‹ Le budget du Brésil; ou, Recherches sur les ressources de cet empire dans leurs rapports avec les intérêts européens du commerce et de l'émigrationChapitre 8 sur 26 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

l'impôt FONCIEB.

« Après loul, le noble ouvrage peut tomber, 1 ear Peeiivre de la luain des bomiues est përis- « sable. Il est même voué à tomber s'il ne « trouve point dans le peuple cet esprit vital « qui seul peut nourrir, soutenir et diriger tous

• ses mouvements. Si Jamais doit arriver le « Jour, où les meilleurs talents et les meilleum M vérins seront ehassés des emplois par Tin- «« Irigue et la corruption, por les dénonciations

* de la presse ou par les perséeu lions de Te^prit M de faction, la législaliou cessera d^ètre nalio- « nale ; elle n*aura de sagesse que par décident, « elle sera mauvaise par système. »

Lb jdoi Stort. — Contlilution de* Était' Unit,

Tout pays peu peuplé, qui possède un territoire inculte étendu et fertile, doit trouver le premier moyen de ses progrès dans la population, comme la meilleure espèce de richesses dans l'emploi du travail national à lexploitationdusol. Le chapitre qui précède, et tous les détails qui, dans le cours de ces recherches, se sont attachés à prouver l'importance du défrichement des forêts du Brésil, et de l'attraction des émigrants européens, semblent donc avoir entrepris une démonstration entièrement superflue Mais c'est bien moins

au choix et à la nature des moyens que l'attentioa s'est arrêtée avec autant d'insistance, qu'aux procédés propres à en bâter l'application avec les résultats les plus abondants et les plus stables.

Si le Brésil est daas les conditions générales qui font de la population et de l'agriculture les instruments de la prospérité d'un État, il est dans une position tout exceptionnelle par les circonstances qui lui imposent de recourir avec urgence et à l'aide de moyens extraordinaires à ces ressources dont d'autres peuples ont pu attendre l'arrivée par la marche des événements du monde, au milieu du développement tranquille de leurs propres besoins. Un semblable loisir manque au Brésil. Ce n'est donc pas pour devenir prospère et puissant qu'il doit se peupler et se défricher ; c'est d'abord pour échapper à des dangers considérables et imminents.

Les treize États de la confédération américaine pouvaient se resserrer longtemps sur le littoral ; ils avaient à y établir leurs forces morales et physiques avant d'étendre la nation dans le vaste territoire soumis à sa souveraineté. Chaque pas des Américains vers le Mississipi fut le résultat d'un nouveau degré de la consolidation des choses le long de l'Atlantique.

Nul voisin dangereux n'inquiétait la confédération dans ce progrès régulier. Ses ressources étaient concentrées et ses institutions n'allaient pas au delà des limites oîi cessaient des intérêts sufTisanls pour les faire mouvoir tout en recevaut leur protection.

LES BICHESSES LATENTES. 173

L'émigration européenne vint accroître la vitesse du développement des États-Unis ; elle lui fit devancer des siècles sans être une condition de sécurité nationale. L'Union aurait pu s'abandonner au cours de l'accroissement de sa population et de son travail du temps de ses fondateurs, sans avoir à redouter qu'une marche aussi lente empêchât la nation de se fortifier coDtre des infirmités cachées dans son organisation intérieure. Ses frontières et ses institutions lui permettaient donc de ne pas se hâter. On a vu ailleurs combien la positfon du Brésil est différente.

En effet, le nouvel État possède un immense territoire dont les frontières sont plus accessibles à la convoitise de ses voisins et à l'envahissement de la cognée et de la charrue de leur civilisation qu'à la force et aux bienfaits du gouvernement impérial.

L'Océan unit les centres de richesse et de prospérité du littoral ; mais les véritables ressources par lesquelles le pays doit résister aux propensions de démembrement, comme aussi les moyens de diminuer les périls d'une guerre maritime, se trouvent seulement dans les prc^rès de l'intérieur du continent.

La question de l'esclavage, enfin, se présente au nombre des plus pressantes nécessités du Brésil ; la race africaine doit être absorbée par la race blanche. Un accroissement de population est donc pour le Brésil un besoin de sa sécurité avant d'être un moyen de sa richesse et de sa puissance

Il faut ensuite considérer que bien différents des

i7G LE BUDGET DU BRÉSIL.

fondateurs de colonies dans l'Amérique anglaise, les chercheurs d'or et les coureurs d'aventures se sont disséminés au Brésil dans des régions aussi inaccessibles qu étendues. Les institutions de Tunité monarchique ont dû aller y atteindre la postérité qu'ils y ont laissée ; il a fallu la soumettre aux formes du système représentatif.

En sorte que dès le lendemain de son indépendance le Brésil fut contraint de donner à son œuvre politique l'extension la plus vaste; c'était laffaiblir en proportion. Pour la vivifier dans l'intérieur du pays, Téqergie et l'enthousiasme de la génération qui s'émancipait au milieu des ressources du littoral ne pouvaient pas suffire.

L'inévitable désordre de telles conjonctures a soumis le pays à beaucoup de souffrances, et il lui a créé le péril du doute des populations à l'égard d'une possibilité d'action régulière du système de gouvernement.

Les institutions aussi réclament donc un secours extraordinaire et prompt. Il faut les entourer des éléments qui sont la condition essentielle de leur existence.

Or, l'exploitation du sol, qui aura pour résultats naturels et immédiats la mise en valeur des richesses physiques que renferment les régions du Brésil, fait apparaître, au milieu des innombrables avantages de l'établissement de l'industrie agricole par un énergique concours de la population étrangère, la prochaine possibilité des taxes directes et de l'impôt foncier.

Chez un peuple qui est au commencement de sa carrière, les inclinations du génie national à employer ou à modifier, le concours de son activité, de sa con- Gance et de sa patience sont des richesses latentes qu il faut mettre au jour pour le proGt de l'organisation sociale et politique. L'impôt foncier est choisi comme le moyen de donner au Brésil les richesses morales que répandent sur un État les institutions consolidées, et accomplissant avec régularité toute leur fonction. Il reçoit ainsi dans l'avenir du régime représentatif la place qui est marquée dans l'avenir économique de Tempire à l'exploitation de son immense territoire. La première influence est subordonnée à la seconde ; mais une fois sorties Tune et l'autre de leurs causes créatrices, elles effaceront les dates de leurs naissances en se donnant un mutuel appui dans l'accomplissement des deux plus magnifiques tâches que la monarchie ait jamais eues sous ses auspices.

Cette mission de l'impôt foncier dans les affaires du Brésil est une nécessité qui se manifeste bien clairement.

On a vu ailleurs que le revenu des douanes est la base de toute l'organisation financière du Brésil, puisqu'il fournit au budget plus des quatre cinquièmes de sa dotation; et en recherchant les caractères de ce fait, il a été démontré que ce n'était pas le résultat d'un système, mais de la nécessité.

En eflet, rindustrie mercantile pouvait seule fournir l'alimentation du nouvel empire. Le luxe de l'existence

coloniale des Portugais dans les villes de l'Atlantique et dans les plantations voisines avait donné au commerce une prospérité qui devançait de plusieurs siècles le degré de bien-^tre de Tintérieur du Brésil. Quand les événements amenèrent l'indépendance de la colonie, l'organisation politique qui en fut le résultat s* était mesurée à la civilisation du littoral en restant presque un mécanisme physique pour le reste du territoire. Par la plus naturelle conséquence de cette situation, lempire qui était né sur le littoral prit son impôt dans la prospérité dont il s'y trouvait entouré.

Ce résultat convenait d'ailleurs entièrement aux propensions des races méridionales d'aller à l'argent le plus facile à recevoir, et d'en faire l'étranger le fournisseur immédiat, en lui laissant le soin de son remboursement indirect par le pays au profit duquel le tribut est levé.

La nouvelle nation reçut ainsi une forme de gouvernement, et elle ne ressentit pas la charge de son entretien.

Les faits dont naissait le régime économique devaient étendre leur influence dans Tordre politique. L'insuffisance des richesses de l'intérieur avait forcé le budget à se nourrir sur le littoral ; le salaire public vint au secours de l'insuffisance des fortunes privées pour établir le cens électoral et le cens d'éligibilité.

Les financiers brésiliens firent sortir leur œuvre des conjonctures du pays. Avant tout ils subissaient une nécessité, et les conséquences en restaient essentielle-

ment mobiles comme leurs causes, taudis que la charte tira de ces mêmes conjonctures un principe immuable : remploi public devint une des bases de son œuvre , et le salaire un des mobiles de l'exercice des droits politiques.

En sorte que le Brésil se donna un gouvernement représentatif emprunté aux expériences d'autres nations ; mais il entreprit de marcher dans cette carrière en se faisant un élément de force des propres penchants qu'un malaise social et l'imperfection des choses humaines ont développé chez ses devanciers en causes de périls, en indices de décadence et de ruine.

Il serait sans doute téméraire de penser que l'avenir ne réserve pas au maintien de la fonction régulière du système représentatif d'autres i*essources que celles dont l'usage a été éprouvé jusqu'au temps présent ; mais peut-être la postérité ne trouvera-t-elle ces avantages qu'en équivalent d'infirmités inconnues à ses prédécesseurs.

En écartant donc les théories, ainsi que les éventualités futures, pour s arrêter à ce qu'il y a de connu dans le système représentatif par Thistoire du passé et par les expériences modernes, on trouve que son mobile est le vote avec la surveillance du budget dérivant de l'intérêt du contribuable. Le vote et la surveillance du budget dérivant de l'intérêt d'une participation à ce même budget par les emplois est un aspect tout différent. Gomme principe, cest une théorie entièrement nouvelle adaptée aux institutions représentatives ; et

i 80 LE BUDGET DU BnÉSIL.

chez les peuples soumis à cette forme de gouvernement, le fait de cette tendance de 1 application du système est regardé comme une altération des règles fondamentales et des saines traditions.

Ainsi le Brésil , par Torigine du revenu public d*abord, et ensuite par les principes de ses lois, fait aux destinées du gouvernement représentatif des conditions nouvelles.

Devant une semblable entreprise, oii se trouvent engagés leKistence d'une nation et de vastes intérêts d'autres peuples, il ne peut jamais suffire de voir les faits et d'espérer le succès en comptant sur des chances, quelque favorable qu'en puisse êtI;^ la réalisation. Il est indispensable de découvrir dans les conjonctures du présent, en remontant à leurs causes et en appréciant leurs tendances, quels sont les résultats positifs soit de l'application du nouveau principe, soit des nécessités que le Brésil a subies en s'organisant.

On verra que ces investigations mènent à une conclusion précise. Au lieu de s'aventurer avec l'incertitude dans des espaces non explorés, le Brésil, déjà suffisamment instruit par ses dangers, doit se hâter de prendre les voies connues pour y profiter en sécurité des avantages qui s'y montrent en abondance et à sa portée. 11 ne peut y avoir d'hésitation qu'à l'égard du moyen de revenir vers cette direction.

L'instrument doit être égal à la tâche. 11 faut que la nouvelle influence domine des influences opposées, sorties de la nécessité des temps et sanctionnées par

les lois fondainealaled ; quà sa force de résistance contre les tendances du passé, elle ajoute une vitalité suffisante pour sauver les institutions en rendant leur application efficace. Un tel ouvrage ne peut s accomplir qu'avec le concours de tous les bons instincts d'un peuple.

En éveillant et en provoquant la volonté et la confiance de toutes les classes de TËtat à une intervention tranquille, universelle et continuelle, dérivant à la fois des exigences des intérêts physiques et des exigences de la nationalité, Timpôt foncier, base du système des taxes directes, parait devoir toujours être le plus salutaire moyen de la régularité du gouvernement représentatif chez un peuple nouveau et à la vocation agricole.*

11 reste à montrer par de plus amples détails que réellement la prompte application de ce principe est une des plus impérieuses nécessités de la situation sociale et politique du Brésil.

Un impôt indirect, que ne devait point sentir la masse de la population, maintint le pays dans une partie de Tétat de choses des temps coloniaux. Les affaires du gouvernement furent détournées des classes tranquilles, et elles devinrent le patrimoine, dans les villes du littoral et de Tintérieur, des classes agitées, composées de la population que les emplois coloniaux avaient attirée au Brésil, des professions libérales et de toutes les catégories sociales dont des occupations manuelles n'étaient pas le moyen d'existence. Or, cette dernière classe était nombreuse.

i82 LE BUDGET DV BRÉSIL.

L'esclavage, favorisé dans son accroissement et dans ses effets par le climat des tropiques et par Torgueil de Taristocratie portugaise, avait déshonoré le travail.

< Les esclaves étaient les seuls moyens d acquérir « la richesse, et les individus seulement qui exerçaient

< quelque métier parvenaient à subsister sans eux. Il

< y avait au Maranham beaucoup de familles descen-

< dant des conquérants, dont toutes les filles étaient

< empêchées de s'établir par la pauvreté de leurs

< parents ; et dans un pays oii il y aurait eu de l'abon-

< dance pour tous, si la culture du sol n'avait pas été c regardée comme un déshonneur pour Thomme * libre. » [Southey, II, 6i7.)

Les actes du gouvernement de la mère patrie servirent encore à étendre les effets de la répulsion des colons pour les travaux manuels. Ainsi Jean lY récompensa la fidélité et le courage des habitants du Para et du Maranham pendant la guerre contre les Hollandais en leur donnant les prérogatives de la noblesse. Des confréries formées d'artisans des derniers rangs s'éteignirent, tous les membres en ayant été anoblis. [Southey, II, 632.)

Tout colon qui avait eu dans la milice une commission d'officier devenait noble et subissait les exigences de ses privilèges. [Southey, II, 632.)

Ces avantages devaient être très-recherchés, puisque c'était l'exemption de la torture, de Temprisonnement, de l'enrôlement, de la saisie des bestiaux et des maisons. [Southey, II, 632.)

Déjà pendant Tère coloniale le recrutement avait entraîné la jeunesse à chercher des refuges contre sa tyrannie.

< La règle était que toute famille où il y avait deux « ou plusieurs garçons célibataires devait eu livrer t un au service de larmée, et que tout homme d'un € caractère mal famé serait enrôlé forcément.

€ Mais lapplication était au dernier degré inique et € oppressive. Lorsqu'il se faisait une levée générale € dans quelque capitainerie, le pays paraissait près-

€ que eu état de guerre civile

€ Des jeunes gens qui étaient le soutien de leurs € parents, de leurs sœurs ou de frères plus jeunes, € étaient enrôlés, tandis que des individus, vrais fléaux c de leur voisinage, et entièrement compris dans les c dispositions de la loi, restaient exemptés en toute « assurance s'ils possédaient quelque moyen d'inc fluence sur le capitaine en chef de leur district, i [Southey, m, 872.)

€ Une levée forcée ayant été ordonnée dans la capi- « tainerie de Saint-Paul, peu de temps après l'arrivée € de la cour, plusieurs milliers d'individus quittèrent € leurs maisons, et se retirèrent dans les bois. » [Southey, m, 873.)

Quand le Brésil eut abandonné les restrictions de son régime colonial, les étrangers y affluèrent avec leurs capitaux et leur activité ; ils se firent un monopole de toutes les occupations que comportaient les diverses industries du pays.

En sorte qu'après son indépendance, lorsque le Brésil eut à fonder son organisation politique, il trouva le peuple divisé en deux grandes fractions : celle qui vivait directement d'une occupation manuelle, et celle qui était dispensée de travail par ses esclaves ou que les circonstainces dont on vient de donner l'indication avaient tenue attachée sur les emplois de Tadministration coloniale comme sur un patrimoine héréditaire, strictement indispensable à sa subsistance.

La première de ces fractions fut laissée hors du mouvement d application des nouvelles institutions ; mais dans lautre, la classe très-nombreuse dont le trésor public était la seule ressource, se tenait à l'entrée des voies qui allaient s'ouvrir aux destinées du gou* vernement représentatif. Elle voyait finir le régime d'absolutisme qu elle avait subi et un service colonial assez restreint dont la meilleure part était toujours réservée à de nouvelles créatures de la métropole. En échange, elle se promettait une prépondérante intervention dans les affaires d'un empire ; elle devait donc y être entraînée avec impétuosité. Tout la favorisa.

En effet, l'impôt indirect des taxes commerciales ne devait pousser les classes tranquilles, vivant d'un travail manuel, à aucune initiative de l'exercice des droits politiques, à aucun contrôle ; et cet impôt de léthargie ne pouvait être remplacé ni dans les conjonctures du temps présent, ni dans celles qu'il était alors permis de chercher dans l'avenir.

La nouvelle organisation réclamait l'appui des classes les plus éclairées et les plus actives ; il fallait multiplier leurs intérêts liés à rafiermissement de la nouvelle nationalité. A cette nécessité venait se joindre Tinsufiisance de la moyenne des fortunes pour former un cens électoral et d*éligibilité. Les classes dont les besoins de subsistance devaient peser sur le budget trouvèrent dans la charte leurs propres nécessités changées en cause indirecte de prérogatives.

C'est ainsi qu'au Brésil remploi public avec son salaire, rencontrant les diverses circonstances de l'état des choses du pays, devint le mobile suprême du gouvernement représentatif.

En sortant du berceau, la jeune nation prit la marche qui semble réservée aux peuples déjà vieillis et inclinant à la décrépitude ; mais les conjonctures et non les infirmités la lui imposèrent.

Les effets nombreux de cette situation ne devaient pas tarder à s'aggraver par l'élendue de Tempire et les entraves de la circulation. Le peuple, qui sentait si peu l'impôt ou les charges du gouvernement, ne sentait pas plus directement ses bienfaits matériels et moraux. En sorte qu'il ne se voyait pas intéressé à conserver ses institutions.

Ici doivent reparaître toutes les impressions qui résultent de l'exposé des diverses administrations de lempire dans le détail de la dépense publique. Elles viennent servir à expliquer l'origine de l'indifférence et de l'incrédulité d'une partie du peuple brésilien à

186 LE BDDGET DU BRÉStL.

l'égard de ses lois fondamentales. On y voU ensuite comment les affaires furent abandonnées à cette autre classe de la nation qui se trouvait entraînée dans la politique comme dans l'exploitatioD d'une vaste industrie.

Pour l'honneur du Brésil on doit s'empresser de reconnaître que des épreuves aussi cruelles que celles des premiers temps de son régime représentatif ne peuvent pas avoir leur première cause dans les sordides calculs de l'égoisme attaché à des profils matériels. Les philosophes et les publicîstes dont les travaux avaient précédé et suivi l'émancipatioD coloniale créà^nt au Brésil l'activité des théories politiques.

Mais tandis que l'élite des partis s'inspire de l'enthousiasme que produisent les doctrines, tandis qu'elle défend sa cause au prix, de son sang, sous l'influence de convictions sincères, elle est suivie de la masse de ses adhérents, imbue des infirmités de l'état du pays, et qui finit par imposer sa prépondérance à ses chefs.

La poursuite du profit devait donc être dominante dans les excitations des luttes politiques du Brésil. C'était un résultat de ta situation économique et sociale, et les lois elles-mêmes y poussaient les citoyens.

Les éléments de l'émancipation nationale et de la crise de 1831 ont été soumis à cette influence.

Mais quelles que soient les causes de l'agitation d'une époque, il ne tarde pas à y paraître un principe de dissidence qui devient une force de résistance par le seul fait de l'exagération des doctrines qui l'entou-

rent. Il se forme alors un parti qui s'arrête pour soustraire les institutions à une mobilité continuelle, et les avantages réalisés aux chances des innovations. Ce parti reçoit les sympathies et lappui des intérêts qui se sont organisés hors du mouvement politique, mais qui en craignent les secousses. Le commerce, les capitaux, les positions acquises deviennent les alliés naturels de sa cause, et il prend pour règle la sécurité et le développement des intérêts moraux et des intérêts physiques sur la base stable des institutions existantes.

Avec un instinct semblable, suivi dans une autre direction, le parti qui reste soumis à la cause révolutionnaire primitive, en fait une mission permanente de progrès indéfini, et il s'efforce de compenser par les s\naapathies des multitudes et par l'excitation démocratique les ressources que son adversaire trouve dans les intérêts organisés.

On a vu ailleurs que telle a été l'origine des partis qui divisent le Brésil.

C'est toujours le parti le plus effervescent qui met le mieux à découvert les véritables dangers de la situation d'un pays. En effet, vers lui se portent toutes les activités les plus ardentes et tous les besoins les plus inquiets. Par la force des choses, ces influences tendent à se maintenir eu développant les principes qu'ont mis dans les lois les conditions sociales dont elles sont elles-mêmes une expression. En sorte qu'au Brésil, c'est dans les actes du parti du mouvement que se trouvent les conséquences les plus prononcées de

l'état du pays et des doctrines de la cliarte à l'égard de l'application du système représentatif.

Il est superflu de démontrer que l'acte additionnel du 1 2 août 1 834 domine toute l'organisation politique de l'empire. H fut le résultat d'une lutte acharnée des deux partis doDt on vient de rappeler l'origine et de marquer la position. Ainsi qu'on l'a expliqué dans l'article des dépenses provinciales, l'influence prépondérante du radicalisme profita de la victoire de son parti pour déposer dans l'acte du 1 2 août des principes démocratiques; il fit de la nouvelle charte des provinces un élément de contre-poids et de restrictions pour les prérogatives monarchiques de la charte de l'empire. Mais ce n'est pas le seul caractère de son œuvre.

De même que les fondateurs du gouvernement avaient mis dans la charte le mobile des salaires, en faisant subir aux institutions les conséquences de l'état économique du pays, le parti qui fit la constitution des provinces prit aussi les emplois publics pour une des bases de sa réforme. Ce fut à la fois un moyen d'affermir son propre ascendant et d'accrottre la prépondérance provinciale; il excitait les propensions de la jeunesse à se porter vers la politique sous ses auspices ; il se conciliait dans chaque localité les ambitions et les besoins.

Les bveurs du pouvoir étant le moteur destiné à faire fonctionner les institutions, les provinces devaient adhérer à un changement qui leur apportait le pouvoir avec ses principales prérogatives. Il venait se placer au chef-

lieu de la province pour y être accessible à des influences secondaires qui étaient empêchées d arriver jusqu a la capitale de Tempire et d'y lutter avec des influences supérieures en crédit. Un principe de la charte contenait donc un germe du danger que Tacte additionnel apporte au Brésil.

Un système d'élections mis en mouvement par lattraction du salaire avait laissé les intérêts des provinces dans un abandon entier. Les élus, choisis à laide des moyens dont l'autorité locale disposait, avaient à compter avec le Gouvernement bien plus qu'avec leurs mandants. D'ailleurs ils s'acquittaient envers ceux-ci comme le Gouvernement s*acquittait envers euxmêmes; et les améliorations morales et physiques disparaissaient dans les manœuvres et dans les agitations de cette exploitation du budget.

Ainsi les provinces, sous l'impression d'un malaise général, durent favoriser l'acte additionnel de 1834, destiné à suppléer à la faiblesse de rayonnement du pouvoir central. Rio de Janeiro excitait leurs jalousies par les ressources qui paraissaient s'y absorber sans compensation pour le reste de l'empire. Devant Texpérience de Tinefiicacité d'une représentation nationale qui allait s'annuler dans la capitale au contact du Gouvernement, au lieu de se réfléchir en bienfaits généraux vers son origine, les souffrances des provinces ouvrirent leurs espérances à Tœuvre de lacté additionnel qui détruisait la centralisation.

C'est par ce dernier caractère que Tacte de 1834,

malgré ses doctrioes et ses préparatifs de fédération, a paru justifiable quand la crise démocratique dont il est sorti fut passée, ainsi que les périls manifestes et immédiats dont elle menaçait le pays. L'éloignement des faits el les apparences ont donné cours à celte opinion. Mais l'expérience a déjà prouvé que l'acte additionnel n'a pas cette puissance de vivification pour les provinces.

Les nécessités de l'intérieur du Brésil sont précisément celles qui réclament l'intervention du Gouvernemeol.

Un pouvoir centralisant peut gôa^ l'emploi des forces locales, l'activité et l'énergie des populations, leur aptitude à se protéger elles-mémes^à faire croître leurs propres ressources par le sentiment de la confiance et de la nécessité. Mais ces éléments doivent exister comme première condition des franchises provinciales, et dans un pays tel que le Brésil, les franchises provinciales ne peuvent pas les précéder sans accroître les propres souffrances dont elles doivent être le remède.

L'affranchissement donné par l'acte additionnel est donc un anachronisme ; il a devancé la marche des choses qu'il devait suivre ; il est devenu un vice organique en aggravant les maux des provinces. Des faits nombreux servent de preuves à cette assertion, el l'exemple d'autres pays autorise à croire qu'en principe l'innovation de 1 831 doit être condamnée.

C'est ainsi que même dans la confédération de l'A-

mérique du Nord, fondée sur l'indépendance presque souveraine de chaque État, la constitution maintient sous la tutelle du pouvoir exécutif fédéral les territoires organisés qui doivent devenir un jour de nouveaux membres de l'Union. Cette dépendance est prolongée jusqu^à ce que la population soit assez considérable ; jusqu'à ce que les ressources, les intérêts, Texpérience des institutions, ou tout le développement matériel et moral, prouvent que le territoire est devenu habile à se gouverner, et qu'afin d'entrer en membre utile dans la république, il ne lui manque plus que le simple fait de son émancipation. Quand le congrès fédéral la prononce, ce n'est pas un nouveau principe de vie qu'il donne au nouvel État ; en Tafiranchissant de la tutelle du pouvoir exécutif, il lui reconnaît Taplitude à user régulièrement, dans le système de Torganisation nationale, de toutes les ressources qui ont été amassées pendant la minorité.

Si la tutelle ne se prolonge pas toujours autant que la situation d'un territoire exige Tappui d'une autorité vigoureuse, ce n'est point parce que l'action du pouvoir fédéral met des obstacles à sa prospérité, c'est que le principe fondamental de TUnion américaine s'oppose à une consolidation de la prépondérance du pouvoir exécutif. La tutelle des territoires en est un élément, et le Congrès sacrifie quelquefois les intérêts du territoire à la sécurité de la constitution.

En sorte que quand la centralisation cesse aux État»- Unis, c est d'abord par l'influence de faits accomplis

que l'affranchissement vivifie, tandis qu'au Brésil c est laffranchissement qui doit produire les mêmes faits.

La centralisation américaine cesse ensuite par l'influence d'un principe qui tient à 1 essence même du gouvernement républicain fédératif; au Brésil elle a * cessé sous l'influence d'une jalousie qui s'est attaquée à un principe qui tient à l'essence du gouvernement monarchique.

Aux Étate-Unis l'émancipation prématurée nuit au mineur, mais elle préserve la constitution ; au Brésil elle a blessé l'un et l'autre.

Une cause qui hâte aussi le terme de la tutelle des territoires américains est la soif des emplois dont le gouvernement fédéral dispose pendant la minorité, et qui tombent dans les attributions du gouvernement local dès que l'émancipation du territoire est prononcée.

On verra que les deux pays souffrent de la même plaie, mais dans des conjonctures différentes qui assurent encore à l'Amérique du Nord les avantages de position.

Lorsqu'un territoire de l'Union réclame du congrès fédéral son émancipation, il montre tous ses intérêts créés dans des conditions saines, avec une activité régulière. C'est la prospérité manifeste et exubérante qui demande la fin d'une centralisation superflue.

Au Brésil, l'acte additionnel n'a pas été louvrage pacifique d'intérêts prospères, il est sorti d'une convulsion politique d'intérêts souffrants. Il a calmé quel-

ques symptômes du mal, mais en aggravant ses causes; et quant aux intérêts en souffrance, ce sont précisément ceux qui relèvent inmiédialement de la sollicitude, de la direction du pouvoir central dans les conditions des régions nouvelles de l'Amérique du Nord et des provinces du Brésil.

L'insuffisance de la population, le manque de prêtres, d*écoles et de chemins, sont l'origine des maux de 1 empire. Les moyens d'y pourvoir exigent lunité des systèmes et la persévérance de Tapplication. Dans les conditions extraordinaires de l'organisation de la monarchie, c'est par des procédés extraordinaires que les résultats peuvent s'élever à la hauteur des nécessités. Les pouvoirs provinciaux y seront impuissants par Timpossibilité du concours de leur intervention au même plan et par Texiguïté de leurs ressources disponibles pour la recherche d'avantages qui ne doivent pas toujours être immédiats. De telles entreprises appartiennent à la politique nationale ; le gouvernement seul peut se vouer à l'exécution du système qu'elles exigent.

Après une expérience de dix-sept années, il est bien prouvé que l'acte additionnel de 1 834 n'a pas fait profiter les provinces des prérogatives qu'il a enlevées au pouvoir central, tandis qu'il les a privées des avantages qu'elles pouvaient espérer de sa diffusion, lorsque le temps et la consolidation des institutions l'auraient fortifiée.

Les provinces n'ont point profité de ce que le gou-

iU LE BUDGET DU BRÉStL.

vernemeat central a perdu; sous ce premier aspect l'acte additionnel est négatif. Mais les provinces sont nécessairement destinées à souffrir de l'affaiblissement du pouvoir central dont l'énei^e a été restreinte ou supprimée et non transférée avec efficacité à on agent plus actif. A cet égard la constitution des provinces a un résultat positif mauvais. Les entraves que la charte de l'empire s'était données, et qui empêchaient la régularité du système représentatif, se retrouvaient dans la charte des provinces. La réforme laissait stdisister le vice au centre, et elle en transportait un semblable dans les gouvernements provinciaux au milieu de circonstances tpû diminuaient tous les avantages avec lesquels le gouvernement central pouvait s'efforcer de combattre l'inefficacité des institutions nationales aux premiers temps de leur application.

Ainsi l'acte additionnel a détruit la centralisation d'un État qui n'avait pas les forces dont la centralisation est l'origine, et qui manquait de cette autre centralisation que trouve un pays dans de vastes intérêts politiques et commerciaux répandus sur son territoire, dans le sentiment instinctif et universel des avantages de l'union résultant de la facilité des conmiunicattons et du contact de tous les éléments de la sécurité, de la prospérité et de la puissance. La destinée de l'empire est de lutter sans cesse pour consolider l'unité nationale, et l'acte additionnel organise dans chaque province un moyen de démembrement

Cependant la mise en valeur des ressources que

LES aiCHESSES LATENTES. 195

possède le Brésil pourra détourner et annuler les conséquences de lacté additionnel si la rapidité de rentreprise est égale au développement des dangers. C'est pour renforcer une telle espérance qu*il faut considérer plus particulièrement dans leurs effets les maux des institutions provinciales, puisque c est arriver en même temps à découvrir les influences qui doivent leur être opposées.

L'activité politique attachée à la recherche des emplois et constituée en occupation de toute une fraction nombreuse de la nation par une force de circonstances que la charte elle-même avait subie, et dont elle avait fait un agent de sa propre fonction, arriva bientôt aux excès inévitables de ses propensions. L*acte additionnel en fut un résultat qui pèse à présent, comme on Ta déjà vu, sur toute lorganisation politique de l'empire.

Mais, ainsi qu'il était naturel, cette réforme a été un effet qui, à peine accompli, a reproduit sa cause : chacune des dix-huit provinces, en recevant la nouvelle loi, devint un foyer ardent au milieu de l'agitation générale. Car le gouvernement central gardait assez d'intervention dans la nomination des emplois pour laisser continuer à la charte de l'empire l'influence de l'attraction du salaire public. En sorte que l'acte additionnel vint donner à chaque gouvernement provincial une initiative et des prérogatives qui auraient sufii pour créer les maux qui existaient déjà et dont les causes restaient. [Appetidice L.) Ces maux pri-

i% LE BUDGET DU BRÉSIL.

reut ainsi daiis la continuatioa des effels de la loi fondamentale et dans les innovations de la loi provinciale une gravité extraordinaire. Cette dernière loi avait donc restreint les bons principes de la première, et elle en avait favorisé les vices.

Cest par la combinaison de ces influences sur la situation du Brésil que lemploi public, placé dans la charte comme titre à Texercice des droits du citoyen, et dans l'acte de 1834 comme mesure des franchises provinciales, transforma la politique en une vaste industrie dont une agitation permanente du pays fournit la force motrice, tandis que la rébellion et la guerre civile devinrent la protection des intérêts qui sy étaient engagés et qui se croyaient menacés.

Car il est impossible à cette industrie de jamais satisfaire aux besoins de tous ceux qui s y portent. La concurrence qu'elle excite est une lutte de haines et non de loyaux efforts. Elle s'organise en proclamant la nécessité d une récompense systématique des vainqueurs qui entraîne la proscription systématique des vaincus. Le budget, qui s offre à toutes les ambitions, double ainsi le nombre des salaires à l'aide de la réduction d'une moitié dans le nombre des copartageants.

L'histoire des dernières années n'est que l'enchaînement des résultats de cette situation des choses En 1848, la destitution d'un président provoqua une conspiration générale de son parti dans les provinces et une révolte meurtrière à Pernambouc.

En 1848, le parti qui avait la prépondérance dans rassemblée législative de la province de Minas 6t une loi qui changeait en emplois à vie certaines fonctions et les postes de la garde nationale. La province de Saint-Paul suivit cet exemple. C'était un moyen de se soustraire aux conséquences d'une réaction qui paraissait imminente.

La violence des élections est un autre résultat de la tendance du salaire public à se convertir en principe dominant de Tapplication des institutions.

L'impulsion électorale ne dérivant point de Tintérêt des classes laborieuses et tranquilles impliqué dans rimpôt, mais des attractions du budget, les élections doivent évidemment se faire pour atteindre l'emploi ou pour le conserver ; Télection poursuit la fonction publique et le fonctionnaire veut dominer Télection.

L'activité et l'agitation de toute la fraction qui vit des salaires se meuvent dans ce cercle fatal, et il en natt le conflit des règles de l'élection et des intérêts qui n'ont pas seulement à conquérir ou à défendre une influence politique, mais encore le véritable patrimoine de leurs besoins.

Dans de semblables conjonctures, il arrive toujours que les hommes cherchent par la violence à se protéger contre les maux dont les menace l'application régulière des lois ou leur insufiisance. C'est ce qui se passe au Brésil avec toute la gravité qui peut résulter des inclinations d une race méridionale.

Après avoir considéré quel est dans tout l'empire

la pratique des élections, soit du cAté des aatorités locales, soit du côlé des partis ; après avoir vu ces faits si noiobreuK et si caractérisés soumis pendant plusieurs années dans les débats des chambres à l'appréciation des hommes les plus éminents et d'opinions diverses, toute incertitude disparaît, et l'on arrive à conclure qu'au Brésil l'application électorale se trouve encore à l'état de transition.

Mais quelle que soil la valeur des opinions appelées en témoignage, IcH^ue des déductions importantes ont à trouver leur origine dans les détails de l'existence sociale et politique d'un peuple , elles ne peuvent vaincre toute défiance qu'à l'aide de l'exposé officiel des Taits eni-mémes.

Ce n'est ni dans les provinces éloignées, ni dans des temps déjà reculés que ces preuves seront recherchées ; elles sont Touraies par les élections de la province de Sei^pe en 1847.

Paroisse de Itaporanga.

a Je mande à V. E. que le bruit s'est répandu < dans cette paroisse qne des gens armés devaient se • montrer pendant l'élection par ordre de V. E. pour « fcM-cer le peuple à recevoir une liste présentée « par des personnes qui s'intitulent commissaires du « gouvernement; qu'il y avait certitude d'insultes, ■ de coups et d'arrestation pour ceux qui ne se pré- « leraieol pas avec soumission à un acte dégradant « pour le caractère d'un citoyen brésilien et insultant

LES RICHESSES LATENTES. i99

pour le pacte fondamental de la nation qui commande la liberté du vote. Ces nouvelles efirayantes s'étant propagées, tous les juges de paix assermentés se donnèrent pour empêchés par maladie, de même que la majorité à peu près des suppléants, qui avaient été convoqués pour former le bureau, dans la forme de l'article 6 de la loi réglementaire des élections du 19 août 1846; la même raison empêcha de comparaître les habitants qualifiés ; il n'en vint que dix ou douze à Téglise primaire, tandis que le nombre des inscriptions est de plus de 860. En conséquence de quoi le bureau de paroisse ne pouvant pas se constituer, je me suis retiré à la maison et je remplis le devoir d en informer V. E. pour qu elle daigne prendre les mesures que le cas exige. Je lui mande également que, me trouvant de mauvaise santé, je cesse de continuer Texercice des fonctions inhérentes à l'emploi déjuge de paix.

« Dieu garde V. E.

4 Itaporanga , le 7 novembre 1847.

« Au président de la province de Sergipe ,

« LE JiGB DE PAIX >

Paroisse de Saint-Félix de Pacatuba.

« Excellence, le 7 courant j'ai été empêché par « maladie de présider le bureau paroissial, et de € plus parce que le 5 du courant le subdélégué récemt ment nonmié, Manoel Ferreira Passos de Faro, et « Favocat Antonio José da Silva-Travassos, arrivèrent

avec des hommes armés de mousquets et de couteaux, poignards. La présence du subdélégué se prolongea jusqu'au 7 avec pas moins de 300 individus, dont plus de 200 étaient électeurs. Par c^tte arrivée et ce séjour ainsi que par Tapparition d un détachement de police à une heure du matin, il se répandit une telle inquiétude et une telle terreur que la plus grande partie des électeurs, suppléants et votants de cette paroisse s'abstinrent de paraître, ce dont ils me donnèrent communication. Le résultat fut qu'à une heure de l'après-midi, il n'y avait personne pour présider le bureau. G est alors que « se montra le citoyen Manoel Dias Coelho et Mello « pour présider le bureau paroissial, comme il fit. « Cétait hors de sa compétence, puisque, encore « qu'élu, il n avait ni prêté serment, ni moins encore « pris possession de son emploi, qu'il n'a jamais exercé « pendant les quatre années dernières, ainsi que le « prouvent les pièces ci jointes que j*ai l'honneur de « transmettre à V. E. Il commença les travaux de « l'organisation du bureau électoral. Quoique plu- « sieurs électeurs et suppléants fussent présents, deux <i des électeurs ne furent pas appelés au bureau « comme la loi l'exige, mais un seulement, ainsi que v l'établissent les documents annexés. De plus, les a votants se donnèrent leurs suffrages, ce qui est con- « traire à la loi des élections. V. E. voudra donc bien « décider si ces élections sont valables, faites comme I elles l'ont été. Par information officielle du juge de

« paix en télé de la liste des suffrages, le capitaine c Francisco Antonio de Souza Caldas, c est à moi que « revenait la présidence du bureau .

€ Dieu garde V. E.

c Paroisse de Saint-Félix de Pacatuba, le 1 no- « vembre 1847.

€ Au président de la province de Sergipe le juge

« de paix , président de la junte de qualification. »

Paroisse de Villa^Nova de Saint-François.

< Excellence, je vous mande qu'il n'a pas été possible de procéder aujourd'hui, comme cela devait être, au choix des électeurs de cette paroisse, parce que le 5 de ce mois, dans la paroisse de Pacatuba faisant partie de cette municipalité, Antonio José da Silva Travassos, et le subdélégué que Y. E. a nonmié récemment, s'étant montrés avec plus de 300 hommes armés, ils ne se bornèrent pas seulement à remplir de terreur les habitants de cette paroisse, mais ils détachèrent aussi des groupes pour intimider cette paroisse-ci. Afin de déguiser une conduite aussi criminelle, ils ont osé se prévaloir du nom de Y. E. ; et il en est résulté que les électeurs et les suppléants, dans leurs craintes, se dispensèrent de comparaître, ce dont ils m'informèrent, et aucun votant ne parut dans l'église primaire par les motifs qui viennent d*étre expliqués. Pour les

20â LE BUDGET DU BRÉSIL.

■ m^mea raisons la messe d'invocation n'a pas été •I célébrée par le révérend vicaire, qui me cominn' 1 nique officiellement sa surprise des terreurs avec « lesquelles on voulait opprimer la liberté électorale, « et son impossibilité de célébrer. Par conséquent, il « fallut ajourner les élections primaires au 28 coaranl, < selon la faculté que me donne la loi des élections. • Cest ce que j'ai rendu public par des édils, en invi-

■ tant les électeurs, les suppléants et les votants à « comparaître au jour marqué.

« Dieu garde V. Ë.

« Villa-Nova, le 7 novembre 1847.

» Au président de la province de Sergipe le juge

<• de paix président du bureau paroissial. »

Ville de Maroim.

< Excellence, j'ai à présider le bureau de t'assem-

I blée paroissiale le 7 courant ; je vois que des per-

: sonnes malintentionnées se préparent à troubler le

I plus sacré des droits constitutionnels en assurant

: dans toute la ville qu'avec l'inlluence el la protection

de V. E. , elles remporteraient ta victoire électwale,

encore qu'il fût nécessaire de répandre le sang, ce

qui ne peut pas se concilier avec les actes émanés

du gouvernement de V. E., qui a employé tous les

moyens de garantir la tibo-lé du vote des citoyens.

Mais je suis certain que toutes les ressources s'em-

ploieront pour assarer le prétendu triomphe, et je vois de plus que des hommes influents circulent dans les faubourgs de cette ville, embauchant des individus mis en accusation pour crimes de meurtre, afin qu ils comparaissent au jour marqué et en armes, avec toute certitude d'ôtre protégés par la police. Je sais encore que dans beaucoup d'endroits de celte ville on a fabriqué publiquement des cartouches, soit pour frapper de terreur, sqit pour commettre des crimes. Tajoute encore qu'hier, pendant la nuit, il est entré ici une force d'environ cinquante hommes de la garde nationale du Rosario. Il n*est pas possible, dans ces conjonctures diamétralement opposées aux manifestes de V. Ë., de garantir la liberté du vote des citoyens. Les autorités de police sont indifférentes, et même, j ose dire sans crainte qu'elles sont de complicité dans tout ceci. Je pense qu'il est de mon devoir, avec toute la célérité possible, de mander le tout à Y. Ë.

< Elle voudra donc bien prendre toutes les mesures qui sont à sa disposition, dans l'intérêt de la liberté du vote, pour mettre un terme à ces menaces et à ces terreurs, et aussi pour éloigner la force armée, afin que les citoyens, libres de craintes, puissent se rendre à Téglise au jour désigné en donnant un vote sans contrainte. Pour le cas oii, avant ce jour, V. E. n'aurait pris à cet égard aucune mesure, cft qui ^e sera pas croyable, je renoncerai à préif l'eau de l'assemblée paroissiale, et je ferai

< arriver à la connaissance de notre monarque adoré « les causes qui m'auront poussé à cette résolution.

€ Dieu garde V. E.

« Ville de Maroim, le 3 novembre 1847.

€ Au Président de la province de Sergipe ^ le

juge de paix président de l assemblée paroissicde de Maroim. »

€ Lorsque le 3 courant j'écrivis à V. E. en lui faisant la fidèle exposition des événements qui se passaient dans cette ville et ses environs, j'étais bien éloigné de croire que ces menaces et ces terreurs prendraient en un instant la dimension qu'elles ont acquise, et que des personnes influentes de cette province seraient capables de mettre à exécution des mesures terribles et des plans sanguinaires, ainsi que malheureusement cela commence à se réaliser, c Dans le magasin de Jean Gomès de Mello se trouve casernée une force de plus de cinquante hommes, composée d'individus de divers endroits de la province. Parmi eux se remarque, comme un défi et un scandale pour Tordre et la tranquillité publique, le criminel Manoel Yincente, mis en accusation pour meurtre ; François Xavier, condamné par le jury et qui réussit à s'échapper de la prison de cette cité à l'aide d'une effraction, ainsi que d'autres criminels, appelés à dessein pour commettre des crimes et des délits sous la protection des agents de la police.

m If

« Cette nuit un jeune homme qui s approchait du magasin a été assassiné. Hier à sept heures du matin le citoyen Liberato de Araujo a été frappé de coups de couteau pour le seul fait de passer dans la rue oii se trouve le même magasin. Pendant la nuit, des groupes turbulents de plus de vingt individus parcourent les rues en blessant ceux qu ils rencontrent, et en insultant à haute voix les paisibles habitants de cette ville infortunée.

< On promet le pillage des maisons de commerce et des maisons des personnes du parti nommé le parti légal. Toutes ces choses se passent publiquement dans cette ville, et les autorités de police sont impassibles devant les plaintes des citoyens.

< Ce que ceci signifie , je Tignore ; mais ce qui est certain , c'est que les autorités se prévalent du nom de y. E. et qu'elles disent publiquement que Y. E. veut avoir Télection n'importe comment. Dans la situation déplorable où nous sommes arrivés, que peut-on encore espérer de semblables autorités ?

< Dans un tel état de choses, il n'est pas possible d'avoir des élections. De V. E. j'attends des mesures de garantie, et dans le cas contraire je ne présiderai pas l'élection.

(« Dieu garde Y. E.

« Maroim, 5 novembre 1847.

< Au président de Sergipe , le juge de paix

président de rassemblée paroissiale de Maroim. »

<c Excellence , la chambre municipale de la ville de ^ Maroim ne peut pas être insensible aux plaintes et « aux clameurs de ses habitants depuis la démission c des autorités, depuis que la police a été confiée à des ^ hommes sans aucun jugement , reconnus pour fac- « tieux avoués, et qui , revêtus à présent des fonctions cv de délégué et de subdélégué , n'épargnent aucun « moyen, terreurs, menaces, persécutions, et autres « ressources pareilles, pour emporter par la fraude et « la violence le triomphe dans la prochaine élection.

« Cest quand le gouvernement de V. E. fait appa- « raître des mesures énergiques et vigoureuses pour *i garantir la liberté du vote des citoyens, cestlors- « que le jour du 7 novembre approche , jour tant « désiré dans lequel le peuple exerce le droit de sou- « veraiueté, c'est enfin lorsque Turne électorale doit i< montrer en évidence de quel côté est la majorité de « la province, c'est alors, contre l'attente générale, H que se voient destitués les employés de l'autorité de « police, citoyens probes et notables par leur position « sociale et par leurs vertus, et ces charges sont livrées « à des hommes de vénalité et prévaricateurs, dont «( les décisions doivent toujours être emportées par le « poids de l'or.

« A peine en possession du pouvoir de délégué de police pour ce canton, le juge municipal François « Xavier d'Oliveira Percira parcourut les rues de la « ville, excitant la populace, et faisant lancer des « fusées en signe de réjouissances pour les dcstitu-

LES RICUESSES LATENTES. 207

tiODs. Il se rendit ensuite dans la ville de Santo Amaro afin d'y animer ses partisans. Le résultat en fut qu'hier ceux-ci, munis de fouets, se portèrent à la maison d'un habitant pacifique pour l'arrêter sur Tordre du même délégué en violation des mesures protectrices prises par V. E. En conséquence de cet ordre et au mépris de celui du gouvernement de V. E., le malheureux citoyen Philippe Corréa fut assassiné pour le simple fait d'avoir déclaré qu'il était du parti appelé légal ! ! !

c Dans l'état de mouvement oii se trouvent ces municipalités , comment pourront être garantis les votes des citoyens si déjà paraît la domination du mousquet? Dans cette ville, le subdélégué Lucino José de Goes a été jusqu à dire publiquement que l'ancien délégué , l'honnête citoyen José de Lémos Ribeiro, serait le premier qui dans l'église recevrait des coups de bâton ! ! Antonio Ferreira de Freitas, qui n'a pas encore été absous du meurtre qu'il a commis dans cette ville à l'endroit nommé Caiçado, s'est rendu à dessein chez le citoyen Jean Barroso de Rezendès, armé d'une épée pour Tassassiner ; et le juge municipal , se trouvant à la fenêtre du rez-de> chaussée de la maison du docteur Guillaume Pereira Rabello, loin de foire arrêter le coupable en flagrant délit, comme c'était son devoir, lui fit au contraire , de la fenêtre ou il était , le signe de se retirer.

« Ces choses et beaucoup d'autres avec lesquelles

« on tâche de frapper de terreur les habitants de ce <t canton, obligent cette chambre à venir solliciter de V. E. les mesures qui puissent garantir la liberté du vote des citoyens, comme V. E. en a fait la déclaration. Malheureusement ses nominations, dans Tignorance sans doute des précédents des individus nommés, sont tombées, au moins pour cette municipalité, sur des personnes incapables d'administrer la justice.

a Hier soir est entrée dans cette ville une force a de 50 hommes environ de la garde nationale de la « ville du Rosario , et elle se tient cachée dans une « maison de cette môme ville. On a confectionné des « cartouches en public ; on entraîne des personnes mal- « intentionnées et des hommes mis en accusation pour « meurtre à venir le 7 courant à 1 église avec leurs « armes. Dans les localités appelées Gentio et Caitatei

< on a fait courir le bruit que les élections s'emporte terontavec du sang répandu, et tous les apprêts « annoncent que soit par le fer, soit par le feu , on « veut emporter les élections.

a Cette chambre municipale donc, ayant la con-

« science de ses devoirs et voyant l'état lamentable

c auquel est réduite cQtte portion du peuple brésilien,

c vient respectueusement implorer la démission des

« employés de police, puisque d'eux et d eux seuls

« sont nés les maux qui menacent cette municipalité.

< Si cependant V. Ë. n'écoute pas les justes réclama- € tions de cette chambre, celle-ci, pour elle-même et

LES RIGHESSCS LATENTES. S09

< pour ses administrés, proteste soleaDellement contre « y. E. comme première autorité de la province pour

< tout ce qui arrivera pendant les prochaines élec- « tiens.

« Dieu garde V. E.

« Salle des séances de la chambre municipale de la « ville de Maroim , 3 novembre 1 847 .

« A M, le Président de la province de Sergipe. »

€ Excellence, les soussignés, habitants de la paroisse et de la ville de Maroim, viennent avec soumission et respect implorer d'énergiques et prudentes mesures pour être préservés dans les prochaines élections des trames terribles qui se préparent. Tandis que de la part de quelques hommes qui se disent protégés de y. E. il est émané des mesures propices et salutaires pour garantir la liberté du vote ; tandis que y. E., adressant ses proclamations au peuple , lui garantit toute sécurité et toute liberté dans les élections, les partisans de la faction appelée Camondongo , excitent la populace et provoquent la patience des habitants pacifiques de cette municipalité et d autres , et peut-être de toute la province. Les faits des derniers jours prouvent complètement qu'une main occulte entreprend d annuler la liberté des citoyens, de leur enlever les voles par la force et la violence, et de les pousser à une rupture, indispensable en certains cas, lorsque la patience est épuisée.

210 LE BUDGET DU fiaÉSIL.

< On sait que les qualifications dans cette province « ont été faites par la terreur et la fraude ; que le « recrutement, les procès injustes, les crimes inventés, « la vision de sédition du Pied de Banco, le refus « des votes au président des juntes, lexclusion des « hommes riches et opulents, l'admission de misé- « râbles sans moyens, pour qu'ils se présentent le < 7 novembre dans les églises respectives ; la décision des juges, présidents de juntes, contre la salutaire disposition de l'article 28 de la loi du 1 9 août 1846, et enfin une série infinie d'abus de pouvoir et d excès des attributions conférées par la loi ont été les seuls moyens employés pour obtenir une majorité artificielle. Tout cela n'a pas suffi ; cette misérable faction ne peut réussir à se faire une majorité, tant est grande son insignifiance.

< Â l'approche du 7 novembre, de ce jour qui doit marquer dans l'histoire de Sergipe comme exemple ineffaçable de la déroute de cette faction, en montrant au Brésil et au monde qu'elle n'est rien et ne peut rien, cette gent, se couvrant du nom de Y. E. et protégée par la police, excite la populace, emploie les moyens de terreur et de violence, appelle des assassins à se présenter en armes à l'élise primaire avec la certitude que l'impunité sera la garantie de leurs crimes.

€ Publiquement on fabrique des cartouches à balle, on répare les armes, on déclare hautement que cette faction restera maîtresse du terrain par le

« sang, cl que la victoire électorale sera le prix de ses « fatigues.

< Il y a peu de temps, la paix et la tranquillité « étaient le partage de cette malheureuse province, <' la sécurité publique y était garantie ; en un instant

tout change en craintes, terreurs, persécutions et, hélas ! en meurtres même I ! Réellement il doit se dire mauvais le choix que V. E. a fait des autorités de police, en ôtant ces emplois à des hommes de réputation et de vertu pour les livrer à des infâmes, indignes de charges aussi élevées.

< A Santo-Amaro, le malheureux citoyen Philippe Correa a péri par le mousquet des anarchistes de

c Hier, en cette ville, contre l'attente générale, eu violation de la disposition de la loi du 18 août 1831 , est entrée une force de cinquante hommes environ de la garde nationale du Rosario, et elle s est tenue cachée dans une maison de la ville. Il y a des individus qui circulent dans les environs, intimidant et menaçant au nom de Y. E. ceux qui, fermes à leur poste, ne veulent pas les seconder. On en prend les noms pour les envoyer à V. E. , afin que ces citoyens soient atteints par le recrutement.

< C'est au milieu de ces circonstances que les soussignés viennent réclamer de V. E. d*énergiques mesures qui les mettent à labri d insinuations aussi viles et aussi perfides. Ils espèrent donc que V. E. réintégrera dans leurs emplois les autorités de po-

■M LB BUDGET DU BRtisrL.

' lice qui ool été deslituées. Ce sera une mesure de I sécurité qui fera disparaître toutes ces terreurs et I ces trames maudîtes.

( Ville de Maroim, le 3 novembre 1847. ■

■ Le 5 de ce mois, je me suis adressé à V, E. en I lui faisant voir l'état déplorable de cette ville ex- 1 posée au poignard et au mousquet d'une troupe i d'assassins, dans laquelle se comptent jusqu'à des [ accusés décrétés de jugement pour crime de meur- I tre, ou même condamnés par le jury, et évadés des

> prisons de la capitale. Cette troupe est casquée

> dans le magasin de Jean Gomès de Mello , et de là I elle lient la ville en alarme toute la nuit, par ses I cris d'alerte, et en parcourant les, rues en groupes

> qui insultent à leur gré.

• Telle est depuis plusieurs jours la situation de

■ cette ville, et nulle mesure n'a été prise par les

> autorités de police, qui, au contraire, se mettent en < rapport avec cette bande d'assassins et semblent

■ même la commander. V. E. n'a pris, de son côté, I aucune précaution pour garantir ma personne et

> ma vie, ainsi que celle des votants qui doivent se I rendre à l'église primaire; il en résulte que la ville

> est presque dépeuplée. La promesse el la menace I d'un pillage continuent, en sorte qu'au milieu de

■ ces conjonctures il ne m'a pas été possible de pré- I sider l'élection par l'état de violence que je subis,

> de même que tous les habitants de cette ville. C'est

LES RICHESSES LATENTES. 2i3

€ ce que je vais porter à la connaissance de S. M. « l'Empereur.

< Dieu garde V. E.

« Ville de Maroim, le 7 novembre 1847.

€ Au jtrésident de la province de Sergipe , le juge

« de paix , président du bureau paroissial. »

c Aujourd'hui même, j'ai déjà écrit à V. E. en lui rappelant mes offices du 3 et du 5 de ce mois, et à présent je m'adresse encore à elle pour lui exposer une quatrième fois l'état anarchique de subversion et de terreur oii se voit réduite cette ville malheureuse sous Finfluence de la faction Camondongo de cette même ville.

€ Il semble incroyable qu'au milieu des périls, des terreurs, des persécutions et des meurtres commis ici et en beaucoup d'autres lieux de la province, aucime mesure n'ait apparu de la part de Y. E. pour la garantie de l'ordre public et de la tranquillité tant troublée, et qui ne l'a pas été davantage grâce à la prudence et à la résignation des pacifiques habitants de cette ville et de son district municipal.

< Lorsque la loi du 19 août 1846 défend expressément par son article 1 08 la réunion de troupes et toute autre démonstration militaire, le jour de l'élection primaire, à moins d'une lieue de distance ; lorsque le même article interdit le recrutement dans tout l'empire pour trois mois, pendant les soixante jours qui précèdent et pendant les trente jours qui

2i4 LE BUDGET DU BRÉSIL.

< suivent les élections ; c'est dans ce temps et au jour « môme des élections, c'est le 7 novembre que Ton •( voit non une réunion de troupes et une manifesta- « tion militaire, mais, au contraire, une réunion d in- « dividus de tous les lieux, assassins, meurtriers mis « en accusation, accusés condamnés par le jury et « évadés des prisons de la capitale à Taide d effrac- « tion, hommes disposés à voler et à tuer, casernes

< dans le magasin de Jean Gomès de Mello, d*oii ils « sortent pour insulter, injurier, frapper et tuer ceux « qu'ils rencontrent, parcourant les rues en groupes, « tirant des coups de fusil au hasard, commettant des « violences, des actes arbitraires et toute espèce <c d'extravagances ; et ce qui étonne le plus, c'est de « voir la troupe du Gouvernement casernée avec de « telles gens. On se demande œ que peol signifier

ceci, ce que veulent les autorités de police, et nul ne sait répondre. Les seuls adhérents de la faction. Camondongo disent : € Nous voulons l'élection, et nous l'emporterons, encore que Ton fasse couler jusqu'à la dernière goutte le sang du dernier membre du parti légal.

« Aujourd'hui de grand matin, la maison du juge de paix Lourenço José Femandes Torrès se trouva cernée. Comment il en arrive ainsi, comment ces actes se passent le 7 novembre, c'est ce que certainement je ne puis pas pénétrer ; mais telle est la réalité, les faits sont publics, la ville est dépeuplée, les familles abandonnent leurs domiciles et vont se

réfugier dans diverses localités, où elles se croient protégées par la solitude et par labsence des prétendues autorités de police.

< Pendant la matinée d'aujourd'hui, quelques citoyens qui étaient restés en ville sont partis pour aller s abriter au loin, parce que les soldats répandus dans les rues les poursuivaient afin de les recruter. C'est en vain que je me suis adressé à y. E.; nulle mesure de sûreté n'a été prise, et la crainte, la (erreur et la vengeance sont les œuvres pour lesquelles s'animent les cœurs des satellites de la faction Camondongo.

c Pour la quatrième fois donc je viens protester au nom des habitants de cette municipalité contre toutes ces violences, car il n'est pas possible d'avoir des élections au milieu du tumulte, au milieu des armes, des hostilités et de toutes les persécutions qui se commettent. Et cependant il est dit dans la proclamation de Y. E. qu'on veut la liberté du vote, qu'on destituera les autorités qui abuseront de leurs emplois. Dans Tentre-temps les autorités de cetie municipalité se constituent chefs d'assassins , et elles ne prennent aucune mesure à l'égard de ce qui est arrivé; au contraire elles continuent à sévir contre quiconque refuse de leur prêter appui. « Dieu garde V. E.

« Au président de la province de Sergipe , . , . , le

« juge de paix, président du bureau de l'assemblée de

« paroisse. »

« Excellence, les soussignés , juges de paix, électeurs et échevins de la ville de Maroim, viennent devant Y. Ë. pour protester solennellement contre les violences, les actes arbitraires, le despotisme» les insultes, les coups et les meurtres commis pendant les jours derniers en cette ville par un groupe d'assassins réunis dans le magasin de Jean Gomès de Mello, avec la seule intention d'obtenir le triomphe dans l'élection qui, suivant la loi du 1 9août 1 846, devait s*accomplir aujourd'hui 7 de novembre. < Il y a déjà longtemps que des mesures ont été réclamées de Y. E. pour la garantie de la liberté du vote des citoyens. Cest le 3 du courant que la chambre municipale , le juge de paix président du bureau paroissial et beaucoup d'habitants de cette ville ont porté à la connaissance de Y. E. tout ce qui s y est passé, et c'est en vain qu on a attendu des mesures de la part de Y. E.; il n'en a été pris aucune. Une réunion d'assassins, d'individus mis en accusation pour deux ou trois meurtres , se tient dans le magasin de Jean Gomès de Mello ; et ce qu'il y a de non moins étonnant et ce qui coûte à croire, c'est que la troupe du gouvernement se trouve confondue dans le même logement avec cette bande de criminels, en vue des autorités intitulées autorités de police.

f Quand la loi du 1 9 août 1 846 interdit de la manière la plus expresse et la plus positive la réunion de troupes et toute démonstration militaire , c'est

« alors ({ue malheureusement, sous ladminislration « de V. E. on voit commettre des crimes innombrables, on voit a^lomérer une force brutale, on voit des meurtres, et la violence obliger les habitants à la dure et triste nécessité d abandonner leurs demeures. Ils vont en fugitifs chercher un abri au milieu des bois oii ne puisse pas pénétrer la fureur de cette borde d assassins disposés à tuer et à voler, certains que rimpunité sera la récompense de leurs crimes, t Dans un tel état de choses, les soussignés, voyant le risque et le péril qui menacent leur vie et celle de tous les habitants pacifiques de cette ville et de son district municipal, ont pris la résolution de se soustraire également au mousquet des assassins, et de venir protester pour eux et pour les habitants de cette municipalité contre tous ces actes arbitraires et violents qui les ont empêchés de comparaître dans l'église primaire afin d*y remplir les obligations imposées par la loi. Ils ont aussi l'intention de faire arriver tout ce qui s est passé jusqu'à la connaissance de S. M. l'Empereur, dont ils attendent leur justice depuis que Y. E. a gardé le silence sur les communications qui lui sont arrivées de la part des paisibles habitants de la ville. (Le 7 novembre 1 847.)

Ville de Santa Luzia,

« Ayant été convoqué par votre seigneurie comme « électeur pour la composition du bureau de Tas-

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