de Rio de Janeiro et des principales provinces de l'empire.
Les faits justifient ces pré visions d'avenir. Au 31 décem bre 4846, deux convois d'émigrants allemands, que
le gouvernement provincial de Rio (Te Janeiro avait demandés à des entrepreneurs de transport en 1845 et en 1846, formaient dans les vallées de Pétropolis une agglomération de 2,103 âmes. De ce nombre, 1,888 colons restaient débiteurs du gouvernement provincial, pour le prix et les dépenses du passage. Il leur avait été donné en rente foncière 1,036 lots de 20,000 brasses chacun. On avait construit 11,300 brasses de chemins de charriage, 12,295 brasses de chemins pour les chevaux et 10 ponts. Pétropolis comptait déjà 468 maisons d une valeur approximative d'un million de francs, suivant les documents officiels. Les ouvrages achevés par les ouvriers européens étaient portés au chiffre de 446,000 francs. La colonie avait deux écoles primaires et six écoles de musique, qui réunissaient de 300 à 400 élèves. Une caisse de secours avait été fondée par 1,050 contribuants qui v versaient environ 1 4,000 francs.
Depuis le premier débarquement en 1 845 jusqu'au 4 décembre 1846, la mortalité de lémigration a été de 252 individus. Dans ce nombre, 56 moururent dans le port d'arrivée ou pendant le trajet du littoral au lieu de l'établissement ; le reste fut emporté par le typhus qui s'était déclaré dans les dépôts pendant le même voyage et dont la nouvelle colonie avait reçu la contagion .
En 1850, la population allemande de Pétropolis était de 2,565 Ames. 11 y avait 691 maisons, et une superficie défrichée de 571 ,895 brasses carrées. Deux
9S LE BUDGET DU BRESIIi.
écoles catholiques y donnaient Tinstraction primaire à 1 1 2 garçons et à 99 filles. Une école protestante avait 79 garçons et 77 filles. Malgré ses progrès, la colonie recevait de la caisse provinciale environ 88,000 francs. Mais la nécessité de Fallocation s* explique par les dépenses municipales d'un établissement qui a les exigences d'une ville sans en posséder encore les ressources.
Pétropolis renferme 985 protestants. C'est un vice de son organisation. En mêlant des sectaires à la population catholique, le gouvernement provincial de Rio de Janeiro n'a point considéré qu'il s'obligeait ât diviser les ressources du ministère de la religion. C'était affaiblir pour les deux parties l'efficacité des croyances au milieu des épreuves de l entreprise, et fomenter des jalousies et des conflits dans l'administration intérieure. L'indifférence qui fut Torigine de ces maux laissa la colonie, à sa naissance, privée d'une organisation religieuse égale à l'importance de la mission ouverte et des moyens pris pour assurer les bons résultats temporels.
Les vrais intérêts de la foi des catholiques et des protestants, l'ordre et la tolérance auront toujours à gagner par l'unité de religion dans les agglomérations d*émigrants.
La Nouvelle-Fribourg et Pétropolis ont été fondées par des moyens à peu près semblables ; mais les résultats s'y montrent aussi distincts que les circonstances qui caractérisent les deux situations. A Tune
et à Tautre entreprise ^ la capacité agricole manque complètement ; dans la première, ce but était cherché et il n'a pas été atteint, tandis que dans la seconde le développement par l'agriculture était écarté pour faire place aux chances de la prospérité d'une ville.
La Nouvelle-Fribourg offre l'exemple de l'arrivée d'an convoi d'Européens, et de leur établissement au Brésil. A ce même tableau Pétropolis ajoute celui d'une cité substituée directement aux forêts primitives.
Le Brésil aura sans doute l'occasion de profiter de cette dernière expérience, ainsi qu'il doit consulter les procédés qui ont servi à former ces deux centres d'émigrants. Mais c'est à Saint-Léopold qu'on trouve une colonie oi^anisée complètement pour exercer les deux influences d'attraction et de diffusion qui constituent la véritable agglomération agricole des expatriés européens. Elle fut fondée en 1 824 par le gouvernement impérial dans la province de Rio-Grande du Sud, près dePorto-Âlègre, au 30* degré de latitude.
Le premier convoi d'émigrants fut de 1 26 individus.
En 1825, U
en arriva 909
En 1826,
id. 828
En 1827,
id. 1 ,088
En 1828,
id. 99
En 1829,
id. 1 ,689
En 1830,
id. 117
A dater de 1831 , époque de troubles, les arrivées
cessèrent jusqu'en 1843. Elles recommencèrent ensuite. La colonie regut, en 1844, 66 émigrants.
en 1845, 87 id.
en 1846, 1,515 id.
Jusqu au 1 4 mars 1 847, 1 57 id.
Saint-Léopold communique par eau avec Porto- Alègre. De grands bateaux à vapeur remontent jusqu'aux Tres-Portos, à deux lieues de la colonie. Les produits s*écoulent par cette voie.
En 1 847, le Ministre de Tempire soumit aux chambres, sur la situation de cette entreprise, un exposé qui contient les détails suivants :
< En 1842, les exportations de Saint-Léopold s'élevèrent à 720,000 francs. Depuis lors, elles nont pas cessé de croître. En 1845, elles furent de 1,100,000 francs, et on les suppose de 1,700.000 francs pour Tannée suivante. Tous les produits de la colonie sont transportés à Porto-Alègre en barques qui appartiennent aux colons et quils construisent eux-mêmes. Ils n'en avaient déjà pas moins de 14 eu 1835 et de 24 en 1843. La colonie avait à cette dernière date 34 distilleries, 4 moulins à scier, 2 fabriques d'huile de ricin et 36 fabriques de manioc. Il s y trouvait de plus, dès l'année 1835, un atelier de lapidaire, 5 métiers à tisser le lin et le coton, 1 4 moulins à eau pour le froment et une corderie.
< Quoique tous chrétiens, les colons de Saint-Léopold appartiennent les uns à la communion catholique et
les autres à la communion évangélique. Ceux de cette dernière sont les plus nombreux. Il y a quatre chapelles du culte catholique desservies par un seul chapelain que rétribue la caisse publique ; il y a huit chapelles du culte évangélique qui sont administrées par autant de pasteurs. Quinze écoles, dont deux publiques, et treize privées, donnent l'instruction à 522 élèves.
c L*État d'agitation et de désordre dans lequel s est trouvée la province pendant plus de neuf années consécutives, ne devait pas laisser de nuire aux intérêts de la colonie ; cependant il est étonnant que les effets n en aient été très-sensibles qu'à l'égard de l'accroissement de la population : elle était de 5,253 colons en 1835, de 5,238 en 1843, et de 5,393 en 1845. Toutefois, elle ne rétrograda point, et aucune de ses industries ne fut stationnaire ; toutes prospérèrent plus ou moins. Il faut, de plus, &ire observer que pendant cette longue période, à peine 153 Allemands, dont 66 en 1844 et 87 en 1845, émigrèrent dans la province, et que beaucoup des habitants de Saint-Léopold s'y trouvent établis sur divers points après avoir été détachés de la colonie en conséquence de l'agitation.
< Pour se former une juste idée de Félat florissant de cette colonie, et du développement croissant de son industrie, il suffit de remarquer que grand nombre de colons nouvellement arrivés ont mieux aimé engager leurs services aux colons déjà établis, qui
€ ont besoin de bras, que d'aller former des établis-
€ sementa pour leur compte dans des terres très-fer-
< tiles voisines de la colouie. C'est dooc un fait, eX 4 un fait très-notable, qu'au Brésil, il existe déjà un c endroit offrant un salaire prêt et avantageux aux
< bras libres, qui, débarqués sur nos rivages, se
< vouent à la culture des terres. Et certainement, ce « fait est UD grand pas dans la carrière des améliora- I tioDS du pays. A mesure qu'il se reproduira sur c d'autres points, l'agriculture ira en progrès ; et en « raison de la rapidité de son développemoit s'appro- « chera L'époque encore si éloignée, quoique si dé- « sirée, de la complète substitution des travailleurs « libres aux esdaves. >
En 1850, suivant les documents officiels du même ministère, Saint-Léopold avait une population allemande de 9,86S âmes dont i,386 catholiques et 5,476 protestants. Il s'y jcùgnait environ 4,000 Brésiliens.
Les impôts fournis par le territoire s'élevaient à 30,000 francs, et l'exportation de ses produits à 1,320,000 francs, en tabac, colon, pommes de terre, maïs, froment, seigle, orge, sucre de canne, café et divers articles fabriqués. La colonie employait 288 esclaves ; mais une loi provinciale lui avait interdit d'en introduire de nouveaux.
Saint-Léopold n'est pas seulement une entr^rise prospère, c'est une expérience qui donne au Brésil la solution pratique du problème de l'émigration.
Le bien-être des émigrants est prouvé par les fi*uits de leur travail.
L'attraction exercée par ce centre se manifeste dans son accroissement ; sa force de diffusion se prépare dans la prospérité même de ses industries qui assure des occupations aux ouvriers pauvres qu*amène Témigration, et qui en fera des fondateurs d'autres établissements, lorsque leurs ressources seront suffisantes.
Pour le ministre brésilien, c'est en face de l'esclavage qu'il signale cette conséquence de l'organisation de Saint-Léopold : < C'est donc un fait, et un fait très- € notable, qu'au Brésil il existe déjà un endroit offrant € un salaire prêt et avantageux aux bras libres qui, « débarqués sur nos rivages, se vouent à la culture € des terres t
Mais ce fait est avant tout la première condition d'un courant d'émigration. C'est l'émigration agissant sur l'émigration, escomptant par ses bons résultats du passé ses dépenses du présent et de l'avenir au profit de tous, et réglant ses comptes avec elle-même.
C'est ainsi que des milliers d'Irlandais et d'Allemands sans ressources arrivent chaque année au milieu des a^lomérations de leurs compatriotes dans l'Amérique du Nord.
L'émigration des Suédois et des Norwégiens s'est établie dans l'État de Wisconsin avec le même procédé. Aussi longtemps que l'émigration n'a pas atteint ce degré de force, ou le gouvernement du pays d'adoption, ou les spéculateurs en transports maritimes doi-
98 LB BUDGET DC BBàSIL.
veDt avancer la dépense du voyage. Comme moyeD transitoire, c'est une nécessité qu'il faut subir. Mais les vices du système sont devenus manifestes par l'expérience du goavemement impérial, de même que la colonie de Saint-Léopold commence à montrer également par des faite accomplis au Brésil les avantages de l'attraction de l'émigration par l'émigration.
Entre Porto- Alé^re, au 30* d^ré, et le 16' degré, limite de la région des Européens vers le nord, quatre agglomérations telles que Saint-Léopold établiraient au Brésil l'émigration européenne avec les bienfaits d'influences, que compléteraient le régime des terres publiques et des institutions de protection et de sécurité.
Celte tâche ne doit point paraître d'une réalisation chimérique. La colonie de Sainl-Léopold a été fondée dans un temps d'inexpérience et de tâtonnements, elle a été soumise à la rude épreuve des troubles de la province de Bio-Grande du Sud ; elle ne reçut point la vigoureuse impulsion d'un système politique; c'était une entreprise qui se recommandait par sa nouveauté et par des résullate indéterminés. Car, à cette époque, l'émigration européenne n'avait pas encore accompli ses prodiges dans l'Amérique du Nord, et elle ne se montrait pas au Brésil comme un des principaux éléments de ta sécurité et de la puissance du nouvel empire.
Pour Qxer l'emplacement de chacun des centres, les recherches trouvent leur point de départ aux ports qui
LBS RICHESSES LATENTES. 99
onl été désignés à l'entrée des émigrants ; elles ont à découvrir les avantages réunis de la salubrité, de la fiertilité et d'une étendue disponible suffisante pour l'occupation immédiate et pour une extension successive.
Au bon choix de la situation doivent succéder les procédés de l'établissement. Mais ici sarrête Texposé des mesures générales dont parait se composer le système de Tintervention du gouvernement brésilien dans Toeuvre de la colonisation. Les détails de l'exécution de chaque entreprise varieront suivant les lieux et les conjonctures. On n'essayera donc point de les soumettre à des règles uniformes.
Cependant, le défrichement des forêts primitives se fait au Brésil avec des conditions bien différentes de celles des États-Unis. U est rendu plus laborieux, d'abord par la grosseur des arbres et par la dureté des bois. Ensuite le climat est plus affaiblissant pour l'étranger devant ce travail plus pénible. U en résulte une conclusion qui devient un principe d'exécution, c'est qu'au Brésil, l'Européen nouvellement arrivé ne doit pas être forcé d'entreprendre tout le défrichement ; le sol nécessaire à sa nourriture doit avoir été éclairci .
Des entreprises particulières donnent d'utiles notions à cet égard.
L'opportunité du concours des planteurs et des propriétaires de terres ne peut pas être méconnue. Leurs efforts méritent les encouragements les plus efficaces II
faut aussi y chercher le plus grand nombre d'exemples pour la pratique de l'initiative qu'imposent au gouvernement impérial les intérêts manifestes et pressants du pays.
Ybicaba, plantation située vers lé 2â* degré dans la province de Saint-Paul, se présente ici comme le meillear centre d'émigration que l'industrie privée ait fondé au Brésil.
Ce domaine comprend trois lieues de forêts entrecoupées de pfttures et de défrichements ; le sol en est plat, avec des mornes épars, dont les pentes à l'abri des gelées blanches sont favorables à la culture du café.
La canne à sucre, le riz, le maïs et divers produits des terres tropicales occupent les plaines et les basfonds.
En18i7, l'importance d'Ybicaba était représentée par 300 esclaves et une récolte de 8,000 arrobes de sacre et de 12,000 arrobes de café. Mais ce dernier chiffre devait s'élever à 40,000 par les nouvelles plantations qui venaient d'être établies, et auxquelles il ne devait bientôt plus manquer que des bras.
Le sénateur Vergueiro, propriétaire d'Ybicaba, s'était voué aux occupations agricoles et à la politique. Ministre ou chef de parti, il avait fortiSé par l'observation des affaires publiques et des besoins du pays la conviction du danger que la traite des Africains apportait au Brésil. Pour en contre-balancer les effets, il fallait demander des émigrants à l'Europe, ainsi que des capitaux pour vivifier les ressources du
LES RICBBSSBS LATENTES. iOl
sol par le travail libre. Il prit donc la résolution d'amener des Allemands dans son domaine, et de les placer à côté de ses esclaves, en combinant les occupations des uns et des autres, de manière à procurer le plus grand bien-être aux Européens et le plus grand profit au planteur. Le gouvernement impérial seconda cette entreprise dont tous les détails méritent attention.
Le 2 avril 1 847, environ 400 Allemands de tout âge, formant 80 familles, contractèrent, avec le chargé d affaires consul général du Brésil pour les villes banséatiques, l'engagement de passer dans la province de Saint-Paul et de s*y mettre à la disposition du sénateur Vei^eiro. [Appendice, G.)
Suivant les clauses de cet acte, le gouvernement impérial faisait Vavance des frais de transport, fixés à 40 piastres espagnoles par individu âgé de plus de douze ans, et à 20 piastres pour les enfants de plus de cinq ans. Au-dessous de cet âge, le passage était gratuit.
Les colons s'obligeaient à rembourser la dépense de leur traversée dans le terme de trois années à dater du débarquement au Brésil. Par une bienveillance spéciale, le gouvernement, qui devait payer au mattre du navire 20 piastres pour les enfants âgés de plus de cinq ans, renonçait à faire entrer cette somme dans la liquidation de la dette des colons.
Ceux-ci étaient tenus d'engager leurs services s'ils Bravaient pas les moyens de se libérer. La personne
lOâ LB BUDGET DU BRÉSIL.
qui les emploierait deviendrait la caution de leurs obligations. La nature du contrat de service était spécifiée : les émigrants travailleraient pour un salaire réglé par Tusage local, ou en qualité de colons partiaires.
Le transport des émigrants se fit de Hambourg à Santos en deux navires. Le premier départ eut lieu le 12 avril et Tautre le 26 avril 1847. Les traversées furent de quarante-cinq et de soixante jours.
Le sénateur Yergueiro, qui possède une maison de commerce à Santos, avait pris les dispositions que demandait Tarrivée des Allemands. Dès que ceux-ci débarquèrent, ils devinrent les colons partiaires du propriétaire d'Ybicaba en acceptant les clauses de lacté suivant :
Art. 1". La maison Vergueiro fait le contrat suivant avec le colon N. . . . .
Art. 2. La maison Vergueiro s*oblige à ce qui suit :
1 "" Elle payera au gouvernement impérial la somme de ... . , dont il a fait l'avance au même colon et pour laquelle celui-ci est responsable.
2^ Elle livrera au même colon une étendue de cafiers dont il soit capable de faire la culture, la récolte et Tamélioration.
S*" Elle lui permettra de tirer de ses terres, dans les lieux déterminés, les produits nécessaires à son alimentation.
V Elle lui fera l'avance des dépenses faites à Santos, de celles du voyage jusqu'à la plantation
LES RICHESSES LATENTES. i03
d'Ybicaba, et de son entretien jusqu'à ce qu'il puisse y subvenir par son travail.
ART. 3. Le colon s oblige à ce qui suit :
1"" Il se conduira pacifiquement sans troubler ou léser ses voisins ou la plantation.
2* Il fera convenablement la culture et la récolte des cafiers qu'il aura reçus, en déposant le café à l'endroit marqué dans la plantation pour y être livré à la mesure au receveur de rétablissement.
3"" En proportion de la quantité de café récoltée par lui, le colon participera au travail de préparation exigée pour la mise du café dans le marché.
4"" Il replantera les clairières qui se feront dans ses cafiers.
4* Il payera à la maison Yergueiro la somme de . . . ., spécifiée ci -dessus (pria; du passage), qui , après deux années, produira l'intérêt légal pour la partie non acquittée, ainsi que la somme des avances de larticle 2, § 4, avec intérêt légal après une année de date.
6"* Il appliquera aux payements spécifiés ci-dessus au moins la moitié de ses profits liquides annuels.
Ait. 4. Après la vente du café par la maison Yergueiro, celle-ci retiendra pour elle la moitié du produit net, et lautre moitié appartiendra au colon.
Art. 5. La maison Yei^eiro n'aura aucune part aux articles d alimentation que produira le colon , et qu'il consommera; mais elle recevra la moitié du prix de l'excédant de ces mêmes articles que le colon aura vendus.
Ari. 6. La maison Vergueiro ne pourra pas se décharger des obligationa de ce contrat aussi longtemps que le colon remplira fidèlement les siennes. Il sera cependant libre à celui-ci de se retirer, après avoir payé à la maison Vergueiro ce qui lui sera dû, et moyennant une information par écritde ses intentions, faite sis mois d'avance ; le colon s'assujettit à payer une amende de 50,000 réaux [environ 1i7 francs), s'il se retire avant de payer sa dette, ou sans notifier la déclaration de son intention.
Abt. 7. Tous les doutes qui s'élèveront entre les parties contractantes seront soumis à des arbitres devant l'autorité compétente, sans autre formalité et sans recours d'appel.
De Santos à Ybicaba, le trajet est de trenle-huit lieues brésiliennes de dix-huit au degré, et les chemins sont difficiles. Les émigrants firent le voyageen quatorze jours. Un administrateur allemand dirigea l'expédition.
Les enfants, les malades et les femmes trop faibles pour marcher furent transportés à dos de mulet ainsi que le bagage.
Au terme de l'étape de chaque jour, le convoi s'arrêtait dans uo des hangars qui se construisent le long des routes du Brésil pour attirer les muletiers aux tavernes voisines. On y tuait un boeuf acheté sur place. Les autres vivres se trouvaient dans l'approvisionnement fait pour le voyage.
Deux œnls mulets de charge furent nécessaires aux émigrants. Dans de semblables entreprises, on doit compter un mulet pour quatre enfants et deux mulets pour les effets d'une famille. Suivant la saison et Tétat des chemins, le prix de chaque mulet est de neuf à douze francs, de Santos à Ybicaba, les dépenses du voyage restant à la charge du muletier.
Pendant les quatorze jours de leur marche, la nourriture des émigrants coûta environ 2,200 francs.
Le sénateur Yergueiro avait essayé quelques années auparavant de fonder à Ybicaba un village de Portugais. Mais il n'avait pas réussi. Les bâtiments de cette colonie servirent d'abri aux Allemands en attendant la construction de leurs demeures.
Entre le débarquement et l'installation, l'état sanitaire des émigrants ne fut pas satisfaisant. Environ quarante individus succombèrent à la dyssenterie, sous rinfluence du changement de climat et de nourriture. La farine de maïs et de manioc, le riz, les haricots et la viande sèche répugnaient aux Allemands. Ils s*obstinèrent à ne manger que du lard jusqu'à ce que la mortalité et le temps leur fissent adopter les aliments du pays.
Les terres de la nouvelle colonie avaient' été défrichées et elles étaient prêtes à être ensemencées ; elles touchaient à une plantation de cafiers en plein rapport et dont la récolte approchait. En sorte qu'en arrivant à leur destination, les émigrants trouvaient des champs disposés pour la culture des produits d'alimentation
ifi.
et du café à caeillir. Cette dernière moisson d'un travail qu'ils n'avaient pas eu à supporter donna près de 16,000 arrobes dont les colons retirèrent environ 1 5,000 francs de produit net pour leur moitié.
Ces deux circonstances caractérisent l'établissement d'Ybicaba.
L'émigrant qui atteint le lieu de sa demeure après les tribulations du départ, de la traversée et du voyage de terre en Amérique, se voit devant les deux principales difficultés de son entreprise : il doit détruire la forêt pour récolter de quoi vivre ; il doit s'assurer des aliments en attendant que la terre lui en donne. Or, au Brésil le défrichement est laborieux. Les forêts sont compactes et le bois est dur. Toutes les saisons ne conviennent pas pour brûler les abatis. L'émigrant est placé en face d'un tel travail, lorsqu'il ressent encore les effets de la crise physique et morale de l'expatriation. Le défrichement par les indigènes est dispendieux.
La subsistance n'est pas un embarras moindre. L'établissement se fait en général loin des marchés. Dans la localité, les vivres renchérissent par la demande. Si les émigrants arrivent avec un approvisionnement, c'est une avance de fonds, c'est une nécessité de magasins, d'ordre, d'administration, de discipline, choses qui manquent toujours dans les premiers temps.
Ces épreuves ont été épargnées aux émigrants d'Ybicaba. En arrivant ils purent ensemencer les champs dont ils devaient vivre, et ils travaillèrent à
une moisson qui payait la nourriture de chaque jour achetée à rétablissement central de la plantation. C'était un abondant marché de bestiaux, de volailles, de riz, de maïs, de haricots, de manioc, de sucre et de café.
Le 1 6 juin 1 847, 1 installation de la colonie se fit au milieu des conditions générales qui viennent d'être indiquées.
Au 1 4 mars 1 849, les décès et le départ de quelques artisans avaient réduit la population d'Ybicaba au chiRre de 360 âmes, divisées en 75 familles.
A la même date, Vétat financier de la colonie était représenté par un passif de 85,478 francs, et par un actif de 38,0 12 francs.
Il faut voir les détails du premier établissement, ainsi que les procédés administratifs de lalimentation cl du travail des émigrants dans leurs rapports avec la liquidation de la dette de chacun d'eux.
Le terrain destiné aux habitations des colons avait été divisé en quartiers de 500 palmes de côté, par des rues principales de 80 palmes, coupées par des rues secondaires de 75 palmes. Quatre maisons de 40 palmes de façade avec 30 palmes de profondeur furent disposées sur chaque côté d'un quartier. L'excédant de terrain était destiné aux cours et aux jardins. Du côté de la rue, l'élévation des maisons est de 24 palmes Les murailles sont construites en pisé avec de forts piliers de bois.
Avec la toiture de tuiles, la dépense d une semblable demeure n'excède pas 300 francs. Cinq ouvriers l'achè-
iOS LE BUDGET DU BRÉSIL.
vent en quatorze jours. La durée en est de quinze à vingt ans.
En 1 849, vingt-six maisons se trouvaient achevées. Les autres colons habitaient encore l'ancien village portugais. Un carré de 500 palmes de côté avait été réservé à 1 église. Il fallait à la colonie un conseil de discipline et de contrôle administratif pour Tordre intérieur et pour la comptabilité.
Trois bourgmestres élus se divisèrent les quartiers, et chaque quartier choisit trois conseillers qui devaient s'unir aux bourgmestres pour former un collège de police et d'administration. Chaque bourgmestre avait à tenir la comptabilité des colons de ses quartiers, et le oollége devait la vérifier. Ce système d'administration a bien fonctionné.
Du 1 6 juin 1 847 au 1 1 mars 1 848, la colonie eut à mettre à son passif 5,539,225 réaux pour supplément d'articles alimentaires, d'ustensiles, de vêtements et de numéraire. Au cours du temps cette valeur représente fr. 1 4,771 00
Du 11 mars 1848 au 11 mars 1849, ce même supplément s'est élevé à. . . 7,385 00
La dette du passage, et du voyage de terre, montait à 63,322 00
Total du passif. . 85,478 00
On a déjà vu que la colonie d'Ybicaba opposait à ce chiffre de ses dettes un actif de 38,012 francs. Il se composait de la valeur, de la première récoite
de café que les Allemands avaient faite du 1 6 juin au mois de novembre 1 847 . . . fr. 15,205 00 et de la même récolte pour l'année suivante et dont la valeur était de . . . 22,807 00
Total. . . 38,012 00
En mars 1849, la colonie ne devait plus augmenter sa dette, car les colons récoltaient des articles d'alimentation en suffisance pour se nourrir et pour fournir à leurs autres besoins par la vente d*un excédant.
Suivant les évaluations faites sur les lieux à la même époque, la colonie devait éteindre, au 1 *"' janvier 1 851 , le reste de sa dette portée, comme on vient de le voir, à 47,466 francs en mars 1849.
Ses ressources se composaient de deux récoltes de café égales à celles de 1848, soit 45,61 4 francs.
Pour former le complément de 1 ,852 francs elle avait l'excédant de sa production d'articles d alimentation.
L'aspect des habitants, l'ordre et la propreté de leurs demeures , l'état des champs et des plantations donnaient à la colonie d'Ybicaba un aspect florissant. Les chiffres qui précèdent confirment ces bons in* dices.
Cependant cette entreprise n'est pas exempte de vices. Le premier est l'entière dépendance du colon à 1 égard de la vente du café dont le marché est Santos ou Rio de Janeiro. Un autre mal du système
est la communauté des résultats du travail quant à la qualité des produits. Le colon laborieux est récompensé de Tabondance de sa récolte par la réception qui en est faite à la mesure; mais la qualité est une circonstance qui disparaît dans les magasins du planteur au milieu des diverses opérations des apprêts de la marchandise pour la mise en vente. Par ce point, la colonie participe au régime de la communauté et à tous ses périls.
A ces vices d'organisation se joint la réunion d*émigrants de croyances différentes.
Une fatale négligence a privé de prêtre les expatriés pendant leur voyage; et la colonie constituée les catholiques devaient aller jusqu à Limeira, éloignée d'une lieue et demie, pour trouver une église. Les protestants ont élu Tun d'eux pour faire la lecture de la Bible.
L'emplacement de la colonie est salubre et fertile ; mais l'eau y manque pour activer les usines et les machines qu'exigent la fabrication du sucre et la préparation du café.
Ybicaba pourra garantir le bien-être à ses habitants. Cest toutefois une entreprise qui ne satisfait pas aux conditions du véritable système d'émigration.
Les esclaves et l'établissement agricole du sénateur Vergueiro ont sans doute donné aux Européens les avantages d'une ancienne agglomération, en leur livrant des terres préparées, du travail bien rétribué, des demeures, des vivres sous la main, de largcnt pour
le passage et le voyage, enfin de lappui et de la protection.
Au terme de lacquittement de leurs dettes, les colons seront acclimatés et habitués aux travaux du pays ; ils en connaîtront la langue ; ils pourront avoir quelques épargnes dont ils achèteront des terres. En sorte que les résultats seront bien régulièrement ceux de l'émigration marchant dans ses bonnes voies. Mais par le caractère de leurs causes, ces heureuses conséquences rentrent dans la catégorie des faits exceptionnels.
En effet, un planteur considéré, possédant de nombreux esclaves et appliquant son activité, son crédit et son influence à fonder une semblable entreprise, et son ascendant paternel à y maintenir Tordre et la régularité, est un exemple qui ne peut pas s offrir comme base. Mais en admettant même qu il soit possible de trouver la réunion de ces diverses conditions pour procéder aux préparatifs de rétablissement des émigrants d*une manière systématique, on ne doit pas méconnaître toutes les mauvaises chances de la mobilité de telles garanties. La mort du planteur ou un revers de fortune peut anéantir son ouvrage avant que les colons soient libérés; leurs intérêts seront impliqués dans de ruineuses liquidations. Cette destruction imprévue s'accomplira, tandis que de nouveaux émigrants s'achemineront vers le même établissement par lat- Iraction d'un état de choses dont il ne restera que les vestiges à leur arrivée.
Au contraire, quand les bienfaits de préparatifs, d'appui, de protection, de travail, d avances d'argent, dérivent d'une agglomération d émigrants déjà bien enracinés dans le pays, tout est stable. Le temps n y développe que des ressources, tandis que, par la force des choses, il apporte chaque jour une chance de péril à Ybicaba.
Mais si cette remarquable entreprise ne peut pas fonder un système, elle reste un des moyens les plus efficaces douvrir le Brésil aux ouvriers européens et d'amener l'émigration dans ses véritables voies. Cest un procédé de transition. On y voit aussi des faits qui se rattachent à la solution de plusieurs problèmes, tels que l'aptitude des blancs pour certaines cultures, la capacité de travail des Allemands dans les tropiques, la combinaison des occupations de l'Européen et de l'esclave, les avantages de l'emploi des deux espèces d'ouvriers.
Chaque détail des affaires d'Ybicaba donne une indication à l'égard des conditions générales du pays.
L'état de la colonie, en 1849, ne permettait pas de douter que les Européens étaient acclimatés, et qu'ils supporteraient bien le travail d une plantation de café. Les Allemands avaient déjà récolté deux fois, et ils avaient cultivé les cafiers pendant toute une année sans nul inconvénient. Le propriétaire d'Ybicaba affirmait que les colons pourraient semployer dans les champs de canne à sucre. L'expérience n'a pas été tenlée. La culture de la canne et la fabrication du
LES RICHESSES LATENTES. ii5
sucre sont des travaux pénibles, tandis que louvrier qui cultive le cafier ne se fatigue pas plus que le vigneron. Il est à Tombre dans les vieilles plantations. Le nettoyage du café est facilité par des machines, et il s'exécute dans des halles à Tabri du soleil et de la pluie.
Chaque Allemand cultive mille cafiers en lignes espacées d'une brasse. Le sol est retourné une fois en novembre, et nettoyé deux fois en mars et juin.
Dans la province de Saint*Paul, le cafier ne fait pas mArir tout son fruit au même temps, comme dans les bonnes régions de la province de Rio de Janeiro. On récolte trois fois. Un colon peut cueillir de 6 à 7 alqueires de 40 litres par jour.
Le soin d*une plantation de cafiers n'exige pas un labeur plus dur que celui du lin et de beaucoup d'autres produits de l'agriculture européenne.
Le temps de l'arrivée des émigrants à Ybicaba coïncidait avec le commencement de la récolte du café.
Dans la province de Saint-Paul, si la terre n'a pas été débarrassée du bois, ou s'il y a une récolte de café à foire, les émigrants doivent arriver en juin. L'époque de rembarquement est donc entre le 1 **' et le 1 5 avril.
Pendant les mois secs de juin, juillet et août, les bois sont coupés pour être brûlés en septembre et octobre ; le sol n'exige pas de préparation pour le maïs et les haricots.
L'alqueire de terre , représentant une étendue de
1i4 LE BUDGET DU BRÉSIL.
100 brasses sur 50, exige environ 41 francs pour frais de défrichement.
Si rémigrant n a pas de récolte de café qui i attende et si les terres sont débarrassées, le meilleur moment de son arrivée à l'emplacement de la colonie, est le milieu d*octobre, puisqu'il plantera immédiatement le maïs, les haricots, les pommes de terre, les betteraves ; il sèmera aussi le riz. Ces travaux se font jusqu'à la fin de novembre, et dès le mois de mars on récolte les produits.
Une famille de six individus doit avoir pour son alimentation et son entretien six alqueires de terre dont deux pour le maïs et le surplus pour les pommes de terre, les haricots et le riz.
A Ybicaba, le maïs, Torge, le lin, les pois et les lentilles ont bien réussi. Il faut les semer en juin. Le maïs y rend 200 pour 1 pendant les trois premières années du défrichement, et ensuite 1 60. Les haricots s y plantent trois fois par an : en septembre pour être récoltés en novembre ; dans ce même mois pour être récoltés en mars ; la dernière fois en avril pour mûrir en juin.
Malheureusement la colonie n'a qu'un accès difficile au littoral . Le trajet est de 38 lieues et la montagne de Goubatam semble défier lart d'ouvrir une voie commerciale sur ses versants. Le transport des produits d'Ybicaba jusqu à Santos coûte annuellement près de 18,000 francs.
Ces expéditions se font par des caravanes de mulets
L£S RICHESSES LATEf^TES. i 1 5
qui appartiennent aux planteurs, ou qu'ils louent à des muletiers de profession. La colonie avait le projet d employer des chariots légers à ses transports, dès que les chemins seraient réparés. Elle calculait que six mulets de trait suffiraient pour la charge que quatorze mulets de bât font arriver diflicilement à Santos.
A côté de Tensemble des détails par lesquels cette colonie touche aux intérêts des individus et de l'émigration en général dans les efforts de sa période de tentatives et d'expériences, Ybicaba se découvre avec l'aspect imposant d'un problème qui contient les destinées du Brésil. On y voit le plus grand de ses maux en contact avec la plus grande de ses ressources, le fatal ouvrage de Thomme rapproché de compensations providentielles, l'ouvrier européen venant rencontrer l'esclave dans le même champ de travail, avec les mêmes outils et sous le même soleil.
Les calculs les mieux fondés ne suffisent pas pour donner une comparaison exacte des avantages de l'emploi d'un ouvrier libre et d'un esclave. Les déductions les plus rigoureuses viennent à faillir dans l'application par des causes secondaires innombrables, imprévues et saisissables seulement par leurs effets. Dans une appréciation aussi difficile, les chiffres, quels qu'ils soient, ne créent point la conviction. Cesl des expériences, faites par des planteurs, occupant des émigrants et des esclaves dans la même localité, comme à Ybicaba, qu il faut attendre la décision. Toutefois en
simple élément de présomption, il est permis de placer ici des renseignements qui ont servi de point de départ au fondateur de cette colonie.
Un planteur de la province de Saint-Paul qui compare les deux spéculations d'acheter des Africains et d'engager des colons en Europe fait les évaluations suivantes :
Dans l'intérieur du pays, un Africain coûte environ 1,400 francs. Pendant la première année, son travail est à peu près improductif; il y a la mauvaise chance de la nostalgie et des causes naturelles de mort. En moyenne, le planteur doit renouveler ses esclaves au terme de dix années ; les naissances ne suffisent pas à remplacer les pertes, quoique, dans la province de Saint-Paul, les enfants s élèvent plus facilement que dans la province de Rio de Janeiro. Les planteurs n encouragent pas la reproduction, qui les prive du travail des négresses en leur donnant des enfants dont l'entretien chanceux absorbe jusqu'à Tâge du travail un capital au moins égal au prix d'un Africain.
Ainsi, en achetant des esclaves, le planteur doit être remboursé en dix années, et il a beaucoup de chances défavorables.
En faisant venir des colons, il ne devra employer que le quart du capital nécessaire à l'achat des nègres; et Ton a vu par les chiffres de l'expérience d' Ybicaba qu'en moins de cinq années le planteur peut avoir amorti le capital et les intérêts de ses avances.
Le mattre d'esclaves a l'avantage d'une stabilité de
LES RICHESSES LATENTES. i i 7
travaux doat la mort est le seul péril . Sa plantation se maintient au complet par une infiltration insensible, tandis que le chef d'une colonie est exposé à labandon soudain si les émigrants trouvent de meilleures conditions. Ensuite les engagements de ceux-ci finissent à la même époque ; en sorte que la plantation peut se trouver exposée à une interruption subite de ses travaux, dans une saison et dans des régions où il est impossible de trouver d autres bras.
Ces dangers sont incontestables , mais ils diminueront à mesure que les établissements semblables à celui dTbicaba se multiplieront. Les planteurs de la région voisine se montrent enclins à suivre cet exemple. Le courant de Témigration apportera aux fondateurs de colonies les ressources que la traite tient à la disposition des mattres d'esclaves.
Quelles que soient les difficultés et les lenteurs de la solution de ce problème économique, dans ses circonstances humaines, rAfricain du Brésil doit apparaître ici avec une mission de pionnier sur le sol qui est accessible au travail des blancs, et ce rôle accompli, il subira l'attraction d'autres latitudes s il reste esclave, ou il sera absorbé par la population libre en sortant de sa servitude.
Âtt Brésil, les avantages de faire les préparatifs de rémigration par l'esclavage, ne doivent pas être sacrifiés à la crainte de voir les Européens subjugués par le travail servile. Le prix croissant des Africains mettra chaque jour davantage l'esclave hors de la portée des
éniigranls. Le rapprochement de la population étrangère et de la race africaine doit être au Brésil la réhabilitation du travail de Thomme blanc, en même temps qu'une sanction des faits favorables à une fin pacifique et régulière de la servitude.
A regard de l'esclavage, le Brésil et les États-Unis se trouvent engagés dans des voies divergentes.
Chez les Âniéricains, il n'y a point de compromis possible entre les deux races. Plus Thomme de couleur se rapproche de l'homme blanc, plus il rencontre d'antipathie et de répulsion. Les mœurs ont une cruauté excédant la. rigueur de la loi qui fait l'esclave, et rendant illusoire la loi qui l'émancipé.
Au Brésil, rafiranchissement est une réalité politique et sociale La couleur n'excite aucune répugnance, et la tolérance des mœurs va encore plus loin que la libéralité des lois.
Tandis qu'aux États-Unis, l'esclavage apparaît sans autre solution que la guerre civile et lextermination ou une retraite progressive vers le sud pour trouver une issue par les régions du Texas et du Nouveau Mexique, au Brésil il se montre entouré de moyens d'émancipation régulière. La race blanche doit reprendre la prépondérance numérique par le contingent que lui donnera l'émigration européenne, et simultanément celle-ci favorisera la réhabilitation de l'esclave.
Elle doit contribuer à faire cesser la traite par laquelle l'esclavage se recrute sans cesse d'Africains
LES RICHESSES LATENTES. i i
barbares, au lieu de se créer la moralité et le principe civilisateur de la famille.
A côté de rémigrant, tout esclave doit devenir Brésilien dans sa descendance. Aujourd'hui, tout esclave qui est sur le sol du Brésil y appelle un Africain pour le remplacer. En sorte que la race absorbe continuellement sa dégradation en remontant toujours à sa première origine.
L'émigration doit aussi changer le système des grandes plantations; elle substituera la culture de détail aux établissements mécaniques dont le moteur est nécessairement l'esclavage. L'agriculture prendra la place de la fabrication. Le travail de la famille accomplira la tâche brutale de la servitude. C'est ainsi que l'émigration doit relever le travail par la main des blancs, en lui donnant pour impulsion les plus intimes sentiments de l'homme dans sa soumission à la loi divine, au lieu du fouet dans la dégradation de l'asservissement.
Au Brésil, ni les mœurs, ni les lois, ni les conditions physiques ne s'opposent à ce que l'émigrant et l'esdave se rapprochent en combinant les moyens de prospérité matérielle de l'un avec les moyens d'émancipation de l'autre.
Aux États-Unis, TEuropéen qui s'établit au milieu de la servitude se trouve entouré des principes d'immoralité et des périls d'un esclavage sans terme et de haines sans issue.
Dieu doit attacher sa clémence sur les maux et les
iâO LE BUDGET DU BRÉSIL.
crimes d'une institution fatale que le Brésil désavouera en proscrivant la traite, et dont il manifeste son repentir eu adoptant la postérité de laffranchî.
La colonie d'Ybicaba trouve son importance dans la combinaison des travaux de Tesclave et de Témigrant. C'est un essai du système mixte ; on vient de voir avec quel intérêt sa destinée mérite d'être suivie, soit que Ton considère le sort de ses habitants, soit que Ton s'attache aux résultats généraux de Texpérience.
Tandis que dans la province de Saint-Paul, les propriétaires d esclaves commençaient à tâcher d'attirer les Allemands par les cultures faciles de leurs plantations en rapport, une société se constituait à Hambourg le 20 janvier 1 850 pour fonder des colonies dans les forêts primitives de la province de Sainte-Catherine. Une loi du 1 5 mai de la même année en a ratifié les statuts. Cette entreprise appartient au système exclusif; il lui est interdit d employer des esclaves. En sorte qu elle appelle l'Européen à se trouver dans les conditions générales du défrichement, lorsqu*à Ybicaba il arrive sur un sol déjà transformé. L^exécution du plan des nouvelles colonies de Sainte-Catherine sera une épreuve des moyens d'établir les émigrants. On a vu que les esclaves d'Ybicaba n'avaient laissé aux colons que le soin d'ensemencer les champs et de cueillir le café. A défaut desclaves la société hambourgeoise devra employer le travail dispendieux des bûcherons indigènes, ou elle mènera les émigrants sortant du navire directement devant les arbres à couper.
La première hypothèse fournira la plus importante expérience financière, et Taatre montrera ce que vaut, comme axiome du système de la colonisation brésilienne , Tassertion de Fimpossibilité pour rEoropéen de passer, sans beaucoup de périls, des tribulations de son voyage au labeur du défrichement des forêts tropicales.
Mais cette entreprise s*offre avec d'autres titres à Tattention. Par ses propres avantages, elle doit exercer la plus grande influence sur le crédit du Brésil comme terre d*expatriation et sur le courant de Témigratioii européenne.
La province de Sainte-Catherine a, en eSet, le climat le plus salubre de l'empire ; son sol est fertile, ses terres publiques sont abondantes. Ses ports se trouvent dans le mouvement do commerce universel par les relations des contrées de la Plata avec l'Europe et r Amérique du Nord. En sorte que les émigrants ne peuvent pas y manquer leur établissement sans que le monde lattribue à des causes radicales, dont il fera des obstacles d autant plus insurmontables que toutes les conditions extérieures se montraient plus propices.
Une entreprise dont le succès importait à des intérêts aussi coDsidéraUes, dans le présent et dans lavenir , pouvait compter sur la sollicitude du gouvernement brésilien. La loi du 15 mai 4850 a ratifié le contrat de la société en accordant des foveurs aux colons et aux navires employés à leur passage. Ces privilèges consistent dans la libre entrée des effets, des meubles,
tu. 8
des ustensiles, des instruments, des semences, des animaux et de tous les objets destinés à rétablissement ou aux travaux de la colonie ; dans l'exemption des droits sur la vente des terres et des embarcations employées par les colons ; dans lexemption des taxes personnelles imposées par la loi générale et non par la municipalité ou la province ; dans Tautorisation accordée aux navires d'entrer à Saint-François pour y débarquer les colons et les objets affranchis, quoique le port de la province de Sainte-Catherine soit interdit aux arrivages de Tétranger. Les mêmes navires ne sont pas soumis au droit de tonnage, pourvu qu'ils aient accompli toutes les formalités prescrites par la même loi pour déjouer la fraude.
La clause qui interdit l'esclavage dans la nouvelle colonie défend aussi d y vendre en détail des boissons spiritueuses. La loi confirme lacté d'association pour une durée de cinq années ; mais elle permet qu'il soit renouvelé pour un terme égal en cas de nouvelle concession de terres ayant la même origine. [Appendice H.)
Le territoire de la colonie comprend huit lieues carrées des vastes domaines de la dotation de S. A. R. Madame la Princesse de Joinville. A la condition de fertilité, qu'exige un établissement agricole, se joint la capacité d'extension qu'il faut à une agglomération d'émigrants pour exercer son influence d'attraction.
Dès le mois de mai 1850, l'entreprise fut commencée avec environ 200 Allemands, à cinq lieues du port de S. -Francisco, dans la vallée de la Cachoeira.
Les émigrants se placèrent sous les auspices de la princesse brésilienne en donnant à leur village le nom de colonie de Doua Francisca. Plus de 400 colons devaient y arriver de Hambourg dans le courant de la même année.
La protection qu assurent à cette entreprise Tévidence des intérêts nationaux et une haute sollicitude, s'unit à la garantie du nom du fondateur de la société hambourgeoise pour entourer de confiance la colonisation de Sainte-Catherine. L'établissement de Dona Francisca doit devenir, avec celui de Saint-Léopold, le point d'appui de Témigration européenne dans le sud de Tempire. La colonie de la province de Rio- Grande a Tavantage davoir achevé son temps d'épreuve et d'être en jouissance d'une prospérité en progrès ; mais la province de Sainte-Catherine offre une entière sécurité contre les troubles politiques par le caractère de sa population, en même temps que sa position plus centrale l'éloigné de l'anarchie permanente des riions voisines de la frontière du sud. D'autres établissements d'émigrants se sont formés dans la même province.
Le plus ancien est la colonie de Saint-Pierre d'Aïcantara, située à cinq lieues du littoral, sur la rive gauche du Mahury. Elle fut fondée en 1829 par 132 familles allemandes. La population de Saint-Pierre s'élève à 1,050 habitants, et elle prospère. Ses produits agricoles alimentent le marché de la capitale de la province.
i24 LE BUDGET DV BRÉSIL.
Indépendamment des entreprises qui viennent d*étre énumérées, et auxquelles Tattention s'est arrêtée pour trouver des enseignements, le Brésil compte des essais secondaires de colonisation que le gouvernement impérial a favorisés soit par des concessions de terres, soit par des subsides pour le transport des émigrants. En se renfermant dans des limites étroites, ces colonies ont ôté à leur succès comme à leur décadence ou à leur ruine toute signification importante. Elles doivent seulement fournir ici leur contingent à la statistique générale de l'émigration européenne au Brésil.
En 1849, la population que Tempire avait reçue de rémigration s'élevait à 18,761 âmes réparties entre les établissements suivants :
La colonie de Sainte-Isabelle, dans la province d'Espirito-Santo, avait . . . . 164 habitants.
Celles de Sainte-Thérèse et d'Ybicaba, dans la province de Saint- Paul 435
Celles de Pétropolis, de la Nouvelle-Fribourg et de Yallam dos Yeados, dans la province de Rio de Janeiro 4,811 »
Celles de Dona Francisca, de Saint-Pierre, de Sainte-Isabelle, de Piedade, de Don Alphonse, d'Itajahy, de Blameau, de Léopoldina et
A reporter . . 5,410 »
Report . . . 5, il habitants.
de Sahy , dans la province de Sainte- Catherine 2,340 >
Celles de Très Forquillas, de Torres, deSaint*Léopold, de Pierre Second, de Monite Bonite et de Santa Cruz, dans la province de Rio-Grande du Sad [Appendice, /) 11,011 »
18,761 habitants.
On voit que par sa tendance 1 émigration européenne s'est portée vers le midi du Brésil. L'impulsion du Gouvernement Ta détournée pour fonder Pétropolis dans la province de Rio de Janeiro, en même temps que les planteurs de Saint-Paul Font attirée vers leurs établissements à esclaves Tous les moyens qui peuvent servir à fonder les agglomérations d'émigrants se trouvent ainsi à Tétat d'épreuve dans les conditions les plus diverses. Les Européens cultivant les cafiers des planteurs de Saint-Paul, et les Européens abattant les forêts primitives des colonisateurs de Hambourg, dans la province de Sainte-Catherine, doivent démontrer bientôt le principe absolu de rétablissement des colons au Brésil jusqu'à ce qu au terme de la période d expérience et de transition, Fémigration arrive, s'installe et devienne florissante à Taide de ses propres forces.
Cependant, en arrêtant au 16' degré sa marche vers le nord, Fémigration européenne annonce quelle
ne peut pas accomplir par son travail physique l'immense entreprise de défricher le Brésil. C'est indirectement, en occupant ses provinces méridionales, qu'elle pourra faire refluer vers les vallées du Tocantins, du Saint-François, de l'Araguay et du fleuve des Amazones un contingent de défricheurs, détaché de la population brésilienne et de la race africaine.
On a recherché les moyens d'établir l'émigration dans la région du midi, et l'agglomération a été reconnue le procédé le plus certain d'une impulsion systématique du défrichement, telle que la réclament les intérêts de l'empire et des émigrants eux-mêmes.
Dans la région du nord, il y a aussi des préparatifs à faire pour l'avenir, et des mesures à prendre pour organiser l'exploitation du sol. Les colonies militaires se présentent ici comme le moyen le plus certain d'immobiliser la population aux instincts nomades, et d'ouvrir l'accès des solitudes aux travaux agricoles et à la protection des lois. La sécurité des frontières de l'empire s'identifie avec ces mêmes intérêts.
Lorsqu'on s'arrête à l'étendue des régions du Brésil, l'œuvre de mettre en valeur cet immense territoire par des moyens qui fassent devancer le cours régulier des siècles, doit paraître une entreprise supérieure aux forces humaines ou aux ressources d'une seule génération. Mais en fondant un système immuable pour Texécution d'un tel ouvrage, les contemporains peuvent espérer qu'ils l'achèveront, puisque leur énergie réalisera tout ce que le présent comporte, en laissant la
génération suivante dans des voies oii elle conservera les traditions de ses devanciers. Les colonies militaires complètent l'ensemble des moyens de lexploitation du sol. De l'une à Tautre extrémité des régions incultes, au milieu des forêts les plus impénétrables, elles doivent favoriser les progrès de larpentage et l'établissement des grandes lignes de communication.
C'est ainsi qu'après deux cents ans, les observations astronomiques et les sentiers des premiers missionnaires ont servi de direction aux géomètres et aux ingénieurs à travers les solitudes de l'Amérique du Nord.
Le système des colonies militaires est déjà en application au Brésil. Pour en comprendre toute l'importance d ordre et de police, il suffit de cet exposé que le président du Para faisait, en 1 8i6, de la situation de certaines parties de sa province : c Des inforc mations reçues par le Gouvernement, il résulte que, • dans les Mes de Macapa et diverses autres tles du « fleuve des Amazones, beaucoup de criminels, de c condamnés évadés des prisons, de déserteurs, d'es- « claves fugitifs et autres individus vivent indépen- «f dants et commettent librement leurs attentats, sans c que l'autorité puisse avoir l'action nécessaire sur € eux, privée qu'elle est de la force suffisante pour « les soumettre au joug de la loi et du devoir. A < Harajo, et spécialement dans la municipalité de « Chaves, les voleurs de bestiaux se sont montrés en c assez grand nombre pour résister aux détachements
1S8 U BUDGET DV BBÉSIL.
■ que l'aulorité locale a envoyés contre eux Daos ta « même Ile, à Bragaoce, à Turiassu et dans le district a de Santarem, principalement d'Almeirim à Obidos, * les rapports des chambres municipales, des com-
■ mandants militaires et d'autres autorités annoncent t qu'il existe des repaires oii se trouvent réunis des
■ esclaves, des déserteurs et autres crimiuels.
■ Quelques tentatives ont été faites en divers lieux
■ pour la destruction de ces bandes de brigands, et
■ il en est résulté la capture de plusieurs esclaves ou « déserteurs ; et il faut reconnaître que les aatorilés ( locales n'ont épargné ni soins ni sacrifices dans
< cette tâclie, fournissant même tes vivres et tes canots « nécessaires aux expéditions. Mais rien n'a suffi -, le « mal est grave el supérieur aux moyens de répres- « sion. Il convient donc de décréter des fonds pour € subvenir à cette nécessité >
Des instructions données le 29 janvier 1849 au président de la province de Goyaz, par le ministre de l'empire, contiennent aussi un exposé des exigences auxquelles les colonies militaires doivent satisfaire dans l'intérieur du pays : * Le Gouv^^ement
■ impérial regrette de ne pas posséder des Informa-
< tions complètes à l'égard de la navigation de l'Ara- « guay, principalement en ce qui concerne les mesures
< d'amélioration et de sécurité. En ce qui regarde le « Tocantins au-dessus dn confluent avec l'Araguay, N il n'y a aucun renseignement. C'est ce qu'avant tout
< il faut obtenir Le Gouvernement n'ignore pas
LBS RICHESSES LATENTES. 129
que les diiScultés naturelles dont le cours de ces fleuves est embarrassé, s'aggravent encore du manque entier de ressources sur leurs rives désertes, hantées des animaux sauvages et d'Indiens qui les égalent en férocité. Ce serait donc en vain qu on tenterait d améliorer la navigation si, en même temps, des centres de population n'étaient pas fondés dans les endroits les plus périlleux, puisque c'est le seul moyen d'entreprendre des travaux et de procurer aux voyageurs les ressources qu exige une expédition aussi pénible. Mais comme il n'y a pas moyen d'établir une population dans de tels lieux sans recourir aux garnisons ou présides, il faut immédiatement laisser des détachements militaires dans les lieux les plus favorables à des présides, à mesure qu'avanceront l'exploration et la reconnaissance des fleuves. Dans la composition des détachements il faut choisir les soldats volontaires et mariés; une gratification raisonnable doit leur être accordée, et à des époques rigoureusement déterminées ils doivent recevoir les secours qui leur sont nécessaires. Les soldats eux-mêmes défricheront les forêts dans ces présides sur une étendue de 400 on 500 brasses de profondeur, ils cultiveront les produits d'alimentation ; ils s'eSbrceront d'établir des pâturages ou d'empêcher le bois d'envahir de nouveau le sol ; ils ouvriront des chemins pour faciliter le passage des cargaisons et des barques dans les endroits oit la navigation est interrompue ;
: ils foQrDÏront des secours aux voyag^rs, ils pourront même leur vendre ce qu'ils ont produit, attendu I que dans les solitudes ce relâchement de la dis- 1 cipline militaire est très-oécessaire ; ils s'efforceront ! principalement d'attirer les Indiens du voisinage, et I non les tribus éloignées; ils leur inspireroDt les : désirs de la civilisation et le goût du travail.
< Pour obtenir plus facilement ce dernier résultat, [ les détachements devront être accompagnés d'un [ missionnaire qui leur distribuera la nourriture spi- I rituelle en vaquant à sa tâcbe principale, celle de I civiliser les indigènes.
f II convient aussi que, dans chaque préside, un ou : deux soldais accompagnent chaque barque ù les : négociants le demandent. Ils assisteront les voya- I geurs et ils acquerront l'expérience de la naviga- I tion des fleuves
< Dès que les présides auront été établis, V. E. ( nommera un inspecteur chargé de les visiter tous : tes six mois et d'adresser des informations au Gou- : vernemeot
< Indépendamment des mesures énumérées, il con- I vient que V. E. seconde par tous les moyens admi- : oisiratiis la coopération de la société en faisant en- : tendre combien ses louables efforts sont agréables à I S. M. l'Empereur ; elle doit exciter dans lé même I sens le concours de l'assemblée l^slative de sa I province ; elle doit exempter du recrutement les 1 hommes qui forment les équipages des barques ;
elle doit accorder tons les avantages possibles à ceux qui viendront s'établir sur les rives de TAra-
guay
€ Le Rio-Vermelho, qui baigne Goyaz, devra être débarrassé des amas de bois les plus dangereux, pour que, dans la saison des grandes eaux tout au moins, la navigation arrive jusqu'à la ville. Dans tous les cas, il convient beaucoup que la rivière soit libre d obstacles à partir du lieu qui sert de port régulier jusqu'au confluent avec TAraguay. Dans le même lieu, il est utile d'établir des hangars et des magasins, d'y avoir des canots et des vivres. . . Toutes ces considérations indiquent la nécessité de fonder immédiatement un. préside dans le même endroit comme centre d'une population qui croîtra en même temps que le mouvement commercial de cette voie.
< Du confluent du Rio-Yermelho en aval, jusqu'à la pointe supérieure de la grande tie du Bananal, et ensuite jusqu à la jonction de ses deux bras, l'Araguay ne présente pas d'obstacles proprement dits. 11 en est de même plus bas Cependant il conviendrait beaucoup d'établir des présides aux deux extrémités de cette île, ou sur le bord voisin, suivant Tavantage des lieux. Ces présides, séparés par une grande distance, seraient d'un grand secours aux navigateurs, soit comme dépôts de vivres, soit comme marchés d'achats des produits mêmes du préside, soit enfin pour la réparation des
« barques, pour la discipline des équipages par le seul fait de 1 existence de telles stations, pour toute autre espèce d*assistance, principalement dans les
cas de maladies
< Il conviendrait beaucoup de rétablir le préside de Sainte-Marie, qui a été détruit par les Indiens à la suite des imprudences de son commandant, comme aussi d'en fonder un autre près des Grandes Chutes, ou entre celles-ci et celle de Carreira comprida. Les premières, qui ont deux lieues d'étendue, et qui retardent le passage des barques et des chargements pendant des semaines, en exigeant un immense travail, forment sans doute le plus grand obstacle que rencontre la navigation, et par conséquent c'est celui qu'il importe le plus de diminuer. Un préside, dans cet endroit, fournirait des bras, des renseignements exacts sur l'état des eaux et des meilleures passes qui doivent naturellement varier. Indépendamment d'autres secours, il y aurait une protection pour les équipages qui se dispersent pour le service du transport des marchandises, et qui sont exposés à la trahison des Indiens. Cependant pour rétablir le préside de Sainte-Marie, et pour en fonder un autre, il est trèsopportun de s'assurer l'amitié des chefs indiens
« Des Grandes Chutes jusqu'à Saint-Jean de l'Araguay, au confluent du Tocantins, limite septentrionale de la province de Goyaz, les difiicultés sont rares et faciles à surmonter, et comme la dernière
LES RICHESSES LATENTES. i55
« partie de la navigation entre Saint-Jean et la capic taie du Para dépend de cette dernièi*e province, « des instructions s y trouvent expédiées.
€ Tels senties ordres que S. M. l'Empereur fait tenir € à V. E. 1
En cherchant sur la carte du Brésil le système auquel se rattachent les détails de ces instructions, il est facile de retrouver Texécution de ce même plan qui avait commencé par une chaîne de postes militaires r.union du Canada et de la Louisiane. Les forts de rOhio devaient protéger les établissements de la France contre les colonies anglaises et contre les indigènes, toat en ouvrant des entrepôts aux échanges des vallées du Mississipi et du Saint-Laurent.
Pour le Brésil, les exigences de la sécurité contre rétranger n existent que sur la seconde ligne du système de ses eaux, cest-à-dire dans les vallées du fleuve des Amazones et du Paraguay. Mais les Indiens, les distances et la solitude sont aujourd'hui dans les régions du Saint-François, du Tocantins, de l'Aragnay et du Parana, les mêmes ennemis que la France avait entrepris de soumettre dans ses colonies de r Amérique du Nord.
Le Parana est TOhio du Brésil, tandis que l'Araguay représente les voies de navigation naturelles et artificielles qui unissent le tributaire du Mississipi aux grands lacs et au golfe du Saint-Laurent.
Le Parana ne possède point les avantages de la rivière américaine L*Araguay et le Tocantins compen-
sent rinfériorité d'un des côtés de l'assimilation des moyens de communication entre le nord et le sud pour chacun des continents.
La pensée des instructions reçues par le président de Gk)yaz apparaît avec les caractères de ces inspirations qui embrassent les plans les plus vastes et qui entreprennent de les mener à leur fin par la persistance de la conviction et la science des détails, conditions du succès des grands desseins.
11 n'est donc pas chimérique damener les générations de rémigration contemporaine aux extrémités de la région méridionale qui touchent au 1 6* degré et au réseau des sources du Parana, de TAraguay, du Saint-François et du Tocantins. Ce mouvement de la région du midi subira l'attraction de la région du nord. Celle-ci se pénétrera de vitalité par ses voies navigables soumises au système créateur qui vient de se manifester, et dont l'éneiffique exécution suffirait pour garantir à un règne des pages glorieuses dans l'histoire.
Dès le mois de juin 1845, le gouvernement impérial avait soumis aux Chambres un projet de loi pour rétablissement des colonies militaires. Une loi du 15 juin 1850 en a sanctionné le plan. Ces colonies doivent être des moyens d'ordre et de vivification intérieure en même temps que des institutions de correction. Le 9 novembre 1850, le Gouvernement décrétait la fondation de deux colonies militaires dans les forêts limitrophes des provinces d'Alagoas et de
Pernambouc, et il leur donnait un règlement complet d organisation et d'administration . Le 2 janvier suivant, on autre règlement a été fait pour ces mêmes colonies ou présides de la vallée de TAraguay qui avaient été l'objet des instructions du ministre de Vempire, vicomte de Montalègre.
Au mois de mai 1849, le président de la province du Para fondait la colonie militaire de Sainte-Thérèse du Tocantins. La même année, le Gouvernement faisait reconnaître une nouvelle communication entre les provinces (^ Saint-Paul et de Mato-Grosso. Il déterminait danr la vallée du Tibagi remplacement d'un préside.
On voit donc qu'à côté du système existe l'impulsion d'exécution. Mais cette entreprise des colonies militaires et des présides est exposée à succomber sous les obstacles dont elle se trouve entourée. Les principaux sont le personnel et la dépense.
A la différence de la plupart des ouvrages humains qui périssent par leur excès d'ambition, celui-ci rencontrerait son plus grand péril dans des limites trop restreintes. Si les colonies militaires n'étaient que des stations d'ordre et de police intérieure , des entrepôts pour le négoce avec quelques travaux d'agriculture, elles seraient nécessairement abandonnées au commandement de quelques officiers sans crédit et sans perspective de fortune. Elles ne tarderaient pas à tom* ber en ruine par une dilapidation sans contrôle, ou par l'insouciance des chefs , envoyés dans les forêts
comme dans une retraite pour le reste de leur carrière, et chargés de fonctions vulgaires loin des faveurs du pouvoir et de Tattention de Topinion. 11 faut à ces établissements des hommes probes et intrépides dont les talents aient à trouver des occasions de récompense. Les colonies militaires doivent donc élever leurs attributions à la hauteur du concours dont elles ont besoin.
L'intérieur du Brésil nest pas connu. En 1849, le ministre de Tempire mandait an président de la province de Goyaz que le gouvernement impérial manquait de détails complets à Tégard de la i^igation de TAraguay. La direction des voies de communication, les travaux de topographie, les opérations de Tarpentage, la reconnaissance des richesses minérales et végétales, la protection des frontières composent Toeuvre de la vivification du Brésil, et les colonies militaires se présentent naturellement comme points d*appui de ses opérations et conmie dépôts de ses moyens d'exécution.
Mais avec ces attributions, qu'elles reçoivent de la force des choses, les colonies militaires semblent appartenir directement au corps du génie de Tannée. Elles s'offriraient à l'élite de ses officiers avec la mission la plus vaste et la plus immédiatement utile qu'en aucun pays des militaires puissent accomplir en temps de paix. L'entreprise surmonterait ainsi le premier de ses obstacles en trouvant un personnel de patriotisme, de probité, de science et d'énergie. En même temps la difficulté financière serait diminuée d'abord par
rinterventioD du budget de la guerre et ensuite par la garantie d*un emploi productif des allocations.
La direction centrale du génie, en disséminant ses officiers dans les stations militaires échelonnées pour le meilleur accomplissement de leur destination, ferait converger tous les travaux aux mêmes fins. Elle entretiendrait Tordre, le mouvement et Vunité dans les colonies que Tadministration civile des provinces laisserait dans Tisolement et Tindolence. Aux bienfaits locaux que les colonies répandraient dans la contrée se joindraient tous les avantages que Tempire retirerait du travail des officiers détachés sur autant de points. Sans ce concours du génie de l'armée, les voies de communication, la surveillance, Tarpentage et ladministration des terres publiques semblent des entreprises impossibles.
Les colonies et les présides confiés à Ténergie et à la science de la jeunesse militaire deviendraient dans toute retendue de fempire autant de centres d'impulsion pour ses progrès.
Le Brésilien est appelé par une aptitude spéciale vers les sciences exactes. Avec une carrière aussi vaste le corps du génie de 1 armée serait bientôt la principale direction des études, de l'ambition et des besoins d*une jeunesse qui pèse aujourd'hui sur le budget en écrasant le service public de sinécures.
Pour toutes les tâches que l'armée brésilienne aura jamais à remplir, elle trouverait son meilleur élément dans les officiers qu'auraient éprouvés les travaux
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attribués aux colonies sous les auspices du corps du génie. Aux Étais-Unis, le bureau topographique de ladministration centrale de la guerre à Washington a répandu ainsi ses officiers dans des stations de travaux scientiGques et d exploration jusqu'aux confins du lac Supérieur, jusqu'aux sources du Missouri et dans toute la région des montagnes Rocheuses.
L'exécution des entreprises ardues forme les grands caractères Le lieutenant Washington explora la Virginie et y fit des arpentages au milieu des balles des Indiens. Parmi les contemporains, la plupart des vieillards qui se sont fait un nom dans l'histoire américaine ont commencé leur carrière par les épreuves de l'établissement de la civilisation dans les contrées sauvages.
En sorte que ces régions illimitées du Brésil, en s'abandonnant à l'exploitation, ne doivent pas seulement livrer à l'Ëtai toutes les richesses matérielles qui se trouvent celées dans leurs espaces ; elles lui ouvriront encore des sources de vigueur morale. L'œuvre du défrichement renferme ainsi sa propre certitude de succès. A mesure qu elle setendra, elle élèvera les nouvelles générations à la hauteur des nouveaux moyens de prospérité et de puissance de l'empire.