III. II
c recruteur. Au lieu de cela il se rend chez un puis- « saut du jour, et il demande un mince emploi, même c de surnuméraire ou d'attaché sans traitement, une « chose quelconque, n'importe quoi. » (Le Brésil, 18 juillet 18i8.)
L'état des choses pour lequel TEurope et le Brésil ont à régler les intérêts de l'émigration en face du service militaire, se montre par les détails précédents avec les aspects les moins douteux . On y voit d*abord le recrutement dans ses contacts avec l'organisation politique et sociale du pays. Les propres maux qu'il cause sont la preuve de la fatalité qui le caractérise. Le temps en apportera le remède, et le moyen le plus certain de hâter les effets de sa marche, c'est l'émigration. L'opinion du sénateur RodriguèsTorrès doit fixer l'attention, elle résume le présent et l'avenir : des lois ne peuvent pas prévaloir contre le manque de population. Alors le recrutement devient une des conjonctures de transition d'un peuple nouveau qui paye de ses souffrances le progrès de sa destinée.
Mais le recrutement tel qu'on vient de le voir dans sa fotalité brésilienne et avec la nécessité de résignation qu'il impose au pays, se montre avec des caractères différents dès qu'on y cherche les contacts qu'il aurait avec l'émigration.
Le système de recrutement, tel qu'il est appliqué par des autorités agissant à discrétion, ne fournit cependant pas le contingent nécessaire aux cadres de l'armée. C'est un fait dont les Ministres de la Guerre
ne cessent point de se plaindre dans tous leurs rapports et dans tous leurs discours. D'un autre côté les esprits les plus éminents reconnaissent l'impossibilité actuelle d*im système plus efCcace. Vingt années de patience, ou d'inatiles tentatives au milieu même de Texpérience journalière du mal auquel les réformes devaient mettre un terme, ont plus d*éloquence encore que les hommes dËtat.
Par la force des conjonctures, le recrutement se jetterait sur l'émigration pour en former son contingent.
On a vu que dans Tintérieur des provinces ni les catégories d'eicemption légale, ni Tinfluence du Gouvernement ne suffisent à préserver les Brésiliens de la violence du recruteur et des persécutions de l'autorité locale. Toutefois le patronage, la fuite, l'intimidation, la révolte aident les habitants à se soustraire à une partie de ces maux. Dans une position semblable une population étrangère n'échappe jamais.
Ce serait sur l'émigration que les mmiicipalités prélèveraient leur tribut en hommes. Au détriment des expatriés, les autorités trouveraient le moyen de satisfaire aux exigences du département de la guerre sans moyens violents à l'égard des Brésiliens.
Pour le Brésilien, le système actuel est une chance permanente de vexations et d'oppression, tandis que rémigrant y trouverait une certitude de ruine.
Il n'y a donc point d'exagération à demander qu'une loi exempte l'émigration du service militaire. C'est la seule garantie qui puisse lui suffire. Cette loi dominera
de sa protection toute l'entreprise du défrichement. En accomplissant sa mission bienfaisante dans les forêts du Brésil, elle pénétrera dé son influence d'attraction jusqu'aux extrémités des pays de Témigration. Ce n est pas une exigence étrangère : c*est la vigilance européenne entièrement identifiée avec un des intérêts les plus considérables du Brésil.
Tandis que l'émigration sera laissée ainsi au travail de son œuvre dans les régions de l'empire, le recrutement poursuivra le cours qu'il a pris au milieu des choses du pays. Malgré toutes les conséquences si funestes du système qui vient d'être exposé, le Brésil a marché dans la voie des progrès, et il continuera, en portant ce mal comme il porte sa plaie de l'esclavage.
Mais la position d'entière indépendance du service militaire, demandée pour l'émigration, et qui ne peut rien déranger à l'ensemble du mouvement des choses présentes, favorisera l'entreprise de la colonisation, et ses résultats doivent être le plus s&r remède aux maux du recrutement. Au lieu d'exercer cette salutaire influence, si elle était laissée à la portée des besoins de l'armée, l'émigration et son œuvre succomberaient sous le recrutement.
Aussi longtemps que l'Europe ne verra pas promulger une loi d'exemption du service militaire en faveur des étrangers, elle doutera de la sécurité des expatriés; le recruteur apparaîtra sur le rivage du Brésil pour en détourner Témigrant. (Appendice K,)